‹ La muze historique;Chapitre 121 sur 221 · I. Lettre XXXVI · texte numérisé non relu

I. Lettre XXXVI

Princesse, je m'en vais conclure Et dater à toute avanture.

Fait l'huitième du prézent mois, Dans, le logis d'un gros bourgeois.

Des débiteurs de faux papiers, Pires cent fois que des fripiers, Et qui n'ont jamais les mains nettes , Font imprimer de mes Gazettes, Sans craindre ny loix , ny syndic , Pour en faire un lâche trafic.

Qu'ils finissent , je leur en prie , Cette franche fnponnerie , Ou je déclare à ces mêchans Qu'ils n'en seront pas bons marchands.

LETTRE TRENTE-SIXIÈME

Du [dimanche] 1 j Septembre.

aride.

Noble et généreuze Marie,

J'ay l'ame tout-à-fait marie * Pour la sote supercherie

Que me font des gens de voirie, t Mes vers sur le Pont-Neuf on crie!

O maudite criaillerie !

Hà ! cela me met en furie !

Peste de leur imprimerie !

Las ! ma veine est presque tarie

0 Par un excez de fâchene !

[O Princesse des dieux chérie !] Excuzez ces vers, je vous prie, Ils n'auront nulle raillerie , Et je ne croy pas qu'on en rie.

1 j Monsieur le cardinal de Rets ,

Chargé des communs intérêts , .

Un des jours de cette semeine Alla voir le Roy, puis la Reine, Dont il fut , si le bruit ne ment, 10 Receu trés-favorablement; Et , pour luy faire mieux la feste , Le Roy mesme luy mit en teste,

Avec un port grave et royal , Le beau bonnet de cardinal

a$ Qu'un camérier, assez bon-homme, Nouvellement venu de Rome, Avoit à grands frais aporté De la part de Sa Sainteté.

Lors on luy fit la révérence ,

30 Chacun le traita d'Eminence, Luy parla, le congratula, Et, certes, il fut ce jour-là Complimenté de tout le monde Sur sa dignité rubiconde.

jj Après pluzieurs, icy je dis La mort du marquis de Sourdis Et du comte aussi de Tiliéres, Les trois funestes filandiéres Ayahs, dit-on, depuis deux jours,

40 De leur vie achevé le cours.

Si la nouvelle est fausse et vaine, S'il plaît à Dieu, l'autre semaine D'autre façon j'en parleray Et je les ressusciteray.

zQ6 La Muze histori^u

4$ On a de Compiégne nouvelle Que la Cour est brillante et belle, Et qu'illec on peut voir au Cours, Tant de satin que de velours , Du moins cent ou six- vingts carosses

jo Dont les chevaux ne sont pas rosses , Mais ont le pied vite et gaillard Et le dos gras comme du lard.

Quand le jour devient un peu sombs, On y voit des beautez sans nombre

H Et quantité de courtizans

Fort braves gens , ou soy-dizans ; Enfin, certain quidan proteste Que la Cour est tout-à-fait teste.

J-fà ! si Gaston, Condé, Conty,

60 Se réjoignoient à ce party !

Et que Charles, duc de Loraine, Atendant que de son domaine On luy fit restitution, Fût aussi de la jonction !

6s Et que leurs sœurs, filles et femmes, Et quantité d'aimables dames Qui sans doute suivraient leurs pas, Unissent leurs charmans apas A cette Cour déjà si grande !

70 0 beau Soleil ! je te demande , Toy qui de long ou de travers Vois tous les lieux de l'univers , Si , dans tout le monde habitable , On pourrait rien voir de semblable?

7$ 0 blond et brillant Apollon !

Si tu parfois, tu dirais : « Non. »

Dimanche, pluzieurs volontaires, Merciers , barbiers, apoticaires , Lapidaires, cab^retiers,

80 Enfin des gens de tous métiers, S'ètans transportez à centaines Pour grossir les troupes Loraines, Furent chargez du sieur Mombas, Lequel en mit pluzieurs à bas

8$ Et prit mesme quelque bagage, Et peut-être eût fait davantage ; Mais un quidan , fait comme un clerc, Passant prés l'hôtel de Schonberg , Dit que de Mombas les cohortes

90 N'avoient pas été les plus fortes ; Que les canons, qu'on fit parler, Les firent bien-tôt détaler; Que leur funeste tintamarre Leur fit un éfrayable escarre ,

95 Et que , durant ce grand fracas, Qui de corps morts faizoit des tas , Pluzieurs braves bourgeois Centrèrent

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s. — Septembre 1652.

Et trés-vaillamment se sauvèrent , Favorizez par le canon , o Les uns blessez, les autres non.

La maladie aveugle et foie Qu'on nomme petite vérole A rigoureuzement traité La bonne grâce et la beauté De madame de Montataire , Dont la face charmante et claire Et les apas chastes et doux Plaizoient tant à son cher époux Que , la voyant très-fort changée Par cette vérole enragée, Il ne peut voir ce changement Sans soupirer à tout moment.

Sa grâce n'est plus si jolie , Sa peau si blanche et si polie, Et son teint , trés-mal acoustré , N'est plus si frais ny si lustré.

Cela met l'époux en colère ; Il peste , il crie , il dézespére ; Mais il devrait considérer (Au lieu de se dézespérer) Que , auoy qu'un mal plein d'injustice A sa cnére épouze ravisse Cette légère fleur du corps , Il luy reste d'autres trézors Dignes d'une immortelle flâme, Assavoir une très-belle ame, Vertu , sagesse , esprit , bonté, Qui durent plus que la beauté.

Mais je trouve mes vers ineptes De vouloir donner des préceptes, Autrement consolation , En si pressante aflictjon.

Certes , si j'êtois en sa place Et au'une pareille disgrâce Me nt sentir mesme rigueur, J'enragerais de tout mon cœur.

Comme on fait souvent des mécontes, Messieurs de la Chambre des Cooptes Avoient entr'eux prémédité De sortir de cette cité Pour, en rendans obéissance A la souveraine puissance, Aller joindre aimablement La portion du Parlement Qui dedans Pontoize rézide, 05 le vieillard Moléprézide; Mais , faute de bons passe-ports Pour la seureté de leurs corps, De leur train et de leur bagage,

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Septembre 1652. — Livre III. Lettre XXXVI.

t(o Ils ont diféré ce voyage.

Mercredy, le duc de Chévreuze Fit une chère plantureuze A son parent le duc Lorain, Et ce prince, le lendemain ,

i$5 Tant en vin, en fruit , qu'en viande , En fit une autre encor plus grande En l'hôtel jadis de Saint-Pol , Où l'on se remplit jusqu'au col ; Puis , avec Sa Royale Altesse ,

160 II alla de grande vitesse Pour tenir ensemble conseil Avec ce héros sans pareil Que monsieur le Prince l'on nomme, Qui, suivy de maint galant homme,

165 Vint, du camp, conter ses raizons Dans un logis nommé Maizons. Sçavoir ce que ces princes firent, Ce qu'ils dirent et contredirent Tant qu'ils furent en cedit lieu ,

170 Je n'en sçay rien, ma-foy-de-Dieu.

Enfin, après mainte remize , On dit que monseigneur de Guize Est à Bordeaux prézentemant, Toujours aimé, toujours amant, 175 Et que, par un soin trés-fidelle, Il a mesme écrit à sa belle.

Je ne puis icy m'empêcher (Car ce sujet-là m'est trop cher) De parler des réjouissances ,

180 Des extrêmes magnificences Et des festins à divers mets Dont la bonne ville de Mets Monseigneur de Schonberg régale, Et la dame , aussi , sans égale,

185 Dont par un nœud, certes, bien doux, Il est le très-heureux époux.

Tant de dévizes rares, belles Et tout-à-fait spirituelles , Arcs trionfans en lieux divers ,

90 Ornemens, emblèmes, beaux vers Et cent peintures toutes neuves, Ce ne sont que les moindres preuves De l'amour vrayment cordial Qu'a pour eux ce peuple loyal.

19s Douze ou quinze aimables mignonnes , Sages, du moins , comme des nonnes, Et quantité de beaux enfans, Sur des téatres trionfans,

Les unes dans les Ursulines , aoo Ayans de riches ongrelines,

Les autres, après celles-là,

Au logis de Saint-Loyola,

Avec des actions hardies

Ont récité des comédies.

305 Mais, pour mieux montrer leur ardeur

Envers l'une et l'autre Grandeur,

Dont ces peuples sont idolâtres ,

Outre ces ébats de téatres ?

Qui furent trouvez fort plaizans, 310 Ils leur ont offert des prezans

De considérable importance,

Et qui vaudroient grande finance

S'ils ètoient bien apréciez ;

Mais on les a remerciez :

31 j Car ce couple digne d'estime

A toujours tenu pour maxime

Que des grands c'est mieux le devoir

De donner que de recevoir;

Que, s'ils acceptent quelque ofrande 330 Petite, médiocre ou grande,

C'est dans le dessein seulement

De recompenser doublement.

0 gouverneurs! 6 gouvernantes!

Si grands preneurs et si prenantes, 23$ Qui prenez des pauvres humains,

Et raesmement de toutes mains,

De Jean, Gervais, Hierôme et Jaques,

Des assiettes , des plats , des plaques ,

De superbes ameublemans, 3^0 Des êtofes, des diamans,

Bœufs et cochons à grasses coines,

Bois, vins, foins, blez, orges, avoines,

Mesmes jusqu'à des pois cossus,

Prenez exemple là-dessus.

3jj Princesse de tous honorée, De moy, peu s'en faut, adorée, Dont la naissance est révérée, Dont la sagesse est admirée , Dont la tresse est blonde et dorée,

340 Dont la prunelle est azurée , La face blanche et colorée, Et l'ame de vertus parée, Cette lettre que j'ay tirée De ma cervelle évaporée

345 Vous est de bon cœur consacrée.

Dieu veuille qu'elle vous agrée !

CetJiscours, si j'ay bien compté, Est du quinze du mois daté.

La Muze historique. — Septembre 1652.

LETTRE TRENTE-SEPTIÈME

Du [dimanche] 22 Septembre.

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