‹ La muze historique; (volume 2)Chapitre 36 sur 84 · NUPTIALE · texte numérisé non relu

NUPTIALE

Altesse, qui dans ma mémoire Ocupez un haut rang de gloire ; Après un Prélude succint, Qui, du moins, est le sept-cens-vingt, 5 Depuis que ma simple Muzette De vos vertus est la Trompette, Je vais vous faire un entretien De chozes que vous sçavez bien, Et que vous pouriez bien mieux dire:

10 Mais, pourtant, il faut les écrire.

Lundy dernier, à jour préfix, Du Grand Condé, l'unique Fils, (Y prèzente la Cour de France)

Fiança, par sainte Alliance^

1 5 Avec grande solennité

Cette aimable et jeune Beauté, Que l'on nomme Anne de Bavière, Astre nouveau. Fleur printanière.

Fille du feu Duc Palatin,

20 Parent des Souverains du Rhin, Et d'une Dame, que Mantoûe Pour illustre Parente avoue, Dame, en Cour, ayant ^and crédit. Veuve du Palatin susdit,

2 j Et Sœur de cette Noble Reine, Qui de Pologne est Souveraine, Et dont ces deux jeunes Amans

Décembre 1663. — Livre XIV. Lettre XLIX.

Ont receu plus de Dîamans Et de précieuzes Richesses,

30 Qu'il n'en faudrait pour dix Altesses; Outre d'autres marques d'amour Qu'ils doivent, encor, auelque-jour, D'icelle Majesté prétendre, Qui pour tous-deux a le cœur tendre,

] 5 Et plein d'obligeantes bontez, Les ayant, dit-on, adoptez,

L'Assemblée étoit grande et belle.

Et, mesmes, l'on peut dire telle.

Que le Louvre ne s'ètoit vu

40 Depuis long-temps si bien pourvu De tant de Princes, de Princesses, De tant de Ducs et de Duchesses, De tant de Comtes, de Marquis, De Seigneurs de mérite exquis,

4{ De tant de Gens de Prélature, De Guerre et de Magistrature, Et de ces beaux Objets brillans Qui font soupirer les Galans, Dont plus que pas-un lieu du Monde

50 La Noole Cour Françoize abonde :

Bref, on n'a point vu de nos jours Un si remarquable concours De Personnes de grand mérite.

De Gens-d'honneur, de Gens d'élite,

$5 De Gens-de-Cour, jeunes et vieux, Et de tant de beaux couples d'yeux, Qu'en faveur de ce Mariage Notre Roy, des Rois le plus sage, Fètoya généreuzement

60 Dans son pompeux Apartement :

Car, outre un Festin magnifique.

Outre le Bal et la Muziaue, Qui sont de chers ingréaiens.

Deux Troupes de Comédiens,

65 Des cinq qui sont en cette Ville, L'une et l'autre étant fort habile.

Divertirent ce mesme-jour.

Admirablement bien la Cour Le lendemain, cet Hymenée,

70 Par une heureuze destinée.

Sans l'aveu du beau Sacrement, S'acomplit agréablement En l'Hôtel de ce Prince illustre, Qui dans la Cour est en haut lustre,

75 Sçivoir Monseigneur de Condé, Propre Père de l'Acordé, Qui, dans la fleur de sa jeunesse.

Possède une rare Maltresse, Ou, pour mieux dire, une Moitié, 80 Si digne de son amitié> Si digne de son Alliance

Par son mérite et sa Naissance, Que, certes, ce Prince amoureux, Ce Prince aimable et généreux,

8j N'ût pu, dans son aroeur fidelle, En rencontrer une plus Belle.

. Toute la Cour se trouva- là, On m'a bien assuré cela ; Et par les prézences Royales

90 De trois Majestez sans 4^ales, (De la France le cher soucy) De Monsieur, de Madame, aussy.

Issus de Races Souveraines, Et, de plus, de vingt-deux douzaines

95 De Personnes de qualité.

Ce Noble Hôtel, en vérité.

Où bien des grandeurs on découvre.

De la Cour étoit lors le Louvre.

Touchant le Convive, ou Banquet,

100 II n'est point d'assez fin caquet, N'y d'assez sublime éloquence Pour prôner sa magnificence ; Spécifier je ne puis pas Ny ses tables, ny ses repas,

105 La diversité des pâtures.

Des viandes, fruits et confitures, La richesse des vétemçns, La splendeur des ameublemens, Des alcôves et des ballustres,

1 10 L'immense quantité de lustres, L'ordre, la somptuosité, Ny la belle solennité Dont toute l'auguste Assemblée Fut d'admiration comblée.

1 1 5 Ceux qui furent les spectateurs.

Ou plutôt les admirateurs, Auunt des yeux, que des oreilles.

De tant de nombreuses merveilles, Pouroient bien, et de bonne-foy,

1 20 En discourir, et mieux-que-moy, L'objet échaufe la pensée. Et l'absence la rend glacée ; Pour ne point parottre à nos yeux Nous ne jugeons pas bien des Dieux,

1 2 5 Et l'on ne peut, ae bonne grâce.

Raizonner sur ce qui nous passe.

Je dy ctcj pour m'excuzer De ne pas bien pindarizer Sur de si brillantes matières, 1 30 Non faute d'Art, mais de lumières.

Dont, »ns doute, on a grand bezoin Quand d'en parler on prend le soin.

Durant cette pompeuze Peste, Je me gratois, chez-moy, la teste,

1 3 5 Triste et chagrin au dernier point,

ijS

La Muze historique. — Décembre i66^.

De ce que-là je n'étois point :

Ma tristesse en fut sans seconde ; Car, quoj que je sois peu du monde, J'aime bien à voir, toutefois,

140 L'éclat des Princes et des Rois, Qui dans la Paix, ou dans les Armes, Eut toujours pour moy de grands char-

[mes.

Ce vray Modelle de douceur, Du Comte de Clermont la Sœur,

14{ Cette belle Provinciale,

Fresque en mérite sans égale, La Marquize de Monmouton, Acoucha l'autre-jour, dit-on.

Sans être abatuë, ou débile,

1 50 D'une manière assez facile.

Cette Dame de qualité.

Discourant en société, De matières indiférentes Avec quelques siennes Parentes,

I ) ; Sentant un peu d'émotion, Quita la conversation.

Et s'allant jeter sur sa couche, Sans ouvrir aux plaintes la bouche.

Le jaret un peu secouant,

160 Et, quazi, comme en se jouant, Acoucha soudain d'une Fille, Premier surgeon de sa Famille, Mais sans cry, ny gémissement, Ny la Fillette, mesmement :

165 Puis soupa, sans cérémonie.

Non seule, mais en compagnie, Avec toute tranquilité.

Comme si de rien n'ût été.

C'est ainsi aue l'on le raconte,

170 Et, tout-de-Don, ce joly conte Que je tiens d'un de mes Amis, Méritoit bien d'être icy-mis.

Cette franche Histoire étant telle, Qu'elle peut passer pour nouvelle.

175 Cet Homme digne de la hart.

Que le Commissaire Picard, Par les ordres de nôtre Sire, Avoit pris dans Diépe, sans rire.

Avec 1 aide que luy bailla Monsieur Monsieur le Gouverneur de-là, Mootigny. Homme pour régir une Ville, Autant prudent, autant habile, Et dont on fait autant d'état Que de pas-un de cet Eut.

185 Ce mal-neureux coupable, dis- je, Qui de malice est un prodige, Qui vouloit, avec du poizon.

Détruire toute une Maizon;

Par les soins dudit Commissaire, 190 Qui seul s'est mêlé de Tafaire,

Homme ferme. Homme entreprenant.

Est au Châtelet maintenant,

Où l'on tient pour choze assurée

Que sa conscience ulcérée, 19J En dût-il après être roué,

A son lâche crime avoué.

Ceux qu'il vouloit priver de vie.

De sa mort n'ont aucune envie:

Mais on dit que Sa Majesté, 200 Qui hait fort la malignité,

Veut que d'un suplice exemplaire

On punisse ce téméraire.

Louis, ce Magnanime Roy, Qui nous donne, après Dieu, la Loy, 205 Et dont les Vertus sans exemples.

Autrefois, eussent eu des Temples, D'aucuns élevant le destin, Est allé, ce jourd'huy matin.

Au Parlement prendre séance, 210 Pour faire Ducs et Pairs de France Pluzieurs Messieurs trés-estimez Que tu verras icy nommez.

Selon qu'iceux, dignes de gloire, Viendront s'ofrir à ma mémoire, 2 1 5 Sans garder ny rang, ny degré, (Dont quelques-uns me sçaurontgrè) Mais seulement suivant la Liste Que m'en a donnée un Copiste.

Monseigneur d'Etrée, et Créqui 220 Seigneur fort opulent, et oui

Futchoizi, comme très-noble Homme, Pour être Ambassadeur à Rome.

Le Maréchal de Vileroy, Autrefois, Gouverneur du Roy.

2 2 î Monsieur Mazarin, et son Père J^\f^ ^' Que de tout mon cœur je révère.

Vemeu'il, dans la Cour fort chéry, Et propre Fils du Grand Henry.

Le sage Monsieur de Noûaitle, 2 3 o Honoré quelque-part qu'il aille.

Le vertueux de Liancour, Qui pour le Ciel a grand amour.

Monsieur de Mortemar, et Tresme Courtizan de vieillesse extresme.

2 3 5 Saint- Ai^an,cecharmant Seigneur, Qui méritoit bien cet honneur.

Messieurs de Foix et de Coaslin, Qu'on peut, sans être patelin, Et sans u^er de complaizance, 240 Nommer deux Seigneursd'importance.

Décembre 1665. — Livre XIV. Lettre L.

Et, brefy Monseigneur de Gramont, Dont, bien loin, les louanges vont.

Et dont, en tous lieux, on estime Le cœur noble et Tesprit sublime.

245 Voila, si bien il m'en souvient, Ce qu'icelle Liste contient :

Tous lesauels Ducs et Pairs de France Ont pris leur première Séance, A leur très-grand contentement,

2^0 Aujourd'huy, dans le Parlement, Une ^nde heure après l'Aurore, Tandis que je dormois encore.

Prions le Ciel à deux genoux.

De leur faire la grâce à tous.

ne.

2 5 5 D'être aux vertus toujours propices.

Et sévères Juges des vices.

C'est ainsi que le Roy l'entend :

Mais un Compoziteur atend ^riSur '

Et me presse, veuille, ou non veuille, d'imprimé-

260 De livrer ma dernière feuille, ""

Il m'en importune beaucoup, , Je vais donc finir tout-à-coup.

Atendant autre Uttre neuve, Bon-soir vous dis, illustre Veuve.

265 Le quinze du mois, dont les jours Sont lesmoinsbeaux,etlesplus courts.

LETTRE CINQUANTE

Du [samedi] vingt-deux Décembre.

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