‹ La muze historique; (volume 2)Chapitre 22 sur 84 · LETTRE TRENTE-SIX · texte numérisé non relu

LETTRE TRENTE-SIX

Du [samedi] quinze Septembre.

GRÉDINB.

Depuis deux, trois, ou quatre jours, Je suis atentif aux discours Qui se tiennent parmy la Ville Et, mesmes, dans mon domicilie,

5 Où viennent, quelouefois, des gens Passablement intelligens :

Mais en vain j'àproche l'oreille, Je n'entens aucune merveille Dont, Princesse, pour vous conter,

10 Je puisse, aujourd huy, profiter; Plaize au Ciel, plaize à la Fortune, De nous en envoyer quelqu'une Du Sund, du Nord, ou d'autre-part :

Mais en atendant ce hazard,

1 5 Comme j'ay de la conscience Dans le débit de ma science.

Je vais me retracter d'un point Que j'ay dit, et qui n'étoit point.

Par un manquement de lumière 20 J'allay métré dans ma dernière

Sue, moins de force que de gré, Àtre Monarque ètoit entré, (Soit devant, ou soit après nonne) ^ Dans Marsal, en propre Personne :

25 Mais cette choze je ne dis Que sur des discours d'étourdis.

Qui cette afaire ainsi me dirent.

Et qui, me la dizant, mentirent :

Car le Roy dans Mets ayant sceu

)o Par un Message, exprés receu, (Qui Alt une âcheuze aubade) Que le Daufin étoit malade; Ce jeune et sage Souverain Ayant avec le Duc Lorain,

) $ Traité de la Ville susdite, S'en revint, ce dit-on, si vite, Qu'il fit, en moins de trois repas, fa iiefics. Plus de deux cens vingt mille pas. Aossy pluzieuts Chevaux périrent

40 De trop grandes courses qu'ils firent, Ce long chemin en fit crever

Deux ou trois qu'on ne pût sauver.

Et bien d'autres devindrent rosses, Et fort délabrez les Carosses,

45 Dont, pour courir comme le vent, Ce grand Prince changea souvent.

Montiçnac étant sur sa voye, Prêta Te sien en grande joye, Qui (ce m'a dit un Aleman)

50 Porta le Roy jusqu'à Dourman :

Et de cette façon, ce Comte Dont le noble cœur avoit honte De n'avoir pas en poste été A Mets, suivre Sa Majesté,

5 5 Faute de chevaux sur la route.

Fit mieux, alors, sa (Zour sans doute, Que s'il eût tué dix Chevaux A courir par monts et par vaux.

Et fait cent stades sans repaitre

60 Pour galoper après son Maître.

Sans voir Marsal, aucunement.

Le Roy revint, donc, promptement Et n'entra point dedans la Place, Mais un chef de Guerre, en sa place,

65 En doit prendre possession :

Voila ma rétractation.

Le preux Comte de Merinville, Guemer courageux, entre mille, Ayant prèzentement l'honneur

70 D we d'Aviçion CSouvemeur, Y fit, l'autre-jour, son Entrée Non pas par la porte dorée.

Mais par celle dVection, De joye et de soumission;

7 j Tous les Corps de ladite Ville Témoignans audit Merinville, Hautement, et de bonne-foy, Qu'ils ètoient ravis d'être au Roy.

Le Clercè, Bourgeois et Noblesse,

80 Firent mille éclats d'alè^-esse, Par des feux dans tous les Cantons, Et par d'infinis joyeux tons.

Mr le Comte

de MoDtignac.

luû

La Muze HiSTORiQ^UK. — Septembre 1663.

Chantans dans leur réjouissance, > Vive le Roy, vive la France.

85 Mais, sur tous, Madame Dampus Fit parètre, alors, tant et plus, Par pluzieurs diverses dépences, Qu'on peut nommer magnificences, Le respect, le zélé et l'amour

90 Qu'elle a toujours eus pour la Cour.

Avignon n'est point uzurpée A coups de canon, ny d'épée; Ce n'est point Mars, mais c'est Thémis, Qui dans ce droit nous a remis.

95 Tout le monde scait assez comme Les sacrez Pontifes de Rome L'ont ac<)uize anciennement Par manière d'engagement; Et cette action de justice 100 Touchant le Comtad de Venice, Oue le Roy prétend dégager»

S^apelle Retrait Lignager.

Si, quand je parle de Ta sorte, C'est bien, ou mal, je m'en raporte :

105 J'entens moins Bartole et Cujas, Que la Langue des Margajas.

On m'a dit pour nouvelle vraye.

Que Monsieur de la Meilleraye, Mag;nanime et riche Seigneur,

1 1 Qui de Bretagne est Gouverneur, A fait tenir au nom du Prince Les Etats d'icelle Province, Où, si Ton ne m'a point déceu Par un Billet que j ay receu,

1 1 5 Brissac, de trés-noble naissance.

Et, mesmes. Duc et Pair de France, (Comme ayant bien du jugement) A prézidé tort dignement, Méritant cet honneur sublime

120 Par cette universelle estime

Qu'on fait dans la France, aujourd'huy» Tant de sa Maizon, que de luy.

Le Gouverneur, Homme de chère, Et d'opulence extr'ordinére,

1 2 ) Quoy qu'il devienne un peu caduc, A fètoyé le susdit Duc, Et son Epouze jeune et belle, Qui paroit un divin modelle D'esprit, de vertu, d'agrément,

1^0 Les régalant splendidement De festins et ae mélodies, De Chasses, Bals et Comédies :

Mais quand on eut, avec chagrin, Apris que le Duc Mazarin,

I j 5 Dont l'Ame est si sage et si bonne,

! N'étoit pas bien de sa personne.

I (Comme un Courier le raporta)

Soudain, l'on cessa, l'on auita

Les Cadeaux, les Chasses, les Dances, I 140 Et les autres réjouissances;

Et son agréable Moitié,

Par un noble instinc d'amitié

Bien digne de la Belle Hortense,

L'alla trouver en diligence, 14) On ne m'a pas trop bien dit, où.

Mais ce fut (je pense) en Poitou.

Je croy que cette maladie

Qui fut assez folle et hardie

Pour ataquer ledit Seigneur, 1 50 Digne, plutôt, de tout Don<*heur,

Ou se rendit plus modérée.

Ou fut d'assez courte durée.

Car je n'en entens plus parler;

Elle a bien fait de détaler, I ^ ^ Car étant pour luy plein de zélé.

J'ûsse dit pis que pendre d'elle.

Peu de temps avant cette Paix Dont nous jouissons dezormais, Dans Fieulaine, heureux Village, ^^^^

1 60 On trouva la sacrée Image de n^oo!

En un indigne et sombre lieu, De la Sainte Mère de Dieu, Et les figures prosternées De deux personnes (^uronnées,

i6ç Qu'elle sembloit, pour l'avenir, De sa main vouloir réunir.

D'icelle Image précieuze Qu'on peut ju^er roistérieuse.

Le bruit, au loin, s'étant épais,

1 70 On y venoit, de toutes-parts.

Tant des Villes, que des Villages, Pour y faire vœux et sufrages :

C'est pourquoy Monsieur de Noyon Mû d une sainte afection

1 7 s Vers la Vierge trés-excellenle Oue cette Image représente, I?a fait, pour la gloire de Dieu, Pozer en un plus digne lieu, Assavoir dans une Qiapelle

1 80 Plus santifiée et plus belle.

Où psalmodiant et chantant Avec un Cortège éclatant. Cette Image fut transportée, Ou, pour mieux dire, translatée.

185 Ce Prélat d'illustre renom.

Dans les champs fit un beau Sermon, Où furent, tant hommes, que femmes.

Environ cinq ou six nulle âmes.

Septembre i66j. — Livre XIV. Lettre XXXVI.

Dont les plus proches auditeurs

190 Devenans les admirateurs,

De ses discours dienes des Anges, Luy donnèrent mille louanges.

On dit qu'audit lieu, tous les jours Arive un merveilleux concours

195 De bons et zélez Catholiques,

TantGens Picards,que GensBelgiques^ (Belgiques, veut dire Flamans) Qui par de dévots sentimans, Par forme de pèlerinage

200 Vont viziter ladite Image, Sous le nom sacré dezormais.

De Nôtre-Dame de la Paix.

Cette Eminence généreuze Dont maMuze est presque amoureuze,

20$ Sçavoir Antoine Barbérin, Digne qu'un immortel Burin Etemize la bienveillance Qu'il a toujours eu pour la France, A fait un don, ces jours passez,

210 Aux dévots Carmes- Déchaussez, D'une autre Image de la Vierge, - Des Cieux la brillante Concierge, Qu'on nomme, par Nom solennel.

Nôtre- Dame du Mont-Carmel;

215 Laquelle Image, ou bien figure.

Est d'une si rare sculpture.

Que (fmte et flaterie à part) Les connoisseurs en ce bel Art, Avec un sincère langage,

220 Dizent tous, voyans cet Ouvrage, Dont ils sont charmez et surpris, Que dans Rome, ny dans Paris , On ne voit rien de comparable A cette Statué admirable

225 Que ce pieux et Grand Romain, Samedy, de sa propre main, Bénit avec cérémonie En belle et bonne Compagnie.

Selon le bruit universel, 230 Les Turcs assiégeans Neubauzel,

Ont, d'abord, bien perdu des hommes, (Dont pas trop fâchez nous ne sommes).

On ne dit pas encor tout haut, Qu'elle ait été prize d'assaut,

2 ) 5 Ny qu'icelle se soit rendue Après s'être bien défendue; A parler, pourtant, nettement.

On en murmure sourdement :

Mais comme je ne veux pas croire

240 Une si déplorable histoire, Atendons encor quelques jours Avant qu'assurer ces discours.

Ce généreux et galant Homme Que le Commandeur Pol on nomme,

24 j Poursuivant sur les flots mutins Deux Vaisseaux et deux Brigantins, Apartenans à ces Pirates Qui pillent Barques et Frégates, Les nt échouer et périr

250 Sans que rien les pût secourir; Aucuns d'eux ne pouvans, à nage, Ataindre le proche rivage, S'ètans jetez hors des Vaisseaux, Furent noyez de malles-eaux,

2 5 j Et l'on en mit dans les entraves Soixante-et-cinq qu'on fit esclaves, Tant Mores, Turcs, que Renégats, Qui fut pour eux un rude cas.

Les Majestez, tant Roy, que Reines, 260 SonttoûjoursdansleurbeauVinceines, En bonne santé, Dieu-mercy, Et Monsieur le Daufin, aussy, Qui n'a plus fluxion, ny fièvre, Mais est tort sain, fort dru, fort mièvre.

265 Je finis par ce cher Daufin, Et je le fais exprès, afin, O Princesse que Dieu bénie.

Que ma Lettre soit mieux finie.

J'ay fait ces Vers mornes et froids, 270 Le lendemain de Sainte-Croix.

La Muzb historique. — Septembre i66).

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