J'allasse manger leur potage
Avoient-ils peur de me gîter ?
Le Diantre tes puisse emporter :
Ce mépris, cette négligence Me font endéver quand j'y pense ;
1 2 $ Et je dy trente fois le jour, » Peste soit des Amis de Cour.
Cette aimable et chère Gasconne, Cette jeune et belle Mignonne, Qui dans la Cour a grand renom, .J"''* Et dont Saluce est le beau nom, ^eiiReioe. Fut ces jours passez si débile, Que l'on dizoït parmy la ville Que, nonobstant tous ses apas, La Mort, propre sœur du Trépas, I ] j Avoit sur elle mis la grife.
Mais ce bruit ètoit apocrife ; Elle est malade, voirement.
Mais cette Belle, assurément, Quoy qu'un peu blessée à la teste, 140 De partir n'est pas encor preste; On espère que ses beaux jours Auront un plus durable cours, Et j'ay sceu d'une Demoizelle Qui connolt et chérit icelle, 1 45 Et que son mal met en soucy.
Qu'elle est beaucoup mieux, Dieu-mercy.
Quoy que nôtre illustre Monarque, Qui sçait si bien régir sa Barque, Est obligé plus-que jamais
1 $0 A faire des dépenses et frais
En pluzieurs chozes d'importance, Pour rendre l'Etat de la France Plus tranquile et plus éclatant.
Outre deux millions comptant,
1 5 5 (Qui font nombre infiny de mailles) Dont il a déchargé les Tailles Il a, par don universel.
Diminué le prix du Sel, Qui sert à donner goût aux vivres,
160 Sur chaque minot, de trois livres, A commencer au mois prochain.
Et cela n'est que trop certain.
Pour la Taille et ses arérages Que doivent villes et villages,
16$ Je ne gagne rien, sur ma-toy.
En cette Remize du Roy, A tant d'autres Gens profitable , Car je ne fus jamais taillable:
Mais du Sel il n'est pas ainsy,
170 J'en profite un peu, Dieu-mercy; Et, grâces au Porte-Couronne, Cela vient jusqu'à ma Pereonne ; Car je me suis toujours mêlé D'aimer fort à manger salé;
175 Et j'ay sceu de nôtre Servante, (Qui me sert aussy d'Intendante) Qu'il m'en faut annuellement, Pour saler raizonnablement.
Chair, poisson, melon et potage,
180 Quatre litrons et davantage; Mais vaudroit mieux ne aire mot Que de faire un discours si sot :
Taizez-vous, Muze caqueteuze, Vous devriez bien être honteuze
185 De tenir des propos si vains.
Que diront les grands Ecrivains D^un si rampant et bas langage f Hâ, pour Dieu, changez de ramage.
Montauzier, ce Marquis charmant,
La Muze historique. — Septembre i66;.
Gentilhomme domestique
de
Mademoi'
zelle.
Académie
des beaux
Espnts,
établie
dans Paris.
Gouverneur du Climat Normand, Où Ton adore ses mérites^ Y faizant par-tout des vizites, Fut receu dans Caên, l'autre-jour, Avec tout l'honneur et l'amour,
1 9 5 Que l'on rend aux Grands Personnages Quand ils sont bons» vaillans et sages.
Icelle fameuze Cité, Admirable pour sa beauté.
Pour sa splendeur, pour sa richesse,
200 Et, mesmement, pour sa noblesse, L'acûeillit glorieuzeroent, Et luy fit maint beau compliment Sur ses q^ualitez excellentes.
Par pluzieurs Bouches éloquentes :
205 Car quoy que ce noble séjour Ne soit pas voizin de la Cour, On y void de bonnes cervelles, Des Ames galantes et belles, Et d'aussi délicats Esprits
210 Que dans le Louvre et dans Paris.
Des-jrveteaux, Bertaud, Malherbe, Au stile net, rare et superbe, D'icelle ville étoient extraits.
Et, mesmes, l'illustre Ségrais, Qui suivant leur divine trace Par où l'on parvient au Parnasse, A mérité par ses Ecrits D'être, avec justice, compris Dans cette sage Académie De laquelle je ne suis mie.
Et dont je ne seray jamais ; Mais Qu'on peut nommer dézormais Pour les grâces en elle infuzes, L'élite des plus belles Muzes,
225 Quoy qu'on dize, par ouolibet, Qu'elle est encore à l'Alphabet.
Après cecy, je vais écrire Quelque choze touchant l'Empire, Et le Grand Sei^eur, mesmement, 230 Mais ce sera sucintement.
Newhauzel, des Turcs assiégée.
En danger d'être sacagée Par Tardante sévérité
Du Premier Vizir irité,
2 3 { Qui de son sort se dit l'arbitre, Est maintenant le grand chapitre Dont dans les Champs, Bourgs et Citez On s'entretient de tous cotez ; Il faut, pour dernière nouvelle
240 Dire, donc, deux ou trois mots d'elle.
Pluzieurs Gens métent en avant Que trente-mil Turcs sont devant, Avec des canons cent cinquante, Et que cette Armée ataquante,
24$ Luy livre souvent des assauts Où l'on fait de périlleux sauts :
Car les canons et couleuvrines Qui bâtent ramparts et courtines.
Et ceux aussi de la Cité
2 50 En métent bien sur le côté :
LesTurcs,aux moindres escarmouches, Y trébuchent dru comme mouches :
Mais plus le canon en abat.
Plus il en revient au combat;
255 Et si I on ne secourt la Place,
Quelques grands éforts qu'elle fasse, Et quov que ceux qui sont dedans, Les Soldats et les Commandans, Soient des prodiges de courage,
260 II faut (dont ce seroit dommage) Qu'elle accepte le joug puissant De l'insatiable Croissant, Sauf à ses redoutables Cornes De pousser bien plus loin leurs bornes.
265 Etant fort éloigné des lieux, Je ne puis rien dire de mieux Du bon succez, ou du funeste.
Le temps éclaircira le reste.
A propos, d'éclaircissement, 270 Servante, allumez promptement La chandelle, afin que je soupe, Reinsez bien mon verre, ou ma coupe, Et me faites des œufs au lait, Ma Princesse, bon-soir, c'est fait.
275 Fait le premier jour de l'Automne, Ou jamais Dieu ne me pardonne.
Septembre i66^ — Livre XIV. Lettre XXXVIII.