‹ La muze historique; (volume 2)Chapitre 7 sur 84 · BÉNÉVOLE · texte numérisé non relu

BÉNÉVOLE

Pour Vôtre Altesse contenter.

Je vais, aujourd'huy, débiter En Rymes mauvaizes, ou bonnes.

Ce que m'ont dit quelques Personnes,

5 Et, mesmes, ce que m'ont écrit Pluzieurs Gens-d^onneur etd'Esprit.

A dire le vray, telles chozes Ne sont pas pour Vous Lettres clozes^ Et j'ozerois jurer ma-foy

10 Que vous les sçavez mieux que moy:

Soit que mes Lettres l'on recnerche De la Gascogne, ou bien du Perche, De Poitiers, de Tours, ou du Mans, Ou du b^u Climat des Norroans,

I $ Le cher Pays de ma naissance.

Bref, dedans^ ou dehors la France, Mes Lecteurs^ ordinairement.

Cherchent plutôt de l'agrément En ces sortes de Bagatelles,

20 Dans les Vers, quedans les Nouvelles :

D'elles, on a déjà le vent.

On les sçait par cœur, bien souvent :

Mais fût-ceà Rome, ou dans Liboume, On veut voir comme je les tourne;

2 5 Et, sans plus long-temps raizonner

C'est à quoy je vais m'adonner.

L'Epouze du Duc de Savoye Depuis quatre jours est en voye, Etant en moult splendide aroy )o Conduite aux propres frais du Roy.

Cette belle et jeune Princesse S'en va cauzer grande allégresse Dans le cœur de son cher Amant, Dont le Destin, assez charmant,

3 5 Réunit dans cette Alliance

Les Sangs de Savoye et de France, Etans tous-deux, de tous cotez, Si dignement aparentez, Qu'à peine on pouroit dans le Monde

La Muze historique. — Mars 166).

40 (DAt-on de la Machine ronde Parcourir tous les Horizons) Voir encor deux telles Maizons.

Or, laissons aller cette Belle, Et mille grâces avec Elle,

45 Qui vont combler d'heur et d'amour, Une fort agréable Cour, Qui, dit-on, plus que pas une autre, Symbolize avéques la nôtre.

Monsieur deTresmes, sage Duc,

50 Qu'on sçaitétre vieil et caduc, L'autre-)our ëtoit trés-malade.

Ne mangeoit qu'un peu de panade, Avoit grande altération, Sans oiscontinùation,

5 5 Son poulx étoit toujours fort mièvre, Indice d'une ardante fièvre, Qui ne cessoit ny peu, ny point, Et le mettoit en mauvais poinct; De plus, pour augmenter sa peine,

60 II avoit, encor la gangreine.

Voila bien des maux tout-à-coup, Et l'on apréhendoit beaucoup Qu'il franchit le mortel passage:

Toutefois, malgré son grand âge,

65 Ses Médecins et Chirurgiens, Tous renommez, experts, anciens, Icy mis, et non pas en marge, Guenaud, Desfougerets, le Large, Les Sieurs de Lorme et d'Alencé,

70 Ont si divinement pensé

Cette illustre et blanche vieillesse,

Sui par leur Art et leur adresse, i ont poussé ses maux à bout, ^ Et mis ce bon Seigneur débout, 75 Dont les Pauvres de maint Village Recevront un grand avantage; Car pour avoir toujours été Fort enclin à la charité.

Pour à l'indigent mizèrable 80 Etre propice et sécourable, Pour être doux, tendre et pieux.

Ce Noble Duc Tentend des mieux.

^^^ Ce Chef si prudent et si sage PréSdem Du Parlement de Rotomage, de RoQen. D^mg le cours du Droit consommé.

Pour ses rares vertus aimé.

Pour la Justice plein de zélé, Magistrat constant et fidèle, Sincère, obligeant, aumônier.

90 Mourut^ dit-on, Jeudy dernier.

L'an dnquante-ét-cinq de son

Dont, sans mentir, c'est grand dommage ; Il fut digne de son Employ, Il fut bon Serviteur du Roy,

95 Et, mesmes, de ce sage Pnnce Gouverneur de nôtre Province, Qui de Seigneurs peuple la Cour, Province, le natal séjour Des Corneilles et des Malerbes,

100 Et qui malgré les sots Proverbes De quantité d'esprits badins.

Dont la plus-part sont des grédins.

Fut toujours féconde en grands Hommes, Aussi bienqu'ellel'estenpommes.

105 Je vais métré encor en avant Le tiépas d'un Homme sçavant.

Dont rame rare et singulière, N'étoit que flâme et que lumière, N'ayant çiue sept lustres, dit-on,

1 10 Quand l'impitoyable Cloton (De meurtrir jamais assouvie) Trancha le beau fil de sa vie.

Il avoit au Pais-Latin Fait un si précieux butin

1 1 j Des Sciences les plus sublimes

Que professent les Doctissimes, Qu'on voit peu de Gens, aujourd'huy , En posséder autant queluy.

Il sçavoit la Langue Hébraïque, 1 20 La Syriaque et Caldaïque,

Presque aussi bien que feu Saint Pol, Il panoit fort bon Espagnol, Il sçavoit la Langue Alemande Mieux que je ne fais la Normande,

1 2 5 Ayant parfaitement en main

Le Grec, le Toscan, le Romain, Et mesmes, ce dit-on, l'Arabe, Sans y manquer d'une sillabe; Il avoit lu tous les Auteurs, 1 30 Tous les Pères, tous les Docteurs, Il sçavoit l'Histoire et la Fable; Bref, ce fut un Homme admirable.

Et je croy que nomen ejus, Etoit Monsieur l'Abbé Verjus.

I j ) A propos d'Ame rare et belle, A propos de bonne cervelle. Monsieur de Noyon, ce Pasteur, Ce noble et divin Orateur, Cet Evesque illustre et caoable

140 D'une éloquence'^népuizaDle, Dont on fait grand cas à la Cour, Fît aux Jacobins, l'autre-jour, A" ^«ji* Un si parfait Panégirique, ^ ^ '

Mars 166;. — Livre XIV. Lettre X.

tfïîSr* T*®"^***^^ 'c Docteur Angélique, 14c Dont on faizoit solennité Qu'à vous dire la vérité, La belle et nombreuze Assistance De Gens d'esprit et d'importance, S'entredizoient, à tout moment, I $0 O Qu'il presche admirablement!

D'Erfort, de Francfort, et [de] Spire, Toutes trois, Villes de l'Empire, On nous mande qu'assurément Ce fameux Acommodement

1 5 5 D'entre l'Empire et Sa Hautesse, Où tant de monde s'intéresse.

Bien loin d'être fait et scellé, Est terriblement reculé ; Et que Messieurs les Commissaires

160 (Ou, si l'on veut, les Emissaires) Agissanspourle Grand*SeigneurJ^neur, Soit qu'ils soient, ou non, Gens-d'hon- Lors que de conclure on est proche.

Trouvent toujours quelque anicroche;

16$ Ce qui met souvent en fureur Les sieurs Agens de l'Empereur, Qui jugent bien, faizant la moue, Que Maître Aly, Bassa, les joué.

Les Polonois Confédérez,

170 (Quoy que plus doux et modérez) N'ayans point receu leur finance.

Protestent, mais avec outrance.

De ne point quiter leur Quartier Qu'après un pay'ment tout entier ;

17 j Mais ce Royaume, ou République, Quoy que fasse sa politique.

Par la force, ou par l'amitié, N*en peut pas fournir la moitié.

La Reine, comme bonne et sage,

180 Met ses plus chers joyaux en gage, Pour satisfaire ces Mutins (J'ay pensé dire ces Mâtins).

Mais quelque soin et quelque peine, Que prenne cette illustre Reine,

i8{ Enmaintsetmaintslieuxlebruit court Qu'illec, l'argent est un peu court.

Je n'ay rien apris d'Angleterre, Touchant la Concorde, ou la Guerre, Sinon que le Sieur Parlement 190 Est assemblé çrézentement:

Mais de sçavoir ce qui se passe En Maizon- haute, ou Maizon-basse, Au dessein de régler l'Etat, Et d'assoupir tout atentat,

19 j N'ayant-là nulle connoissance.

J'en prétens cauze d'ignorance.

De pluzieurs Lettres qu'on écrit De la Ville et Cour de Madrid, Que d'Espagnols certaine Troupe,

200 Ayant, alors, le vent en poupe.

Les Portugais fort mal-mena Prés la Ville Gunimena, Qu'ils souhaitent de réconquerre:

Mais l'inconstant sort de la Guerre

205 N'agit qu'à leur confuzion En cette grande ocazion.

Toutefois, leur Monarque espère Au Printemps un sort plus prospère ; Car pour seconder ses projets,

210 Outre ses naturels Sujets, Il prétend avoir d'Angleterre Sept mille bons Hommes de Guerre, Lesquels luy viendront tout-à-coup.

Et dont il se promet beaucoup :

2 1 j Mais s'il manque d'Auxiliaires

Il sera mal dans ses afaires.

Touchant le dessein des Romains Qui levoient des Gens maints et maints.

Nous n'avons plus guéres de crainte, 220 Car durant cette saizon sainte, Ceux qu'on estimoit si hardis, Paroissent un peu refroidis.

On nous mande que leurs Soudrilles, Plus penauds que des Cocodrilles

22 5 Qui n'ont mangé chair ny poisson,

Redoutans coups d'estramasson.

Et d'autres semblables mizéres.

Retournent chez Pérès et Mères, En dèzertant, à tous momens,

230 De leurs Terses, ou Régimens.

O Chefs de ces Troupes guerrières, Vùeillez Rengainer vos Rapières, N'ayez point de noize avec nous. Humiliez-vous, filez-doux,

2 j j Repentez-vous de vôtre ofence; De vous traiter avec clémence Nôtre Grand Roy sera ravj, Mais il faut dire > peccavj.

Aimable Princesse, ou je meure^ 240 Je dis ce mot presque à toute heure,.

D'être malheureux à ce point.

Que de ne vous voir quazi point:

Mais ma vizite, aue je pense, Vous est si peu de conséquence, 245 Que vôtre grand et noble cœur

jo

La Muze HiSTORK^UB. — Mars 166).

N'en aura pas plus de rigueur Pour moy, qui voy peu de personnes, Et non pas mesmes les Couronnes.

Le dix du mois, dans ma Maizon, 2 jo Jour clair et beau pour la saizon.

LETTRE ONZIÈME

Du [samedi] dix-sept Mars.

HARGNBUZB.

Mr PéUx

Estant aftigé par excez Du trop prompt et soudain décez D'un vray modelle de sagesse, Qui fut jadis ma bonne Hôtesse, 5 Dont je plains, d'un cœur trés-marry, f Les anq Enfans et le Mary, « Kemfer A qui Cette mort déplorable oiirurgieii Cauze unc perte iréparable ; " °^' Grande Princesse, qui, du moins, 10 EtesTObjet de tous mes soins.

Sans que nôtre veine tarisse En vous rendant humble service :

Outre que je suis peu sçavant; VsLj peur que le discours suivant

1 ; N'ait pas ragrément, ny la force,

D'avoir pour Vous aucune amorce.

Mais comme, malgré mon ennuy, Il vous faut écrire, aujourd'huy.

Sans trop chercher de ryme en oudre, 20 C'est à quoy je vay me rézoudre.

Or ça, commençons de par-Dieu; Vous sçaurez, donc, en premier lieu.

Que, presque toute la semaine.

Nôtre Roy, nôtre belle Reine,

2 ; Pour le temps doucement passer.

Ont, à Versaille, été chasser, Ce dit-on, de la bonne sorte, Ayans avec eux, pour escorte, Princes,Princesses,Grands-Seigneurs, 30 Courtizans, Piqueurs et Veneurs, Gens de Gobelet et de Bouche, Et d'autres que point je ne touche:

Car ce seroit trop, sur-ma-foy, De marquer tout le Train du Roy.

j } Monsieur, et sa chère Compagne, D'Angleterre et non pas d'Espagne, Allèrent (je les vis partir)

En leur Saint-Clou se divertir, Maizon de repos et de joye,

40 Et des plus cnarmantes qu'on voye.

Tant pour le bon air du Château, Que pour ses beaux Ouvrages d'Eau.

L'incomparable Reine-Mére, Qui nous doit être à tous si chère,

45 Resta, ce me dit-on, icy.

Et Monsieur le Daufin, aussy.

Où toute gentillesse abonde.

Et l'un des beaux Enfans du Monde.

Icelle Reine, toutefois,

50 Jeudy, quinze du prèzent mois, Royalement acompa^èc.

Alla voir sa noble Lignée A Versaille, ou bien à Saint-Clou, Je ne suis pas bien certain, où.

) ; Ce Comte, d'esprit tant habille.

Fils de Monsieur ae Lon^eville Autrement, Comte de Samt-Pol, Qui vaut cent millions d'or sol , Qui n'ayant que quatorze ans d'âge

60 Est si docte, civil et sage.

Soutint dans Clermont, l'autre^our, Clermont, des Muzes le séjour.

Divers points de Métaphizique, Matière assez scientifique,

65 Et de Morale, mesmement.

Mais avec tant de jugement, Mais avec des raizons si belles, Si solides, si naturelles, Avec tant d'adresse et tant d'art,

70 Qu'iceluy Prince, que Dieu-gard, Fut de toute la Compagnie Admiré pour son grand Génie, Un Caroinal, illec, prèzent, Duquel j'ay receu maint Prèzent,

75 (Car il est généreux et large)

Colégc

des Jézaites.

Mars 166). — Livre XIV. Lettre XI.

__ Et l'on voit son nom à la marge.

\e îjardijui But pour Cette belle Action AniûiM. Une grande admiration ;

Et pluzieurs autres Gens sablimes,

80 Dont la plus-part sont doctissimes.

Qui charmez du rare talent De cet Ecolier ezcélent.

Louèrent en toutes manières Ses notions et ses lumières,

85 Et sortirent très-satisfaits :

Le peu de récits que je fais De resprit, science et sagesse De cette orientale Altesse, De ce Comte qui doit, un jour,

90 Etre un des Grands de n6tre Cour, Esc pour ce très-aimable Prince Un discours bien foible et bien mince :

Mais comme il a de la bonté Autant que de capacité,

95 II excuzera l'ignorance

D'un des moindres esprits de France, D'un esprit plat, débile et sec, Qui ne sçait ny Latin, ny Grec, Et qui, dans chaque sien Ouvrage, 1 00 Est cent fois plus heureux que sage.

Atropos a fait son butin Du Noole Prince Palatin, Dont un Electeur ètoit Frère, Et, jadis, eut un Roy pour Père,

10; Ayant des Parens maints et maints, Parmy les Potentats Germains :

Mais de son sort le plus beau lustre.

C'est qu'il eut pour Epouze illustre Une auguste et sage Beauté, 3f hRfjM Propre Sœur d'une Majesté, Pologne. De laquelle il eut trois Princesses, Qui dans leurs premières jeunesses Dignes de louange et d'amour, Promètent d'être, quelque jour,

1 1 5 Par leurs apas et leur Naissance Trois des plus beaux Astres de France.

Quelqu'un m'a fait aussi raport, Que Monsieur de Guitaut est mort.

Non sans cauzer quelque tristesse ^i^iT' ^ ^ très-Auguste Maîtresse, Dont il fut, de belle-hauteur, Fidelle et constant serviteur.

Ses heures ne furent bornées Qu'après de très-longues années, 125 Etant, je croy, pour ses vieux ans, Le Sous-Doyen des Courtizans, Qui prizoient encor davantage

Son mérite que son grand âge; Avec zèle et dévotion

1 }o II receut l'Extréme-Onction, Où les deux Reines assistèrent.

Qui, ce dit-on, le regrétèrent.

Cominge son Neveu, Seieneur Tout remply d'esprit et d%onneur,

1 3 5 Propre pour la paix et la guerre.

Ambassadeur en Angleterre, Quand ce trépas il aprendra, Infailliblement le plaindra, Car il est d'humeur débonnaire :

140 Mais d*un défunt octogénaire, On doit (à franchement parler) Plus aizèment s'en consoler.

En lizant la Gazette en proze.

Je vien d'aprendre, entr'autre choze,

145 Que dans le Temple Théatin, Lundy, le Duc de Mazarin, (Que Dieu cent et cent fus bénisse) Fit faire un solennel Service Pour feu Monsieur le Cardinal,

I jo Qui fut pour moy si libéral.

Que sans deux cens ècus de rente Dont son Eminence indulgente Avant son trépas me fit don.

Plus par bonté, que pour guerdon,

I j 5 Et dont avec joye on me paye.

Quelque vogue qu'au monde j'aye, Quoy que mes Vers, en mille lieux.

Divertissent jeunes et vieux, Sans manquer aucuns Ordinaires,

160 Je serois mal dans mes afaires.

Il ne faut pas, donc, s'étonner De me voir souvent grifonner Quelques Articles pour sa gloire, J'auray toujours dans la mémoire

16 j (Outre ses grâces et bien-feits) Les grands services qu'il a faits A n6tre glorieux Monarque Durant qu'il conduizoit sa Barque.

Du Nord, Pais assez lointain, 170 Nous n'aprenons rien de certain ; Les nouvelles de Cracovie, De Vienne, de Moscovie, De Thémizoûar, de Presbour, Sont changeantes de jour en jour.

175 Ce ne sont quazi que fredaines Qu'on en dit toutes les semaines.

Les Polonois Confédèrez, De tous Gens-de-bien abhorez.

Tantôt, servent leur République,

La Muze historique. — Mars i66}.

180 Et, tantôt, ils luy font la ni(|ue; Tantôt, on les croid ennemis, Et, tantôt, on les croid soumis; Tantôt, des excessives sommes, Qu'on doit à ces barbares hommes,

1 8 5 Haïssables pour leurs forfaits,

Iceux sont, dit-on, satisfaits, Et, tantôt, ladite Canaille N'a pas encor receu la maille Si, sur la parole d'autruy, 190 Quelqu'un nous assure aujourd'huy, Que par un Traité d'importance On a rafralchy l'Alliance D'entre le Turc et l'Empereur, Ce sera, demain, une erreur.

19 j Ainsi, sur cette incertitude,

Mot qui me pique d'être prude, Et de ne faire à mes Lecteurs (Si je puis) nuls contes menteurs, Je me tais de telles afaires 200 Jusqu'à-tant qu'ellessoientplusclaires.

De Rome, le commun jargon Ne dit encore rien de bon ; L'Acord que mainte ame souhaite N'est pas encor choze trop faite ;

205 Et quoY qu'on en puisse narrer, On ne le doit pas espérer, Jusçiu'à-tant aue ce galant-Homme Qui de nous faire insulte à Rome Mal-à-propos s'émancipa,

210 N'ait dit tout-haut » mea culpa.

Un Imposteur, un téméraire.

Un mal-heureux Vizionnaire, Qui par des profanations Et sotes explications,

2 1 j A Dieu-mesme faizant injure, S'apliquoit la Sainte-Ecriture Par maint argument abuzif, Mercredy, fut brûlé tout vif En la Grève, Place publique,

220 Où l'on voit mainte fin tragique.

Toutefois, avant aue mourir, Oyant sagement discourir

Le charitable Sorboniste, Qui de tels Patiens assiste,

2 2 j II conceut de saintes horreurs De ses ridicules Erreurs, De remors eut l'ame saizie, Abjura son Apostazie, Et soufrit, au dernier moment,

230 Son suplice assez constamment.

Ma Princesse, cette nouvelle N'est pas une choze fort belle ; Mais, exprés, j'ay pris le soucy D'en dire quatre mots icy 23 j Pour intimider tous infâmes

Qui voudroient pervertir les Ames.

Le dix-sept Mars, par moy Loret, Qui ne suis pas trop Dameret.

Apostille.

La Semaine sainte est l'unique

240 Où je ne mets point en pratique Mon talent à faire des Vers, En dût pester tout l'Univers :

Je laisse-là cette Science Pour rêver à ma conscience :

245 Car, enfin, voicy dézormais, Le temps d'y songer, ou jamais.

Quiconaue est Enfant de l'Eglize, Faut qu avec Elle il simpatize, Qu'il compatisse, avec ferveur,

250 A la Passion du Sauveur, Qu'il songe à la vie étemelle; Tout autre soin est bagatelle, Sur tout en cet austère temps Si propre pour les Pénitents.

2 ; 5 J'abandonne donc l'Ecritoire; Si je reçoy quelque Mémoire, Billet, Avis, Lettre, ou Discours, Je le salle pour quinze jours.

C'est ainsi (tous les ans) qu'en uze

260 En un temps pareil, nôtre Muze.

Ainsi, Lecteur, oui que tu sois.

Adieu jusques à l'autre mois.

Mars i66}. — Livre XIV. Lettre XII.

LETTRE DOUZIÈME

Du [samedi] trente-un Mars.

INTERMITANTE.

Pour avoir été quinze jours Sans rimer Lettres, ny Discours, J'en ay quazi perdu la trace Qui conduit au Mont de Parnasse,

{ Mont, célèbre dans maint Autheur, Mont, de remarquable hauteur, Et, presque, aussi haut que TOlimpe ; Si faut-il, pourtant, c^ue j'y grimpe.

Je me souviens d'avoir promis

10 A ma Princesse, à mes Amis, Et, mesme, à nôtre Cour Royale, Qu'après un certain intervale Aux dévotions destiné.

Qui, maintenant, est terminé,

1 5 Ou qui, du moins, bien-t6t expire, Je recommencerois d'écrire ; Je vay, donc, rimer, derechef. Aux dépens de mon pauvre chef.

Pour assister à des Ténèbres

20 Fort touchantes et fort célèbres, La Cour, avec tous ses Challans, Se transportèrent aux Feûillans, (Compris le Rov, compris la Reine) Deux jours de la Sainte Semeine ;

2$ Et le Vendredy, jour d'après.

On fut au Val-de-grace exprès, Maizon belle, mais fort austère, Où, lors, êtoit la Reyne-Mére.

Quand ces Ténèbres j'entendis

]o Je croyois être en Paradis ; Et, jamais, de telles merveilles N'avoient enchanté mes oreilles :

Aussi, certes, comme l'on sçait, Etoient-là, la Barre, Boisset,

] 5 LuUy, Lambert, Hotman, Molière, Chacun rare dans sa manière.

Gens, en Muzîque, renommez.

Et qui pouroient être nommez (Considéré leur beau cénie)

40 Les grands Héros de l'Harmonie ; Tous gens apartenans au Roy,

Et connus et chéris de moy ; Outre, encor, plus de cent-quarante, (C^elques-uns dizent cent-octante)

4 $ Qui compozoient, ensemble, un Corps lyinfmis merveilleux acors.

Les quatre voix, encor fort belles.

De quatre aimables Demoizelles Dont les noms sont moulez, icy,

$0 Tenoient fort bien leur place, aussy.

Dans cette illustre Académie, Faizans lamenter Hiérémie Avec des roulemens si doux (Qu'elles charmoient les cœurs de tous:

J en fus témoin auriculaire.

Leurs noms, c'étoient la Barre, Hilaire, Saint- Christophe, et Cercamanan, A qui Dieu doint bon-jour, bon-an, Et Que je puis, dans ce chapitre,

60 Apeller par un nouveau Titre, En les exaltans à leur tour, Les RossignoUes de la Cour.

Le Fils du Comte de Béthune, Digne d'une heureuze fortune,

65 Pour être un généreux Seigneur, Remply de constance et d'honneur.

Ayant contracté mariage Avec une Beauté fort sage.

Fille du Comte Des-Maréts,

70 Objet dont les jeunes atréts

Eussent pu, dans toute belle Ame, Inspirer l'amour et la flâme :

Son Hymen, son afection, N'ayans eu l'aprobation

75 De son Père, ny de sa Mère, Que toujours, pourtant, il révère, Quoy qu'il n'ût rien fait de honteux, fvozoit paroitre devant eux :

Mais le Roy, nôtre très-cher Sire,

8o A sceu si bien faire et bien dire.

Parlant au Père, obligeamment, Qu'enfin, son cœur de diamant.

La Muze historique. — Mars 166}.

Devenant plus doux et plus tendre^ L'a fait prudemment condècendre

8 5 De voir à ses pieds prosterné Cet a^éable Fils Aine, Dont l'humilité filiale Conservant sa flâme loyale, A si bien touché, ce dit-on,

90 Le cœur de ce sage Caton,

Que l'on a beaucoup d'espérance Qu'il confirmera l'Alliance, Et que ces deux jeunes Amans Ayans languy cinq ou six ans,

95 Dans une assez pénible atente.

Auront enfin, l'ame contente.

Pluzieurs Gens de condition, Seront en exultation De voir ce Couple aimable et sage 1 00 Bien remis avec leur Lignage, Et si c'est plutôt, que plus-tard, La Cour y prendra grande part.

Ayant exalé sa belle ame Ainsi qu'un léger trait de flâme,

I o 5 Mademoizelle de Buhy

Est en Paradis, aujourd'huy.

Ayant fait long-temps, sur la Terre Au vice une immortelle guerre. Et pratiqué dans ce bas-lieu,

110 Les vertus qui plaizent à Dieu, Assavoir, la foy, l'espérance, La ferveur, la persévérance, L'humilité, la pureté.

Et, sur- tout, une piété

1 1 5 Si profonde et si charitable.

Que je n'en sçay point de semblable.

Elle n'avoit plus nuls dèzirs Pour aucuns des mondains plaizirs.

Et, par instinc de pénitence,

120 Si grande fut son abstinence,

Que son corps, jadis , jeune et beau , Ivavoit ()ue les os et la peau.

Son esprit étoit un miracle, Et sa bouche fut un oracle

1 2 j Qui ne tenoit presque toujours.

Que de saints et graves discours ; Bref, quoy que cette illustre Fille Fût d'une trés-noble Famille, On peut dire, avec vérité, 1 30 Qu'elle êtoit par sa charité.

Par sa douceur et par son zélé, Bien plus sainte, que Demoizelle.

Ame heureuze, prézentement, Claire Hôtesse du Firmament,

1 3 $ Ame excellente et précieuze,

Qui de mon salut curieuze, M'avez fait en pluzieurs façons Quantité de saintes leçons, Touchant ce qu'un Chrestien doit faire

1 40 Pour à son «devoir satisfaire :

En me continuant vos soins, Assistez-moy dans mes bezoins En ce Monde remply d'orages, De vos prières et sufrages ;

145 Et par cette mesme bonté

Dont vous m'avez toujours traité, Excuzez les pleurs que je verse.

Et le chagrin qui me transperce.

Vôtre sort est si plein d'apas

1 50 Que pour Vous je ne vous plains pas :

Mais, dans mon déplaizir extresme, Je me plains mille rois moy-mesme.

Que ma vertu n'ait plus l'apuy De la chaste et sainte Buhy.

I j 5 Princesse, généreuze et bonne, Qui de cette rare Personne Aimiez par inclination L'esprit et la dévotion, Excuzez si cet Apostrophe

1 60 Vous semble un peu trop philozophe.

Madame de Nesmond, aussy, A quité ce bas-Monde-cy, .Dame qui vers les mizérables Fut toujours des plus sécourables,

165 Ayant plus de dévotion, Encor, que de condition, Quoy que cette Dame excellente Fut, pourtant. Grande Prézidente ; Son Epoux Monsieur de Nesmond,

1 70 Etant (comme on sçait) le Second En sagesse, honneur et séance Du Premier Parlement de France, Mais ()ul, maintenant, fait pitié D'avoir perdu cette Moitié,

1 7 5 Qui depuis quatre jours est morte, Ayant vécu de telle sorte, Qu'on doit faire ce jugement Qu'elle est au Ciel pareillement.

Dans nôtre Paroisse Royale, 180 Le Jour de la Feste Pascaie, Mademoizelle de Salus, Digne de cent mille saluts.

De grâce et d'atraits toute pleine.

Et Fille-d'Honneur de la Reine, 18; Pour les Pauvres-honteux quêta.

Et, sans mentir, s'y comporta D'une si charmante manière.

Mars 1663. — Livre XIV. Lettre XII.

Que par sa douceur singulière/ Par ses apas» par sa beauté,

190 Maint brave Cœur fut surmonté ; Chacun admiroit son vizage, Sa taille et son joly corsage, Et quoy qu'on fût dans un saint Lieu, C'étoit moins pour l'amour de Dieu,

195 Que pour l'amour de cette Belle, Que Ton foûilloit dans l'Escarcelle.

Ses Compagnes, qui dans la Cour Sont de rares Objets d'amour, Et dont on ne peut, sans alarmes,

200 Considérer les nobles charmes, Avoient quêté, dés le matin, Et fait un assez grand butin De pièces d'or et de monoye.

Que Ton leur donnoit avec joye

20( Par un nécessaire devoir : Car, certes, ce seroit avoir Des duretez de cœur étranges, De rdiizer de si beaux Anges.

Monseigneur le Duc Mazarin,

210 Qui n'épargne écu, ni florin.

Quand il luy platt, par excellence.

Témoigner sa magnificence.

Régala Jeudy, dans son Parc, Le Fils du Roy de Danemarc ;

21 ç (J'entens dans le Parc de Vinceine) Dont il est Chef et Capitaine, Comme Jule Tétoit, iadis, (Que je tiens être en Paradis) L'Ambassadeur du Roy $on Père ,

220 Sa Femme et sa Fille très-chère.

Un Homme d'esprit et d'honneur, Qui dudit Prince est Gouverneur, Guldenleu^ Danois d'importance.

Et quantité de Grands de France,

225 Eurent, dit«on, pareillement, Leur part du divertissement, Qui fut assez plaizant et mièvre, Assavoir la Chasse du Lièvre^ Et d'autres animaux errans

2)0 Poursuivis par des Chiens-courans, A travers Plaines et Bocages ; Un Combat de Bestes-sauvages, D'un Lion fier et rugissant.

Et d'un Taureau fort et puissant,

2]S Qui dos et ventre s'étrillèrent, Et tout-à-fait se gouspillérent.

Puis, après ces divers ébats, Tant de cnasses, que de combats, La Collation fut si belle

240 (Ce m'a-dit une Demoizelle)

Q^u'on ne pouroit, en vérité, Voir de festin mieux aprété.

L'Illustre de la Calprénède, Dont l'excellent esprit possède

345 Des talens rares et charmans

Pour les Vers et pour les Romans, Et qui,d'ailleurs, est fort brave Homme, Ou, plutôt, brave Gentil-homme, Ces jours passez, en un Cadeau,

2 $0 Contenant maint Objet fort beau, Vouloit, par un coup de justesse.

Montrer aux Dames son adresse :

Mais soit que le fatal canon De son fuzil, crevât, ou non,

2 5 $ (On ne m'a pas bien dit la choze) La poudre audit canon encloze, Qui s'enflâma, qui s'emporta.

Droit au vizage lui sauta, Et par cette triste avanture,

260 Outragea si fort sa figure.

Que l'Assemblée, avec douleur.

Déplora son triste malheur.

Ce fut au Château de Mouflaine Que cette disgrâce inhumaine

265 Survint à cet nomme important :

Mais qui n'en mourra pas, pourtant.

D'un miracle arivé dans Londre, Une Dame m'a fait sémondre D'en faire un discours en ce lieu,

270 En l'honneur et gloire de Dieu.

Rien, pour faire toujours miracle, Ne peut à Dieu servir d'obstacle.

Son bras, en tous lieux agissant.

Est tout divin et tout puissant ;

275 Mais pour cétuy-cy que m'indique Une Ame toute Catholique, Comme il vient d'un Pays lointain.

Il n'est pas encor trop certain :

Ainsi, j'atens plus de lumière

2S0 Pour traiter dicelle matière.

Ayant dit cecy, je conclus :

Madame, adieu, je n'en puis plus.

Le dernier Mars, par moy Poète, Qui, bon-soir aux Lecteurs, souhaite.

Apostille.

285 J'obmis dans l'autre Manifeste, Qut Monsieur le Cardinal d'Esté Ayant, icy, peu séjourné.

36 La Muze historique. — Avril 1663.

En Italie est retourné, Fort content de nôtre Monarque, 290 Dont il a receu mainte marque

D'afection et de bonté.

D'honneur et de civilité.

LETTRE TREIZIÈME

Du [samedi] sept Avril.

DÉVOTIEUZE.

Blanche Princesse, aue Jeudy, Ayant le cœur plus ((u'ébaudy, Vus Phonneur de voir et d'entendre, Et qui, vers-moy, paroissant tendre, j Me signâtes, trés-volontiers.

L'ordonnance pour trois Quartiers :

Je voudrois, par reconnoissance, Avoir en plus grande abondance De l'espnt et du jugement,

I o Pour vous servir plus dignement :

Mais je ne sçaurois, à mon âge.

Elever mes Vers davantage ; J'ay bien encor le mesme cœur, Et, je croy, la mesme vigueur,

1 5 Mais mon Génie, en cas de Ryme, Ne peut devenir plus sublime.

Plus galant, ny plus acomply.

Car (comme on dit) j'ay pris mon ply.

L'autre Vendredy, nos deux Reines,

20 Qui ne plaignent jamais leurs peines Quand il faut, en quelque saint Lieu; Glorifier et prier Dieu, Allèrent sur cette Montagne (Seize en une belle campagne)

25 C^'on nomme le Mont-Valérien, Où des Prestres, trés-Gens-de-bien, Dans une austère pénitence Faizoient autrefois rézidence ; Et, par Sentence et Jugement,

30 Où demeurent prézentement Dans une Régie Monastique, Des Enfans de Saint- Dominique, Lesquels, autrement, sont nommez Pérès Jacobins Réformez.

3 j C'est une espèce d'Hermitage, Où, comme en pèlerinage, Pluzieurs Gens vont les Vendredis, Afin d'y gagner Paradis,

Ce Lieu dévot et solitaire

40 Reprèzentant le Mont-Calvaire.

Nos Reines, donc, à pareil jour, Par l'instinc d'un céleste amour, Sur cette Montagne montèrent, Et les saints Lieux y vizitérent;

45 Et, mesmement, certain Reclus, Qui depuis quarante ans^ ou plus, Sans au Monde avoir nul commerce, A toujours méditer s'exerce ; Du moins, quelqu'un m'a dit cela,

jo Et que dans l'Eglise de là.

Le sage Sieur Aobé de Pile Fit un Sermon sur l'Evangile ; Si bien, ou mal, je n'en scay rien, Mais je croy qu'il prêcha fort bien,

5 j Préjugeant que toutes personnes Qui prêchent devant des Couronnes , Doivent avoir, certainement.

Un ample fond d'entendement.

Depuiscetemps, ces Reines, mesmes , 60 Dont les piétez sont extresmes.

Ont transporté Leurs Majestez En deux autres solennitez.

De Saint Jozeph, aux Carmélites, Grand Saint, et d'infinis mérites; 65 Et, mesmement, de Saint-Benoisty Que la Chrestienté reconnoist Patron de ces Maizons divines Où logent les Bénédictines, Qu'on peut nommer, en vérité, 70 Les Palais de la Pureté :

Et, sur toutes, le Val-de-Grace, Qui possède l'heur et la grâce D^être un des plus augustes Lieux Qui soient voliez au Dieu des Dieux.

I 7 s Selon les avis que m'en donne

Avril 166}. — Livre XIV. Lettre XIII.

Mainte illustre et rare Personne, Monsieur d'Amiens, rautre-jour.

Autrefois Evesque de Cour, Mais qui, maintenant, est bien aize 80 De gouverner son Diocéze, Bénit saintement les Drapeaux, Assez enjolivez et beaux, Et composez d'ètofe fine, Du Régiment de la Marine.

ca^rd^te 9^ ^^ ^^^ TEglize St-Jean, d Ameu. Qui depuis maint jour et maint an N'avoit été pleine, ou comblée De si belle et grande Assemblée :

Car tous les Gens d'autorité

90 De cette agréable Cité, Etmesme,aussi, la Populace, Vers ce lieu firent volte-face.

Illec, donc, ce sage Prélat Paroissant avec grand éclat,

9) De sa main sacrée et bénie Fit la dite cérémonie :

Et comme on sçait que ce Pasteur Est un charmant Prédicateur Qui de bons sentimens inspire,

100 (Et la Cour en s^ait bien que dire) Il exorta ce Régiment A servir bien et loyaument Avec zélé, ardeur et vaillance, Nôtre Maître le Roy de France,

105 Et de n'être fiers, ny méchans

Envers les pauvres Gens des champs.

Ensuite, les cloches sonnèrent, Et les Soldats se prosternèrent, Pour, avec plus d'humilité,

1 10 Faire honneur à sa Dignité, Et, dans toute leur déférence, Rendre grâce à sa Révérence Et de ses bénédictions, Et de ses exortations.

1 1 { Certes, la pompe fut fort belle De cette Action solennelle, Mais je n'en puis parler à fond.

Ainsi que pluzieurs Billets font, Car tout Ions sujet embarasse,

120 Et cela tienoroit trop de place.

Quantité, tant jeunes, que vieux De ces Gens dévots et pieux.

Qui de zélé ayans l'ame atainte.

Ont vizité la Terre- Sainte, 125 Et baizé, par un grand bon-heur.

Le Tombeau de Nôtre- Seigneur, Etans aux Cordeliers, Dimanche, Portans cierges de cire blanche.

Après une Procession

1 10 Faite en grande dévotion.

Suivant une coutume expresse, Firent, en Grec, dire la Messe; Ensuite, un jeune Adolécent Paroissant en habit décent,

1 3 5 Et dont les ans ne sont (}ue treize.

Monta, de bonne-grace,'en çhaize ; Et dans une belle action Fit une Prédication Que les seuls Sçavans entendirent,

140 Et (|ue cent fois ils aplaudirent:

Mais pour m'expliquer mieux, enfin, C'étoit du Grec, et du plus fin.

Dont cet Enfant, sage à merveilles.

Charma les plus doctes oreilles :

145 Bref, l'avis que m'en a donné Certain honnête Domine^ Me surprend de telle manière, Et me semble être une matière Si digne d'admiration,

1 50 Que fen fais icy mention ; Et pour insinuer sa gloire Dans le courant de nôtre Histoire, Et le dézigner un peu mieux Aux Lecteurs et Gens curieux,

1 5 5 Roçer, est son nom de Baptesme ;

Et )'ay sceu du Domine mesme, Que Bon-temps est le vray surnom De cet Enfant de grand renom.

Ainsi, Quoy qu'en un si jeune âge 160 II soit aéja prudent et sage.

Qu'il étudie, à tout moment.

Pour mieux former son jugement.

Et qu'il ait de la répugnance Pour ces petits jeux où l'enfance

16 j Passe souvent tout son printemps.

C'est, pourtant, un Roger-Bon-temps.

Lyon, avec beaucoup de joye,

Receut Madame de Savoye ;

Car quand cette Fleur de beauté 170 Passa par iceile Cité,

Le Clergé, ceux de la Noblesse,

Témoignèrent grande allégresse.

Aussi tirent Bourgeois, Marchands,

Et pluzieurs Gens venus des Champs:

175 Bref, i'Archévesque de la Ville,

Prélat excellent entre mille.

Propre Frère du Gouverneur, i^mÎ^cS'iI

L'acueiliit avec tant d'honneur, de vueroy.

Tant de respec et tant de pompe, 180 Que certes, si je ne me trompe,

Un Ange décendu des Cieux

La Muze historique. — Avril 1663.

N'auroit pas été receu mieux.

Ce Prélat sentit grande liesse D'y voir aussi sa chère Nièce,

uSStTsse ^^^^ '^* ^P^^ ^ '^ splendeur d'Araugnal! Sont tout-à-fait en bonne odeur Parmy toutes les belles âmes ; Et dont, entre mille autres Dames, Le plus judicieux des Rois 190 Fit, Tautre-jour, un digne choix Pour la Conductrice excellente De sa trés-illustre Parente, Qui s'achemine assez gay'ment Vers la Cour de son Noble Amant, 195 Où l'on a grande impatience De voir son aimable prézence.

de Pologne. On dit que les Confédérés, Mutins, des plus invétérez, N'ayans, des maux de leur Patrie,

200 L'ame nulement atendrie,

Font plus que jamais les félons.

Et sont pires que Ganelons, Que Margajats, que Troglodites, Dont sont ravis les Moscovites,

205 A qui leurs complots outrageux.

Sont grandement avantageux.

Peste soit de cette Canaille ; Vivre comme des Rats en paille.

Volant, rançonnant et pillant,

210 Sans faire aucun acte vaillant.

Ne rendre aucune obéissance A la Souveraine Puissance, Du Clergé ravager le fond, C'est tout le beau métier qu'ils font,

215 Et de jouer souvent aux Quilles :

Voila pas de braves Soudnlles P

Si ce bruit-là n'est point trompeur,

Les Romains, pour nous faire peur,

Ne passent guéres de semaines 220 Sans créer nouveaux Capitaines ;

Sans contrefaire les mécnans,

Sanss'assembler,sansbatreauxchamps,

Sans équiper des Escouades,

Et faire des fanfaronnades.

2 2 j Mais qu'ils sçachent mieux leur leçon,

Ce n'est pas de cette façon,

Ce n'est pas avec arogance

Su'on doit traiter avec la France ; faut un procédé plus doux, 2 30 Et pour venir à bout de nous.

Ils feront, avéques des larmes, Mille fois plus qu'avec des armes.

On dit que le sieur Rasponj,

D'esprit et de sens bien gamj, 2 3 5 Et que le Pape, en cette afaire,

A fait Plénipotentiaire

Vient recommencer à Lyon

Cette Négociation,

Dans un jour des Couriers fidelles 240 Nous aprendront quelques nouvelles.

Le Roj, les Reines, le Daufin, Et Monsieur et Madame, enfin.

Toute la noble Cour de France, Pour qui j'ay grande bienveillance,

24 j (Le bon Dieu qui sçait tout, le sçait) Se porte à prézent à souhait.

Le Ciel en cet état maintienne Long-tempscette Courtrés-chrétienne, Et pour mon grand contentement,

2 50 Vôtre Altesse pareillement.

Fait à Paris, non à Mayence, Le sept d'Avril, en consaence.

LETTRE (QUATORZIÈME

Du [samedi] quatorze Avril.

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