DÉFINITION DU TIMBRE
instrument, ou celui que rend un artiste médiocre se trouve, par suite de ces irrégularités, raboteux, rauque et inégal. Nous parlerons plus loin des mouvements de l’air qui correspondent à ces petits bruits, ainsi que des sensations de l’oreille, lorsqu’il sera question de donner une idée des battements. Habituellement, lorsqu’on écoute de la musique, on cherche à ne pas entendre ces bruits, on en fait abstraction à dessein, mais une attention plus soutenueles fait très -bien distinguer dans la plupart des sons que prouuisent le souffle et le frottement. Un sait que la plus grande partie des consonnes est caractérisée par de petits bruits contin us de la même nature : telles sont F, V, S, Z, Th [anglais], J, Ch. Pour quelques consonnes, comme H et L, le son est produit par un tremblement irrégulier dans la bouche. Pour l’R, le courant d’air est interrompu périodiquement par un tremblement du palais ou de l’extrémité de la langue; il en résulte un son intermittent, dont l’état particulier de roulement provient précisément de ces interruptions périodiques. Pour l’L, ce sont les bords latéraux de la langue, dépourvus d’élasticité et mis en mouvement par le courant d’air, qui produisent, non des interruptions complètes du son, mais des variations dans son intensité.
Les voyelles de la voix humaine ne sont pas exemptes des petits bruits dont nous parlons, quoiqu’elles appartiennent bien davantage à la catégorie musicale des sons de voix. C’est le physicien Donders qui a signalé le premier ces petits bruits; ce sont en partie les mêmes, que ceux qu’on observe en prononçant les mêmes voyelles à voix basse, dans le chuchotement. On les rencontre au plus haut degré dans les voyelles I, IJ, OU, et on peut même les rendre facilement sensibles en parlant très-haut : un simple renforcement des mêmes bruits transforme la voyelle I en la consonne J allemand, la voyelle OU en \V anglais. Selon moi, pour A, Ai, É,0, les bruitssontproduits dans la glotte si l’on parle à voix basse, et deviennent le son de voix si l’on parle haut. Mais il est bon de remarquer que les voyelles A, Ai et É, sont moins sonores en parlant qu’en chantant, attendu que, par suite d’une plus forte pression à l’entrée du gosier, on substitue, à un son chanté ample, un son parlé plus sec qui peut s’articuler plus distinctement. Le renforcement du petit bruit parait ici caractériser plus facilement le son propre de la voyelle. En chantant, au contraire, on cherche à favoriser la partie musicale du son, et il n’est pas étonnant qu’alors l’articulation soit moins distincte.
Quoique les petits bruits accompagnateurs, ainsi que les petites irrégularités du mouvement de l’air, caractérisent à un haut degré les sons des instruments de musique, et, suivant la disposition de la bouche, les émissions de la voix humaine, il ne nous reste pas moins
«6 TUÉOlllE PHÏSIOLOGIQl'E DE LA Ml'SIQUE.
un nombre suffisant de particularités du timbre, qui tiennent à la partie musicale du son et à la période complètement régulière du mouvement vibratoire de l’air. On peut se rendre compte à quel point ces dernières ont de l’importance, si l’on écoute des instruments de musique et des voix humaines, dans un tel éloignement que les petits bruits cessent d’être sensibles. Malgré l’absence de ces bruits, on peut généralement distinguer les uns des autres les différents instruments de musique, quoique bien certainement, dans de telles circonstances, un son de cor puisse être pris pour le son de la voix humaine, un violoncelle pour un harmonium. Dans la voix humaine, les premiers sons qui se perdeht par l’éloignement, sont ceux des consonnes qui sont justement caractérisées par les petits bruits, tandis que M, N et les voyelles se distinguent encore dans un éloignement considérable. Les consonnes M et N sont assimilées aux voyelles, parce que, la bouche étant complètement fermée, il ne se manifeste aucun petit bruit caractéristique, et que le son de la voix sort par le nez. La bouche joue ici le rôle d’une botte de résonnance qui transforme le son. Il est intéressant d’écouter des voix humaines venant de la plaine, en se plaçant par un temps calme au haut d’une montagne. On ne discerne guère que les mots formés avec des M, des N et des voyelles simples, comme marna , nein, et dans ces mots, on entend très-aisément et très-nettement les voyélles qu’ils contiennent. Elles se succèdent dans un ordre bizarre, et forment des cadences qui paraissent tout à fait singulières, par la raison que sans leurs consonnes, on ne peut les arranger en mots et phrases.
Nous ferons abstraction, dans ce chapitre, de toutes les irrégularités du mouvement de l'air, ainsi que des circonstances relatives au commencement et h la fin du son, et nous n’aurons égard qu’à la partie du son véritablement musicale, celle qui correspond à un mouvement d’une durée constante et de période régulière. Nous rechercherons les rapports qui existent entre la constitution du mouvement vibratoire et le timbre du son qni en résulte, et le terme de timbre musical ne devra rappeler que les particularités dont nous allons nous occuper. ,
Le but du présent chapitre sera donc d’analyser les différents sons qui proviennent des instruments de musique, afin de mettre en évidence les différents caractères que l’on observe dans les combinaisons des harmoniques ou notes supérieures, correspondant à des variétés caractéristiques du timbre. Nous serons amenés à un certain nombre de règles générales au sujet de ces arrangements des notes supérieures, règles qui répondent dans le langage à différentes manières d'être du timbre que l’on désigne par les mots : timbre doux,
SONS S1MPELS.