LA DÉLEGATION CANADIENNE A WASHINGTON
nm
Une demi-heure chez le Président. — Une Délition couverte de 10,000 noms. — Combliment flatteur à l'adresse du Syndicat Canadien-Français de Worcester. — Le (Guide Français de la Nouvelle-Anglelerre » sur le bureau de M. Cleveland. — L'invitation des Canadiens Drise en sérieuse considération. — Grande Drobabilité qu’elle sera acceplée.
Les membres de la délégation chargée conjointement par les Comités de la Convention et de la Célébration nationales de 1888 d'aller inviter le Président des États- Unis d’assister à la grande démonstration canadienne-française du 28 juin prochain à Nashua, N.-H., partaient de Worcester dans la soirée de dimanche, 15 avril dernier, pour s’acquitter de leur délicate mission. C'étaient MM. L. P. Lucier, de Nashua, président du Comité Exécutif de
la XVIIe Convention Générale des Canadiens français des Etats-Unis, ainsi que du Comité de la fête nationale; Dr L. L. Auger, de Great Falls, N.-H., vice-président des mêmes comités; Dr A. W. Petit, de Nashua, secrétaire, et Dr L. J. Martel, de Lewiston, président honoraire.
La délégation: emportait avec elle une pétition signée par plus de 10,000 compatriotes de vingt différents États de l’Union Américaine. M. A. G. Lalime, le populaire gérant du Syndicat Canadien Français de Worcester, avait su faire de ce document un véritable chef-d'œuvre de beauté et d'élégance. Le parchemin était enfermé dans un étui en soie tricolore parsemée d'étoiles d’or, avec franges et inscriptions en or. À chaque extrémité, deux aigles dorés tenaient dans leurs becs 20 rubans tricolores marqués des noms des vingt Etats qui ont envoyé des signatures.
Les délégués officiels des Canadiens des Etats-Unis arrivèrent à Washington dans l'après-midi du lundi. Reçus à la gare par notre distingué compatriote M. le major Mallet, ils furent bientôt rejoints par l’hon. M. McKenna, membre du Congrès pour le New-Hampshire. Ce dernier mérite ia re-
connaissance de nos compatriotes pour le zèle et l’activité qu'il a déployés en cette circonstance. Il.avait préparé de longue main les voies à notre délégation et obtenu pour elle le rare et inestimable privilège d’une audience privée chez le Président. Il ne restait plus qu’à déterminer l’heure de l’entrevue.
Le mercredi, 18 avril, à une heure p. m., les délégués, accompagnés de l’hon. Mc- Kenna et du major Mallet, sont introduits dans le cabinet privé de M. Cleveland, L'hon. McKenna annonce la délégation, puis le major Mallet présente ses membres individuellement au Président qui donne à chacun une cordiale poignée de mains.
Le major Mallet, en quelques paroles choisies, fait ressortir l'importance de la Con:vention générale qui doit se tenir à Nashua en juin prochain et qui réunira des représentants de tous les groupes de la grande famille canadienne, depuis Portland, Maine, jusqu’à Portland, Oregon.
« Les conventions antérieures, » dit-il, « ont « eu leur importance, mais comme la Con- « vention de Nashua promet d’être beau- «coup plus nombreuse et plus générale,
«les Canadiens français des États-Unis,
« sollicitent humblement pour cette occa- « sion l’honneur de la présence du Chef de « l'Exécutif de ce pays. »
M. L. P. Lucier prése:ite alors la pétition au Président.
— Depuis que je suis : 1: Maison Blanche, dit M. Cleveland en preu:ut : ns ses
mains le document «1:11 lui et ofi rt, j'ai reçu bien des pé‘ition: de teus genres; mais je dois avoucr qu celle-ci est unique
et témoigne hautement des t:lcnts et du bon goût de ceux qui l'ont n'éparée.
Puis, avec une bonne grâce et un ton familier qui met de suite tout le monde à l'aise, le Président déclare qu’il reconnait l’importance de l'élément canadien-français aux États-Unis. Et, se tournant vers le major Mallet, il ajoute :
— J'ai été étonné, en parcourant les pages intéressantes du Guide Français de la Nouvelle-Angleterre (que le major Mallet lui avait présenté quelques jours auparavant), de constater le grand nombre de positions importantes occupées par vos nationaux dans ces différents États.
La délégation se sentit fortement encouragée par cette flatteuse remarque.
— Mais dans quel but allez-vous tenir cette Convention? reprend le Président.
Le Dr Martel répond, en quelques mots, qu’un des buts principaux de nos congrès nationaux c’est de travailler à faire de tous les Canadiens français de bons et loyaux sujets de cette République. Il termine en formulant à son interlocuteur distingué l'invitation officielle d’assister, avec Madame Cleveland, à la célébration du 23 juin à Nashwa.
Le Président répond en souriant :
— Messieurs, vous comprenez que, dans ma position, il m’est difficile de répondre formellement, aussi à l’avance, à votre invitation. Cependant, il me plairait d'assister à cette Convention, et, s’il n’en dépendait que de mes propres inclinations, ma réponse ne saurait se faire attendre.
L'Étoile de Lowell en octobre 1889 publiait ce qui suit :
Le guide français
de la Nouvelle- Angleterre et de l'Etat de New-York
S'il est une œuvre que nos compatriotes doivent particulièrement honorer de leurs
faveurs, c’est bien la publication du livre qui porte le titre ci-dessus, « Le Guide Français de la Nouvelle-Angleterre et de l'Etat de New-York.» Cette œuvre se reconmande en effet d’une manière toute spéciale à l’attention et au patronage de nos nationaux des États-Unis, surtout ceux de la région de l’Est où son degré d'utilité est le plus sensible.
Les patriotiques ouvriers de cette œuvre travaillent depuis des mois à en préparer la deuxième édition qui devra paraître sous peu. Pour se faire une juste idée de la valeur de cette publication qui ne date que de 1887, il faut en examiner la nature et le caractère propre. Disons donc de suite que le Guide Français, n’est rien moins qu'un travail énorme de compilations ou statistiques authentiques qui nous révèlent l’existence de la nationalité canadienne dans les Etats précités, sous le triple rapport religieux, social, commercial et industriel.
On voit donc à ces divers titres que l’œuvre revêt un caractère essentiellement national et qu'elle est destinée à rendre à l'élément canadien des États-Unis des services inappréciables.
Pénétrer dans tous nos centres canadiens et, là, faire le dénombrement de nos compatriotes, en constater le nornbre réel dans la mesure du possible; la date de leur organisation en paroisse, si telle paroisse a pour directeur un prêtre de la nationalité, c’està-dire, de iangue française, si elle est dotée d'institutions scolaires, et le nombre d’enfants qui fréquentent ces écoles; le nombre de Canadiens engagés dans les différentes branches du commerce, de l’industrie, etc., etc. combien sont propriétaires; si tel centre possède une ou plusieurs organisations nationales : société Saint-lean-Baptiste, de secours mutuel ou de naturalisation, leur force en nombre et en avoir, et milie autres précieux renseignements pris sur les lieux et de nature à favoriser le mouvement national.
Telle est à grands traits l’œuvre impor- .
tante à laquelle de zélés compatriotes, qualifiés sous tous rapports pour ce genre de travail, sont à mettre la dernière main, dans l'intérêt de la nationalité.
Ce rapide coup d’œil jeté par avance sur ce livre nous dit assez quel immense service il peut nous rendre à tous, clergé et laïques, pour travailler davantage dans chacun de
nos centres canadiens au progrès du mouvement national. Ce livre qui nous éclairera sur l’état réel de tous nos centres de population canadienne, et nous mettra par R-même en lieu de fortifier les endroits faibles et dépourvus d'éléments d’organisation, tels que nos groupes isolés, privés de directeurs spirituels de leur nationalité, mais assez nombreux cependant pour entreprendre l’organisation de 1a paroisse. De quels secours ce livre ne sera-t-il pas aussi à nos commerçants et industriels canadiens qui auront l'avantage de se compter, de se
connaître et d'échanger leurs produits ?
Nous pourrions citer ici nombre de cas où des relations commerciales importantes ont eu lieu l’an dernier, entre industriels canadiens de différents États, à la faveur du Guide Français, et il n'y a pas lieu de croire que ce mouvement re s’accentuera pas davantage à l’aide du même efficace medium. De quel secours aussi cette œuvre ne sera-t-elle pas à nos conventions ? Bref, tous nos compatriotes en état de le faire, devraient se hâter de souscrire au Guide Français, tous nous ÿY sommes intéressés à un égal degré.
Pour informations concernant cette souscription, nos lecteurs sont priés de lire l’annonce que nous publions dans une autre colonne.
Maintenant voici ce que publiait le 15 août 1891 un des principaux journaux de Lowell, Mass, le Lowell Evening Citizen, lorsque le Guide Français des Etats-Unis, comprenant ‘tous les Etats de l'Est, du Centre et de l'Ouest fut publié. Je DE crois donner le texte original anglais, afin
{1 de ne pas changer un iota des expressions,
| 1E des idées et des remarques appropriées des auteurs de cet article.
French in new England
ne | They Number Many Thousands and Own : Many Millions of Landed Property — Interesting Facts From a New Directory.
Mr. A. Bourbonniere of this city, author of the French directory for the United States, returned Saturday from a long jour-
ney throughout the continent in the inter-
ests of that publication. He has favored the Citizen with a copy of the publication.
The directory is the only one of the kind compiled and the author spent a year and a half in gathering facts and statistics of the French people in this country, statistics which cannot but interest every citizen and reader. Each state is given separate consideration, the large cities having a directory of French families and the towns a list of the tradesmen and manufacturers, and the whole state reviewed as a whole in tabulated form under the heads of parishes, Catholic clergymen, families, population, schools for children, attendants at the same, Canadian proprietors, values of property owned by French residents, and number of voters. For the first time, perhaps, facts Of this kind embracing a state have been presented for publication, and Mr. Bourbonniere has achieved an undertaking of prime importance to business men, mer- Chants, manufacturers and even politicians.
From the tables were gleaned a few Statistics knowing that they are presented to our readers for the first time. The French population of Maine is 52,986, including 9575 families, 3316 proprietors,
representing $2,400,374, with 12,100 voters; 24 schools are attended by 6367 children.
Lewiston has 9026 persons out of a total population of 22,900, and 1269 of them are voters. Biddeford has 8781, of which 1164 are voters out of total population of 15,200.
The town called Frenchville has 2904 French residents and 1805 are voters, and their property is valued at $160,646. These are the principal places in the state.
In New Hampshire there are 8198 Canadian families, a population of 47,682, owning $2.599,451 worth of property. The whole nusnber of French voters is 3800. Nashua has 1120 families, 5973 persons, with 94 merchants, and these individuals pay taxes on 140,804 worth of property. The number of voters is 529.
In Manchester the French population is over one-fourth of the entire number being 15,031 out of an entire population of 44,126. Their property is valued at $1,935, 017. The number of voters is 1071.
The figures for Massachusetts are equally interesting. There are 30,125 families, 165,- 325 persons, 11,046 children attending 26 schools, 4593 merchants having property valued at $10,900,604. The number of
naturalized voters is 10,740. The figures for Lowell are these : Families, 2981 ; population, 17,563; school children attending French schools, 1446; merchants, 210; property, $791,970; voters, 781. Lawrence has 976 families, 4809 persons; merchants, 68; property, $180,000; voters, 287. The figures here show that one-fifth of Lowell’s residents are French, while only one-tenth is the number in Lawrence. Ten of the 75 persons in Billerica are voters.
The population of New England for 1890 was compiled at 362,396, of which 33,663 are voters. The property owned by them is valued at $21,823,634.
The figures give food for thought on the part of those who watch the growth of New England.
ea
J'ajouterai, à cela, ce que le Sunday Globe de Boston publiait le mois suivant,
septembre 1891.
The French-Canadian population of the United States has never yet occupied the position their energy and numbers entitle them to in this country, and this is in a large degree due to the fact that they are so generally absorbed in the great mass of
the citizenship or population of the country and have not until recently become self-assertive. It was, therefore, a wise and judicious, as well as an essentially utilitarian proceeding to publish a directory of this class of our population, to the end that mutual knowledge might be gained, and the people of this original nationality learn of each other Le Guide Français des États- Unis. published by La Société des Publicalions Françaises des États-Unis, at Lowell, Mass., of which M. A. Bourbonnière is the author and compiler, represents a vast amount of labor, and has resulted in a volume of over 1000 pages, in which is found the names, the professions and the addresses of merchants, manufacturers, men of affairs, professional men and the clergy of French Canadian or of French origin and birth in the United States. Naturally this is a unique field entered into by this work, and this third edition shows that it has been fully appreciated by those best qualified to judge. The figures for Massachusetts, following the exhaustive directory, are of great interest and merit more than passing attention. They show 30,125 French Canadian families, numbering 165,325 souls;
52 boys’ and girls’ schools, with an attendance of 11,846; 11 convents; 4593 Canadian land owners, valuation $1,090,604, and 10,- 740 naturalized and voters. The last table is suggestive also of the fine field for political missionary work among the 30,000 families, only one-third of the heads of families being voters.
That this element of population has never been appreciated by the careful statistician or the men of affairs can easily be seen by these tables, and their importance cannot be sufficiently emphasized, as with a careful manipulation they could easily hold the balance of power. Other tables are of French-Canadian societies, giving their names, objects, number of members in good Standing, valuation of funds and of real property, benefits, dues, etc., with names of presidents, secretaries and treasurers.
Indeed the details as to the State of Massachusetts in this directory are exceedingly exhaustive and afford, perhaps, a better idea of the book than a general or more discursive notice could give. It contains an älphabetical list of residents, and a further list by avocations, from which more than one instructive detail for the s0ciO-
logist would find illustration. The churech and all religious statistics are given with fulness, and Fall River, Lowell, Lawrence, Worcester, Lynn, Holyoke and other cities and towns in the State are analyzed and the French population sifted and classified. All the New England States and New York are thus handled, and each section, for town, city or State, has a useful and, judging from their number, profitable series of advertisements of:merchants, etc. Portraits of prominent French Canadians figure through out the work, which, it should be understood find in nearly all the States the same opportunity for careful details as noted above.
Michigan, Illinois and Minnesota seem to come after the New England States in fulness of treatment, but the latter naturally here attract the most notice and interest.
Pour compléter ces Réminiscences, j'ajouterai l’article suivant publié par l'Étoile de Lowell, Mass., mercredi le 15 juin 1898.
Croissez et multipliez
Jetons un regard sur l’avenir, et voyons ce que sera la race canadienne-française, si
CR
SL es OS, A | FN ts (9 02 =
elle ne n’assimile pas, dans vingt-cinq ou cinquante ans, ce qui n’est pas une période bien longue pour une nation.
Sous le titre qui paraît en tête de cet article, M. Benjamin Suite, l'historien canadien si remarquable doublé d’un chercheur infatigable et habile, a publié dans la Revue des Deux Frances, le si intéressant périodique, une étude sur les origines de la population franco-canadienne.
Ce travail est bourré de chiffres, et prouve par le recensement que le chiffre de notre population, sans le secours de l'émigration, après la cession (ne pas dire conquête) du Canada à l'Angleterre, s’est doublé à tous les vingt-huit ans, soit huit fois en deux siècles et dix-sept ans.
La province de Québec renferme aujourd’hui 1,282,987 personnes de sang français, et même un peu plus que ce chiffre, nous affirme M. Suite.
Il y a bien, ajoute-t-il, 200,000 Canadiensfrançais dans Ontario et un million aux Etats-Unis. Sans tenir compte des groupes de nationaux dans les provinces maritimes— les Acadiens sont de sang français, c’est-àdire des nôtres—pas plus que des Canadiens-français du Manitoba et du Nord-
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APPLIED IMAGE Inc
1653 East Main Street Rochester, New York 14609 USA (716) 482 - 0300 - Phone
(716) 288 - 5989 - Fax
Ouest, M. Sulte fait son calcul par périodes de vingt-huit ans, et arrive au résultat suivant :
DR TT 9,700 Ru) aie 19,400 Cu Ua es 38,800 NN Nn 77,600 Fi NES TS 155,200 . R ONE ET 310,500 PR ne. 620,800 Fe SR I SRE De 1,241,600 NÉS nn 2,200,000
Nous pouvons affirmer que nous comptons bien près de 3,000,000 de personnes de sang français dans le nord des États-Unis et le Canada tout entier.
Alors continuons le calcul de M. Suite, toujours par périodes de 28 ans :
Si nous ne cessons de croître et de multiplier et si nous demeurons ce q'ie nous sommes aujourd’hui, dans cinquante ans notre population dépassera dix millions, ce
qui sera suffisant pour perpétuer le français sur la terre d'Amérique.
La perspective est, suivant nous, encourageante. |
SO S S SsSsses
le FIN
En préparation :
“Le Guide français d'Amérique”