THÉS- DU R
Afin de pouvoir mieux comparer les résultats, l’intensité de la note principale a été prise égale à 100. J’ai comparé les intensités calculées avec les intensités effectives dans le cas du piano dont j’ai déjà parlé : la première série de nombres inscrits au-dëssous de la fraction 3/7 s’est trouvé correspondre à très-peu près à la région de l’«/3. Daris les notes plus élevées, on trouve des harmoniques bien plus faibles que ceux de la colonne en question. En faisant résonner l’i//, du piano, le deuxième son était très-fort, le troisième presque nul. La deuxième colonne, celle qui est précédée delà fraction 3/10, correspondait à peu près au snl.2 ; les deux premiers harmoniques sont très-forts, le troisième faible. La troisième colonne correspond aux cordes graves, depuis I’m/j en descendant jusqu’aux sons les plus graves : les trois
TI1É0HIE PHYSIOLOGIQUE DE LA MUSIQUE, premiers harmoniques sont très-intenses, et le quatrième assez faible. Dans la colonne suivante, le troisième son est plus fort que le deuxième, résultat qui ne concorde plus avec l'indication de mon piano. Enfin, dans le cas d’un marteau très-dur, les troisième et quatrième sons partiels ont la même force, et l’emportent sur tous les autres. 11 résulte des nombres du tableau, que le son fondamental d’une corde moyenne ou grave du piano est plus faible que le premier, ou môme que les deux premiers harmoniques, résultat confirmé par la comparaison entre les cordes frappées et les cordes pincées. Dans ce dernier cas, le premier harmonique est un peu plus faible que le son fondamental, mais ce dernier est beaucoup plus net si l’on pince la corde avec le doigt, que si l’on agit sur la touche pour le faire résonner.
Quoiqu’il soit possible de produire un son où la note principale soit prédominante, ainsi qu’on le voit dans les octaves élevées du piano, on n'en a pas moins préféré, pour les octaves graves, la combinaison qui rend les harmoniques très-distincts jusqu’aux troisième et quatrième, et qui permet aux premier et deuxième de l’emporter sur le son fondamental.
En dernier lieu, le diamètre et la matière des cordes exercent aussi, comme il a été dit plus haut, leur influence sur le timbre. Les cordes très-rigides ne donnent pas des harmoniques très-élevés, attendu qu’elles ne se prêtent pas facilement à des flexions de sens contraires pour des divisions très-petites de leur longueur. 11 est facile de s'en assurer en tendant sur le monocorde deux cordes de diamètres différents, et en cherchant à produire leurs harmoniques élevés : l’expérience réussit beaucoup mieux avec celle qui a le moindre diamètre. Les cordes les plus favorables à la production des harmoniques élevés sont les fils métalliques très-fins, tels que ceux employés dans la passementerie ; on distingue très-bien ces harmoniques dans la sonorité d’une corde de ce genre, pourvu qu’on ait recours h un mode d’ébranlement pouvant donner une discontinuité brusque, par exemple, soit en frappant, soit en pinçant la corde avec une pointe métallique. Les harmoniques élevés et en grand nombre, qui, dans l’échelle musicale, se trouvent très-voisins les uns des autres, produisent l’impression d’un bruissement non harmonique, d’une hauteur excessive, que nous avons l’habitude de désigner par le mot tintement. Les notes qui suivent le septième harmonique, se succèdent par intervalles un peu moindres qu’un ton jusqu’au quatorzième, à partir duquel elles se suivent à un peu moins d’un demi-ton de distance. C’est pourquoi elles constituent une étroite série de sons dissonnants. A l’aide d’un fil de fer très-fin, analogue à ceux qu’on emploie pour les fleurs artificielles, et auquel j’avais donné 7 mètres de long, je suis parvenu à isoler le
SONS DES INSTRUMENTS A ARCHET
dix-septième harmonique. Les sons de la cithare doivent leur caractère particulier à un tintement qui est produit par des harmoniques élevés ; cependant la série de ces derniers ne s’étend pas aussi loin que dans le cas du fil en question, à cause delà moindre longueur des cordes.
Les cordes à boyau sont plus légères, à solidité égale, que les cordes métalliques, et donnent, par conséquent, des notes bien plus élevées. La différence du timbre de ces deux espèces de cordes tient en partie à la légèreté des premières, et surtout à leur élasticité moins parfaite ; ces deux causes font que les sons s'éteignent plus vite, principalement les plus élevés. C'est pourquoi le son des cordes à boyau pincées ( guitare , harpe), est moins sifflant que celui des cordes métalliques.