RÉVEILLÉE
Courage, mes yeux, ouvrez-vous, C'est trop dormir, rèveillons-nou»; Selon le sens de maint sage Homme Un réveil vaut mieux ou'un long somme, 5 Puis-que quant on s éveille on sort Des bras du frère de la Mort ; J'ay lu (mesmes) dans quelque Livre, Que dormir ce n'étoit pas vivre :
Cependant, je suis plus dormeur
1 o Cent fois que je ne suis Rymeur ; Je n'ay par mes soins ny mes veilles.
Jamais tait de jgrandes merveilles :
Pour faire Ecnts de bon-aloy. Bien des Gens me feroient la loy;
1 5 Mais pour dormir jusques à Nonne, Hâ, ma-foy, je n'en crains personne.
Mon élément est le repos :
Mais à quoy-bon tous ces propos î
La Muzk historique. — F'évrier 1665.
Je parle si fort en pécore,
20 Qu on diroit que je rêve encore.
O Morphée! agréable Dieu, Soufrez que je vous dize adieu ; Un Dieu de plus rare mérite A sa Cour aujourd'huy m'invite :
25 Ce Dieu n'est pas le Dieu-d'Amour, Mais le Dieu des Vers et du Jour, Qui doit, s'il luy plait, dans mon ame Répandre un rayon de sa flâme, Qui, sans-doute, m'édairera,
30 Et, possible, m'inspirera De rymer en faveur de celle Dont l'Ame généreuze et belle.
Est depuis quinze ans, pour le moins, L'illustre Objet de tous mes soins:
3 5 Mais préambuler davantage Seroit un superflu langage:
Muze, donc, sans plus varier, Dépèchons-nous d'historier.
Depuis environ douze années,
40 Quatre mois et quelques journées, Du Grand-Turc, le propre Germain, Jadis, aux Chrétiens inhumain, Fut pris sur Mer, et non sur Terre, En combat, et de bonne euerre,
45 Par ces Chevaliers hazardeux.
Lesquels font si bien parler d'eux, Sçavoir les Chevaliers de Malte, Qu'avec justice icy j'exalte.
Puis-que dés long- temps je les tiens
50 Les vrais Défenseurs des Chrétiens :
Iceux, donc, après cette prize, Le firent, par des Gens d Eglize, Si sagement catéchizer.
Qu'en suite il se fit bàtizer;
5 5 Et comme, autrefois, sa Personne Pouvoit prétendre une Couronne, Ne se voyant plus en état D'avoir celle a'un Potentat, Dans une ferveur sans égale,
60 II dézira la Monacale^ Et de Turc, (}u'il avoit été.
Et grand Vaisseau d'iniquité, Il se rendit Moine Angélique, De l'Ordre de Saint-Dominique,
65 Dont, depuis sa Conversion, Il fait sainte profession.
Enfin, celuy dont je vous parle.
Nommé Dominique, et non Charle, (Père Dominique s'entend)
70 Qui du Ciel la Couronne atend.
Après avoir, en dévot Homme,
Vizité le Saint-Pére à Rome, Et pluzieurs autres Cours aussy, Est depuis quelques-jours icy,
75 Et, mesmes, fait la révérence Aux trois Majestez de la France, Qui dans leurs beaux Apartemens Entendirent ses Complimens, Et témoignèrent grande joye
80 Qu'il eût pris la meilleure voye D'aller au Ciel, que nous promet Le Christ, et non pas Mahomet.
Un mien Amy m'est venu dire,
Que par les soins de nôtre Sire, 85 Et, mesmes, du Duc de Mercœur,
Qui l'a secondé, de grand cœur.
Ceux d'Avignon, Ville Papale,
Qui s'étoient, avec grand scandale.
Contre le Pape, révoltez, 90 Et commis des hostilitez,
Ont fait à ce Chef de l'Eglize
La réparation requize;
Les Consuls, déchaperonnez,
Pénauts, confus et consternez, 95 Ont, au Ministre de Saint Pierre,
Crié mercy, genoux en terre.
Chacun sa poitrine frapa,
Et dit trois fois mea culpa^
Leurs dézordres ils abjurèrent, 100 Et le serment réitérèrent
De garder à Sa Sainteté
D*or'-en-avant fidélité.
Les Bourgeois, sans cauzer vacarme.
Ont consenty qu'on les dézanne.
105 Voila, donc, à peu-prés comment
S'est fait leur Acommodement
Pour Sa Sainteté satisfaire,
Et totalement se soustraire
Aux Excommunications, 1 1 o Agraves, Fulminations
Par pluzieurs fois multipliées,
Qu'on avoit contr'eux publiée.
Cest, dit-on, ce que Villeré,
Esprit assez considéré, 115 Et le Gouverneur de Provence, Mr ic doc
Ont négocié, par prudence, Mcrcanr
De la part de Sa Majesté
En faveur de Sa Sainteté,
Pour montrer la corespondance 1 20 D'entre (aujourd'huv) Rome et la France,
Que tout Chrétien doit souhaiter,
Et qu'on ne peut trop cimenter.
J'ay sceu qu'à l'instance et prière
Février 1665. — Livre XVI. Lettke Vil.
îii
s; ^ns.
PrcTiiére Femme de
Chambre
de la Reyne
Mère.
Notre-Dame de Paris.
Dô robligeante Reinî-Mcrc,
125 Louis, Modelle des Grands Rois, Donna, le neuf du prézcnt mois»
Une Abbaye et belle et bonne, A la jeune et sage Perjonne De Monsieur l'Abbé de Bejuvais, Non pas scitûée à Beauvais Sur les confins de Pic^rdie^ Mais dans la basse- Normandie, Que Ton apelle Montmorel, Et dont, dit-on, le Temporel,
I ] ) De quel côté que le vent vente, Est de vingt mil livres de rente; Cette Reine ayant obtenu Ce notable et oeau revenu, Pour ffuerdon et reconnoissance De la longue persévérance, Et des services assidus, Qu'en faizant sa Charge, a rendus Madame de Beauvais la Mère De ce jeune Abbé Titulére, Fort prudent et bien élevé, Et qui dans son cœur a gravé Une chrétienne et sainte envie De consacrer à Dieu, sa vie.
Etant vertueux et sçavant ;
1 50 Et, mesmement, auparavant, Par une autre grâce rovale.
Chanoine en nôtre Catnédrale.
Depuis ce favorable jour, Les Grands et Grandes de la Cour, Et (la plus-part) d'un cœur sincère, Bien-veignent Madame sa Mère, Touchant cet honorable octroy Impétré par elle, du Roy :^.
Et comme la Dame susdite,
160 Par son esprit et son mérite, Dans le Louvre a bien du crédit, Chacun, volontiers, l'aplaudit, Et Ton en estime et révère Davantage la Reine-Mère.
16) Jeudy, douze du mois prèzent, Moy, l^\utheur de ces vers, prèzent.
Le Balet de Vénus céleste^ Des Divinitez la plus leste.
Où de très*bean Monde courut,
1 70 Pour la dernière fois parut.
Laissant un grand regret dans Tame De maint Monsieur, de mainte Dame, De perdre le contentement D'un si cher divertissement,
175 OùBeaachamp,Daiisettrd'iiDportanoe, L'on des plus dispos de la mnœ,
(Et l'incomparable, dit-on,} Reprézentant. du Dieu Pluton, Le rolbt, ou le personnage,
1 So Fuit ad.\ûrer, à triple étage,
Et, mesmement. aux Majsstez, Ses étranges âgilitez.
Une Mascarade galante, Ou, du moins, comique et parlante,
1S5 Dont le sujet vrayment foiet,
Ne platt guéres moins qu'un Balet, Etant des mieux imaginée Par une Ame rare et bien née, Cependant que j'écris cecy,
190 Dans te Palais- Royal, aussy, Lieu de respect et de plaizance.
Pour la dernière fois se dance.
J'ay sceu d'un Amy cordial, Quril n'est rien de plus jovial,
19 j Et que ladite Mascarade Pouroit faire rire un malade.
Avec ses drôles d'incidents.
Eût-il la mort entre les dents.
Un Homme de Cour que j'estime,
200 Et qui fut, jadis, mon intime, M 'a voit convié de le voir, Mais je n'en ay pas le pouvoir, Car il faut, comme de coutume.
Qu'il sorte aujourd'huy de ma plume,
20; Cette Lettre, que bien des Gens De voir, après, sont diligens :
Le Samedy, jour de Saturne, Dont la Pianette est taciturne, N'est pour moy nulemeni un jour
2 (G De société, ny d'amour,
De jeux, de spectacles, de dances, Ny d'aucunes réjoûyssances, ; Et si j'ay beau, tous les huit jours, Compozer discours sur discours,
2 1 5 Divertir les Cours de l'Europe, Où ma Gazette en Vers galope, Et contenter, à ce qu'on dit.
Les Gens-d'honneur et de crédit.
Fortune est envers-moy si chiche,
220 Que je n'en deviens pas plus riche; Mes Créanciers, le plus souvent.
Ne font cas, non plus ^ue de vent, De mes excuzes ordinaires.
Et je ne puis sortir d'afaires :
22) Mais, ô ma Muze, s'il vous plaist.
Laissons le Monde comme il est, Contens d^un peu de renommée.
Agissons à l'acoûtumée.
Je dirois cent fois mes bezofau
La Muze historique. — Février 1665.
230 Qu'il n'en seroit ny plus, ny moins.
L'éfroyablc Festin de PUrre^ Si fameux par toute la Terre, Et qui réussissoit si bien Sur le Téatre. Italien,
235 Va commencer, Tautre-semaine, A paraître sur nôtre Scène, Pour contenter et ravir ceux Qui ne seront point paresseux De voir ce Sujet admirable,
240 Et lequel est, dit-on, capable, .
Par ses beaux discours, de toucher Les cœurs de bronze, ou de rocher, Car le rare Esprit de Molière L'a traité dételle manière,
245 Que les Gens qui sont curieux Du solide et beaux sérieux.
S'il est vray ce que l'on en conte.
Sans doute y trouveront leur compte ; Et touchant le stil enjoué,
250 Pluzieurs, déjà, m'ont avoué Qu'il est fin, à son ordinére, Et d'un singulier caractère.
Les Actrices et les Acteurs, Pour mieux charmer leurs Auditeurs,
2 j 5 Et plaire aux subtiles oreilles, Y feront, dit-on, des merveilles :
C'est ce que nous viennent conter Ceux qui les ont vu répéter; Pour les changemens ae Téatre,
260 Dont le Bourgeois est idolâtre.
Selon le discours qu'on en bit.
Feront un surprenant éfet:
Mais je ne suis pas un Oracle, Et n'ayant pas vu ce spectacle, 26j Que sçay-je moy? je puis errer; Ainsi, pour mieux s'en assurer, Soit aux Jours-gras, soit enCaresme, Que chacun Taille voir soy-mesme.
Princesse, je dis cecy 270 Pour vous j convier aussy.
Car vous aimez les chozes belles.
Et les chozes spirituelles.
Fait trois jours avant Mardy gras.
En just'-au-corps de velours ras.
APOSTILE
On m'a dans un galant Mémoire Fait part d'une certaine Histoire, Et je voulois y travailler :
Mais on m*en vint déconseiller, Dizant que je serois complice
280 D'une instruction pour le vice.
Je conjure, donc, ces Messieurs, Soient-il un, ou soient-ils pluzieurs.
Qui dans deux pases-d'écriture M'informèrent de l'aventure,
285 S'ils sont prudens et Gens-de-bien, De m'excuzer si j'en dis rien.
LETTRE HUITIÈME
Du [samedi] vingt-unième Février.
RBPROIDIB.
PLUS-que jamais persécuté De l'étrange malignité D'une défluxion cruelle Qui me tombe sur la prunelle, 5 Et me fait, sinon soupirer.
Du moins, incessamment pleurer.
Je ne sçay si parmy ces larmes Je pourav compozer des Carmes Dignes de celle à qui j'écris, 10 Et d'autres beaux et bons Esprits,
Dont dans la Cour et dans l'Auberge, Chacun volontiers s'en goberge.
Princesse, mon noble apuy, J'apréhende, donc, qu'aujourd'huy,
1 5 La Missive que je hazarde Ne soil belle, ny goguenarde.
Et qu'elle (avec quelque raizon) Ne se sente de la saizon :
Mais, enfin, quoy qu'il en arive,
20 Je la commence, la Missive ;
Février 1665. — Livre XVI. Lettre VIÎL
Et comme je me trouveray.
Si je puis je Tachéveray.
Comme on void, aujourd'htty,Lu- Abonder en belle Noblesse, [téce
25 On n'a jamais rien vu d'égal A nôtre dernier Carnaval ; Nonobstant la saizon fantasque Oui fit aux Mommons mainte frasque, Chacun dézira se mêler
30 Demommer, masquer et baler; Les pompes et les Sérénades, Les Bals, Balets et Mascarades, N'avoient jamais tant éclaté Dans cette admirable Cité :
) 5 Cent trente pages d'écriture, Soit en Proze, soit en mézure, Ne pouroient pas, assurément En taire le dénombrement; Je ne feray, donc, aucuns contes
40 Des Bals, des Marquis et des Comtes, Des Barons et des Magistrats, Des Marchands de soye et de draps, Des Avocats et des Notaires, Des Commis et des Secrétaires,
4 5 Des Peintres, Graveurs et Sculpteurs, Des Libraires, des Imprimeurs, Bref, des Gens de moindre calibre^ (Car, en ce cas, chacun est libre:) Mais, enfin, pour concluzîon,
50 Et sans exagération.
Il s'en est fait en cette Ville, A ce qu'on dit, plus dé six mille Quatre cens et quarante-trois.
Depuis la veille, ou jour des Rois:
55 Or je les passe sous silence; Car quel esprit, quelle éloquence, Pouroit, en un jour, parler d'eux?
Je ne jazeray, donc, que de deux:
Mais comme mon œil toujours pleure,
60 Et me fait soufrir, à toute-heure.
Un assez sensible tourment.
Ce sera fort succintement.
De Monsieur, la charmante Epouze, De Bals, n'a donné dix, ny douze;
65 Mais elle en donna. Dimanche, un, Duquel l'apareil non commun.
L'ordre, splendeur et politesse.
Firent dire que Son Altesse Un merveilleux éclat donnoit
70 A tout ce qu'elle entreprenoit.
Je ne vv point cette Assemblée De mille et mille apas comblée.
Car j'étois, lors, prés de mon feu ;
C'est pourquoy j'en parle assez peu.
75 Mais, Mardy, choze bien certaine.
Je fus à celuy de la Reine, Oùy, certainement, je le vy.
Et mon Esprit fut si ravy De tant de chozes surprenantes, 80 De tant de merveilles charmantes.
De tant de superbes habits Semez de perles, de rubis, De diamans et de topazes, Sur de beaux fonds d'or et de gazes, 85 Que je jure, foy de mortel, li'avoir jamais rien vu de tel.
D'une auguste et belle manière La Reine dansa la première.
Dans un maintien noble et roval,
90 C'est-à-dire, elle ouvrit le Bal Avec Condé, ce Brave Prince, Si fameux dans toute Province.
Mademoizelle, après, suivit.
Qui les yeux d'un chacun ravit,
95 Par cet air de Grande Princesse Qu'on void briller en son Altesse ; Ensuite, sa Sœur d'Alençon S'y prit d'une aimable façon; Apres quoy. Dames, Demoizelles,
100 Des plus nobles et des plus belles, Dansèrent chacune à son tour, Avec les Messieurs de la Cour, Tous si couverts de broderies.
Et de superbes pierreries,
105 Qu'ils eussent pu faire un défy Au Grand Mogor, au Grand Sofy, Touchant les bonnets et les vestes, Tant ils ètoient brillans et lestes.
Lors-que le Bal fut commancé,
110 Et, mesmement, bien avancé, Suivy d'une illustre Brigade, Louis y vint en Mascarade, En noble et trionfant aroy, (Louis, c'est-à-dire le Roy)
1 1 5 Dont la splendeur presque infinie Charma toute la Compagnie, Qui les prit (jugeant de leur mieux) Pour des Déesses et des Dieux, Monsieur, avec sa belle Suite,
1 20 Par les Grâces mesmes, conduite ^ Et Madame, pareillement, Du Bal, le second Ornement, Vindrent en Bergers et Bergères, Revêtus d'étofes légères,
I s 5 Et d'habits assez peu dorez.
Mais si superbement parez De rubans de toutes manières>
La Muze historique/ — Février 1665.
De houlettes, de panetières, Que, certes, le beau Céladon,
1 ;o Qui, de charmer, avoit le don; Que, certes, l'amoureux Sylvandre, Pour qui Diane eut le cœur tandre, Que Dorinde, Astrée et Philis,^ Aux teints de rozes et de lis,
I ) 5 Stelle, Hylas, Tersandre et Madonte, Dont tant de chozes l'on raconte, Dans le plus fort de leur beauté, Assurément n'ûssent été Auprès de ces rares Personnes,
140 Que des chifons et des chifonnes.
Outre tant d'apas précieux Que j'y vis de mes propres yeux, Cinquante autres rares Parties De Masques des mieux assorties,
145 Nobles Vénitiens, Danois, Turcs, Espagnols et Polonois, Et, quazi, de toutes Contrées Pirent-là, leurs belles entrées.
Mais, entr'autres, il y survint
ijo Douze aveugles des Quinze-vingt, Ou, du moins, qui le sembloient être ; Mais Téclat au'on voyoit parétre.
En leurs cordons, en leurs chapeaux, En leurs diamans nets et beaux,
I { 5 En leurs robes de fine soye.
Qui coûtoient bien de la monoye, Firent juger, avec raizon.
Qu'ils étoient de bonne Maizon, Et que c'étoit une Séquelle
160 Qui méritoit qu'on parlât d'elle.
Certainement, je ne puis pas Dire tout par ordre et compas:
Mais, à mon Lecteur débonnaire.
Seulement, pour te satisfaire,
165 Je t'assure que ce soir-là, (Car on m'a confirmé cela) Des Masques, environ deux mille, Tant de la Cour, que de la Ville, (Et peu d'entr'eux sans diamant)
170 Entrèrent en ce lieu charmant.
L'incomparable Reine-Mère, Dont la prudence on considère, Autant que d'autre Majesté Qui depuis mille ans ait été,
175 Honora cette belle Dance De sa trés-Auguste prézance.
Monsieur le Nonce y fut aussi ; Et je puis assurer cecy.
Car, moy, qui très-fort les respecte,
180 Je les vis, en ligne directe.
Ce Lieu, de tant d'Astres paré.
De cinq cens flambeaux éclairé, Et des radieuzes prunelles De plus de cent cinquante Belles,
i8j D'un bout jusques à l'autre bout, Produizoit tant d'éclat par-tout, Qu'on peut nommer cette soirée La Nuit d'or, ou la Nuit dorée.
Dés le premier commencement
190 De ce grand Divertissement, J'étois auprès de deux Illustres, Lesquels, à la faveur des lustres, D'où procédoit tant de clairté, Par ordre de Sa Majesté,
i9{ Ce Bal merveilleux observèrent, Et de concert le dessignèrent, Pour, au gré de toute la Cour, Le peindre et le graver un jour.
Certes, j'avois l'ame ravie
200 Autant que je l'ûs de ma vie :
Mais, las ! comme ma fluxion Qui me comblant d'afliction En voyant tant de belles chozes Mèloit l'épine avec les rozes,
205 Environ 1 heure de minuit, Je quitay ce charmant Déduit, Et vins retrouver mon Ancelle, Qui m'apliqua sur la prunelle Un Remède de bonne odeur,
210 Afin d'en miti^er l'ardeur; Ce Remède fait Quelque choze:
Mais comme il n^ôte pas la cauze; Il est vray que dans ce moment Je soufre encor bien du tourment.
2 ! 5 Princesse, et toy Lecteur afable.
Si dans cet état déplorable Où prèzentement mon œil est, Ce fâcheux jargon vous dèplaist, Excuzez mes piaintes frivoles,
220 Excuzez mes tristes paroles; Et faites ce raizonnement, Que pour vôtre contentement.
Ne cessant pas de vous écrire Dans le plus fort de mon martire,
225 (Sans me vanter icy de rien) Il faut que je vous aime bien ; Ces Vers que j'ay faits avec peine En sont une preuve certaine.
Ecrit en Février, le vingt-un, 230 Durant un dégel importun.
Février 1665. — Livre XVI, Lettre IX.
APOSTILE..
On m'a confirmé la nouvelle Qu'Avignon, l'an passée rebelle, Etoit r'cntré, de bonne-foy, Par les soins (|u'en a pris le Roy, 2 3 5 Dans son obéissance antique Vers le Saint Siège Apostolique.
Monseigneur le Duc de Mercœur, A si bien pris l'Afaire à cœur, Avec le bon conseil et l'aide
240 Du sage Prézident d'Opéde, Qu'iceile trés-noble Cité, En faveur de Sa Majesté, A redonné cœur et franchise Au vizible Chef de l'Eglize,
24; Du moins, le sieur de Vileré, L'a, dit-on, ainsi déclaré, Etant en grande diligence Party, tout exprés, de Provence, L'autre-semaine, ou l'autre-jour,
250 Pour en donner avis en Cour.
Gentilhomme
Envoyé de Mrde
Mercocur.
LETTRE NEUFIÉME
Du [samedi] vingt-huitième Février.