ES BATTEMENTS
un fait qui semble d’abord paradoxal, et entièrement contraire à ce qui se voit ordinairement, car, dans la manière naturelle d'envisager le son, on le considère, non pas comme un mouvement des molécules aériennes, mais comme quelque chose de réel, analogue à la sensation même du son. Comme les sensations de deux sons de même hauteur n’offrent point les apparences contraires du positif et du négatif, il paraît naturellement impossible qu’une des deux puisse détruire l'autre. Mais ce sont ici les secousses imprimées aux organes auditifs par les deux sources sonores, qui se détruisent mutuellement. L’ébranlement d’une des sources coïncide avec l’ébranlement en sens contraire dû à l’autre source; s’ils sont exactement égaux, il ne peut se produire dans l’oreille aucun mouvement, et le nerf auditif n’éprouve aucune sensation.
Je vais donner ici quelques exemples où le son est ainsi détruit par le son.
1. — Supposons deux tuyaux d’orgue exactement semblables, accordés à l’unisson, et montés sur le même sommier, tout près l’un de l’autre. Chacun d’eux, isolément frappé par l’air, donne un son intense ; mais si on fait arriver le vent dans les deux à la fois, le mouvement de l’air est modiûô de telle sorte, que le courant entre dans un des tuyaux pendant qu’il sort de l’autre ; aussi n’arrive-t-il à l’oreille d'un observateur éloigné aucun son ; on ne peut entendre alors que le frôlement de l’air. Si, maintenant, on place une barbe de plume près de l’embouchure du tuyau, elle exécute les mêmes vibrations que si chaque tuyau résonnait seul. Si on place un tube, allant de l’oreille ii l’un des orifices, le son qui en émane se trouve renforcé de telle sorte, qu’il ne peut plus être complètement éteint par le son de l'autre tuyau.
Le diapason présente également des phénomènes d’interférences, qui viennent de ce que les deux branches exécutent leurs mouvements en sens contraires. Si l'on frappe un diapason, qu’on l'approche de l’oreille et qu’on le fasse tourner autour de son axe, on trouve quatre régions où l’on entend distinctement le son ; dans les quatre régions intermédiaires, le son devient inappréciable. Les quatre premières sont celles où l’une des deux branches, ou bien l’un des deux plans latéraux du diapason viennent faire face à l’oreille. Les autres sont placées dans des positions intermédiaires, à peu près dans des plans menés par l’axe du diapason, à 45° sur les plans des branches. Dans la figure 48, a et b représentent les extrémités du diapason, vues d’en haut ; c,d,e et f sont les régions où le son est intense, les lignes ponctuées désignent les régions muettes. Les flèches indiquent le sens du mouvement simultané dans les deux branches. Par conséquent,
Il -y
tandis que la branche a imprime une secousse à la masse d'air voisine c, dans le sens ca, b agit en sens inverse. Les deux impulsions ne se détruisent que partiellement en c, parce que a agit avec plus
d’intensité que b. Les lignes poncv / • tuées, au contraire, désignent les
régions où les impulsions en sens contraires de a et de b ont la môme .,/ • intensité, et s’annulent par consé-
quent d’une manière complète. Si c l’on place l’oreille aux différents
~~ — points où l'on n’entend rien, et si
/ \ on promène un petit tube étroit sur
l'une ou l’autre des branches a ou b, avec la précaution de ne pas toucher les branches vibrantes, le
Fig. 48. .
son devient aussitôt plus fort; l’influence de la branche couverte par le tube est presque entièrement annulée, et l'autre branche peut alors agir seule sans que rien vienne troubler son action.
Il est très-commode pour la démonstration de ces propriétés, de faire usage de la sirène double que j’ai fait construire (1). La figure 49 en donne une vue perspective. Elle se compose de deux sirènes polyphones de Dove, telles qu’on les a déjà décrites plus haut ; a„ et a, sont les deux caisses à vent, c„ et c, les disques fixés sur un même axe b, qui porte une vis A sur laquelle on peut monter un compteur ; la disposition de ce dernier a été déjà décrite plus haut, p. 17. La caisse supérieure a , peut elle-même tourner autour de son axe. A son extrémité , elle présente une roue dentée qui engrène avec une autre plus petite e munie d’une manivelle d. L’axe autour duquel tourne la caisse a , est un prolongement du conduit supérieur de l’air ÿ,. Chacun des deux disques présente quatre séries de trous qui peuvent recevoir l’air, soit isolément, soit simultanément. En i, sont les boutons qui ouvrent les séries de trous au moyen d’un mécanisme particulier (2). Le disque inférieur présente quatre séries de8, 10, 12,18 trous, le disque supérieur quatre autres de9, 12, l.‘i, 10. Nommons m/«, le son de huit trous; le disque inférieur donne ut0 , «il o, soi |, ré,, le disque supérieur ré0, sol0, si0, K/,. On peut ainsi produire les intervalles suivants :