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CONCLUSION

comparer les deux visages. Si un peintre nous présente deux têtes, ayant un caractère distinct, une expression différente, et où domine cependant une ressemblance frappante et indéfinissable, c’est là, sans aucun doute, ce que nous apprécierons comme une des principales beautés de son tableau. Et notre admiration, dans ce cas, ne s’adresserait pas du tout à l’adresse technique ; nous verrions là, non pas seulement un échantillon d’habileté, mais un sentiment extraordinairement délicat de la signification des traits du visage, et c’est là que nous trouverions la justification artistique d’une œuvre de ce genre.

Il en est encore exactement de même des intervalles musicaux. La ressemblance d’un son avec son octave est si grande, si saisissante, qu’elle frappe même l’oreille la moins subtile ; l’octave, par conséquent, fait presque l’effet d’une répétition pure et simple du son fondamental, et, en réalité, elle ne fait qu’en reproduire une portion, sans y ajouter aucun élément nouveau. Au point de vue de l’effet esthétique, l’octave est donc un intervalle parfaitement clair, mais peu intéressant. Ceux qui offrent le plus d’intérêt, en mélodie ou en harmonie, sont évidemment les tierces et les sixtes, qui sont précisément à la limite des intervalles dont l’oreille peut encore se rendre compte. Les tierces et sixtes majeures, pour être intelligibles, exigent la présence des quatre premiers harmoniques, qui se rencontrent aussi dans lçs bons timbres musicaux. Les tierces et sixtes mineures ne se justifient guère que comme renversements des précédentes. Les intervalles plus compliqués de la gamme n'ont plus d’affinités directes et facilement intelligibles. Aussi n’ont-ils plus l’action propre aux tierces.

Je termine ici mon travail. Autant que j’en puis juger, j’ai été aussi loin que les propriétés physiologiques des sensations auditives exercent une influence directe sur la construction du système musical, aussi loin surtout que le travail rentrait dans les attributions d’un savant. Car, si des questions scientifiques et esthétiques se sont trouvées mêlées dans mon étude, les secondes étaient d’une nature relativement simple, les premières présentaient une complication beaucoup plus grande ; c’est nécessairement l'inverse qui aurait lieu si on voulait chercher à pénétrer plus avant dans l’esthétique musicale, si on voulait passer à la théorie du rhythme, de la forme des morceaux, envisagés comme moyens d’expression. Dans toutes ces régions, les propriétés de la sensation exerceront çà et là quelque influence, mais seulement d’une manière très-subalterne. La grande difficulté consistera dans le développement des mobiles psychiques qui se trouvent en jeu. C'est là, il est vrai, que commence la partie la plus intéressante de l’esthétique musicale, — il s’agit d’expliquer les merveilles des grandes

48fi THÉORIE PHYSIOLOGIQUE DE LA MUSIQUE,

œuvres, d’apprendre à connaître les mouvements extérieurs ou intérieurs des différentes dispositions de l’âme. Quel que soit pourtant l’attrait de ces recherches, où j’ai trop le sentiment de n’ôtre qu’un amateur, qu’un dilettante, j’aime mieux les laisser à d’autres, et rester moi-même sur le terrain de la science auquel je suis habitué.

SUPPLÉMENT

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