‹ La muze historique; (volume 2)Chapitre 56 sur 84 · C- 3t ainsi que ce grand Prélat · texte numérisé non relu

C- 3t ainsi que ce grand Prélat

Dans un noble et pompeux éclat, 105 Avec une Escorte fort belle,

Et dans sa Marche solennelle.

Une heure ou deux avant la nuit.

Fut à Nôtre-Dame conduit.

Où l'Archévesque et le Chapitre, 1 10 Dignes de leur glorieux titre.

Soudain qu'ils virent son aspect.

Le receurent en grand respect;

Un Te Deum ils luy chantèrent.

Et les cloches carillonnèrent, 1 1 5 Après quoy les Princes du Sang, ^'i^jf^Jy"

Et pluzieursSeigneurs de haut rang

Point encor ne l'abandonnèrent.

Mais volontiers l'acompagnèrent

Au Palais pour luy préparé, ^ p*'*'*

120 Son Cortège étant éclairé

(Dautant qu'on ne voyoit plus goûte)

De cent lumières sur sa route.

Qui rendoient aux lieux d'alentour

Une lueur égale au jour.

1 2 5 Lundy dernier, il fit vizites

Au Val-ae-Grace, aux Carmélites,

Par un soin dévot et pieux.

Lequel Val-de-Grace, à ses yeux,

(Ouvrage de la Reine-Mère) 1 30 Parut un si beau Monastère,

Quej'aysceu d'unbon gros Bourgeois,

Mazina

Aoust 1664. — Livre XV. Lettre XXXIL

Qu'il l'admira très-bien des fois, Et loua, presque, outre mézure, Ce chef-d'œuvre d'Architecture.

135 Le mesme jour, en divers lieux, Il fît dans Paris ses adieux A des Princes, à des Princesses, Et, mesmes, à quelques Duchesses^ Qui receurent civilement

140 Sa vizite et son compliment.

Enfin, satisfait à merveilles De mille preuves sans-pareilles Envers-luy d'estime et d'amour, Tant de Paris, que de la Cour,

145 Ce Personnage extr'ordinaire.

Ce Neveu de nôtre Saint-Pére, Ce Légat le plus signalé, Ce Légat le mieux régalé.

Qui pour afaires d'importance

1 50 Soit arivé jamais en France, Ce Prélat a'iilustre renom, Partit, Mardy, pour Avignon, Que, suivant le Traité de Pize, Le Roy restitué à l'Eglize :

1 5 5 Où Dieu, bénissant son dessein, Le conduize gaillard et sain.

Le Roy, le Daufin, les deux Reines, Sont prézentement a Vinceines, (Séjour très-propre pour l'Eté) 160 Et tous en parfaite santé.

Depuis des jours,dix,onze, ou douze, Du sage Montozier, l'Epouze, Digne, certes, d'un tel oon-heur.

De la Reine est Dame-d'Honneur, 165 Charge belle. Charge importante, Et dont cette Dame charmante, A déjà, ce dit-on, prêté Le serment de fidélité.

De Monsieur de Beaufort, l'Armée, 170 Sans être du bruit alarmée Des gros canons de Gigery, Devant qui maint homme a péry, Ataqua cette forte Place Avec tant d'ardeur et d'audace, 175 Que ce Duc Brave, belliqueur, S^en rendit, enfin, le vainqueur.

Cette ville qu'icy j'indique.

Est un bon Port ae Mer d'Afrique Qui nous rend pluzieurs Turcs sujets, 180 Et nécessaire à nos projets :

Elle est donc aujourd'huy régie Par ce Prince, et non pas Bugie,

Rézervé pour d'autres travaux.

Car sa prize étoit un bruit faux.

185 Les Portugais, ce dit l'histoire.

Ont encore eu.quelque victoire

Sur des Troupes de Castillans,

Quoyqu'iceux fussent assaillans :

Car leur Commandant Duc d'Ossonne, 1 90 Qu'on sçait être Brave Personne,

Assiégeant Castel-Rodrigo,

Pour en trionfer à gogo.

Eut ce triste dézavantage

D'y perdre canon et bagage.

195 Un bruit a couru dans Paris, Dont pluzieurs Gens furent surpris, Que le noble Roy Catholique Etoit tombé paralitique :

Mais depuis je ne sçay combien

200 On dit qu'il se porte assez bien ; Ainsi, ra]^ons cette nouvelle.

Qui n'êtoit ny bonne, ny belle.

Cette vaste Divinité Que révéroit l'Antiquité, 2o< Ouicroyoitqu'elleavoitcentbouches, ^ ^}'

' 7^^ ^ t ^' X i j e» u 'nommée.

Dit que le Général de Souches, Avec bien moins de combatans, A défait des Mahométans Jusqu'au nombre de vingt-cinq mille,

2 1 Qui prés de Lévents, bonne Ville, Dont ils avoient fait le Blocus, Furent ataquez et vaincus.

Comme on-dit, à plate couture ; Dans laquelle déconfiture,

2 1 5 Après pluzieurs grands coups riiez.

Huit mille Turcs furent tuez.

Dont pluzieurs étoient Janissaires, Qui sont de rudes Aversaires :

Pluzieurs Bassas et Gouverneurs,

220 Berglibeys et grands Seigneurs lUec la poussière mordirent.

Et tout plein d'autres se rendirent :

Enfin, les Chrétiens généreux Butinèrent, dit-on, sur eux

22 5 Quatre cens chariots de vivres, Qui valoient trois cens mille livres, Cinq ou six cens paires d'habits.

Dont aucuns étoient de tabis.

Quarante tambours, vingt trompettes^

230 Cent enseignes, treize cornettes, La charge de quinze mulets De baies de plomb et boulets.

Environ deux ou trois cens tentes.

La Muzb HISTORIQ.UB. — Aoust 1664.

Dont cinquante ètoient opulentes,

235 Quatorze mille bestiaux.

Sans comprendre douze chameaux Chargez <ror, d'argent, de monoye, Qui fut une importante proye, Et dont tel Soldat, ce dit-on,

240 Simple Argoulet, ou Mousqueton, A profité oans le pillage De dix mil francs et (avantage.

Enfin, outre tant de butins Remportez sur ces Turcs mutins,

245 Sauf erreur de calcul, on compte Vingt-et-sept gros canons de fonte.

Duquel succez avantureux, Et qu'on peut nommer trés-heureux, On rendit, après la Victoire,

2 50 Dans Lévents,graceau Dieu de Gloire, Par un saint Te-Deum chanté

Avec grande solennité.

Un méchant bruit icy s'épanche Que les Turcs ont pris leur revanche

2 5 5 Dans un autre temble choc :

Mais comme ce bruit n'est pas hoc, J'en serois fÀché d'en rien dire; Et de tout mon-cœur je dézire (Bien loin d'être une vérité)

260 Que ce soit un conte inventé.

J'ay tant raudé sur le Parnasse, Qu'il est temps que je me délasse, Au lieu d'écrire, il faut friper, Princesse, adieu, je vais souper.

265 Le jour Saint Roch , je vous proteste, Que l'on invoque en temps ae peste.

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