‹ La muze historique;Chapitre 12 sur 221 · Son Altesse Royale · texte numérisé non relu

Son Altesse Royale

Le Roy, l'autre jour, eut querelle

Avec, dit-on, Macfemoizelle.

Elle joùoit quelque bijou

Contre monsieur le duc d'Anjou.

85 Le Roy, passant-là d'avanture,

Aprit de quelque créature

Que tous deux ensemble joûoient,

Et que d'autres les regardoient.

Tout bonnement donc il s'avance 90 Pour voir où tournerait la chance ;

Mais la princesse, en dézarroy,

Ferma la porte au nés du Roy.

Après cette injure souferte ,

Le Roy, la porte étant ouverte , 9î Luy dit : « Vous me fermez vôtre huis!

Ignorez-vous donc qui je suis?

Vray'ment, je vous trouve fort bonne

De traiter ainsi ma personne,

Et c'est, à parler franchement , 100 Agir bien incivilement. »

Elle , qui ne sçavoit que dire ,

Répondit : « Excuzez-moy, Sire ,

Je n'avois pas, en vérité,

Aperceu Vôtre Majesté. »

ioj Le Roy se retire en colère ,

Et le petit Monsieur, son frère,

Qui , dit-on , ne l'aime pas fort ,

Dit que sa cousine avoit tort ,

Et que vers luy pareille audace noNe trouverait ny gré ny grâce.

1 if

Si je sçavois exactement Encor quelaue autre événement , O très-excellente Princesse, J'en ferais part à Vôtre Altesse :

Entre les vœux et les souhaits Qu'au Ciel à toute heure je fais, Celuy-là de vous pouvoir plaire

us

IJO

. — Juin 1650.

Est en moy le plus ordinaire.

La sage dame de Buhy, Prés de vous mon meilleur apuy, Et sa judicieuse fille, Rare ornement de sa famille , M'ont dit toutes deux jusqu'icy Que de moy vous auriez soucy, Et que , pour reparer les pertes Que depuis un temps j'ay soufertes, Vous prendriez dans vôtre trézor Quelques pièces d'argent ou d'or, Que je recevrais avec joye , Pour contenter, par cette voye , Deux ou trois créanciers que j'ay, Ausquels je me suis obligé, En foy d'honnête et galand homme, De payer au moins quelque somme Au terme Saint-Jean, écheu d'hier.

Or, monseigneur le créancier Se fait aujourd'huy fort de feste, Croyant la somme toute preste , D'autant qu'entr'eux j'ay le bon-heur De passer pour homme-d'honneur.

Espérant donc que Vôtre Altesse M'ordonnera auelque largesse , Je finiray supliant Dieu )

Qu'à Tne , aimable et çlaizant lieu , Et dans toute autre réadanç£<-' "" Biens vous viennent en abondance ; Que vôtre teint soit frais et beau En hyver comme au renouveau , Et que toujours voue vizage Soit la vraye et vivante image De cette lîelle déïté Qu'on apelle dame Santé.

Fat en suant presque d'ahan , Le lendemain de la Saint-Jean.

Juillet iôjo. — Livre I. Lettre VIII.

LETTRE HUITIÈME

Du [samedi] 2 Juillet.

Page 1