NOTES
COHCOUBS rOBPKOlS, DE lUSIQUES D'IÂBIOIIE ET DE FAHFABES
Classement.
Le classement des sociétés est une des choses les plus importantes des concours musicaux; lorsqu'on n'y procède pas avec tout le soin désirable, on court le risque de décourager certains orphéons. Non que j'aie l'intention de dire qu'il y ait eu parfois partialité dans le groupement des divisions, mais je crois que la pratique amènera un système plus en rapport arec les efforts et les éléments des concurrents.
Je m'explique.
Dans les premiers concours organisés on avait établi trois divisions. Le classement de sociétés jusqu'alors inconnues n'a pu se faire que d'une manière très -incertaine. Après la première épreuve on a fait monter d'une division les premiers prix de la 2* et de la 3*. On a reconnu de plus que parmi les orphéons classés en l^* division, il en fallait faire rétrograder jusque dans la 3*.
Dès qu'une sodété avait concouru, son classement s'opérait facilement selon ses états de aenryce. Mais, à chaque nouvelle venve^ la diflS-
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caltë se présentait. On imagina de grouper séparément les corps de musique des chefs-lieux d'arrondissement, des chefs-lieux de cantons et des communes ; on iit intervenir comme élément le chiffre de la population des différentes localités, et Ton arriva néanmoins à des inégalités entre les sociétés d*une même division.
On comprend facilement, en effet, que telle préfecture d'un pays reculé aura de la peine à pouvoir lutter, sous le rapport musical, avec certaines communes voisines d'une grande ville. Et puis, il arrive fréquemment que dans les localités importantes, au lieu d'avoir un orphéon réunissant les meilleurs éléments de l'endroit, on divise les forces et l'on crée plusieurs sociétés médiocres, formant à peine la monnaie d'un groupe villageois bien uni.
Pour tout arranger on eut égard au nombre des membres et à la date de fondation. Mais il arriva que certaines sociétés, au moment d'un concours, ne laissaient combattre que leurs plus solides musiciens, et, sous une apparence chétive qui les faisait classer très-bas, obtenaient une victoire facile. Quant à la date de fondation, on s aperçut bien vite que la force d'un orphéon est loin d'augmenter en raison directe de son âge. Pendant les trois premières années, les progrès sont sensibles, souvent stupéfiants; puis le personnel se renouvelle; les novices ont tout à apprendre, retardent les anciens et les découragent. Si bien que cette nouvelle agrégation peu homogène, après avoir donné au directeur une peine énorme, se présente à un concours dans des conditions souvent désastreuses.
Au concours de Lyon, pour le classement des divisions inférieures, on demanda aux sociétés surtout deux choses : l'âge musical de chaque orphéoniste et sa profession. Puis on fit une moyenne de l'âge musical de chaque société, et Ton groupa ensemble celles dont les éléments se rapprochaient le plus. Les réclamations nombreuses que font naître d'ordinaire la publication de la liste des divisions n'eurent pas lieu cette fois-là, et les quelques observations formulées à ce sujet ne tinrent pas devant les explications du comité organisateur. Le ^imple exposé du système employé fermait la bouche à tous les mécontents.
Je ne crois pas que ce mode de classement ait été employé depuis. Sans doute on l'aura trouvé trop simple et trop juste.
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J'ii dit qu'on avait d'abord créé trois divisions. On ne tarda pas à instituer une division supéiieure dans laquelle on inscrivit les premiers prix de la l"^ division. Puis on inaugura la division à*excellence pour les lauréats de la division supérieure. Enfin les sociétés les plus fortes furent déclarées hors concours. Hais voilà qu'on a eu l'idée de faire concourir ensemble les sociétés hors concours. 11 est difficile de prévoir où l'on s'arrêtera.
Ces luttes à outrance amoindrissent tant soit peu le prestige de la première division qui devrait logiquement élre la première; et il en sera bientôt des sociétés d'élite comme de certaines denrées où les qualités extra-fines ne sont que les plus ordinaires.
D*autre part, le nombre des jeunes sociétés augmentant dans des proportions phénoménales, on fut obligé de partager les divisions en sections; de sorte que, tout en conservant les trois divisions primitives, il y a en résumé dix groupes distincts et de forces différentes.
Aussi ne vous laissez pas éblouir par certains triomphe$ obtenus i grand bruit. Des orpl^éons rapportent dans leurs villages des médaillei d'or, grand module^ comme 1«' prix ascendant de la l'« section ! Oni, mais 1'^ section de quoi? faut-il leur demander?
— De la dernière division.
— Alors ne criez pas si fort.
Certes, je n'ai pas l'intention de diminuer le mérite de semblables succès, et je connais les efforts que nécessite l'éducation musicale des petites sociétés, mais j'ai voulu faire voir que, là encore, il y a quelque révision à faire pour éviter au public, qui n'est pas au courant de ces subdivisions compliquées, de s'enthousiasmer plus qu'il n'est loisible, ou même de se laisser trop frapper par des échecs fort honorables. Car vous conviendrez que les vaincus de la division supérieure ont droit pour le moins à autant d'hommages que les victorieux de la dernière.
Il me parait urgent de remplacer ces sections embrouillées par dix eusses qui indiqueraient clairement la force des sociétés.
Il me parait important de supprimer ce caractère de lutte, de parties à gagner ou à perdre, dans lesquelles la valeur intrinsèque d'un orphéon est i*arement envisagée ; organisation qui permet d'être victorieux dans un concours, battu dans un autre huit jours -après, unique-
ment parce qu'on a eu la bonne oa la manyaise chance d'être groapé avec des concurrents habiles ici, faibles là-bas.
Les sociétés deyraient conquérir des grades et pas autre chose. On serait orphéon de 2* classe, fanfare de5« classe, etc; le but à atteindre serait de monter d'un grade ou de ne pas descendre d'une classe. Par ce moyen celte rivalité fâcheuse serait évitée, et Tamour-propre suffisamment alimenté pour satisfaire l'orgueil de tous.
Quant aux médailles, elles seraient proportionnées à la valeur des groupes et tout le monde en aurait. L'intéressant serait d'emporter les plus belles et l'on ne verrait pas ces bannières surchargées de médailles d'or ou de vermeil précédant des sociétés affreuses à entendre. La cou* leur et la grandeur de ces récompenses sufQrait à indiquer la force réelle et non relative de chaque musique.
Voici comme on pourrait organiser les différentes classes correspondant aux diverses sections actuellement en usage :
Excellence i'e classe.
Division supérieure V —
l»» division 3« —
î« division !««• groupe 4* —
«• division î« groupe 5« —
3« division iw section 6* —
— i« section ?• —
— 3« section 8* —
4« division 9« —
Division de classement 10» —
Les couleurs des rubans et les valeurs des médailles seraient' réparties de la sorte :
Bubim rouge
cuisse. . .
. . . meuaiiie u ur
. grauu uniuuio.
moyen — peut —
Ruban bkmc
médaille de vermeil.
. grand module moyen — petit —
Ràb^u htéu
médaUle d'argent...
grand module, moyen —
petit —
Jtekw 9irt
médttUêëebroiiM.
LA MUSIQUE POPULAIRK. 29
Jurys.
Les jurys chargés de décerner les récompenses doivent être, cela Ta sans dire, compétents et impartiaux. 11 est bien rare qu'ils ne soient pas TuD et Tautre. Les sociétés qui se plaignent ont toujours le tort de critiquer la composition du jury trop tard, c'est-à-dire après jugement. La plupart ne protesteraient pas si vivemeiit si les mêmes hommes,
selon elles si ignorants ou si injustes les avaient couronnées. Les
réclamations de ce genre doivent se faire avant d'entrer en lice. Il n'est pas d'usage de récuser ses juges après un procès perdu.
Les membres des jurys doivent rédiger leurs appréciations et en faire part aux concurrents. Ces explications et ces conseils sont indispensables. Ce sont les considérants des arrêts rendus et souvent d'excellentes leçons données par les premiers musiciens de notre époque. Hélas I à ce sujet, je me permettrai d'être sévère pour quelques-uns de MM. les juges. Beaucoup, en effet, ne. se rendent pas assez compte que c'est le travail de toute une année que chaque société leur soumet; or, ce n'est pas par deux mots écrits à la hâte et d'une plume distraite, qu'on indique à un orphéon la marche à suivre, les défauts à corriger, les qualités à acquérir.
. Quelques-uns, dans la crainte de n'en pas dire assez long^ ne disent, rien du tout. Ceux-là sont malheureusement nombreux^ et c'est fort regrettable.
Pour concourir, chaque société exécute deux morceaux. Cet usage me semble sagement établi pour faire ressortir les diverses qualités des
concurrents. Seulement, dans les divisions élevées, un de ces morceaux est imposé par la commission organisatrice et envoyé, selon les forces, un mois, quinze jours, huit jours avant le concours. Cette mesure, instituée pour égaliser les chances de la lutte, me parait avoir produit justement Teffet contraire. On comprendra facilement qu'un chceur imposé qui demande de la vigueur et de belles voix, fera le succès des sociétés possédant des timbres brillants et des qualités de puissance ; ce même chœur fera forcément échouer les orphéons dont les organes sont faibles et qui se sont attachés à Fétude des nuances fines et douces. La réciproque aura lieu naturellement.
Il arrive parfois que le morceau imposé ne va à aucun des concurrents, soit parce qu'il demande un style spécial, soit parce qu'il offre trop de diflBcultés. C'est alors un véritable piège tendu aux exécutants, et après le concours, public, jury, chanteurs, tout le monde est mécontent.
Et puis, comme dit Âlceste :
le temps ne fait rien à Tafiaire.
Les premiers sujets de l'Opéra de Paris mettent plusieurs mois à monter un ouvrage; que veut-on qu'une réunion d'amateurs puisse faire de bon en huit jours? Veut-on reconnaître si la société qui se présente connaît le solfège et peut rapidement mettre un morceau sur pied? Pour cela il y a les concours de lecture à première vue qui en disent bien plus qu'un morceau imposé, fût-il envoyé la veille. Je connais, pour ma part, des orphéons dans le midi de la France dont pas un membre n'est lecteur^ et qui montent un choeur d'une manière satisfaisante en une seule séance.
Iiectare à ipremlére vue.
J'ai parlé de lecture à première vue. Cela est, à mon avis, un point capital des concours. Il y a peu de temps qu'on y a songé, et si l'on n'ose pas encore rendre cet exercice obligatoire, on devrait le rendre
LA MUSIQUE POPULAIRE. Si
plus accessible aux débutants. On prend plaisir à accumuler dans ces essais les écueils contre lesquels les sociétés les plus aguerries font naufrage. Ce n'est pas là encourager le travail. Ce n'est pas non plus récompenser le courage. Et si Ton n'y prend garde» on détournera les orphéons d'une étude excellente.
Dictée musicale.
Une chose qu'on devrait introduire dans les concours , c'est la dictée musicale. Cet exercice semble presque impossible à certaines personnes, uniquement parce qu'elles ne l'ont pas essayé. Et pourtant rien n'est plus facile à apprendre aux élèves; je puis le certifier.
Certains orphéons, surtout ceux qui lisent avec les chiffres, se sont appliqués à ce genre d'étude et obtiennent des résultats étonnants. Ainsi, lorsque la musique du 34» prussien est venue à Lyon, les orphéonistes présents ont recueilli les airs caractéristiques joués par les Allemands, et les fanfares des départements exécutent de nombreux arrangements sur ces souvenirs musicaux.
De son côté, M. Parlow, chef de cette musique étrangère, nous a envoyé des pas* redoublés et des pots-pourris composés sur les mélodies chantées en sa présence par les orphéonistes de Neuville-sur-Saône.
Je crois donc qu'on pourrait avantageusement remplacer le morceau imposé par des essais de ce genre. Je sais qu'il était fort agréable pour les éditeurs de publier une composition dont l'écoulement était assuré et immédiat, mais ces messieurs sont assez intelligents pour réussir d'autre sorte.
lios^meiitsy réception.
D'ordinaire le comité organisateur se charge de retenir le logement et les repas des orphéonistes. Trop souvent le logement est impraticable
3f LA MUSIQUE MfULAIRE.
et la nourriture inacceptable. On ne saurait croire le mauTais effet que produit cette exploitation du musicien par l'aubergiste.
Parfois le comité croit avoir à héberger un régiment ou à recevoir des bestiaux de concours agricoles.
Combien j'en ai vu de ces étables orphéoniques f
Tout cela est infiniment regrettable, et les organisateurs ne se doutent pas de la responsabilité énorme qui leur incombe. Des sociétaires venus de loin ont besoin de repos, il leur faut une nourriture convenable. On ne doit pas oublier que leur présence amène pour quelques jours la prospérité dans la ville où ils se rendent. Et si on leur offre un logement impossible, ils se débandent et bonsoir la discipline, adieu la surveillance toute paternelle du président de la société. Le mécontentement donne vite à la fête un caractère mauvais. Une seule faute de ce genre est beaucoup plus grave qu'on ne pense.
Les personnes qui s'occupent de ces fêles doivent comprendre que les orphéonistes ne sont pas des curieux à exploiter, mais des artistesqu'il faut respecter et aimer.
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