DE LA SENSATION AUDITIVE EN GÉNÉRAL
Les diverses sensations se produisent lorsque des causes extérieures agissent sur l’appareil des nerfs de la sensibilité, et déterminent en lui un certain état d’excitation. La nature de la sensation varie, soit en raison du sens qui est mis en jeu, soit en raison de la nature de la cause extérieure. A chacun de nos sens correspondent des sensations sut generis, qui ne peuvent se produire par l’intermédiaire d’aucun autre organe ; l’œil donne la sensation de la lumière, l’oreille celle du son, la peau celle du toucher. Les mêmes rayons du soleil qui excitent dans l’œil la sensation de la lumière, s’ils viennent à rencontrer la peau, à en exciter les nerfs, donneront seulement la sensation de la chaleur, non celle de la lumière; de même, les ébranlements des corps élastiques, entendus par l’oreille, sont aussi perçus parla peau, non plus comme un son, mais comme des trépidations. La sensation auditive est donc la réaction particulière à l’oreille, en présence d’une cause extérieure d’excitation ; elle ne peut être produite par aucun autre organe, et se distingue entièrement de toutes les impressions reçues par les autres sens.
Comme nous nous proposons ici d’étudier les lois des sensations auditives, notre première préoccupation sera de rechercher combien de natures distinctes d’impressions notre oreille peut percevoir, et il quelles différences dans les agents extérieurs, particulièrement dans le son, correspondent ces différences dans les sensations éprouvées.
La première et la plus importante différence entre les impressions auditives, est celle qui existe entre les bruits et les sons musicaux. Le bourdonnement, le gémissement, le sifflement du vent, le murmure de l’eau, le roulement d’une voiture sur le pavé, sontdes exemples de la première espèce de sensation auditive, les sons de tous les instruments de musique donnent l’exemple de la seconde espèce. Le son et le bruit peuvent, il est vrai, s’associer dans des rapports très-variables, et se confondre dans la transition de l’un à l’autre, mais les extrêmes sont très-nettement séparés.
Pour découvrir l’essence de la différence entre le son et le bruit, il suffit, dans la plupart des cas, d’une observation attentive avec le
secours de l'oreille seule, sans avoir besoin de recourir à l’emploi d'artifices particuliers pour lui venir en aide. On reconnaît ainsi, en général, que, pendant la durée d’un bruit, il se produit une rapide succession de sensations auditives différentes. Qu’on s’imagine successivement le bruit d’une voiture roulant sur le pavé, le murmure et le grondement d’une chute d’eau ou des vagues delà mer, le bruissement des feuilles dans la forêt. Ici nous avons partout une succession rapide et irrégulière, mais facilement reconnaissable, de sonorités distinctes éclatant par secousses. Dans le gémissement du vent, la succession est lente, le son se traîne lentement et monte peu à peu pour redescendre ensuite. Dans la plupart des autres bruits, la distinction des différentes sonorités qui se succèdent sans relâche, est plus ou moins bien accentuée; nous apprendrons plus tard à connaître un auxiliaire, les résonnateurs, au moyen desquels cette analyse devient beaucoup plus facile pour l’oreille.
En revanche, une sensation musicale apparaît à l’oreille comme un son parfaitement calme, uniforme et invariable ; tant qu’il dure, on ne peut distinguer aucune variation dans ses parties constitutives. 11 lui correspond, par conséquent, une sensation simple et d’une nature régulière, tandis que, dans un bruit, de nombreuses sensations auditives sont irrégulièrement mélangées, et se heurtent l’une à l’autre. On peut effectivement composer un bruit avec des sons, par exemple, en frappant à la fois toutes les touches d’un piano comprises dans l’étendue d’une ou deux octaves. D’après cela, il est évident que les sons musicaux constituent les éléments simples et réguliers des sensations auditives, et que c’est par eux que nous devons commencer l’étude des lois et des propriétés de ces sensations.
Nous arrivons maintenant à une autre question d’un ordre plus élevé : à quelle différence, dans l’agent extérieur, correspond, pour l’oreille, la différence entre le bruit et le son ? Il faut chercher la cause normale et habituelle des impressions de l’oreille humaine dans l’ébranlement de la masse d’air ambiante. La sensation, irrégulièrement variable, que l’oreille éprouve dans le bruit, nous amène à supposer que l’ébranlement aérien correspondant doit être aussi d’une nature irrégulière et variable, et que, par contre, les sons musicaux sont dus à un mouvement égal, régulier, qui doit lui-même trouver son origine dans les ébranlements réguliers du corps sonore dont l’atmosphère transmet les secousses.
La nature de ces ébranlements, qui donnent naissance aux sons musicaux, est depuis longtemps connue d’une manière précise, grâce aux recherches de la physique. Ce sont des vibrations, c’est-à-dire un mouvement de va-et-vient du corps sonore, etces vibrations doiventêtre