TREMBLANTE
On n'a jamais vu dans mes rimes
De suggestions pour les crimes,
Rien contre Dieu, les loix, l'Etat,
L'Eglize ny le Potentat, 5 Ny de sale, ny dezhonneste,
Et pourtant on s'est mis en teste
Qu'il falloit, de nécessité,
Me réduire en captivité.
Mais, quoy que mes innocens carmes.
10 Métent quelques-uns en allarmes,
Pour n'être pas trop complaizans
Touchant nos dézastres prézans, Princessse digne d'un empire , Je ne laîray de vous écrire,
t s Mais sans débiter nul brocard , Ny railler le tiers et le quart.
Plus fade en sera la Gazette, N'ayant plus cette pointe aigrette Qui luy aonnoit, aucunement,
20 Un aimable assaizonnement :
C'est le plus grand regret que j'aye; Mais, pour la rendre un peu plus gaye
Aoust 1652. — Litre III. Lettre XXXII.
(Comme quelque jour je prétens), Il faut attendre un meilleur temps.
s; De par le Roy, le duc Danville , Dimanche, vint en cette ville Pour faire un triste compliment , Touchant leur ennuy véhément , Tant à Monsieur qu'à son épouze,
io Qui de pleurs son beau teint arouze Tous les jours , du moins quatre fois , Pour la mort du duc de Valois , Fils unique de Leurs Altesses , Dont certes les justes tristesses
it Reçoivent peu de réconfort Sur une si sensible mort.
On nous a mandé de Champagne Le trépas de Fuensaldagne, Et que , par un heureux projet,
40 Son camp , dont on avoit sujet
De craindre maint et maint esclandre, Se retire devers la Flandre.
Mais, comme les bruits sont divers, Et qu'on parle à tors et travers ,
4$ D'autres cet article contestent, Se donnent au diable, et protestent Qu'il est faux , et que c'est à tort Qu'on fait Fuensaldagne mort , Et qu'il n'estqu'un petit malade
50 D'avoir mangé trop de salade.
Brienne n'est plus en estât D'être secrétaire d'Estat , D'autant qu'une fièvre cruelle, S'étant rendue enfin mortelle
5 ( Par un redoublement d'accez, Cauza vendredv son décez, Malgré ce remède empyrique Que l'on nomme vin nemédque, Dont il prit au lieu d'aliment,
*> Mais, hélas ! inutilement.
Toutefois, monsieur de Leu ville, Qui revint hier en cette ville Dans un carosse à six chevaux, M'a dit que ce bnrit êtoh faux.
é; Le chevalier de la Ferriére , D'humeur agissante et guerrière , A fait entrer, depuis vingt jours, Dans Barcelone un tel secours De fromages, noix , prunes, pommes,
70 Deblez, devins, depoudre et d'hommes, Que l'Espagnol , triste et fâché - De ne l'avoir pas empêché
Par force, ruze, embûche ou piège, En a , dit-on , levé le siège.
7 j Lundy, par un vœu solennel ,
Rémenecour à l'Eternel ,
Sans rézerves et sans limites,
Dans l'églize des Carmélites
Sacrifia tous ses trézors, 80 Les beautez de l'àme et du corps,
Son cœur, ses apas , sa jeunesse ,
Et se rendit enfin professe ;
On lui coupa ses beaux cheveux ,
Et confirma ses trois saints vœux .
85 C'est assavoir d'obédience,
D'inviolable continence,
Et de cette autre qualité
Que l'on nomme la pauvreté.
L/âmour de Dieu, l'amour du monde, 90 Qui, pour cette charmante blonde,
Avoient entr'eux souvent débat,
Ce jour finirent leur combat :
L'amour mondain en eut dans l'atle,
Et fut chassé par la pucelle , 9f Qui soumit son chaste destin
Au beau joug de l'amour divin.
Le sieur Cupidon, plein de honte
De voir qu'on fit si peu de conte
De ses inévitables loix , 100 Flèches, fiâmes, charmes, carquois,
Avec dépit, rage et murmure ,
Eloigna la sainte clôture ,
Et dit un étemel adieu
A la belle vouée à Dieu.
10$ Toutefois, reprenant courage,
Et rassérénant son vizage :
« Je suis bien fou de me ficher
( Dizoh ce petit chien d'archer) ;
Si Rémenecour me maltrize , no Si sa pureté me mèprize ,
Si je suis bany de ses yeux,
On m'aime en dix mille autres lieux;
Je feray cent autres conquêtes,
Et trouveray mille coquétes 1 1 j Qui me recevront dans leur cœur
Comme un fort aimable vainqueur. »
Ce dit, Amour prit sa volée,
Et, auham et voile et voilée,
Alla dans un autre quartier 110 Faire des traits de son métier.
Laverdin, au pais du Maine, Est défunt dés l'autre semaine, Et, mardy dernier, son neveu Vint à la Cour pour foire vœu
La Muzb historique* — Aoust 1652.
us D'une servitude loyale
Envers Sa Majesté Royale,
Touchant le successif employ
De nouveau lieutenant de Roy,
Charge oui luy fut acordée , ijo Son oncle Payant possédée,
Dont il s'est toujours aquité
Avec grande fidélité,
Ayant fort bien sfervy son prince ,
Au gré de toute la Province.
im Le Grand-Maître, ayant assemblé
Quelques soldats, a pns Sablé,
Place, dit-on, contentieuze,
C'est-à-dire litigieuze.
Pluzieurs pensent avec raizon 140 Prétendre à ladite maizon :
Mais c'est Thémis, et non la guerre ,
Qui doit ajuger cette terre.
jTgnore quel est le motif
De ce goûteux assez actif; 14$ Je sçay qu'il a fait la prouesse, [ce.
Mais non pas pourquoy ny pour qu'êst-
Nosseigneurs des deuxparlemens, Divizez en leurs sentimens, Ayans l'un contre l'autre noize ,
ijo L'un à Paris, l'autre à Pontoize, Pour des diférens intérêts , Se font la guerre à coups d'arêts.
Mais , comme chacun croid bien faire , Ce seroit être téméraire,
in Durant un temps si hazardeux, De condamner aucun des deux. Sans doute , une paix dézirée, R'amenant la saizon dorée , S'insinûant dedans les cœurs,
160 Et calmant toutes les rigueurs
Du mal-heureux temps où nous sommes, Réunira tous ces grands hommes.
Après la fin de ses beaux jours , Le corps de monsieur de Nemours
165 Depuis quatre jours est en voye Pour être transmis en Savoye , Et pozé dans le monument (Jusques au jour du Jugement) De ses prédécesseurs illustres,
170 Maîtres depuis plus de cent lustres De la Savoye et du Piémont, Schuez au pais-d'amont.
Chacun s'entretient à toute-heure De l'éloignement ou demeure
17s Dans le domicile royal Du sieur Jules le cardinal; Mais entre la gent politique C'est un point fort problématique :
Les uns dizent qu'il s'en ira ,
180 D'autres dizent que non-fera ;
L'un dit ; « C'est pour cette semaine » , L'autre : « C'est ta fiévre-quartame. » Pour moy , je tiens , à tout-hazard , Que ce doit être ou t6t ou tard ;
18$ Mon avis pourtant le plus ferme C'est que nous aprochons du tenue Où l'on aura contentement Touchant ce erand éloignement, Si déziré par Tes provinces,
190 Et si solicité des Princes.
Schonberg et sa chère consorte, Suivis d'une assez belle escorte, Allèrent, l'onzième du mois, Ghçr à Vitry-le-François,
195 Où les habitans de la ville, Gens discrets et d'humeur avilie, Receurent avec grand honneur Ce sage et généreux seigneur.
Puis continùans leur voyage,
200 Eux, tout leur train et leur bagage, Chevaux, carosses et mulets, Arivérent ensuite à Mets, Où la ville et la citadelle, Pleines d'allégresse nouvelle, [charis,
aos Marchands, bourgeois, pauvres, ri- Maîtres, valets, enfans, vieillards, Simples , spirituels, chanoines, Nobles, soldats , magistrats, moines, Filles, femmes, hommes, garçons,
no Témoignèrent en cent façons La liesse en leurs cœurs gravée Pour une si grande arivée.
Chacun, plein de zélé et d'ardeur Faizoit des vœux pour leur Grandeur;
ai* Pluzieurs gens ayant bonne langue Débitèrent mainte harangue En françois, et non en latin, Durant qu'un beau dais de satin , Semé de riches broderies,
aao Et mesme orné des armoiries De ce couple rare et charmant, Etoit porté pompeuzement Sur la teste belle et brillante De madame la Gouvernante,
ut Qui charmoit les cœurs et les yeux Comme un ange venu des deux , Et lequel , en toute manière,
Aoust 1652. — Livre
N'êtoit qu'éclat et que lumière.
Mais , ô wave peuple Messin !
a*o Sçacfaez que cet omet divin
Dont vous admirez le vizage
Est si vertueux et si sage ,
Que la sagesse et la vertu
Dont son esprit est revêtu sis Surpassent ses beautez charmantes
Et sont cent fois plus éclatantes.
Enfin , la princesse d'Harcour Sortit de Pans l'autre-jour, Avec une assez belle suite, 340 Pour être à son époux conduite ; Mais on ne permit son départ Que pour recouvrer Saint-Thibard :
Cela s'apelle , en cet échange , Changer un homme pour un ange.
245 J'ay sceu d'un homme de cheval Que monsieur le comte d'Orval, Afectant nouveau mariage, Aspiroit fort au pucelage De l'aimable et belle Guépré ,