RAVISSANTE
Illustrissime créature , Dont l'Âme est si belle et si pure , Que tout le monde en est charmé , C'est de mon stile acoûtumé
j Que je vous écris cette lettre , 05 je n'ozerois vous promettre De dire rien d'assez galant Pour vtore esprit rare et brillant : Certes, je voudrais que ma Muze ,
10 Qui n'est bien soient qu'une buze, Parlât plus délicatement Et vous ofirit à tout moment Des plus rares fleurs du Parnasse ; Mais, Princesse, cela me passe.
H Lundy, monsieur le Mazarin, Non sans avoir quelque chagrin
Et faire mainte doiéance , Partit pour aller hors de France , Et le Roy, la Reine et la Cour
20 Furent loger à Liancour,
Maizon non couverte de chaume , Mais des plus belles du royaume, Où l'on voit maint grand ornement Et qui passe certainement
2$ (Tant elle est rare et sans-pareille) Pour une huitième merveille.
Je souhaiterais de bon cœur A mon esprit plus de vigueur, Pour traotr à toute avanture
*o Un portflkit, crayon ou peinture De cette charmante maizon , L'honneur de tout son horizon, Et de l'excélente sagesse
Monrond, de peur d'être immolé, A la fin a capitulé , Nonobstant son ardeur et zélé;
7» Et la condition est telle
Que, si dans dix ou douze jours lis n'ont un sufizant secours D'Allemans ou de gens du Liège, Pour les sauver d'un si long siège ,
7$ Ils rendront et ville et château A l'assiégeant, monsieur Paltûau.
Talon, maréchal de bataille, Homme, je croy, de bonne taille, Homme de main, homme de cœur
80 Autant qil'aucun autre ligueur, Et fait enfin de bonne pàttk Quitant Monrond en grand? hâte , Vint faire icy relation De la capitulation,
85 Puis retourna soudain, en poste,
De son maître et de sa mattresse.
h 0 Dieux ! quel ravissant tableau, Si j'avois l'esprit aussi beau
Su'Homére , Virgile , ou le Tasse !
ais , par-ma-foy, cela me passe.
Bailleul , prézident au mortier,
40 Successeur et digne héritier Des vertus sages et sincères De ses ayeux , oncles et pères, Mourut, étant déjà grizon, Mardv dernier, dans sa maizon.
4$ Son fils, après cette disgrâce, Au parlement a pris sa place. En ce degré d'autorité, Son équité , sa probité , Sa prudence et sa sufizance
(o Seront utiles à la France :
Car diverses gens aujourd'huy Ont ce beau sentiment de luy, Qu'il est autant qu'autre personne Vray serviteur de la Couronne.
5 j J'en voy pluzieurs jurer leur foy Qu'ils sont trés-zélez pour le Roy; Mais, de la façon qu'ils en uzent , Il faut que ces messieurs m'excusent , Quoy qu'ils se dizent gens de bien ,
60 Si je ne les comprends pas bien ; Certes,*ils tiennent une route En laquelle je ne vov goûte, Et je suis contraint d'avouer
Sue vainement, pour les louer, faudrait que je m'ocupasse, Car, par-ma-foy, cela me passe.
IOJ
«as
— Aoust 1652.
Assurer ceux de sondit poste , Quoy que réduits fort à l'étroit , Que sans doute on les secourrait, Et , de fait, quelque infanterie Et beaucoup de cavalerie Partirent dés le lendemain.
Mais d'eue tout-à-fait certain S'ils secourront ou non la place, Jusqu'à prézent cela me paisse.
On dit que monsieur de Saint-Luc, Qui d'être un jour apellé duc Montre bien de l'impatience, Est en mauvaize intelligence Avec le sieur comte d'Harcour, Ce qui n'est pas bon pour la Cour :
Car, quand la haine ou jalouzie D'une maudite frénezie Gâte etcorompt le cœur des chefs, Il en survient de grands méchefs, Qui n'aportent dans le service Que du mal et du préjudice.
Je sçay donc leur divizion ; Mais la cauze et l'ocazion D'une si fatale disgrâce, Je n'en sçay rien; cela me passe.
Monsieur Phhou, monsieur Portail, Qui tous-deux vendoient en détail Les meubles de Son Eminence, Par une royale défence Ont cessé feur commission Touchant cette vendition Qui déplaît fort à nôtre Sire, Et me suis mesmes laissé dire Qii'afin de les mortifier, On leur a fait signifier Que des biens audit inventaire Le Roy se dit propriétaire, Par un don dudit Mazarin , Qu'il luy fit au retour du Rhin , Et que jusques aux moindres pièces, Fussent les gands de ses trois nièces, Pour Sa Majesté contenter Il falloit tout reprézenter, Sçavoir: pourcelaines , peintures, Bijoux, cabinetipt sculptures, Et mesme à peine, en cas de non, D'en répondre en leur propre nom.
Si le Roy les y veut contraindre, Ces deux bons messieurs sont à plaindre, Et je leur prévoy sur les bras Un trés-déplaizant embaras; Mais peut-être qu'une amnistie,
Aoust 1652. — Livre
En faveur de la sainte Hostie.
Autrement pour l'amour de Dieu , 140 Tant à Pans qu'en autre lieu,
Abolira comme éfecées
Toutes les actions passées.
Je ferais icy le moral,
Si sur ce sujet, bien ou mal, i4j II falloit que je m'expliquasse,
Mais je croy que cela me passe.
Nous avons sceu de bonne-part Que madame de Mortemart, Un des jours de cette semeine ,
150 Eut le tabouret chez la Reine :
Ainsi donc c'est un point tout clair Que son époux est duc et pair.
Je croy qu'on sent bien de la joye, Tant en son cœur comme en son foye,
i(5 Quand on parvient à ce bon-heur, Etant le plus haut point d'honneur, Où par valeur, faveur, adresse, Se puisse élever la Noblesse.
De ce couple que j'aime bien,
160 Par-ce que ce sont gens de tien, Et de leurs enfans , que j'admire, Je courais bien des cnozes dire ; Mais leurs beautez, douceurs, apas, Certainement ne peuvent pas
iéj Contenir en si peu d'espace, Et, de plus, ce sujet me passe.
Ce jeune duc de grand renom , Seul fils de monsieur d'Epernon .
Qu'on nomme monsieur de Candale,
170 Aimé de la maizon royale, Maintenant qu'il est à la Cour, Marquant son logis, on met : Pour; C'est-à-dire le voilà prince ; Mais , s'il falloit que je soûtince
i7) Qu'il l'est vrayment et justement, Certes, je ne sçay pas comment Je m'y prendrais de bonne grâce, Car, par-ma-foy, cela me passe.
D'Etampes , de Fiesque et Goulas, •80 Qui d'agir ne sont jamais las , Et qui ne sont pas dç? gens minces, Sont nommez ae la part des Princes Pour aller, comme députez, Suplier les deux Majestez 185 De métré en oubly tous vacarmes , Et que l'on métrait bas les armes.
De dire icy; de boime-foy, Si ces messieurs auront du Roy