INCERTITUDES DE L’OREILLE
teur d’une manière certaine; aussi ne pcut-ou les accorder avec le secours de l’oreille seule, mais seulement indirectement, au moyen des battements qu’ils donnent avec les sons des octaves supérieures. Il se produit quelque chose d’analogue pour les mêmes sons trèsgraves du piano et de l’harmonium ; ils présentent aussi un tremblement particulier et ne sont pas purs, quoique, grtlce aux harmoniques supérieurs dont ils sont accompagnés, leur caractère musical soit, en somme, plus satisfaisant que celui des sons des tuyaux. Dans la musique à grand orchestre, le plus grave des sons employés est le mi— , de la contre-basse avec 41 vibrations, et je crois pouvoir avancer, en toute sécurité, que tous les efforts de la facture moderne pour produire de beaux sons dans le grave doivent certainement échouer, non pas qu’on manque de moyens de déterminer les mouvements nécessaires dans l’air, mais parce que l’oreille humaine refuse ses services. L'ut — , de l’orgue, avec 33 vibrations, donne cependant une sensation encore assez continue de tremblement, mais sans qu’on puisse lui assigner une place déterminée dans l’échelle musicale. On commence plutôt dans cette région à distinguer individuellement les secousses aériennes, malgré la forme régulière du mouvement. Dans la moitié supérieure de l'octave d’indice — s, la sensation des secousses isolées devient de plus en plus nette, tandis que la portion continue de la sensation, celle qu’on peut encore comparer avec la sensation sonore, va s'affaiblissant; daus la moitié grave de la même octave, on n’entend plus guère que les secousses aériennes isolées, ou, si l’on entend quelque chose d’autre, ce ne peuvent être que des harmoniques faibles, dont les sons mêmes des tuyaux bouchés ne sont pas entièrement exempts.
J’ai cherché à produire d'une autre manière encore des sons graves simples. Quand on ébranle des cordes chargées en leur milieu d’un morceau de métal pesant, elles donnent un son composé d’un certain nombre de sons simples non harmoniques entre eux. Le son fondamental est séparé des sons supérieurs les plus voisins par un intervalle de plusieurs octaves, et, par conséquent, on ne court pas le risque de le confondre avec eux ; en outre, les sons supérieurs s’éteignent très-rapidement, tandis que les sons graves durent trèslongtemps. Une corde de ce genre (1) était tendue sur une caisse résonnante munie d’une seule ouverture pouvant communiquer avec le conduit auditif au moyen d’un tube ; de cette manière, l’air de la
(1 ) C'élait une mince corde de piano en laiton. Elle était chargée eu son milieu d'un sou en cuivre quelle traversait. La corde une Cois passée ans le trou, on enfonçait à coups de marteau une pointe d'acier entre le morceau de cuivre ot la corde, de manière à User celle-ci invariablement dans le trou.
caisse résonnante ne pouvait s’échapper que dans l’oreille. Dans ces circonstances, les sons de hauteur ordinaire présentent une intensité intolérable. En revanche le ré — t, de 37 vibrations, ne fait encore entendre qu’une très-faible sensation sonore, et encore celle-ci a-t-elle quelque chose de roulant, d’où il faut conclure que l’oreille commence à percevoir séparémentles secousses isolées, malgré leur forme régulière. Pour le si \y — 4 (31 vibrations), on entendait à peine encore un son. Il semble donc que les fibres nerveuses, destinées à percevoir ces sons graves, ne sont déjà plus ébranlées avec une intensité régulière pendant toute la durée de la vibration, l’excitation auditive se produisant soit au moment de la plus grande vitesse de la molécule d’air vibrante, soit au moment du plus grand écart de la position d'équilibre.
D'après cela, on peut bien prétendre que, si la sensation commence à environ 30 vibrations, les sons ne commencent qu’à environ 40 vibrations à prendre une hauteur musicale déterminée. Ces faits rentrent dans l’hypothèse sur les prolongements nerveux élastiques, si l’on imagine que les fibres de Corti les plus graves peuvent vibrer sous l’influence de sons encore plus graves qu’elles, mais avec une intensité rapidement décroissante; il serait, par conséquent, possible d’éprouver une sensation sonore, mais absolument impossible de distinguer la hauteur. Si les fibres de Corti les plus graves sont plus éloignées les unes des autres dans la gamme, mais qu’en même temps elles aient un pouvoir d’étouffement assez fort, pour qu’à chaque son correspondant à la hauteur d’une fibre, les fibres voisines soient affectées d’une manière encore sensible, la distinction des hauteurs sera incertaine dans ces régions, le son variera d’une manière continue, sans secousses, et, en môme temps, l’intensité de la sensation deviendra plus faible.
Tandis que les sons simples de la moitié supérieure de l’octave d’indice— 1 sont déjà tout à fait continus, et présentent un caractère musical, la perception des secousses distinctes pour les vibrations de l’air non pendulaires, et par conséquent pour les sons composés, ne disparaît pas complètement, môme dans la contre-octave (d’indice 0). Si, par exemple, on met en mouvement, au moyen de l’air, le disque de la sirène avec une vitesse progressivement croissante, on commence par n’entendre d'abord que des secousses isolées; à partir de plus de 3fi vibrations, il vient s’y joindre des sons faibles, mais qui sont d’abord des harmoniques.
La sensation sonore croit de plus en plus avec la vitesse, mais on reste encore longtemps avant de cesser de percevoir les secousses isolées, quoique celles-ci, de leur côté, tendent à se confondre de plus en plus. C’est à partir de 110 à 120 vibrations (/</„ ou s/0J,), que le