‹ La MusiqueChapitre 3 sur 188 · PLAN DB L’OUVRAGE · texte numérisé non relu

PLAN DB L’OUVRAGE

la mystérieuse loi des rapports numériques trouvée par Pythagore. La grandeur des intervalles consonnants est indépendante du timbre, mais la douceur des consonnances, la dureté des dissonnances se manifestent comme liées à cet élément. Les conclusions de la théorie physiologique concordent entièrement sur ce point avec les règles de l’harmonie ; elles entrent même dans plus de détails et ont pour elles, à ce que je crois, l’autorité des meilleurs compositeurs.

Dans ces deux premières parties de l’ouvrage, les aperçus esthétiques n’entrent point du tout en jeu ; il s'agit uniquement de phénomènes naturels soumis à une aveugle nécessité. La troisième partie traite de la construction des gammes et des modes. Ici nous nous trouvons sur le terrain esthétique ; ici commencent les variétés du goût national et individuel. La musique moderne a principalement développé, dans toute la rigueur de ses conséquences, le principe de la tonalité, d’après lequel tous les sons d’un morceau sont déterminés par leur parenté avec un son principal, la tonique. Ce principe une fois admis, les résultats des recherches précédentes permettent de déduire la construction des gammes modernes et des modes, d’une manière qui exclut tout arbitraire.

Je n’ai pas voulu séparer l’étude physiologique d’avec l’exposé des conséquences musicales, parce que, d'une part, pour le physiologiste, l’exactitude de ces déductions vient confirmer l’exactitude des considérations physiques et physiologiques d’où elles émanent, et que, d’autre part, pour le lecteur qui ouvre le livre sous l’influence de préoccupations musicales, la signification, la portée des résultats, ne peuvent devenir tout à fait claires, s’il n’a essayé de comprendre au moins le sens des principes scientifiques. Au reste, pour maintenir l'ouvrage à la portée des lecteurs auxquels des connaissances approfondies en physique et en mathématiques feraient défaut, j’ai renvoyé au supplément qu’on trouvera à la fin du volume, les développements spéciaux pour l’explication des expériences plus délicates, aussi bien que toutes les démonstrations mathématiques. Ce supplément est donc particulièrement destiné aux physiciens, et contient les preuves à l’appui de mes assertions. J’espère ainsi avoir fait la part aux préoccupations de chacun.

Cependant, l’intelligence complète de mes théories ne sera accessible au lecteur qu’autant qu’il prendra la peine d’apprendre à constater, par ses observations personnelles, au moins les phénomènes fondamentaux dont il est question dans le cours de ces études. II n’est heureusement pas bien difficile, avec le secours des instruments de musique les plus usuels, d’apprendre à connaître les harmoniques, les sons résultants, les battements, etc. Une impression personnelle

vaut mieux que la plus belle description, surtout quand il s'agit, comme ici, d’une analyse de sensations qu’on ne peut décrire qu’assez mal à qui ne les a pas éprouvées par lui-même.

Dans cet essai quelque peu nouveau d’unir sur un même terrain la science et les théories esthétiques, j’espère avoir convenablement distingué ce qui appartient à la physiologie et à l’esthétique ; je ne puis pourtant me dissimuler que mes démonstrations, bien que se rapportant uniquement au domaine inférieur de la grammaire musicale, pourront répugner comme trop mécaniques, comme rabaissant la dignité de l’art, à certains esthéticiens qui sont habitués à apporter, même dans la recherche scientifique de leurs principes, les dispositions les plus enthousiastes, comme s’ils étaient entraînés sur les plus hauts sommets de l’art. Je me bornerai à leur faire remarquer, qu’il ne s'agit essentiellement dans ce livre que de l’analyse de sensations reposant sur des faits ; que les observations physiques et méthodiques qui y sont contenues, n’ont d’autre but que d’éclairer, d’assurer le travail de l’analyse, et d’en contrôler l’exactitude ; enfin, que cette analyse des sensations suffirait à fournir à la théorie musicale ses résultats fondamentaux, même sans le secours de l’hypothèse physiologique dont j’ai déjà parlé sur le mécanisme de l’audition. Je n’ai pas voulu la laisser de côté, parce qu’elle est de nature à établir un lien extraordinairement simple entre les phénomènes si multiples et si compliqués dont il s’agit.

Page 1