La musique populaire
Lorsqae tous m^ave^ admte àllioimear de siéger m ittlUen de Vonft, je me suis naturellentent âematiâé ee tioi m'àfïtft vàliliâie ncttûbaî^ tion tant souhaitée et si peu espérée. An Mntfment de BMIé qM j'éprouvais alors s'est ajoutée la gratitude la plus yi?e; car fai tftë compris que votre choix était la consécration de l'estime ët41èla sjinpathle dont vdas ihrez cbtastsmmii^t cfntoùré mon pière, ^«élre'cbffi)gue depuii plus de vingt ans. Vous avez voMu, ^t ità, 4a'jbft 'de v«M son fils parmi vous à ses côtës.Tobs javeK'VOéiu, pcwrimdi €^4di dbiS tant, la douce obligation de lui devoir aussi un des titrtà IM '^ enviés de notre ville. Messietirs, c'est ^tt fond dtt eauat ^we |e '^m remercie d^oir pensé de la sorte, (fést^ti fonâidtt^3œ0r <tu« jè)li^8 témdigne ma reconnaissance d'aroir sWtppeéë ébez Aol tme iiàrdtMti* de senthnents, une déliciatesseifàiiie âh hiveau ^de cen^b VouK '4^ sentez vous-mêmes.
IMms cette nonânatton, j'ai vu encore 2mtrethosl3. flb ëhèiéb^nft/ comme vous V^ra fait, tm mns»icieu novice, tm'déhtitaitt MAi )è iiaileiitâst encore à l'état dei)ohnes intentions, tous ii6k escôlttptfr ravenir. aijomànt fcl'honiieurid (Misdi^eme&ttirbftfa^^
s Là MUSIQUE POPULAIRE.
asseoir à la place occupée autrefois par M. Georges HamI et ensuite par M» Jules Ward, c'était me donner pour exemple mes prédécesseurs et me faire prendre l'engagement de devenir, dans la mesure de mes forces, digne de pareils modèles.
Abl si jamais je parviens à remplir le beau rôle que vous m'avez tracé, combien ne vous devrai-je pas de remerciments, à vous^ Messieurs, qui m'aurez montré la voie à suivre, le but à atteindre.
M. Georges Hainl , avant de remplir à Paris les brillantes fonctions dont il s'acquitte avec tant de talent, a donné à la musique lyonnaise une impulsion qui dure encore. Il n'y a pas à faire mieux ou plus que lui, les plus audaeieux necbercbent qu'à limiter.
M. Jules Ward a eu une carrière plus personnelle. Il nous a été enlevé trop tôt pour qu'il lui fût permis de rendre à son art les services qu'on était en droit d'attendre de son savoir. Comme M. Georges Hainl , il était fils de ses œuvres ; mais la mort est venue le surprendre alors qu'il était en pleine lutte, au milieu de ce grand combat des difficultés de la vie et du talent, suite non interrompue de défaillances et de lueurs, épreuve dont on ne sort que terrassé ou resplendissant de gloire.
U succomba.
Laissez-moi, Messieurs, vous retracer en quelques mots cette existence si pleine d'enseignements pour tous, même pour ceux qui se contentent, au sein de l'agitation de notre époque, d'être de tranquilles spectateurs.
Au début de sa vie M. Ward se trouva en face d'une situation tout exceptionnelle. Son père, d'une noble famille anglaise, par un de ces contrastes que produit diez nos voisins le droit d'aînesse, était mécanicien, M. Jules Ward, né à Glermont-Ferrand en 1829, se trouvait françaisletcalholique par sa mère. Il dut naturellement osciller entre ces extrêmes qui l'attiraient également : serait-il grand seigneur ou manœuvre, anglican ou papiste, anglais ou français, artiste ou serrurier? D'autres auraient à sa place admirablement exploité cette position i double face; d'autres auraient su dire à propos :
U MUSIQUE POPULAIBE. 7
Je tais oiseau, voyez mes ailes, le suis souris, vive les rats !
De tels cdcals s'accordaient mal avec sa nature droite et'sincère. Il joignait la franchise gauloise au rigorisme d'outre-Manche, la fierté de l'aristocrate à la susceptibilité de l'ouvrier, la ferveur du catholique à la sévérité du protestant. Et c'est ce caractère ferme, honnête, quelquefois même jusqu'à Tiotolérance , qui lui rendit le chemin rude, l'existence pleine de déceptions et de secousses.
Ses études faites avec succès au célèbre collège des cadets de famille à New-Oxford, le mn*eot en passe d'aborder les carrières les plus brillantes. Il était déjà aspirant de marine lorsque, choqué à tout instant dans sa foi et ses idées françaises, il revint en France, dans sa famille qu'il aimait tendrement. Seulement, pour ne pas lui être à charge, il se fit apprenti mécanicien. Voilà donc le jeune savant, le futur amiral limant et frappant le fer, penseur aux mains noircies.
Puis ses parents, comprenant qu'il devait être autre chose qu'on habile ajusteur, s'imposèrent des sacrifices énormes afin de lui faire apprendre la composition musicale pour laquelle il annonçait des dispositions remarquables.
Cette fois-ci notre marin fait du contre-point, et ses études mathématiques loin de nuire à la compréhension des problèmes compliqués de rharmonie, lui en découvrent toutes les combinaisons ingénieuses. Peut-être se passionna-t-il outre mesure pour la forme scientifique; peut-être son professeur, M. Grangeon, de Cusset en Auvergne^ a-t-il à.se reprocher de n'avoir pas développé chez son élève les facultés créatrices.
L'inspiration se forme et s'épure par une priatique bien ordonnée. Si au début on la comprime et l'étouffé, si on ne Témonde et la dirige, le sens de l'invention s'atrophie et la science acquise ne sert qu'à faire ressortir la pauvreté d'idées naïves et insignifiantes. C'est là un dan* ger que ne me paraissent pas avoir entrevu les professeurs de M. Joies Ward, pas m&ne Onslow, qui le conseilla souvent. Aussi n'est-ce que dans ses derniers ouvrages que les pensées musicales dégag ées des
s LA MUSIQUE POPULAIRE.
formes scoIastiqa6s> fortifiées [par un usagojplas fréquent et plus expérimenté de la composition, conunencèrent à gagner les hauteurs étbérées où^plane le génie.
Lorsque la mort Tint le surprendre, à trente-sept ans, il avait déjà beaucoup produit. Le Guy de Chêne^ grand-opéra en cinq actes, Voici le Jour, opérette en un acte, Le Diable au Village, opéra-comique en deux actes, deux ballets , Les Néréides, en^deux actes, et Ftorina, en un^acte, enfin un album de romances et un recueil de 32|cantiques à trois voix de femmes, tel est le catalogue imposant de ses œuvres connues. Mais si Ton se figure les peines sans nombre qu*il lui fallut supporter pour arriver à faire représenter ses ouvrages, si l'on pense aux difficultés qu'il rencontra, si Ton sait que son grand-opéra, malgré sa valeur, fut repoussé par tous les directeurs de théâtre, et qw Le Diable au ViUage fut égaré dans les bureaux de TOpéra-Gomique, si Ton se souvient de son caractère loyal, de son indignation facile, de la confiance quMl avait en sa haute supériorité morale et intellectuelle, on comprendra que ses créations ne furent pour lui qu'une]succession de déboires douloureux.
A travers tout cela, une obsession poignante : comprendre^les sacrifices faits par ses parents et ne pouvoir, à son tour, être leur bienfaiteur. Il y avait là de quoi le tuer.
Au milieu de ces angoisses,'de ces travaux incessants et improductif, il eut, il est vrai^ une véritable consolation, et c'est à vous. Messieurs, qu'il la dut. Votre honorable collègue, M. Bonnet, l'avait signalé à votre bienveillante attention. M. le premier président Gilardin prononça sur M.^ules Ward un rapport si^flatteur que>ous vous onpressâtes de recevoir parmi vous le jeune et savant artiste.
Faut-il vous rappeler les curieuses [recherches d'archéologie musicale dont il vous fit part à plusieurs reprises, les communications intéressantes qu'il vous soumît? Le souvenir en [est encore présent à votre mémoire et j'aime mieux vous dire tout le^bonheur qu'il éprouva à se voir au millieu de collègues dont les talents si divers, les tra-
vaux profonds et variés répondaient si bien à ses goûts de sciences et d'art/^àson intelligence vaste et cultivée.
Cette distinction lui causa] un véritable enivrement.^* C'est le seul t événement,|ni'écrivait un de ses amis, qui ait apporté un peu de € baume à^cette âme blessée. »
Car c'est une chose qu'on [ne saurait' trop répéter à l'éloge de M. Jules Ward : il inspira autour de lui des amitiés solides, des dévouements inaltérables. Sa nature honnête attirait, son grand savoir frappait, son esprit charmait et son cœur faisait le reste.
Pourtant, malgré l'appui constant de^son entourage, tous les chemins lui sont fermés.
Mais voilà qu'il aperçoit une issue; il a une sorte de révélation. Le concours musical de Lyon, en 1864, dont l'organisation l'avait laissé plus qu'indifférent, le frappe par ses résultats étonnants ; il entrevoit que le peuple peut être artiste et il se donne la glorieuse mission de répandre l'art sur les masses.
Comprenant admirablement quec'est par les écoles qu'il doit commencer pour obtenir des résultats durables, il écrit un solfège spécial (1), propose son système à la Société d'enseignement primaire, et, sûr de son succès, croit se voir déjà, sinon célèbre, au moins] à] la' tête d'une position honorable et comme il la souhaitait
Double déception !
S'il est en France des professeurs bien payés, ce ne sont pas ceux qui se chargent d'instruire les enfants d'ouvriers. Et puis'comment allier l'organisation rigoureuse et la discipline nécessaire dans une Société qui doit administrer cinquante écoles, avec le désir formel de M. Ward d'agir à sa guise et sans contrôle ? Dès les premiers pourparlefô, on ne s'entendait déjà plus !
Ce fut le coup de grâce. . . .
Mais cette lumière qui frappa M. Jules Ward comme un écjair au
(I) D'après le système de l'enseignement mutuel.
seuil du tombeau, cette lumière resplendit toujours. La question de la musique populaire s'impose à tous, aux philosophes comme aux artistes, et, si vous le voulez bien, c'est sur elle que je vais avoir Thonneur d'attirer votre attention.
Par MUSIQUE POPULAIRE OU devrait entendre la vieille chanson française, vive, alerte, effrontée, malicieuse, parfois méchante, bonne fille au fond. Elle a bercé nos pères, les a fait sourire ou pleurer. Sans prétention aucune elle a pourtant, à toutes les époques, reflété l'état social et politique de notre pays. On pourrait faire l'histoire de France avec de vieux couplets.
Celte chanson d'ordinaire tranquille et insouciante, on l'a vue dans les moments de troubles se dresser échevelée ; on l'a vue saisir un drapeau et s'élancer à la frontière envahie. Un refrain a fait trembler l'Europe. Et maintenant encore, la Marseillaise qui fut composée contre l'étranger et non contre le gouvernement, qui devrait être et qui est en somme notre chant patriotique, est devenue un air séditieux. C'est son expiation ; on ne fait pas impunément un tel bruit dans le monde ; et puis pourquoi cette malheureuse chanson a-t-elle mis son prestige au service de causes douteuses ? pourquoi a-t-elle trempé le bas de sa robe dans le sang français ? Je suis persuadé qu'elle en est désolée et il serait temps de lui faire grâce pleine et entière.
Mais la chanson gauloise a plus souvent le rire aux lèvres que la fureur aux yeux ; elle est plus volontiers grivoise qu'indignée.
Désaugiers et Béranger furent les brillants représentants de cette musique dont la poésie fait tous les frais. Une chanson du Caveau peut en effet aussi bien se dire sur un air que sur un autre; elle peut même se passer d'air. C'est donc plutôt des paroles , des vers populaires que de la musique.
MM. Pierre Dupont et Gustave Nadaud, qui ont pris soin de composer des mélodies très-appropriées aux poésies de leurs chansons, ont souvent eu le désagrément d'entendre leurs productions chantées sur des airs étrangers.
On a aossi appelé musique populaire des coucerts composés des (Buvres les plus transcendantes des grands maîtres. On s'est réjoui de Yoir leiravailleur initié aux mystérieuses beautés deBeethowen.Mais, à tout prendre, le public de M. Pasdeloup se recrute comme tous les publics de Paris, et môme l'élément aristocratique y est largement représenté. Il n'en faut pas moins reconnaître dans cette entreprise un grand bienfait artistique offert à tous.
Faut-il qualifier de musique populaire ces refrains orgiaques qu'on entend dans les cafés-concerts ? Certes, en voyant cette alliance de la mélodie et de la limonade, cette confraternité du trombone et de Tabsinthe, on peut se demander si quelques rapports mystiques et cachés n'ont pas établi cet étrange accouplement.
Je me figure un de nos anciens et consciencieux voyageurs de l'antiquité, Hérodote ou Pausanias tombant en plein Eldorado et rédigeant ses impressions. Après avoir passé en revue les différents modes musicaux de notre époque, il arriverait aux mélopées erotiques qui se vocifèrent dans ces temples splendides, illuminés comme pour une fête. Décrivant les cérémonies il ajouterait : c II n'est permis d'enten* € dre ces accents surhumains que suivant certains rites fort curieux. € La plupart des assistants font brûler des encensoirs bourrés de tabac c et chacun doit faire des libations tout le temps que durent les mys- < tères. On m'a dit que les prêtres de ce culte se faisaient de grands « revenus par la vente de leurs boissons extatiques et que pour eux € la musique n'était qu'un prétexte. On m'a aussi raconté sur les c mœurs des prêtresses des détails qu'il serait impie de répéter, et « quoique leurs sectateurs se dépravent le goût et se délabrent l'esc tomac d'une façon désastreuse, ils augmentent en nombre tous les c jours. »
Messieurs, la musique populaire dont je veux vous entretenir n'est pas la vieille chanson de nos pères, ce n'est pas non plus l'audition d'ouvrages savants et spéciaux, c'est encore moins la romance écœurante du café musical. Je désire vous parler de la musique que le peuple fait lui-même, soit qu'il chante, soit qu'il joue, pour occuper
les loisirs du travail ; de celle qai lui donne à la fois un talent et une distraction ; de celle qui développe sa pensée et réveille les bom sentiments de son cœur.
n y a peu de temps que la musique chorale est dans nos goâits ; à pêne pouvons-nous dire qu'elle soit dans nos mœurs. *
C'est en 1833 que Wiibem , directeur du chant dans les écoles de Paris, conçut et exécuta le projet de réunir dans un seul cboew les meilleurs de ses élèves, enfants et adultes (1). H donna à ces réunions le titre d'Orplééon, conservé encore et devenu justement célèbre.
Jusqu'à cette époque on ne connaissait en France que les diceurs d'opéra et les essais de quelques manécanteries où Ton chantait dies morceaux religieux à plusieurs voix.
Et pourtant à ce moment, rAllemagne était couverte de sociétés chantantes. Dans tous les villages des pays protestants on pouvait en* tendre tous les dimanches les chorals à quatre voix de Luther et de Bach.
Faut-il conclure de ce fait que nous sommes moins bien organisés que les Allemands du Nord pour la musique d'ensemble ? Ob me permettra de n'être pas de cet avis. Pour comparer les dispositions harmoniques des deux peuples il faudrait les placer d'abord dans des conditions identiques de milieu et d'éducation.
Or, voilà trois siècles que les protestants ont renoncé au ptain^ chant, et quand nous aurons comme eux, pendant plusieurs générations, entendu et exécuté de la musique harmonisée et rythmée» M sera temps alors de constater qui aura fait le plus de progrès dans l'usage de la vraie musique.
Car, il faut bien l'avouer, avec tout le respect que Ton doit à une musique imposante et sacrée, le plain-chant qu'on apprend plus ou moins bien à tous les enfants français est une musique incomplète,
(1) Guidâ-Manue^ de VOrphéomte, par C;h. Poirtoa. t- Paris, P^cbettç et 0\ 186S.
LA MUSMHnî POPULAIRE. 13
qui^'a: m i'éteDâoe, &i la toDalité, ni le ryttune, m rharmoûie^ et si rarement la mélodie qu'il &ï faut à peine parler... Pour surcroit de désastre artistique» dans le plus grand nombre des communes de France, on laisse chanter faux au lutrin. Voilà ce qui nous retarde.
Certes, on ne peut refuser à nos psaumes la grandeur et le caractère particulièrement religieux qui en font des inspirations typiques, transmises par les âges comme un reflet de la foi chrétienne à ses débuts éclatants. U ne faut pas non plus méconnaître la saveur archéologique qu'on trouve à écouter un beau motet dans une vieille église. Mais au point de vue purement musical on doit admettre que le idain-cbant n&peut satisfaire Tartiste musicien. Entretenir dans les oreilles ces tonalités incomplètes et ces mélodies indécises équivaut à montrer aux élèves de peinture des tableaux prhnitifs, à de futurs sculpteurs les ébauches des Pélasgeset à des aspirants poètes les essais des^littérateurs malgaches.
Cependant, à Tépoque de la mort de Wilhem, le mouvement choral de TAltonagne nous pénétrait peu à peu. L'Alsace chantait en allemand les magnifiques choeurs de Weber, Mendelssohn, Zelter, composés sur les vers de Goethe et de Schiller. La Belgique traduisait en français ces superbes poésies, et les élèves des écoles parisiennes, devenus grands, prenaient les traductions et les compositions belges et choisissaient dans nos opéras les morceaux qui pouvaient être rendus par des voix d'hommes. Bientôt M. Gounod, qu'on avait mis à la tête de l'orphéon de Paris, Adolphe Adam et d'autres auteurs composèrent spécialement pour ce genre d'exécution.
Mais ce n'était encore que le début de cette^grande marée orphéoni(|ua qui devait couvrir la France.
En présence de ce réveil artistique la ville de Lyon ne restait pas oisive, on peut même dire qu'elle précéda Paris.
C'est à la Société d'Inslruùtion primaire du Rhône que revient l'honneur d'avoir organisé dans notre viUe les premiers cours publics de musique; les autres écoles n'ont suivi l'exemple de cette société que longtemps après.
14 LA MUSIQUE POPUUIRe.
Ed 1840 M. Manigaet était chargé de la direction des cours de musique des écoles fondées par la Société d'iostruction primaire. Il y mit un tel zèle, un talent si pratique, un dévouement si expéripienté qu'en très peu de temps il créa une l^ion de jeunes musiciens, capables d'exécuter avec succès des chœurs à grand effet dont plusieurs étaient de sa composition.
Beaucoup d'orphéonistes d'à-présent sont ses élèves, plusieurs dirigent des sociétés, on peut citer MM. Pompogne, Moley, Ghignard, etc. ; d'autres sont devenus vraiment célèbres, et M. Maniquet doit être fier d'avoir eu pour élèves MM. Michot et Berthelier.
Les solfèges Maniquet resteront classiques. Ce sont les plus remplis, les plus ingénieux, les mieux ordonnés que je connaisse. Trèssavamment écrits en contre-points à deux parties, ils ont une tournure àiélodique qui plait à l'élève; du premier coup ils habituent son oreUle à apprécier la musique harmonisée et ils forcent sa voix à rendre les accords avec justesse.
Les succès étonnants obtenus en musique par la Société d'instruction prhnah-e ont bien vile encouragé les Frères de la doctrine chrétienne à enseigner cet art dans leurs écoles. Leurs principaux professeurs ont été MM. Millet, Chapolard, etc.
Up incident heureux était venu donner à cet élan musical une nouvelle hnpulsion. En 1833, au moment où Wilhem fondait dans la capitale le^premier orphéon, Aimé Paris fondait à Lyon son école de musique en chiffres et son système de mnémotechnie et de sténographie. Les cours eurent un certain succès ; les dames y étaient admises ; on y allait en famille.
Plusieurs de ses élèves MM. Perraud, Castellan, Ghambon s'occupent avec activité de musique chorale et même ceux qui ont abandonné la méthode d'Â. Paris lui doivent de connaître le charme de la fusion des voix.
M. Silvan, qui m'adonne tous ces détails sur l'histoire musicale de notre ville, estime que ces rivalités de systèmes et d 'écoles ont eu pour
résultat de créer des élèves en plus grand nombre et de stimuler d^lne manière heureuse le zèle des professeurs.
Parallèlement à ce progrès vocal on peut suivre chez nous un courant instrumental encore plus accentué. Dès 1830, les paroisses St-Nizier, St-Pierre, St-Bonaventure avaient des musiques d'harmonie composées d'amateurs et d'artistes. Les corset le trombone étaient les seuls cuivres admis. Mais l'arrivée à Lyon de la famille Luigini dont le père et le fils Joseph avaient un talent remarquable sur la trompette à clef, détermina une sorte d'invasion de ces instruments, secondée du reste par l'invention du cornet à pistons, type aujourd'hui de tous les instruments de fanfare depuis le plus aigu jusqu'à la contrebasse mi bémol.
Faut-ilse féliciter de voir les instruments de cuivre mis à la pprtée de tous par une simplification d'embouchure et de doigté. Oui, certes, car, sans cette facilité, les innoiid)rables fanfares communales n'auraient pas pu se créer comme elles l'ont fait en quelques années. Mais ^ussi regrettons de voir négliger le hautbois, le basson, le cor, dont les timbres émouvants et caractéristiques se sont réfugiés dans les grands orchestres d'opéras. Espérons d'ailleurs que la musique de fanfare forme une transition entre l'ignorance artistique et le goût, la pratique des musiques d'harmonie ou des orchestres complets. A ce compte le cornet à piston aura joué le rôle d'initiateur et de précurseur — qu'il lui soit donc beaucoup pardonné.
Mais une cause inattendue vint donner à notre art chéri un nouvel essor, n est évident que les hommes d'Etat qui proclamèrent la république en 4848 n'avaient pas particulièrement en vue la prospérité des sociétés musicales. La révolution de février n'en a pas moins contribué puissamment au développement de la musique populaire en France. Les mœurs nouvelles poussaient les ouvriers à vivre davantage au grand air. Â tout propos on se réunissait en assemblée et, quand on n'avait plus de motions à faire ni de nouvelles à se communiquer, on chantait des airs patriotiques. Or, on se blase vite des charmes de la MarseUlaise vociférée à tue-tète. Les délicats
se choisirent et chantèrent à la tierce. L'esprit d'initiative, vivement|surexcilé à cette époque, fit je reste. Les sociétés chorales s'établirenton peu partout.
De leur côté, les légions de gardes nationaux voulurent avoir leur musique militaire. C'est ce qui explique qu'en 'peu de temp^il y ait eu un tel mouvement d'organisation musicale.
C'est alors qu'à Lyon fut créée la Fanfare Lyonnaise sous la direction de M. Joseph Luigini, et VUnion Chorale sous la direction de M. Ghapolard. En même temps de grandes exécutions chorales eurent lieu au Colisée, devenu depuis l'Alcazar, et ce furent les élèves des écoles primaires qui fournirent les contingents nécessaires.
Mais voilà qu'une de ces personnalités rares, un de ces hommes tenaces et dévoués, marchant malgré tous les obstacles et arrivant enfin à unbu^d'autant plus désiré qu'il paraît impossible d'y atteindre... voilà, dis- je qu'un modeste organiste de la ville de Sens se met en tête de couvrir la France de sociétés chorales et de les réunir dans de vastes concerts. Convaincu de la haute portée moralisatrice de la musique, persuadé de Taptitude des masses à recevoir et à féconder cette semence artistique, il se met à l'œuvre avec courage, avec enthousiasme. Ce musicien à qui nous devons la création des premiers concours orphéoniques, sans lequel par conséquent les]dix mille sociétés musicales qui existent^ en France ne se seraient certes pas fondées, se nomme Eugène Delaporte.
Une fois son programme décidé, rien ne l'arrête; ilja à pied de village en village, organisant les orphéons, installant des professeurs, ne dînant pas toujours, mais laissant partout^un .'groupe musical, en voie de progrès.
A peine a-t-il établi un certain nombre de [sociétés, qu'il les réunit en 1849, à Troyes, dans un Festival où l'on entendit deux cents chanteurs. Puis ce fut à [Sens. M. Delaporte, afin d'attirer^les chanteurs, était obligé de leur payer leurs frais de voyage.
Pour exciter l'ardeur de ses invités et pour doubler l'attrait de ces êtes, il institua les concours où les sociétés victorieuses reçurent des
récompenses. Au premier de ces tournois artistiques se présentèrent seulement neuf sociétés ; mais le mouvement était donné. Les orphéons de Paris avaient entendu les Crik-Mouils de Lille et la Société Royale des ChceursAe Gand. Ce fut un étonnement et une initiation ; on comprit les progrès que les chanteurs pouvaient faire en s'écoutant les uns les autres, on constata la fraternité complète que la musique établissait entre peuples voisins (1), et la même année Melun organisait le premier concours en règle.
Successivement les principales villes de France, sollicitées par l'impulsion ardente de M. Delaporte, établissent des concours et chacune de ces fêtes crée autour de la cité en liesse des masses de sociétés musicales. L'élan devint tel que le promoteur fut débordé, presque méconnu et renié. Ce qui ne l'empêcha pas d'aller toujours droit son chemin et d'organiser en 1859 les immenses concours de Paris et de Londres.
On a peut-être déjà oublié que trois mille orphéonistes flrent en Angleterre une descente pacifique et que les Anglais, ces froids insulaires, s'enthousiasmèrent au point de porter en triomphe les chanteurs français. Une souscription, qui produisit vingt-cinq mille francs en une demi-journée, permit à nos voisins d'offrir un superbe banquet à leurs hôtes et de cimenter par de vigoureux hourras l'alliance des deux nations.
C'est à ce moment que commença en Angleterre l'agitation musicale, the musical agitation. Mais si notre paisible invasion a dévoilé à John Bull ses aptitudes musicales, elle n'a pu le rendre complètement artiste. Un bon compositeur anglais est encore à trouver.
Enfln, jusqu'à présent, ces fêtes de l'harmonie se sont multipliées au point qu'il serait difiScile d'en établir la liste complète. Aussi, est-
Ci) A Toccasion da concours musical de Lyon, H. Hignard, professeur à la Faculté des lettres, fi&isait inscrire sur les médailles commémoratives :
Pax sequitur vmas. — Popnloi ïyra fœderejungit.
ee avec un sincère regret que Je ne puis signaler à votre attention les noms de tous les gens de cœur dont le dévouement a organisé ces formidables agapes artistiques.
Il y a de caractéristique dans ce mouvement qu'il est exclusivement le fait de tentatives individuelles. Non-seulement l'administration n'y a pas mis la main, mais souvent il a fallu lutter contre certaines préventions, certaines terreurs de sa part. Le gouvernement ne pouvait regarder avec indifférence cette sorte de franc-maçonnerie musicale qui prenait les allures d une secte.
On fut étonné de cette force qui remuait les populations et quelques-uns essayèrent de l'utiliser au profit d'autres idées. Mais ils ne firent que se préparer d'inévitables déceptions ; car, l'orphéon, si puissant pour faire le bien, s'annule et meurt lorsqu'il veut s'écarter de sa voie purement artistique. Dès que la musique devient un levier, elle se dissout dans les mains de ceux qui veulent l'exploiter.
L'autorité, sans avoir eu cette pensée, je veux le croire, devint trèsfavorable à la musique populaire sous le ministère de M. Duruy. On voulut l'encourager comme on encourage toutes les idées issues de l'initiative privée. Vous l'avez sans doute remarqué. Messieurs, dès qu'une institution se fait jour en dehors de la pensée gouvernementale, on s'empresse de la réglementer ce qui, le plus souvent, arrête son essor et son développement. On appelle cela faire quelque chose pour cette institution.
Il faut, à ce sujet, remercier vivement M. Laurent de Rillé que son grand talent de compositeur et sa haute expérience en matière orphéonique avaient appelé auprès du ministre. Il eut peur, avec raison, de cette grande sympathie et tous les rapports dont il était chargé arrivaient à des conclusions qu'on pourrait résumer ainsi :
— Si vous voulez donner aux sociétés musicales une preuve éclatante de votre sollicitude, laissez-les tranquilles.
M. Laurent de Rillé insista pourtant sur le développement à donnera l'enseignement musical dans les écoles; c'est en effet le plus grand service qu'on puisse rendre à la cause qui nous occupe.
LÀ MUSIQUE POPULAIAE. (9
On le voit, ce sont surtout les concours orphéoniques, organisés par des particuliers, qui ont propngé le goût musical en France. Malgré cela, ces belles fêtes ont été fort critiquées et ce serait le cas d'en examiner les avantages et les dangers.
Il y a déjà longtemps que Ton s'occupe des bons et des mauvais côtés des concours; mais ce qui a toujours embrouillé la question c'est que l'intérêt personnel et Taraour-propre sont venus se mettre à la traverse. Les personnes qui ont traité ces matières n'ont pensé qu'à tel ou tel concours, et selon le profit ou l'honneur qu'on en avait retiré, les concours devenaient tout d'un coup utiles ou nuisibles.
Les journalistes invités et choyés, les musiciens appelés à figurer comme membres du jury, les directeurs des sociétés couronnées s'écriaient dans leur enlhousiasme : « fûtes de la paix I moralisation I € élévation du niveau intellectuel II»
Mais les rédacteurs oubliés, comme les méchantes fées dans les contes d'enfants, les artistes non convoqués, les sociétés vaincues vociféraient : « cohues 1 orgie 1 ruine! décadence! ! »
Et puis si, au concours suivant, les rôles étaient intervertis, les exclamations changeaient et ceux qui avaient dit : c orgie I » exclamaient : « civilisation ! » de même que ceux qui avaient crié : « élévation du niveau intellectuel ! » soupiraient tristement : « décadence. »
Et cette plaisante comédie n'est pas finie. Elle durera tant qu'il y aura des concours.
Au milieu de tout cela le public ne sait auquel entendre; quoique le goût général soit en faveur de ces fêtes artistiques , on trouve quelques personnes qui ont des arrière-pensées et n'osent pas sans quelques remords se livrer à des plaisirs nouveaux pour nous.
Les concours ont eu pour effet immédiat, ainsi que nous l'avons constaté, de faire surgir les sociétés de tous les points de la France. Ils ont contribué d'une manière incontestable à mettre dans une voie de progrès les sociétés qui s'y sont rendues.
Peut-être y aurait-il à perfectionner le mode de classement et à
^opprimer peu à peu le caractère de lutte, de chasse auxmédaiUes, de Derby musical? Il vaudrait mieux, je crois, qu'il n'y eût ni vaincus ni vainqueurs, et que l'on vint simplement conquérir des grades donnés au mérite intrinsèque, sans que la force ou la faiblesse des concurrents pût donner à personne ni l'humiliation d'une défaite ni l'orgueil d'un triomphe parfois peu légitime.
Peut-être ferait-on bien de demander aux membres des jurys des travaux plus complets?
U y aurait sans doute à modifier les concours de lecture à première vue et à établir ceux de dictée musicale.
Mais je ne veux pas fatiguer l'aUention de l'assemblée par des détails purement techniques et je ne m'occupe ici que de ce qui touche à la moralité et au développement de l'intelligence.
On a reproché à ces fêtes d'attirer les ouvriers musiciens dans les grandes villes, de leur en faire voir les apparentes séductions et de les dégoûter de la vie modeste des campagnes.
Cela ne peut s'appliquer qu'à un nombre restreint d'orphéonistes, car les cultivateurs figurent seulement dans la propoition de treize pour ceni;^insi, au concours de Lyon, sur 6,774 musiciens, il n'y avait que 883 cultivateurs.
Et croit-on qu'avec la facilité de communications dont jouissent à présent les campagnes, les jeunes paysans attendent Tocoasion d'un concours pour faire connaissance avec la cité voisine ?
Non, ce ne sont pas les réunions musicales qui dépeuplent les champs. Bien au contraire; tout ce qui peut donner au village quelques-uns des passe-temps honnêtes des grandes villes ne peut avoir pour résultat que de retenir ceux qui s'ennuient de la vie champêtre. Et, à "ce compte, les orphéons ruraux sont, on Ta constaté, d'énergiques agents qui groupent, attirent les jeunes cultivateurs et les attachent au sol de la commune.
Quant aux dépenses occasionnées par les déplacements et les voyages, elles sont beaucoup moindres qu'on ne le croit. Les caisses des sociétés alimentées de diverses manières y subviennent en grande
partie. Ce qu'il faut en plus, l'argent de poche des orphéonistes, se trouve d'autant plus facilement que, pour faire partie d'une société, il faut avoir le sentiment de Tordre, l'esprit de l'épargne et c'est le cabaret qui perd ce que le concours a fait dépenser.
Doit-on conclure de là que tous les chanteurs et exécutants d'une fête musicale se conduisent comme de petits saints. Je n'irai pas si loin ; mais, je dois le certifier, les égarés sont perdus de longue date ; les austères et les sages peuvent d'autant plus facilement conserver leur dignité que, d'ordinaire, les programmes de ces fêtes sont assez surchargés pour ne pas laisser à ceux qui y prennent part un instant de répit.
Les Allemands, qui font 'des festivals gigantesques, ne sont pas arrêtés par ces considérations. Il est vrai que, malgré les proportions de ces congrès immenses, tout se passe en famille. Ainsi, lors de la grande fête des chanteurs à laquelle j'assistais à Dresde, en 1865, vingt-un mille chanteurs étaient hébergés par les habitants euxmêmes^ et ce fait seul donnait à l'assemblée un caractère patriarcal, un air de bonne compagnie qui expulsait toute idée de dévergondage. Malgré la foule il n'y avait ni cohue, ni ivrognes ; les places publiques étaient des salons où cent mille personnes se réunissaient, causaient, chantaient, s'enthousiasmaient. Quel peut être, je vous le demande, le danger de pareilles fêtes ?
Aussi, maintenant encore, j'en arrive sur les concours à la conclusion de ma relation de cette imposante manifestation artistique (1) : c Faisons de la musique les uns aoec les autres, et non pas les uns € eofUre les autres, t
Oi^anisoQS moins de concours et plus de festivals.
Les concours nous ont donné un« maturité musicale forcée, arUfideUe et stérile.
(I) CuqjwTi à Jkêide, — Lyon, 1865.
tî LA BIUSIQUE POPULAIRE.
C'est Fart qui doit être Tidéal, et non la luttel Anéantissons lesriTalltés d'homme à homme, de société à société.
La musique popubire eA au-dessus de ces mesquineries. Une. surabondance de sève lui a nui d'abord; plus deréQexion et plus d'expérience lui donneront bientôt son véritable caractère.
C'est une trop belle institution pour qu'elle n'arrive pas à des résultats encore plus louables que ceux qu'on a obtenus.
Sait-on bien, en effet, tout ce qu'il y a de grand et de fécond dans cette merveilleuselnspiration du peuple ?
Sait-on combien la musique lie les hommes et rapproche les classes?
Ignore-l-on à quel point la pratique de l'art élève les idées, épuré les sentiments ?
Se rend-on enQn un compte exact de la force de cet esprit social qu'un orphéon établit pntre ses membres ? Vous ne sauriez croire comme c^ réunions lui donnent l'habitude de la discussion réfléchie et des jugements sains.
Qui peut avoir oublié d'ailleurs tout ce que les orphéonistes, par leurs concerts, ont donné aux pauvres? La seule ville de Lyon, en dix ans, a trouvé quatre-vingt-dix mille francs, produits par la musique populaire pour soulager la souffrance I
Messieurs, après avoir examiné les développements delà musique parmi les masses, on peut se demander si ce progrès ne correspond pas à quelque transformation de notre société. Je voudrais terminer par des considérations générales sur l'état actuel du peuple français. Mais j'hésite. Ce serait toucher à des questions délicates et j'appréhende de voir mes pensées en contradiction avec les idées généralement admises.
Car, c'est une remarque à faire : les classes riches et éclairées ne touchent à la classe ouvrière que par les côtés douloureux et irritants. Poussé par d'admirables sentiments de charité, on recherche les vices pour les détruire, les misères pour les soulager, les soufibrances pour
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les guérir ; mais à force de vouloir faire le bien, il est à craindre qu'on regarde trop le mal et qu'on oublie cette masse énorme qui vit heureuse et modeste sans réclamer ni secours ni consolations.
En présence des problèmes nouveaux qui nous agitent, il me semble qu'un homme, vivant constamment au milieu des ouvriers, partageant leurs peines et leurs plaisirs, a quelques droits, se trouve même dans Tobligation de déclarer ce qu'il voit et ce qu'il pense.
Voilà qui m'enhardit à vous soumettre en quelques mots rapides le résultat de mes appréciations, examen indispensable si l'on veut saisir l'ensemble du mouvement musical.
L'établissement des orphéons dans notre pa;s est le fait d'une évolution sociale dont on ne voit pas assez l'importance.
Le peuple a soif d'égalité. Longtemps il a cru qu'il n'arriverait à son rêve qu*en abaissant ceux qui étaient au-dessus de lui. Mieux inspiré maintenant, il comprend que l'égaUté dans la boue équivaudrait à une misère générale, et il aspire à monter.
Déjà le goût de la famille et l'habitude de l'épargne lui ont donné, sinon Taisance, au moins la tranquillité et le bien-être. Les sociétés de prévoyance et de secours mutuels sont en train de l'affranchir de labienfaisancB, qui ne sera plbs bientôt, espérons-le, qu'une prime offerte à Tincurie et à la paresse.
L'augmentation des salaires, les prodiges de la vie à bon marché font de l'ouvrier français le mieux nourri, le mieux vêtu et le mieux logé des ouvriers d'Europe.
Hais c'est sous le rapport moral et intellectuel que se sont accomplis les progrès les plus étonnants. La grande préoccupation du peuple, on peut dire : sa religion, c'est d'être honnête; et cela sans caleul ni peur, parce qu'il a reconnu que c'était beau et bien. Il a d'autant plus de mérite à accomplir ce programme qu'il est obligé chaque jour de résister aux mauvais conseils de la pauvreté et de l'envie.
Et puis, ce qui le soutient et l'encourage, ce sont les consolations du coBur. C'est chez lui qu'on trouve ces camaraderies à toute épreuve. C 'est chez lui qu'il faut chercher ces fortes et saines amours qui jpré-
cèdent la paternité; amours d'égal à égal^ sans honteux marché, sans compromis fallacieux ; amours de deux âmes qui se connaissent à fond et se donnent pour toute la vie; amours cimentées par les épreuves et récompensées par une descendance nombreuse et dévouée.
Oui, Messieurs, le peuple a compris que, pour s'élever, il de vait s'accrocher aux branches les plus hautes , aux rameaux brillants de rintelligence, et il court aux écoles, aux conférences, aux bibliothèques. Il se fait artiste, apprend la musique et le dessin. Les musées l'attirent ; il a déjà des préférences pour Rubens ou pour Raphaël ; il connaît d'un bout à Tautre les partitions de Rossini et de Meyerbeer . U sait raisonner et discuter; et, malgré des excitations malsaines, des appels réitérés à ses appétits matériels, il marche de plus en plus vers le calme et la sûreté de vue que donne la sagesse .
Groyes^le, c'est un beau et consolant spectacle auquel nous assistons, mais pour jouir de cette transformation évidente, il ne faut pas 86 laisser étourdir ou détourner par les récriminations du petit nombre; il faut considérer la masse, de près, sans parti pris, et l'on voit le peuple tel qu'il est, tel qu'il veut être.
LA MUSIQUE POPULAIRE. tK.