‹ La muze historique; (volume 2)Chapitre 37 sur 84 · SURPRENANTE · texte numérisé non relu

SURPRENANTE

Pressé du temps et du devoir, De faire à Vostre Altesse voir, Ainsi qu'à mes Lecteurs intimes, Aujourd*huy, trois pages de Rimes, $ Pour des nouvelles vous conter :

C'est dequoy je vais m'acjuiter Par mes petits soins ordinéres, Encor que je n'en sçache guéres.

Si l'on sçait dézormais par moy

10 Que l'Epouze au Frère du Roy, Depuis quelques mois est enceinte, La nouvelle est vraye et non feinte ; Je l'apris au Palais Royal, Du Chevalier franc et loyal

15 Monsieur le Chevalier de Gente, Qui, par une grâce indulgente.

Me fit voir, avec d'autres Gens, (Aux raretez intelligens) En nous acûeillant dans sa chambre

20 Contenant mainte pièce d'ambre.

Tant d'objets à ravir les yeux Des plus r'afinez Curieux, Tant d'a^éables coquillages, De miroirs, de bustes, d'images,

25 Tant de chefs-d'œuvres aparens, Tant de minéraux difèrens,

Tant d'ouvrages de la Nature D'une surprenante structure, .

Tant d'étranges productions,

30 Tant de pétrifications,

Apartenans à ce rare Homme, Que je croyois faire un beau somme ; J'y VIS, d'un esprit atentif.

Un gros caillou végétatif,

3 5 Dans qui, par la force expulsive D'une vertu générative, (Cas; pourtant, inacoûtumé) Un autre caillou s'est formé.

D'égale et pareille matière,

40 Et qui, d'une oculte manière, S'est entr'ouvert expressément Pour en faire l'acouchement.

Et que l'on va voir par merveille, Comme une choze sans-pareille.

4j Mais ce dont je fus plus surpris, Fut d'un Cabinet, de grand prix.

Qui n'est fait que d'Orfèvreries, D'émaux et de pierreries, Et qui, tant dedans que dehors,

50 Contient de précieux trézors :

Lequel Cabinet d'Alemagne,

Sue tant de richesse acompagne, e devroit être, en vérité.

La Muze historique. — Décembre i66).

Qu'à quelque auguste Majesté, 5 5 Tant cette Pièce incomparable, Est excellente, est admirable :

Mais afin de mieux concevoir Ce (^ue j'en dis, il la faut voir, Car ]e n'en fais qu'une peinture 60 Trés-imparfaite et trés-obscure.

Enfin, ma Compagnie et moy (Et je vous en jure ma-foy) Sortant de la chambre susdite, Chambre d'éclat et de mérite, 65 Où tant de biens sont enfermez.

Nous en étions plus que charmez.

Une aimable et belle Chrétienne, Nièce de Madame de Fienne, Digne de louange et d'amour,

70 De Florence étant de retour.

Où cette jeune Demoizelle Que l'ont tient fort spirituelle, Avoit possédé le bon-heur D'être une des Nvmphes d'honneur

7{ De la Princesse ae Toscane, Chaste et belle comme Diane, L'est, à son grand contentement.

De Madame, prézentement.

Par Tentremize de sa Tante,

80 Dame d'esprit, Dame importante, Et qui ne manque, à ce qu'on dit, Ny de faveur, ny de crédit.

Alexandre, nôtre Saint-Pére, Ayant sceu que d'un cœur sincère

85 Monsieur le Duc de Méklebour S'est converty depuis maint jour, Quitant l'Eglize Protestante Pour entrer dans la Militante, A receu de ce changement

90 Un si parfait contentement.

Que pour procurer à ce Prince (Sei^eur d'une belle Province) Le Qei, dont il porte la Clef, L'a gratifié, par un Bref,

95 D'Indulgences particulières Tant temporelles, que plénières.

Item, d'un Chapelet bény Admirablement bien gamy, Compozè, non de cornalines,

100 Mais d'Agathes riches et fines.

Et de auâque Mèdale d'or»

Prize (fans son sacré Trèzor :

Ce Bref, écrit avec grand zèle, Exortant ce nouveau Fidelle

I0( De persévérer constamment

Dans ce digne et beau sentiment.

Et d'espérer toute assistance De son crédit et bienveillance, Luy prométant confort, apuy,

110 Et de s'intéresser pour luy ; Lesquels Chapelet et Mèdale, Et Bref d'autorité Papale, (Ainsi qu'en tel cas est requis) Etoient dans un cofret exquis,

1 1 5 Façon de Rome, ou d'Alemagne, Et couvert d'une peau d'Espagne, Ayant au dessus un velours :

Mais c'est assez sur ce discours.

Car je prévoy que de ce Prince,

1 20 Dont la taille est haute, et non mince, Il faudra parier d'autres fois, Et, roesme, avant qu'il soit deux mois.

Maldachinj , qu'on tient prude Homme, Un des bons Cardinaux de Rome,

1 2 5 Est arivé, dés l'autre-jour, A ce qu'on dit, en cette Cour, Où l'Eminence Barberine, Dont Pâme est courtoize et bénine, Le conduizit, avec bonté,

1)0 Pour saluer Sa Majesté,

Reines, Daufin, Monsieur, Madame, Ce qu'il fit de toute son ame.

Car il est, ainsi que j'entens.

De nos Amis depuis long- temps ;

I ) 5 Aussi toute la Cour ensemble,

(Quelqu'un me l'a dit, ce me semble) Fit, certes, un acûeil humain A ce noble et sage Romain.

Pour la cauze de sa venue,

140 Elle m'est encore inconnue.

Et je ne puis dire pourquoy Il vient ae si loin voir le Roy.

Depuis, dit-on, quatre semaines, Monsieur le nouveau Duc de Gènes,

145 Prudent et bien moriginé, Fut rézalè, fiit couronné, Dans raclamation publique Des Peuples de sa République :

Par la ville on le promena,

1 50 Tout le gros canon canonna.

Sa Personne, en cérémonie.

Fut haranguée, et fiit bénie.

Et l'on fit l'Eloge, des mieux.

Tant de luy, que de ses Ayeux.

1 5 5 Dans ladite Ville, où les marbres Sont aussi firéquens que les arbres, Belfond, Guerrier et Courtizan,

Décembre i66j. — Livre XIV. Lettre L.

Y passant, pour le Parmezan, Comme on sçavoit qu'il est de France,

160 Receut des nonneurs d'importance Au nom de toute la Cité, Et, mesmes, fiit complimenté, De ce que ses Troupes Françoizes, Moins mal-faizantes, que courtoizes,

165 (Ses ordres ètans obéis) Avoient traversé le Païs Sans exciter aucun tumulte, Ny faire à personne d'insulte.

Empire, Espagne, Portugal, 170 Je ne dy de vous bien, ny mal, D'Angleterre, ny de Pologne, Pour-ce que j'ay d'autre bezogne ; Et pour en écrire, j'atens Plus de matière et plus de temps.

175 Si tout-à-coup, à ma Princesse, Qui de ma Muze êtes Maltresse, Je cesse de nouvelizer, Ce n'est pas pour me repozer :

Mais c'est qu'il faut qu'une Apostile,

180 De ma Plume, aujourd'huy, distile Sur un cas assez singulier.

Qui me touche en particulier :

Toutefois, avant que m'y mettre.

Je m'en vais dater cette Lettre

18$ Comme, à peu-prés, il conviendra, Ltze le reste qui voudra.

Fait levingt-deuXy jourassez morne, Phébus entrant au Capricorne.

APOSTILE.

Encor que le temps des Etreines 190 N'arive que dans deux semaines, Temps pour aucuns de bon-aloy.

Mais peu favorable pour moy ; Car comme je ne suis pas riche, Et qu'aussi je ne suis pas chiche, 19; A vous parler, en vérité.

Sans jactance et sans vanité.

Et sans être d'humeur Gasconne, Je donne plus qu'on ne me donne :

Mais laissons à part tout cela, 200 Encor, dis-je, que ce temps-là.

Que cette célèbre journée, La première de l'autre année Ne doive commencer son cours

831e justement dans onze jours ; ne généreuse Personne

Qui ne peut être que très-bonne, M'a fait tenir dès à prézent Ce que l'on appelle un Prézent, Qui m*a comblé cœur, rate et foye,

210 D^admiration et de joye.

Etoit-ce un Chapeau de castor ?

Une Montre, ou Médale d'or i Etoit-ce Gands de Frangipane ?

Etoit-ce velours, moire, ou pane

2 1 5 Pour faire ou doubler des habits P Etoit-ce Saphir, ou Rubis ?

Des Diamans, ou des Topazes ?

Etoit-ce de précieux Vazes P Etoit-Ce quelque ameublement ?

220 Nenny, point du tout, nulement.

Et quelle êtoit donc cette Etreine Hà c'est ce qui me met en peine !

Le cher Monsieur qui l'aporta, Et chez-moy me la prèzenta,

225 M'a tellement la bouche cloze, Que je ne puis dire la choze ; J y suis obligé par serment, Loin d'en parler à tout moment, Dûssay-je passer pour pécore,

2 30 II faut faire le Pytagore :

Mais ce qui, touchant ce bien-fait Surprend mon ame tout-à-fait, Et modère ma juste joye.

C'est Que celuj qui me l'envoyé,

235 Sans l'avoir, je croy, mérité, Cachant sa gènèrozitè, (0 Pour moy quelle dure angoisse !) Ne veut pas (|ue je le connoisse :

Certes, j ay lieu de m'étonner

240 De cette façon de donner.

Peu de Gens mètent en pratique Un procédé si héroïque :

Ennn, quoy qu'icelle bonté Soit une rare nouveauté

245 Digne d'être admize en l'Histoire, Et oui, mesme, tourne à ma gloire.

Je n en fais icy mention Que pour la satisfaction De l'Envoyé discret et sage,

2 jo Qui par un très-civil langage, En ma chambre me venant voir, M'obligea de le recevoir.

Et je ne dy dans cette Lettre^ Qu en mes mains il le vint remettre,

2 5 5 Que pour le décharger par-là De l'ordre qu'il eut de cela.

Ainsi, ne pouvant donc mieux faire Que d'obéir et de me taire, D^un bon cœur, d'un cœur ingénu.

142 La Muze historique, — Décembre 1663.

260 Je souhaite au noble Inconnu, Ou bien à l'aimable Inconnue Dont cette grâce m'est venué^ Non-seulement des Dignitez, Des solides félicitez.

265 EtduCielcentfaveursextresmes,[mes, Mais tout ce qu'ils voudroient eux-mes- En atendant au'un jour les Dieux, De ce faict m'éclaircissent mieux

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