‹ La muze historique;Chapitre 115 sur 221 · III. Lettre XXX · texte numérisé non relu

III. Lettre XXX

Ny pour le Roy, ny pour les Princes ; Car cet archiduc Léopol , 160 Etant, comme il est, Espagnol, Leur commune perte pourchasse, Et , quelque beau semblant qu'il fasse, Ne les vient secourir exprés Que pour les ruiner après.

16 $ Un courier, venant de Pontoize, Dit avant- hier à frère Ambroize Que Saintot jeudy, jour pour jour, Sortant du monde et de la Cour, Prit le chemin du Purgatoire :

170 Car, pour aller droit à la gloire , Au beau palais du firmament, On n'y va pas si promptement.

Une fièvre ardante et maligne, Où l'on voit maint périlleux signe,

17$ Met fort bas monsieur de Bouillon , A qui seulement le bouillon, Sans gelée et sans confiture, Sert à prézent de nouriture.

Madame sa chère moitié ,

180 Dont j'ay certes grande pitié (Car cette dame est fort prizée), Est aussi fort indispozée.

On ne parle , de jour en jour, Que des infirmes de la Cour;

185 Et mesmes monsieur de Brienne, Que le bon Dieu garde et maintienne, Suivant ce qu'on m'a raconté, Est malade à l'extrémité.

Durant ces jours caniculaires, 190 Qu'on tient à la santé contraires, Je souhaite de tout mon cœur Que le Ciel , pour vous sans rigueur, Puisse éloigner de Vôtre Altesse Toute fièvre et toute tristesse.

■9$ Fait d'un stile pas trop gaillard , Aujourd'huy, du mois d'aoust le quart.

La Muzb historique, — Aoust 1652.

LETTRE TRENTE-UNIÈME

Du [dimanche] 1 1 Aoust.

SUPORTABLE.

Encore que je sois de ceux Oue Ton peut nommer paresseux , vây, sans mentir, cette semaine, Pris bien du soin et de la peine $ De ramasser les bruits divers Pour vous les rédiger en vers.

Mais je sens pourtant dans mon ame Que , par un manquement de flâme , Je ne suis cas trop en humeur

10 De faire aujourd'huy le rimeur.

Toutefois , 6 Princesse illustre !

Il ne faut pas que je vous frustre Du tribut qui vous est aquis, Quoy qu'il ne soit pas trop exquis ;

ij Je veux donc suivre la coutume Et métré la main à la plume ; Mais, sans un céleste secours, N'espérez pas un long discours , Car enfin je ne puis promettre

ao Qu'une courte et succinte lettre.

Celle que l'on nomme la Mort, Et qui , selon les loix du Sort, Coupe toutes sortes de trames, De madame du Pont-aux-Dames

2$ A mis le corps dans le tombeau, Quoy que jeune , gras , blanc et beau.

La belle infante de Chevreuze Ce mesme jour fut fort pleureuze Et soupira de tout son cœur,

30 Car elle êtoit sa chère sœur.

Mais ses officieuzes larmes, Quoy que pleines d'aimables charmes Et de doux et tendres apas, Ne la ressusciteront pas.

j$ On avoit à Paris sceu comme Monsieur de Bouillon, ce grand homme, Après des accès furieux, Commençoit de se porter mieux, Et l'on avoit quelque espérance

40 D'une heureuze convalescence :

Mais un mien amv m'a mandé Qu'il êtoit enfin décédé.

Plusieurs gens rendront témoignage Que c'êtoit un grand personnage, Et qu'il avoit peu de pareils Pour les guerres et les conseils; Sans doute on plaindra ce grand homme En Flandre , en Alemagne, à Rome, Chez le Roy, chez la Reine, icy, 50 Et, je croy, dans l'Espagne aussy.

Quoy qu'il coure par la campagne Un fâcheux bruit du roy d'Espagne, Sçavoir qu'il a passé le pas, Je ne le croy toutefois pas :

5 s Car, quand un si puissant monarque Devient le butin de la Parque, Quoy qu'on fasse pour le cacher, On ne peut jamais empêcher Qu'une si funeste nouvelle

&> Ne soit. bien-tôt universelle.

Monsieur de Metz, à ce qu'on dit, Sans pouvoir uzer de dédit, D'une volonté libre et franche A permuté, depuis dimanche,

6$ Au Mazarin son évesché, Dont il êtoit fort empesché; Car, quoy qu'il abonde en prairies, Forêts, châteaux, champs, métairies, Les revenus d'un si grand bien

70 Ne venoient pas autrement bien.

Quoy au'il en receût quelques rentes, Apres d'assez longues atentes, Cela ne pouvoit subvenir Seulement â l'entretenir

7 j Ny de chaussons , ny de chaussettes, Ny de rabats, ny de manchettes, Ny de jartiéres, ny de gans, Ny pour payer ses sufragans.

Quoy que pluzieurs trouvent étrange

Aoust 1652. — Livre III. Lettre XXXI.

80 Ce nouvel et fâcheux échange.

Si cette permutation Etoit vraye et sans fiction , Et que ledit messire Jules, Apres avoir receu ses bulles ,

8$ Comme on espère, au premier jour, Voulût s'éloigner de la Cour, Metz luy peut servir de retraite, Et, la paix en suite étant faite, Dont on ne doute nulement,

90 II y vivroit tout doucement, A l'abry de toute caballe, Et des gens de paille et de halle.

Y fut-il déjà tout-de-bon,

Au lieu de Henry de Bourbon, 9$ Sans avoir autre soin ny cure Que d'exercer sa prélature, Servir son Dieu, son Créateur, Et se rendre enfin bon pasteur.

Puis que, par un destin sinistre, 100 On le croit si mauvais ministre.

[Or, je change de style icy ; Car, comme j'achevois cecy , . Certain quidan m'est venu dire Qu'il n'en falloit pleurer ny rire ,

105 D'autant que le grand Général, Qui n'aime point le Cardinal, Avec un sentiment contraire, Dézaprouvant fort cet afaire, A fait dire à monsieur de Metz

no Qu'il ne consentira jamais Que cet évéché d'importance, Des plus nobles oui soient en France,

Y prévoyant quelque danger, Soit possédé d'un étranger.

it$ Et mesmes ledit personnage, Pour mieux apuyer son langage, Me dit que ledit Mazarin Ne s'en alloit plus vers le Rhin , Mais qu'on luy dressoit une £tape

120 Dans Avignon, terre du Pape.

Je ne suis point d'un naturel Lâche , carnassier, ny cruel ; Mon front fait du moins trente rides Quand j'entends parler d'homicides,

m De sang, d'assassins, de trépas:

Ainsi donc je ne serois pas Pour la mort de Son Eminence; Mais je suis fort pour son absence.]

Par un arét de nAtre Cour, i$o Icy Ton vend de jour en jour Ses meubles, peintures, images,

Et mille autres rares ouvrages»

Qui du peuple sont profanez Jusques à leur casser le nez.

1 ? $ Selon les bruits les plus vulgaires, Les Espagnols n'avancent guéres, Ny mesmes le grand duc Lorrain, Lequel n'a plus un cœur d'airain Comme il avoit contre la Fiance,

140 Mais semble donner espérance De demeurer paizible et coy, Et ne plus traverser le Roy.

Le sieur Bartet, homme d'intrigues, Qui scait faire et rompre des ligues,

145 Et qu'on tient, de belle hauteur, Etre grand négociateur, Fait et refait plusieurs voyages, Afin d'adoucir les courages, Et, par un traité solennel

ijo (Que Dieu veuille rendre éternel), Envoyer au diable la guerre, Et Ramener la paix en terre.

Mardy, le Parlement nouveau, Compozé de maint bon cerveau,

15$ Par une royale ordonnance A Pontoize prit sa séance, Et fit tout plein de réglemens Touchant les prézens mouvemens; Mais ils n'êtoient, à tout rabatre,

160 Que le nombre de vingt-et-quatré, Sçavoir le prézident Mole , Dont j'ay plus de cent fois parlé, Et lequel a, par sainte Barbe, Encor plus de sens que de barbe ;

165 De Novion et le Coigneux , Gens de l'Estat assez soigneux; Monsieur de Novpn, pair de France, Prélat d'honneur et d^mportance ; De l'Hôpital et Villeroy,

170 Tous deux grands serviteurs du Roy; De Cbamplâtreux , comme honoraire ; Puis Dorgeval, Bourdeaux, Berchaire, Et monsieur Baltazar aussy*, Etoient encor joints à ceux-cy,

•7s Tous çiuatre maîtres des requestes, Et qui passent pour bonnes testes ; Le Févre , Thibeuf , Tambonneau , Sainte-Croix, Mandat, Ménardeau, De Sève, Perrot, Bragelonne,

180 Qu'on tient assez sage personne; Le Févre, la Barre, Bernay, Homme, dit-on, assez bien nay,

La Muzs historique. — Aoust 1652.

Tous conseillers d'ame loyale , Si l'on en croid la Cour Royale ; 185 Puis le Procureur général, Qui ne harangua point trop mal ; Et , sur le tout , monsieur Radigues , Gréfier, leauelpar maints intrigues Eut une robe cravocat

190 Qui luy fut louée un ducat,

Et le bonnet-quaré d'un prestre, Pour plus honnestement parestre.

A Paris , de petites gens , Colporteurs, records de sergens,

191 Gens de Pont-neuf et de tavernes, Tous vrais dizeurs de balivernes, Se moquent impertinemment

Du susdit nouveau Parlement; Mais, loin d'avoir l'ame abuzée

200 Par cette engeance mépriz^e, Je n'écoute qu'avec regret Ce que dit le peuple indiscret, Et leur sot et grossier langage Me fait estimer davantage

»s Ces gens d'honneur et de renom Dont on veut déchirer le nom.

Je suis nay sous cette influence Que je hay très-fort l'insolence ; Et , dans les sentimens divers

ato De ce temps méchant et pervers, Je prens toujours, vaille que vaille, Le contrepied de la canaille.

Ce discours , insensiblement ,

lement

S'est étendu plus ampl Que je n'avois ozé le dire

Lors-que j'ay commencé d'écrire, Les vers m'ont semblé plus aizez; Mais, belle Princesse, excuzez Si cet ouvrage poétique aïo Vous semble un peu trop politique:

C'est, ce me semble , la raizon D'écrire selon la saizon.

Cette lettre , par moy rêvée , Fut l'onze du mois achevée.

APOSTILLE

22s Monseigneur le duc de Valois, Agé de vingt-et-quatre mois, Ce beau surgeon des lis de France, Et dont la très-haute naissance Méritoit un plus long destin,

2)o Décéda samedy matin.

Vouloir exprimer la tristesse Et de l'une et de l'autre Altesse Quand la Parque priva du jour Ce cher gage de leur amour,

2)$ Ce seroit être téméraire, Nul esprit ne le sçauroit faire, Je le maintiens et maintiendray; C'est pourquoy je m'en abstiendray.

LETTRE TRENTE-DEUXIÈME

Du [dimanche] 1 8 Aoust.

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