‹ La muze historique; (volume 2)Chapitre 79 sur 84 · AQUATIQUE · texte numérisé non relu

AQUATIQUE

Pour plaire à tant de belles Ames, De Rois, Princes, Seigneurs et Dames, Qui, par coutume, ou par bonté.

Ont quelque curiozité { De lire depuis quinze années.

Les Lettres par moy grifonnées, Et que je consacre toujours A la Princesse de Nemours:

Afin, dis-je, de satisfaire

10 Mes Lecteurs, comme à l'ordinaire, Et ma Noble Princesse aussy.

Que puis- je écrire, ou dire icy ?

Car pour les Afaires publiques, Pour les Réglemens politiques,

1 5 Pour des Relations d*éclat Et pour des Nouvelles d'État, D'amour, de ^erre, ou de fortune, Aujourd'huy, je n'en sçache aucune:

Mais comme il n'est pas encor tard,

20 J'en recevray de quelque part; En atendant quoy, nôtre Muze, Prézentement un peu camuze.

Va dire deux mots des débris Que les eaux ont fait dans Paris.

25 La Rivière de cette Ville, Dont le flux est assez tranquile, Mais qui, par-fois, quand il s'y met.

De fort grands dézordres commet, En divers lieux de son passage

)o A fait maint terrible ravage,

A fait fuir de leurs tizons, Chambres, cabinets et cloizons, Les Pérès, Mères, Fils et Filles De multitudes de Familles;

) 5 A renversé les fondemens De quantité de bàtimens; Elle a déraciné maint arbre, Entr'ouvert des tombes de marbre, Mis tous les quais en dézaroy, « 40 Fait trembler tous les ponts d'éfroy, Gâté, dans cette grande Ville, Des muids de Vin plus de dix mille; Bref, par ses flots dévergondez, Pluzieurs beaux jardins inondez.

45 On n'a pas seulement des preuves Des grands mauxquefontlesgrandsfleuves, Les moindres (mesmes) sont malins, Témoin celuy des Gobelins, Dont les funeuzes malices

50 Renversèrent des édifices.

Où se trouvèrent acablez Grand nombre de Gens assemblez, Qui, pour se sauver du déluge, Cherchoient en ces lieux un refuge;

5 { Des Gens-d'honneur et de crédit, Aujourd'huy, mesme, m'ayans dit Que dans ces débris déplorables.

Plus de cinquante mizérables, Hommes, Femmes, Filles, Garçons,

60 Enfin, Gens de toutes façons.

Qui dans un seul lieu se rendirent,

La Muze historique. — Février 1665.

Par on double trépas périrent, Par la chute du bâtiment, Et par le rapide élément,

65 Y compris (à choze cruelle) Quelques Enfans à la mamelle, (^ui, par un tragique destin, Trouvèrent au bout du tetin, Parmy le lait et la rivière,

70 Le bout de leur triste cariére.

On ne parle, de tous cotez, Que des grandes calamitez Qu'ont cauzé, par leur abondance, Les Eaux en divers lieux de France^

7( Et dans d'autres Climats aussy; Mais si j'avois dessein, icy, De faire ou tracer les peintures De tant d'étranges avantures, Ce seroit un trop long discours;

80 II faut, donc, en trancher le cours.

Et, sans sur ce sujet m'étendre, Vous faire seulement entendre Que ces dégâts et ces malheurs.

Sources d'ennuis et de douleurs,

85 Selon maint et maint Interprète, Sont des éfets de la Comète; D'autres Gens d'esprit et de nom, Dizent, absolument, que non.

Et qu'il n'apartient qu'aux pécores,

90 D'en acuzer les Météores; Je laisse aux sublimes Docteurs, ie laisse aux grands Contemplateurs, D'opinions, toujours diverses, A décider ces Controverses.

95 Pourmoy,qui nesuis point profond, Qui n'ay de science aucun fond.

Et que le moindre Enfant de Classe . (Hors les matières du Parnasse) • Ne fût-il qu'un petit stultus, 100 Rendroit incontinent, victus.

Sans atribuér rien aux Astres De nos biens, ny de nos dézastres, Je suis d'avis que les péchez Dont les Humains sont entachez, 105 Sont les cauzes essencielles De ces aflictions cruelles.

De ces maux et fléaux divers Qui s'épandent dans l'Univers; Sur-tout, de ces Nèges fondues, 1 10 Par qui l'on void presque perdues, Dans la plus-part des horizons.

Des campaenes et des maizons, Des bois, oes prez, des pâturages.

Des vignes et des jardinages.

1 1 5 Mais, Dieux ! ne puis-je m'empécher

De remontrer et de prêcher, N'en ayant (je vous le confesse) Aucune Mission expresse?

Certes, ce mien raizonnement 1 20 N'est pas jazer burlesquement, Et j'écris d'un ton trop sévère:

Mais il faut que l'on considère Qu'il ne s'agît plus maintenant Du temps de Carème-prenant;

1 2 5 Dans mes Lettres en Vers dernières.

Rebutant les tristes matières.

Et du temps suivant les Billets, Je n'écrivois que de Balets, Momons, Mascarades et Dances, 1 30 Et des autres réjouissances; A prèzent, quitant les Momons, Il faudroit parier des Sermons De nos Prescheurs Evangèliques, Dont les discours scientifiques

1 3 5 Expliq^uent dans maint sacré Lieu

Les saints Commandemens de Dieu,

Enseignans comme il les faut suivre,

Et la Façon dont il faut vivre;

Mais entre les plus Excélens, 140 Le Révérend Père Cùeillens,

Qui dans la Chapelle Royale,

Ses Talens précieux étale,

Presche et moralize, dit-on.

D'un si prudent et sage ton, 145 Que de tous les sujets qu'il traite

La Cour parott fort satisfaite.

Etant zélé, docte, éloquent,

Et fort touchant, par conséquent.

J'aime et j'estime ce bon Père, 1 50 Depuis quatre ans je le révère.

Et c'est pour cela qu'aujourd'huy

Je parle volontiers de luy.

Cet autre fameux Personnage, Ce Prélat si docte et si sage ît'""*"'

1 5 5 Qui s'est aquis un Evesché d'ÎTcql"*

Pour avoir toujours bien presché, Et pour tout plein d'autres mérites, Prècha,Dimanche,auxCarmélites, ^•Jj^"^ Où la Reine-Mère étoit, lors, bouÎoj

160 Et, là, déploya les trézors De la singulière éloquence Jointe et mêlée à sa science.

Et cette Auguste Maiesté Dont le Cœur est toujours porté

165 De son instinc et sans contraintes, A faire cas des chozes saintes, Atentivement l'entendit, Et priza fort tout ce qu'il dit.

Mars 1665. — Livre XVI. Lettre X.

Ses Sermons, dizers à merveilles,

170 Ont souvent charmé mes oreilles, Autrefois, je l'ay fort suivy, Et, toujours^ il m'a fort ravy ; Il ne faut donc pas qu'on s étonne Si je parle de sa Personne,

175 Car c est un admirable Humain, Que j'honore, de longue-main.

Enfin, dans toutes nos E^lizes Les Chaizes ont esté commizes (Ce m'ont dit de certains Docteurs)

180 A de si grands Prédicateurs,

Que, de long-temps, en cette Ville, Les saints Textes de l'Evangile, N'ont été si bien exoliquez.

N'ont été si bien apiiquez,

185 Qu'avec une ferveur extrême lis le sont, durant ce Carême; C'est à nous de les écouter, Et, tout-de-bon, d'en profiter.

Mais, ô bon Dieu ! je prêche encore,

190 Hà que cette Lettre est pécore!

Et que pluzieurs qui la liront De tout leur cœur la fronderont.

O Censeurs de mes rêveries.

Que j'apelle grifonneries,

195 Frondez, frondez, vous le pouvez.

Et, mesmement, vous le devez :

Mais, 6 Muzette, és-tu pas vaine!

D'être frondé vaux-je la peine P Serois-je un Autheur important?

200 Hâ non^ ne prézumons pas tant; Quoy qu'aucuns me traitent d'illustre.

Mes Vers n'ont pas assez de lustre, (Hors quelques petits Roupieux) Pour m'aquerir des envieux;

205 Je ne suis pas de ces Génies

Qui dans les grandes Compagnies,

Ont depuis un, deux, on trois ans.

Des Censeurs et des partizans:

' Mais tout cecy c'est bagatelle 2 1 o Dizonsy du moins, une Nouvelle.

Monseigneur le Duc de Sully, D'aimables qualitez remply.

Et qui joint avec avantage, La grande Naissance au courage,

2 1 j Fut receu solennellement, Mercredy, dans le Parlement, Où, dé Condé, l'Illustre Altesse, Suivy d'une belle Noblesse, Pour luy faire encor plus d'honneur,

220 Prézenta ce jeune Seigneur, Qui prit au susdit Lieu séance, Comme vray Duc et Pair de France, Ainsi que furent, autrefois, Ces deux Serviteurs de nos Rois,

225 Dont le Nom encore on révère, Feu son grand Ayeul et son Père.

Depuis cette solennité. Chacun l'en a félicité.

Car on l'aime, car on l'estime,

2)0 Etant d'un mérite sublime, D'un esprit noble et singulier, Et Petit-Fils du Chancelier.

Cour ! à Princesse ! 6 Ruelles !

Excuzez mon peu de Nouvelles, 2)5 Nonobstant tous mes petits soins Je n'en sceus, ny dis jamais moins Que ce qu'aujourd'huy j'en débite:

Mais qui fait ce qu'il peut, est quite.

Ecrit d'un stile assez rustaut, 240 Le dernier jour du mois courtaut.

LETTRE DIXIÈME

Du [samedi] septième Mars.

DtiNUÉE.

Altesse, de mérite exquis, A qui le service est aquis De ma Muzette obéissante Depuis l'an mil six cens cinquante;

5 Vous ayant, en Sujets divers.

Consacré deux cens mille Vers, Ce nombre parolt incroyable:

Mais ce que je dy n'est point fable

iS

La Muze HISTORIQ.UF.. — Mars 1665.

Et quiconque en voudroit douter, 10 S'il prend la peine de compter

Tous mes VerSyd'Ouvrage enOuvrage,

Il en trouvera davantage.

Mais, 6 Princesse, ce jargon

Semble un peu tenir du Gascon, 1 5 Et ces inutiles paroles

N'ètans qu'amuzemens frivoles.

Il faut agir, en vérité,

Avec plus de solidité.

Madame, après, donc, ce Prélude 20 Bon, ou mauvais, plaizant, ou rude,

Après m'ètre fait agrafer

le vais historiografer.

La Mort qui tout gripe et tout hape, Qui n'èparène Empereur, ny Pape,

2 j Et ne preno personne à rançon, A ravy Monsieur Dormesson, Magistrat assez débonnére, Et Vieillard plus qu'octogénére; Tous les plus Grands du Parlement

)0 Forent à son Enterrement:

Je connoissois peu sa Personne ; Afin, pourtant, que Dieu luy donne Une place en son Paradis, J'ay dit pour luy, De profanais.

) 5 Mais, à propos, de ce sufrage, Où la piété nous engage, Et que nous ne dénions pas Aux Chrétiens, après leur trépas, Quelques-uns se sont fait acroire,

40 Que je croy peu le Purgatoire, M'objectans dans certain Billet, Moins judicieux, que folet, Que sans considérer ses fiâmes Je mets au Ciel trop-tôt les Ames,

45 Et qu'au partir de ce bas-lieu Je les fais aller droit à Dieu.

S'ils lizoient toute mon Histoire, Ils verroient que du Purgatoire (Qui n'est pas une fiction)

50 J'ay bien des fois fait mention.

Comme d'un lieu purgeant les crimes ; Et sçachent iceux Anonimes, Que l'Ecrit par eux envoyé Ne m'anulement fourvoyé;

5 i Qu^ i'^y '^ ^^^^ Apostolique, chrétien, Romain et Catholique, Avec ferveur et fermeté, Et que je l'ay toujours été.

Comme il paroit dans mes Ouvrages

60 En cent et cent divers passages.

Il est vray, je n'ay pas le fond

D'un Docteur subtil et profond, Mais j'ay l'Ame bonne et soAmize, Et je croy ce que croid l'Eglize.

6; Lecteurs de ma Relation, Excuzez ma digression; Des Quidans me vouloient confondre.

Et pour repartir, ou répondre A ces prétendus Gens-de-bien,

70 Je n'avois oue ce seul moyen,

Car je voy tort bien qu'ils me lizent, Puisque mes Vers les formalizent.

Iceux, donc, voulans me sonder, Ou, possible, gOfi;uenarder,

7{ Dans un Billet, oaté de Rome, Parient à moy tout ainsi comme Si je croyois à Charenton, A Calvin, Béze, ou Méianton, A Luther, Cariostad et Zuingle,

80 Que j'estime moins qu'une épingle:

Mais qu'ils aprennent, ces Messieurs, Qui se dizent être pluzieurs, Que dans toutes mes ECTitures, Qui de l'Ame sont les peintures,

85 Dans toutes mes Narations, Entretiens, conversations.

Et dans mon langage ordinaire, On a toujours vu le contraire.

Je conjure, donc, ces Gaillards,

90 Soient-ils jeunes, soient-ils vieillards.

Soient-ils de Paris, ou de Rome, Et dont pas-un d'eux ne se nomme.

Qui m'ont écrit incognito^ Rézervans leurs noms in pecto,

95 De mieux juger de ma Croyance, Pour qui j'auray de la constance Jusûues à mon dernier moment; Et d'avouer ingénument.

Que nonobstant leur rétorique, loo Mon Esprit, à qui l'on indique Bien souvent d^fttranges Billets, N'a pas donné dans les filets.

Vous, curieuzes Cervelles, Qui n'aspirez qu'à des Nouvelles, 105 Lecteurs, je vous demande en don De tout mon cœur, humble pardon. D'avoir icy déduit des chozes Qui sont pour vous des Lettres clozes, Ce sont des démêlez secrets 1 10 Où vous n'avez nuls intérêts.

Mais comme on ataquoit mon tendre.

Il falloit, enfin, se défendre.

Et (je l'ay dit précédemment) Je ne pou vois taire autrement.

1 1 5 D'ailleurs, je n'ay cette semaine

Mars 1665. — Livre XVI. Lettre X.

Guéres couru la prétantaine, Pour m'informer, par-cy, par-là.

Tant de cecy, que de cela, De plus, le temps est si stérile 1 20 De bruits de Cour, de bruits de Ville,

Sue je ne sçaurois pas, ma-foy, on, je ne sçavois pas dequoy Rendre, à l'ordinaire, complette Cette malheureuze Gazette,

1 2 { Laquelle, pour sa brièveté.

Pour son peu de variété, Et pour n être belle, ny bonne.

Ne plaira, sans doute, à personne.

Mais, tout-de-bon, je vais songer

1 30 Aux moyens de la prolonger; Il me faut remétre en mémoire Du temps la véritable Histoire, Parier un peu de divers lieux Pour cette Lettre étendre mieux,

I ) 5 Car, enfin, il faut qu'elle donne Jusqu'à la sixième colonne.

Les Holandois et les Anglois, Je l'ay dés-ja dit bien des fois, (Mais en tels cas, ne vous déplaize,

1 40 La redite n'est pas mauvaize) Font, pour le proche Rénouveau, Tant sur la Terre, que sur l'Eau, En des provizions ae vivres.

En canons portans trente livres,

145 En Esquifs, Navires, Brûlots, En Soldats, Patrons, Matelots, En ancres, mâts, voiles et cables, Des aprêts si considérables, Que, depuis longtemps, Neptunus,

1 50 Dieu, ce dit-on, des flots chenus.

Dieu du flux et de la marée, Ny sa Thétis, ny sa Nérée, Ny ses Daufins, ny ses Tritons, Ny ses Baleines, ny ses Thons,

1 5 5 N ont vu sur la Mer Océane, Une si grande Caravane, De Nefs, Vaisseaux, et cetera.

Qu'audit Printemps on en verra, uest-à-dire (cela s'apelle)

160 Pour se faire guerre mortelle.

Et vûider les grands démêlez Qui les ont ensemble brouillez.

Par la fureur et par la rage, Par le sang et par le carnage,

165 Et par les meurtres inhumains D'une multitude d'Humains, Dont les carcasses vagabondes Seront l'aliment, dans les Ondes,

(Au lieu d'éperlans, ou gougeons)

170 Des marsouins et des esturgeons, Des turbots, saumons et baleines, Qui sont friands de chairs Humaines :

Et je croy, sans dificulté, Toute cette calamité,

175 Si nôtre illustre Roy de France, Par son soin, par sa prévoyance.

Et par sa Médiation Vers l'une et l'autre Nation, N'empêche cet horible esclandre;

1 80 Ce charmant Prince fait entandre Qu'en son Ame il souhaite fort De voir ces deux Peuples d'acord.

Qui sont ses Amis d'Alliance; Il en fera, sans doute, instance:

185 Mais pour répondre à son soucy Il convient qu'ils s'aident aussy.

Et que chacun d^eux se relâche; Il est certain que cela fâche:

Mais vinet-ans de paix, ce dit-on,

190 (Et c'est l'avis de maint Caton) Valent mieux, sur Mer et sur Terre, Que quarante siècles de Guerre.

C^est à ces deux Peuples mutins.

Pour avoir de plus doux destins,

195 D'y songer, avéque prudence, Et c'est ce qu'ils feront, je pense.

Dans nôtre Etat, grâces à Dieu, La Guerre n'a ny feu, nv lieu, D'un doux regard la belle Astrée

200 Envizage cette Contrée,

Nôtre Monarque Trés-Chrêticn, Et les Reines se portent bien.

Monsieur le Daufîn, dont l'Enfance Nous donne déjà connoissance

205 Qu'il doit-être, sans-doute, un jour. Le bon-heur, la joye et l'amour Des Dames, des Seigneurs,des Princes, Et de nos trente-six Provinces, Est si charmant et si joly,

210 Et de tant d'atraits embelly.

Que dans cette prime jeunesse Rien n'égale sa gentillesse, J'en jurerois cent fois ma foy:

Et comme il est l'Enfant du Roy,

2 1 5 D'un beau Roy nôtre aimable Sire, De ce cher Daufin, on peut dire Qu'avec ses apas trionfans.

Il est le Roy des beaux Enfans.

Bref, toute la Maizon Royale,

220 Qui par sa splendeur sans égaj« Tient dans l'Univers nn haut Rang,

La Muze historiq^ue. — Mats 1665.

Et ceux et celles de son Sang, Ainsi que chacun ie souhaite, Ont tous une santé parfaite, 2S5 Que Dieu leur conserve long-tans, Et, mesmes, plus de spixante ans.

Princesse, en finissant d'écrire, Un heur pareil je vous dézire.

ajo

Le sept du mois, n'ayant encor Déjeuné que d'un harang-sor.

APOSTILE

ou Remerclment à Monsieur.

Charmant Prince, Altesse Royale, Vers moy tous les ans libérale; Des Personnes'à qui je doy, Ont receu de vos Gens, pour moy,

a j { La somme par Vous ordonnée, Le second mois de cette année, Dont, aujourd'huy, moy qui vous suis Serviteur autant que je puis, Dans cette Lettre de Nouvelles,

240 Vous/ens des grâces étemelles.

LETTRE ONZIÈME

Du [samedi] quatorzième Mars.

INDUIZANTB.

Compagne de mes avantures, Autrice de mes Ecritures, Partizane de mes Travaux, Par qui je vaux ce que je vaux :

5 Muze, enfin, ou plutôt Muzette, Qui d'une ardeur assez discrette, Et d'un assez heureux soucy M'as inspiré jusques icy :

Sans te lasser de m'étre Donne,

10 Tâche aujourd'huy, chère mignonne, De me donner une leçon De la belle et bonne façon.

Pour cette Altesse satisfaire A qui nous essayons de plaire.

1 5 Entre ses autres qualitez, Cette Princesse a des clairtez Qui dlcement de tous Ouvrages Les défauts et les avantages; Devant Elle il faut marcher droit,

20 II faut être Ecrivain adroit.

Voyons, donc, si dans cette Epttre Je pouray mériter ce Titre.

Dans Vincénes Royal séjour, Quelquefois, de toute la Cour, 2 5 Lundy , neuf du mois où nous sommes.

En prézence de beaucoup d'Hommes, Gens -de-bien. Princes, Grands Sei- On renouvella les honneurs, [gneurs G'est-àHlire l'Anniversaire

)0 Que le Duc Mazarin fait faire Pour cet Homme de grand renom.

Dont il porte à prézent le Nom, J'entens la défunte Eminence, Qui par ses soins et sa prudence,

) 5 Dignes qu'on en parle à jamais.

Rétablit en France la Paix :

Ce fut, donc, dans cette Chapelle, Que l'on peut nommer sainte et belle.

Assez prés de son Monument,

40 Que l'on fit somptûeuzement, En noble et grande Compagnie, Cette triste cérémonie; Et, par autre Service exprés.

Aux Téatins, le jour d'après,

45 Le tout avec grande dépence, Apareil et magnificence, Dautant que le susdit Seigneur, Qui de l'Alsace est Gouverneur, Seigneur de mainte Seigneurie,

50 Et Grand-Mattre d'Artilierie, En de tels ou semblables cas N'éparjgne Ecus-d'or, ny Ducats, Etant iceluy Duc, Grand-Maître, Autant pieux qu'on le peut être.

5 5 Son temps de vivre étant prescrit.

Monsieur Bautru, ce bel Esprit, Vers la fin de l'autre-semaine.

D'entrer au Tombeau prit la peine.

Mars 1665. — Livre XVI. Lettre XI.

Fort regrété des Courtizans

60 Pour ses Apoph(e)témes plaizars.

Qui (pour dire ce qui m*en semble) S^ils êtoicnt recueillis ensemble.

Imprimez, ou non imprimez, Seroient bien autant estimez

65 Que ceux desquels ont fait remarque, Feu d'Ablancourt et feu Plutarq'ic.

Mais de ce Génie excélent Ce n'êtoit pas le seul Talent, Dans toute bonne Compagnie

70 On faizoit cas de son Génie, Il passoit fort pour Esprit-fort ; Et chacun demeure d'acord, TantmaintSeigneur,quemainteD3me, Que pour les aualitez de Tame,

75 On void peu de Gens, aujourd'huy, Que Ton pût comparer à luy.

\\nxtnoii ^^^^ ^^^'^^ Paroisse Royale, De tout Paris, la Capitale, S'est faite, par dévotion, 80 Certaine Congrégation

De Dames pieuzes et prudes, Dont les saintes solicitudes.

Les vigilances, les bontez.

Vont à régler les charitez 85 Que font les Ames vertùeuzes Aux Familles nécessiteuzes, Qui, faute de vin, chair, ou pain, Pouroient mourir de male-faim, Sans cette assistance réelle.

90 Cette Institution est belle, Car la Reine-Mére du Roy, Qui prend plaizir à cet employ, Se déclarant Sur-Intendante De cette Troupe bien-faizante.

95 Les Dames de la Charité Révérans son autorité.

Semblent toutes, en faveur d'Elle, Agir avec un plus beau zélé :

Car ses ordres êtans suivis,

1 00 Les Pauvres en sont mieux servis, Leurs mizéres mieux alégées, Et leurs douleurs mieux soulagées.

Modelle de piété.

Sage et dévote Majesté,

105 Le Ciel vous soit toujours propice, Le Ciel, à jamais vous bénisse; Il faudroit que jamais le cours Ne finit, de vos nobles jours, N'ètoit, ô Reine incomparable,

1 10 Qu'il est juste et bien raizonnable, Qu'après plus de cent ans passez

Vos bien-faits soient récompensez De ces Couronnes immortelles, De ces Délices éternelles, M 5 De CCS fruits de paix et d'amour, Que dans le céleste Séjour, Après leurs travaux et leurs peines, Dieu rézerve aux pieuzes Reines.

Selon les bruits qui sont épars I 20 Dans Paris et de toutes parts, Quantité de Villes de France Fournissent, ce dit-on, finance, Mais, sur-tout, Lyon et Poitiers Se sont cotizez volontiers,

1 2 5 Touchant le Commerce des Indes,

Qui fera faire bien des brindes, Lors-que son Etablissement Sera fait à chaux et ciment.

Je n'ay pas encor l'ame imbuê, 130 De ce que Poitiers contribue, Mais on m'a juré que Lyon Y met, du moins, un million.

Pour moy, j'ay parfaite espérance Que l'on verra grande abondance

1 3 5 Dans nos Havres et Ports, de biens

Venans des Climats Indiens, Comme de beaux et riches vazes, De diamans et de topazes, Qui sont d'agréables trézors,

140 De fourures et de castors.

De cotons et de fines laines, De perles et de porcelaines, De simples et de végétaux, D'or, d'argent et d'autres métaux,

145 De drogues, d'épices, de sucres,

Dont les Marchands font de grands lucres.

Ma-foy, nous sommes obligez A ceux qui nous ont engagez En ce Trafic extr'ordinaire,

1 50 A tous Etats si nécessaire, Et dont il peut, à l'avenir, D'immenses biens nous revenir, Aussi-bien qu'à tout plein de Princes, De Royaumes et de Provinces.

1 5 5 Hé Dieux ! qu'aurions-nousfaitàDieuP Si la France étoit le seul Lieu Exempt du merveilleux Commerce Qui dans tout l'Univers s'exerce, Et qui peut combler nos Citez

1 60 De diverses commoditez.

Certes, je voy toute assurance En l'argent que chacun avance, Et j'en jurerois bien ma-foy, Puis-que n6ire sage et Grand Roy,

La Muze HiSToniQUE. — Mars 1665.

165 Dont Dieu les desseins fâvorize^ Est Protecteur de l'Entreprize, Et que Messieurs les Directeurs, Du bien de l'Etat amateurs, Ne sont pas des Jeans-de-Nivelles,

170 Mais de trés-solides cervelles.

Hier, un vizage de Valet, Me vint prézenter un Billet, Portant qu'un brave Gentilhomme, Qui Monsieur Carolof se nomme,

175 Homme de rézolution,

Et de Tudesque nation, Aieaun.

Homme expert à faire la guerre, Tant sur la Mer, que sur la Terre, Avoit ofert, de bonne-foy,

180 Sa Personne à n6tre Grand-Roy, Pour le servir dans le Commerce, Non pas seulement dans la Perse, Dans les Pays du Grand-Mogor, Ou Ton void abondance d'or,

185 Dans les Régions Otomanes,

Dans le Pérou, dans les Bracmanes, Dans le Brésil, dans Bisnagar, Dans rUe de Madagascar, Bref, dans tous les Ports de l'Afrique,

190 De l'Azie et de l'Amérique, Ayant déjà fort voyagé (A ce qu'entendu dire j'ay) Dans la Cour de très-bien des Princes, Et de plus de deux cens Provinces,

195 Dont il fait de fort bons discours.

Et dont il sçait tous les détours, Les écueils, les Ports, les rivages.

Les commerces et les langages, Etant connu de maints et maints,

200 Tant Roys, que Princes Africains.

Le Roy, qui dans un sens abonde A sçavoir connoUre son monde.

Voyant bien c^ue cet Allemand Parloit d'esprit et franchemant,

205 Qu'il avoit de l'expérience.

Jugement, conduite et prudence.

Etant Homme fort avizé, . Prima, l'a naturalizé,

(Et, mesme, un Baron sien Beau-frére,

210 Autre Homme-d'honneur et sincère) De plus, par un soin libéral, L'a fait Lieutenant général Depuis le Cap-vert (foisr la France) Jusqu'au Cap de Boone^pérance,

2 1 5 Lyy donnant pouvoir de traiter, De propozer et d'aréter Des Acords et des Alliances Avec les Peuples et Puissances,

Non pas comme agissant de soy, 220 Mais, ce dit-on, au Nom du Roy, Lequel Prince et Roy magnanime.

Pour montrer combien il estime Les Gens d'esprit et de valeur, Atendant quelque octroy meilleur, 225 Régala cet excellent Homme,

Non pas, je croy, de quelque somme, Mais d'une chaîne de fin or, Et, ce qu'on prize plus encor.

Ayant, au bout une Médale, 230 Où l'on void sa face Royale,

Qu'un de nos plus sages humains, .

Monsieur Colbert, mit en ses mains.

Dans mesVers qui courent laFrance, Je donnois, jadis, connoissance

235 Des nouveaux Livres imprimez, Les plus dignes d'être estimez; Mais à l'avenir quoy qu'on fasse, Les Livres n'auront plus de place Dedans mes Ouvrages suivans,

240 Puis-que le Journal des Sçavans^ Par une invention nouvelle Qui part d'une bonne Cervelle, Et dans un stile non commun.

Les indique au gré d'un chacun,

245 Bien mieux que je ne sçaurois faire Dans mon Epitre hebdomadaire, Du moins on me l'a dit ainsy ; Car, en vérité, jusqu'icy, Je n'ay fait aucune lecture

250 Des discours de cette nature :

Mais moyennant cina sols tournois, C'est-à-dire, vingt sols par mois, (Qui ne sont pas grande monoye) Je veux m'en donner au cœur joye;

255 Car j'ay toute ma vie été Curieux de la nouveauté :

Mais sur-tout des chozes écrites Par des Gens remplis de mérites.

Qui s'y prennent du bon biais,

260 Et non pas des Autheurs niais.

Je dis exprés cecy. Princesse, Car je sçav bien que Vôtre Altesse Estimant (es Livres nouveaux Quand ils viennent de bons cerveaux,

265 Le susdit Journal et sa suite.

Vous en rendra bien mieux instruite Que non pas Messieurs vos Valets, Qui les vont chercher au Palais.

Le quatorze de Mars, foy d'Homme, 270 Ayant dormy d'un profond somme.

Mars 1665. — Livre XVF. Lettre XM.

LETTRE DOUZIÈME

Du [samedi] vingt-unième Mars.

PITEUZE.

Je suis si souvent éclopé, Et de diférens maux frapé, Que quand ce vient le temps d'écrire, Je n^ay pas trop sujet de rire:

5 Car un œil, qui me fait mourir, Et que nule Eau ne peut guérir, Un mal de dents qui me travaille, Un dégoût de toute mengeaille.

Un Rûme qui fait le démon

1 o Contre mon malheureux poumon,

Et demeurer des nuits entières Sans pouvoir fermer les paupières, Ne me laissent guère en état De parler de discours d'Etat,

1 5 Ou d'aranger en Vers burlesques Quelques Relations crotesques.

Ma Princesee, je suis honteux D'écrire d'un ton si piteux, Qui, sans doute, ne sçauroit plaire

20 A Vôtre Altesse débonnaire, Ny mesme à certains délicats.

Qui de mes Vers font quelque cas.

Mais à qui les tristes articles Font tomber du nez les bèzicles,

2 5 Car tant de Curieux divers

Qui courent volontiers mes Vers, Tant le folâtre, que le sage, Ne sont pas tous en leur fleur-d'âge:

Mais laissons ces discours à part 30 Où l'on doit avoir peu d'égard :

Voyons si dans nôtre Gazette, Il peut entrer quelque chozette, Le Prélude en est tait, d'abord :

Mais du Date, j'en doute fort.

3 5 Le fameux Monsieur de la Serre,

Qui Livres sur Livres desserre, Comme le feu Sieur Saint-Amand L'a dit, autrefois, plaizamment.

Pour encor mieux vivre et revivre, 40 S'en va plus-que jamais poursuivre Le glorieux titre d'Autheur

Dont il est ardant amateur.

Il s'en va, dit-on, de la France Narrer les chozes d'importance

45 Dans certain Livret, tous les mois, Nommé le Mercure François, Où toutes les autres Contrées Auront, roesmement, leurs entrées, Les Espagnols et les Romains,

50 Les Holandois et les Germains, Messieurs les Gots et les Vandales, Les Régions Impériales, Les Anglois et Vénitiens, Bref, tous (les) autres Pays Chrétiens

5 j Dont sa merveilleuze Ecritoire Va parcourir toute l'Histoire.

De plus, parier il se promet Des Royaumes de Mahomet, C'est-à-dire des Turcs, des Perses,

60 De leurs cours etdeleurs commerces:

Je voy, donc, ce prodigue Autheur S'èriçer, de belle-hauteur, En Historien de l'Europe, Où son renom déjà galope.

65 Je trouvay son dessein, d'adord, Héroïque, pénible et fort :

Multitudes de Secrétaires Luy sont (dizois-je) nécessaires.

Des Corespondans, des Agens,

70 Et diverses sortes de Gens :

Mais, ma surprize estant passée.

Il me vint une autre pensée.

Que, sans courir aucuns dangers.

Les Gazettes des Etrangers

75 Luy pouvoient, sur toutes matières, Fournir d'abondantes lumières; Il veut donc, ce semble, aujourd'huy, Marcher après les pas d'autruy.

Et sur-tout du Bureau d'Adresse:

80 Mais quoy ? la gloire et la richesse Ont des atraits charmans et forts.

Et Nogent et Bautru sont morts.

Cet Autheur a de l'abondance,

iH

La Muze historique. — Mars 1665.

Du fluide, de Télégance, 85 Ety pour en parler nétement, Son plus naturel élément, C'est de presque toujours écrire.

Il est né pour donner à lire ; Bref, pour meubler de ses Ecrits 90 Les sieurs Libraires de Paris, Et des autres lieux de la Terre, Il n'est qu'un Puget de la Serre.

Jeudy, Feste du ^and Jozeph, Qui des chastes Saints est le Chef, 95 Et qui d'une fleur virginale.

Toute pure, toute royale.

Fut par l'ordre du Créateur Le sacré saint Conservateur, Multitude de Personnages

100 Allèrent rendre leurs hommages Aux Autels des Pères Feùillans, D'infinis Chrétiens fourmillans, A la lueur de maint blanc cierge, A ce sage Epous de la Vierge;

105 Les bons Pérès d'iceluy Lieu, Dont la gloire est de servir Dieu, Ayans d'une façon exauize Si bien ajusté leur Eglize Qu'on n'a jamais rien vu de tel

1 10 A l'honneur du Grand Immortel.

Guéres de Festes solenelles N'ont de lon^-temps paru si belles, Nos souveraines Majestez, Modelles de toutes bontez,

1 1 5 L'une et l'autre Altesse Royale, Dont chacune n'a point d'égale, Mademoizelle, mesmement Qui s'atache viziblement (Et sur-tout aux jours de prière)

120 A nôtre prude Reine-Mère, Laquelle sage Majesté, Miroir de liDèralitè, Honneur de la Maizon d'Autriche Fit, ce jour, un Prézent fort riche

125 Ausdits FeuIllans, sçavoir d'un Daix Des plus beaux que l'on vid jamais.

Et dont la précieuze ètofe Ebloulroit un Philozofe; Bref, toute cette belle Cour

1 )o Qui pour ce Saint a de l'amour, Et bien d'autres qui s'y rendirent, A genoux humblement se mirent Pour révérer en ce Saint Lieu Le Saint Patron du Fils de Dieu,

I ) 5 Le Saint dans toutes les Familles, Et singulièrement des Filles,

1 Ce Saint dijpie de tout honneur.

Et que le Qel fit Gouverneur,

Par une grâce sans seconde,

140 Du Gouverneur de tout le Monde.

Ce Prédicateur de renom

Dont est sorty maint beau Sermon,

Monsieur l'Abbé de Fromentières,

Eloquent sur toutes matières, 145 Ledit Saint panégiriza.

Et si sçavamment expoza

Ses qualitez toutes modestes,

Ses vertus, ses grâces célestes.

De ces saintes humilitez 1 50 Dans ces admirables clairtez,

Que toute la ^ande Assemblée

Fut d'admiration comblée,

(Et jusques au moindre Auditeur)

Du Saint, et du Prédicateur.

1 j j M' Joly, dont la doctrine, ^^'utrd?' L'éloquence presque divine, s. Nicolas Les saintes admonitions De» champs.

Ont bien fait des Conversions ; En moult belle cérémonie,

160 Et fort nombreuze Compa^ie, Fut sacré le quinze du mois, Pasteur d'Agen en Agenois, Ville belle, marchanoe et bonne Et size aux bords de la Garonne.

165 II receut cette Dignité, Cette noble Episcopauté, Avec toute la modestie D'une Ame au Ciel assujétie.

Et qui, dans un air tout chrétien,

170 N'a d'autre vouloir que le sien.

Les trois Prélats qui le sacrèrent De tout leur cœur l'en admirèrent, Et, sur-tout. Monsieur de Paris, Un de nos solides Esprits.

175 Joly, n'étant que simple Prestre, Se faizoit toujours reconnaître Pour un de ces saints Orateurs Qui vont tout droit au fond descœurs.

Depuis qu'il se vid une Cure,

1 80 Sans altérer sa Tablature,

Ses Paroissiens trouvoient en luy Pour le salut un grand apuy.

Maintenant, q^ue pour récompense De sa vertu, de sa science,

185 II est pourvu par don Royal D'un Bénéfice Pastoral, Sans doute, ce grand Personnage Va travailler bien davantage, A montrer par faiu et par dits,

Mars 1665. — LivRB XVI. Lettre XIIl.

190 Le beau chemin du Paradis.

Princesse, il faut cesser d'écrire.

Assurément, je pouvois dire Quelque choze de plus joiy Sur le Sacre dudit Joiy;

195 Mais ma personne malneureuze Est aujourd'huy trop douloureuze, Je soufre trop de maux divers Pour faire d agréables Wcrs.

Cessons-donc, ma Muze, d'écrire,

200 Car tout mal vers le soir empire, J'ay plus fait que je n'ay pensé Quand j'ay l'Ouvrage commencé.

Un Médecin sçavant et sage, D'octante ans et cinq davantage,

20 s Comme Amy m'êtant venu voir, Et se servant de son pouvoir, Tàtant mon poulx, voyant ma langue.

Sans me faire longue harangue, Ny sans faire trop l'entendu,

210 M^avoit bien exprés défendu De la part de son Hypocrate, De faire rime ronde, ou plate :

Mais las, hélas ! de quelle humeur Auroit été mon Imprimeur,

2 1 5 C'est une terrible personne Qui tels cas rarement pardonne.

Ecrit en Mars, le vingt-et-deux, Dans un état assez piteux.

LETTRE TREIZIÈME

Du [samedi] vingt-huitième Mars.

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