‹ La muze historique; (volume 2)Chapitre 25 sur 84 · LETTRE TRENTE-HUIT · texte numérisé non relu

LETTRE TRENTE-HUIT

Du [samedi] vingt-neuf Septembre.

ETIQUE,

Altesse, d'infinis mérites, A i]ui je rens peu de vizites, Mais que d'un courage constant Depuis Ions-temps, je sers, pourtant:

S Ma Lettre j de Tautre-semaine, A mon avis, n'étant pas pleine De beaux discours bien agencez, Ny d'articles des mieux sensez, A semblé, sans doute, un peu plate

10 A vôtre oreille délicate :

Mais, ce oui me met en soucy, J'apréhenae que celle-cy, Dans la bassesse du langage^ Ne le soit encor davantage.

i ) En atendant, à tout-hazard, Tant du Bureau, que d'autre-part, Par Imprimez, ou par Missives, Quelques Nouvelles instructives, Aujourd'huy, jour de saint Michel,

20 Prince des Archanges du Ciel, Au retour du divin Service, Il faut que je vous éclaircisse De l'état prézent de la Cour.

La Grâce, la Beauté, l'Amour,

2$ L'Eclat, la Santé, l'Abondance, La Chasse, Comédie et Dance, L'Union et Contentement, Y régnent admirablement; Et dans les Conseils ordinaires

^0 D'Eglize, d'Etat et d'Afaires, Où pluzieurs avis sont ouvers Sur tout plein de Sujets divers.

L'honneur, l'équité, la prudence, Régnent avec toute évidence,

;s 1^ Roy n'étant point paresseux D'assister toujours en iceux.

Où Ton admire en sa jeunesse, Cent et cent rayons de Sagesse^ Trés-dignes, j'en jure ma-foy,

4' De son Noble Métier de Roy.

Enfin, dans ce Lieu de Vmceine,

Qui n'est que d'une seule Pleine D un de nos Fauxbourgs séparé.

Régne un air si trés-épuré,

45 Par l'haleine d'un doux Zéphire, Qu'avec plaizir on le respire ; Et cette splendide Maizon Qui, jadis, servoit de prizon A des Personnes d'impoitance,

50 Devenant un lieu de plaizance, Est prézentement le séjour De la plus florissante Cour, Et dans qui plus la gloire abonde Que dans pas-une autre du Monde :

5 $ La structure des Bâtimens, La pompe des Apartemens, Et les splendeurs toutes Royales Des Cabinets, Chambres et Salles, Les belles Courts, les Anticourts,

60 Des deux Parcs, les charmans détours, L'Escarpolete, où les Mignonnes Exercent leurs belles personnes A s'agiter et s'ébranler.

Et s'élever bien haut en l'air,

65 Les Prez, Carénés, Pâturages, Animaux privez et sauvages, Les Bocages sombres et noirs, Les délicieux promenoirs.

Tant à pié, que pour les Carosses,

70 Sans danger des Bétes féroces ; Bref, être si prés de Paris, Me font juger ce grand Pourpris, Pour tant de beautez qu'il enserre.

Un des Paradis de la Terre.

7$ Guy, cette Prizon de jadis.

Est maintenant un Paradis, Pour tant d'agréables mélanges; On y void des Astres, des Anges, Et les sens, mais sur-tout les yeux

80 Y sont charmez à qui mieux-mieux.

Or ce n'est point par ouïr-dire Ce que je viens ic^ d'écrire :

Car nous allons de temps en temps,

io6

La Muze historique. — Sqstembre i66j.

Au gré de mes dézirs contens,

85 A ce beau Lieu rendre vizite:

Mais il faut que je vous récite Un assez éfroyable tour Que le Sort nous fit l'autre-jour, (En atendant d'autres nouvelles

90 Qui seront plus essencielles.)

Allant^ donc, au susdit Château, En carosse, et non en bateau, Par une imprévue avanture, Cric-crac, voila nôtre voiture

95 Oui se briza^ oui se rompit, ren pensay crever de dépit ; J'ètois lors, non avec des rustres, Mais avec deux Hommes illustres, Chacun, en sa profession,

100 Excellent en perfection :

Avec nous ètoient deux Merveilles, Qui par leurs beautez sans-pareilles Méritoient bien que le Destin Ne fût pas vers nous si lutin ;

10 j Par un fracas assez étrange,

Nous versâmes donc dans la fange.

Tous en un tas amoncelez, Confuzément pesle-meslez.

Toutefois, cette prompte chute 1 10 Qui peut passer pour cule-bute.

En nos corps ne n^oissa point d'os, N'écacha mains, ny bras, ny dos ; Et parmy Tembaras des roués, Respecta les divines joues,

11 j Les gorees blanches, les beaux yeux.

De nos aeux Miracles des Cieux :

On vid, seulement, quelques crotes Sur des mouchoirs et sur des cotes, Quelque colet fut chifonné, 1 20 Le poil un peu dézordonné ; Et cette raizonnable crainte Dont chaque Belle fut ateinte.

D'une, les rozes éfaça, Ses lys seuls elle luy laissa,

1 2 5 Et l'autre devint plus vermeille

Que le beau jus de la bouteille.

On oûit, d'al)ord, quelques cris.

Mais qui furent changez en ris, Dautant que chacun et chacune, I )o Ne receut, dans cette infortune, Perte de sang, ny lézion.

Blessure, ny contuzion.

Pas seulement la moindre bosse.

On r'acommoda le carosse,

1 3 5 Et prit un peu de linge blanc,

Et puis nous roulâmes, tout-franc, ' Sans nouvel acqjdent, ny peine.

Jusqu'au dit Château de Vinceine,

Où certain jeune Adolécent, 140 Qui fort son honnête Homme sent,

A nous cinc^ donna pour pâtures,

De bons fruits et des confitures,

Dont on fut aize de tâter,

Car c'étoit l'heure de goûter :

145 Mais voicv la Gazette en Proie,

Tâchons de parler d'autre choze.

Le cher Cadet du Souverain, *'<>■*»* Avec grande Suite et beau Train, Et sa trés-charmante Compagne,

1 50 Mardy se mirent en campagne Pour aller à Villiers-Cotrets, Pays abondant en Forêts, Pas loin de Paris, ce me semble.

Pour passer doucement ensemble,

! 5 j Quelques beaux jours de la Saizon Dans cette agréable Maizon, Qui n'a pas grand nombre d'égales, Dont ces deux Altesses Roules, Dont ces deux illustres Moitiés

! 60 Dignes de toutes amitiés,

De respects, d'honneur, de louanges, Sont les Déltez, ou les Anges.

Aujourd'huy, dans les Cordeliers, Un grand nombre de Chevaliers,

i6ç Qui de Saint-Michel ont eu l'Ordre, Se sont assemblez en bel ordre Pour faire la Solennité De leur noble Communauté, Avec leurs Coliers et dorures,

170 Habits, omemens et parures.

J'aurois déziré voir cela.

Et j'ûsse été, volontiers-là ; Mais, las ! il faut, vaille-que- vaille, Les Samedis, que je travaille;

175 Je ne sçaurois m'en exempter.

Et suis contraint de contenter, (Envoyant des Vers sous la Presse) Le Puolic, la Cour, ma Princesse.

D'ordinaire, en tels jours, chez-moy,

1 80 II me faut tenir clos et coy, Amis, Commis, ny Gens a gages Ne peuvent rien en mes Ouvrages ; Il faut en chaize, ou dans linceul, Qu'ils doivent leur Etre à moy seul.

185 Je ferois trop de conscience D'uzurper d'autruy la science, C'est ce que je ne fis jamais :

Mais continuons dézormais Degringoter sur nôtre Lire

Octobre i66j. Livre XIV. Lettre XXXIX.

190 Ce qui nous reste encor à dire.

Aéresse.

Selon les avis du Bureau, Et d'aucuns Messieurs du Bareau

Sue je connois et que je prize, éwnauzel n'est pas encor prize :

19$ Lors que Ton a, ae là-dedans, Sommé les Cheft et Comroandans, Avec ardeur, avec menace.

De rendre au Grand-Seigneur la Place, Et qu'on s'ètoit trop défendu ;

200 Voicj ce qu'ils ont répondu.

» NoussommestousGens décourage.

Dût-on de nous faire carnage, Dût-on nous rûtir et brûler, Dût-on tous vifs nous empaler, Dussions-nous soufrir le martire, Nous n'avons autre chozeil dire Sinon aue nous rézisterons Et plût&t cent fois nous mourrons, Que faire dans nôtre infortune Capitulation aucune.

De Dieu nous soutenons les Loix, Peut-être que dans quelques mois Vous renverserez nos murailles, Nos Bastions et nos Tenailles; Faizant faire à nos murs le saut Vous nous pouvez prendre d'assaut; Avec vos dagues inhumaines Vous pouvez épuizer nos veines, Et répandre de nôtre flanc La dernière goûte de sang : [faire Mais quoy Qu'enfin vous puissiez Avec vôtre étort sanguinaire, Vous ne serez jamais vainqueurs De nôtre Foy, ny de nos cœurs :

Toute la Gamizon aspire A servir comme il faut l'Empire, Ltopolde, dans peu de jours,

?î'ear.

» Doit nous donner un grand secours:

9 Mais, après tout, quoy qu'il n'en vienne

2)0 » Ny de Presbourc, nv de Vienne , » Nous périrons s il faut périr; » Mais paravant que de mourir » Au gré de vos lâches envies » Nous vous vendrons bien cher nosvies

2)5 » C'est ce que je répons pour tous ; » Héraut, adieu, retirez-vous.

Que peut-on dire davantage !

J'admire ce brave langage, Et quand je serois sur les lieux

240 Je ne pourois pas dire mieux.

Je ne sçay plus, en conscience, Autre choze de conséquence Que je puisse icy débiter, Ny mes Lecteurs en profiter;

245 Et j'ozerois gajûre mettre

Que pluzieurs ayans vu ma Uttre^ Diront, par forme d'entretien, » C'est une Gazette de rien.

Mais, d'ailleurs, mainteautre personne

250 Dira qu'elle \uj semble bonne; Et c'est, par-fois, le sentiment Des Personnes de jugement, Que mes Rimes sont oien plus belles Quand on j void peu de nouvelles;

2 5 5 Que l'esprit y parolt bien mieux, Et que c'est être ingénieux, Ou soit en Vers, ou soit en Proze, De faire de rien quelque choze.

Vous, où je pense à tout moment, 260 Princesse, adieu trés-bumblement.

Ecrit, d'un stil assez étique, Le ving-et-neuf du mois Bachique.

Page 1