‹ La muze historique;Chapitre 125 sur 221 · ÉCONOMIQUE · texte numérisé non relu

ÉCONOMIQUE

Illustre princesse Marie,

C'est encore l'imprimerie

Et ses caractères divers

Qui vous ont copié ces vers.

1 Pour en parler en conscience,

Ils n'en ont pas plus d'excélence,

N'en sont pas plus subtilizez ;

Mais à lire ils sont plus aizez,

Ils n'ont ny eloze , ny rature f 10 Et cela vaut bien l'écriture.

De Bordeaux quelqu'un ma mandé Que l'épouze du grand Condé, Après quelque douleur amére Pour la seconde fois est mère ;

ij Et, ce qu'on y trouve de bon, C'est encor d'un petit Bourbon.

Cette Princesse, avant ses couches, Avoh receu de rudes touches D'une assez longue infirmité

» Qui troubloit sa chère santé ; Maintenant sa convalescence Cause de la réjouissance.

Sa douceur, qui peut tout charmer, La fait extrêmement aimer ;

il Et l'estime qu'on a pour elle Est, peu s'en faut, universelle :

Car, outre sa principauté, Elle a vertu , grâce et beauté.

Monsieur de Conty, son beau-frère, )o Que maint sçavant esprit révère,

Monsieur le jeune duc d'Anguien,

Un étrange petit chrestien,

Et la belle de LongueviOe

Sont, dit-on, dans la mesme ville, h Malades, mais légèrement,

Et non pas périlleuzement.

Montignac, la jeune comtesse, Dont l'esprit, douceur et sagesse, A ne flater ny peu ny point,

40 Sont aimables au dernier point, La nuit du précédent dimanche (Ce qui soulagea fort sa hanche), Sur les trois heures justement, Acoucha fort heureuzement,

45 Dans un lit à tour d'écarlate, D'une petite Montignate Qu'on baptiza le lendemain Dans l'église de Saint-Germain.

Son ayeule bonne et dévote,

(o Sçavoir madame de la Flote, Durant les mots sacramentaux La tint sur les fonts baptismaux Avéques monsieur de Cercelle, Parent aussi de la pucelle.

J[chands, es mar- La plus-part bons,- et non méchans, Gens aimant paix, et non pas noize, Furent l'autre jour à Pontoize Trés-gracieuzement traitez

éo De toutes les deux'Majestez ; Et la Reine, presque avec larmes, Déplora les sanglans vacarmes Qm perdront tout aux premiers jours, Si Dieu ne nous donne secours.

*s O combatans du roy d'Espagne !

Qui, cette dernière campagne, Nous avez assez mal-trahez Tant en nos champs qu'en nos citez, Nation autant arogante

70 que la nôtre est extravagante , Si les François ont du dessous, Si vous avez bares sur nous, Si nos pertes sont infinies, Remerciez-en nos manies

75 Et nos noires dissensions, Que fomentent vos pensions.

O nation demy morisquei Sans ces chozes, vous couriez risque De rendre quantité d'Etats

80 Qui ne vous apartiennent pas,

294 La Muzb historique.

Et dont vôtre maki nous dépouille, Sçavoir la Calabre, la Pouille, Sicile , Napleset Milan, Dont j'enrage mille fois Pan, 195

1$ Et la belle Navarre mesme, .

Dont le sceptre et le diadesme , Et les revenus beaux et bons, Sont uzurpez sur les Bourbons.

L'aîné de la maizon de Guize, 90 Dont le cœur jamais ne s'épuize

De galanterie et d'amour,

Etant à Paris de retour,

Alla soudain rendre vizite

A cette beauté de mérite 9 s Dont le vizaçe bien-aimé

L'avoit si puissamment charmé.

Leur conversation fut tendre ;

Mais je ne puis pas entreprendre

De faire icy relation 100 De cette conversation :

Bien ay-je sceu d'un bruit de ville

Qu'elle fut galante et civille',

Que six heures elle dura,

Que pluzieurs fois l'on soupira, 105 Qu'on y dit de belles paroles

Qui n'êtoient point des hiperboles ;

Entr'autres, certain cavalier

Me dit ce trait particulier,

Que ce Prince dit à sa dame no Avec un langage de flâme,

Et d'un ton mesme un peu plaintif,

Qu'il s'êtoit vu six ans captif,

Mais (tant son cœur êtoit fidelle)

Bien moins des Espagnols que d'elle.

115 Cette fleurette Ja toucha,

Et la belle aussi-tôt tâcha

De luy rendre, dans sa réplique,

Rétonque pour rétorique.

De l'autre mois le vinct-et-neuf , no La dame douairière d'ElDeuf,

Princesse extrêmement antique ,

Mourut d'un mal apopléxicjue ,

Ayant laissé des cofres plains

De pistoles et de douzains, iaj Outre maint et maint héritage

Dont ses enfans feront partage;

Mais s'ils auront ou non procez ,

On le verra par le succez.

Monsieur de Rieux, de leur famille, Mo Qu'on avoit mis à la Bastille, Etant un peu plus modéré

ho

Uf

léo

— Octobre 1652.

Que le jour qu'il y fat fouré ,

N'est plus dans ce lieu sombre etblesoe,

Car dés l'autre semaine mesme

On le fit sortir de léans

De par monseigneur d'Orléans.

J'ay lu dans une lettre , en marge, Que le Roy redonnoit la charge De feu monsieur de Saint-Mai{mn (Pour flater un peu son chagrin) A son inconsolable père, Charge que Roquelaure espère, Avant qu'il soit fort peu de temps, Acheter à deniers comptans.

On parle icy fort d'une lettre Où quelqu'un avoit daigné mettre (Ce quelqu'un est l'abbé Fouquet) Un assez important caquet Touchant l'intrigue et manigance De quelques gens de conséquence; Mais, quoy qu'on ait intercepté Ce paquet clos et cacheté , On ne sçait si ce qu'il explique Est ou réel ou chimérique.

L'autre-jour, prés des Bernardins, On me dit qu'un de nos blondins, Que monsieur de Brancas on nomme, Avoit atrapé grosse somme Au jeu de cartes et de dez, Où pluzieurs furent échaudez, Y gagnant, ledit personnage, Dix mille écus et davantage.

Ce vilain fléau contagieux, Ennemy des nez et des yeux, Qui rigoureuzement éface Les fleurs d'une agréable fece, Et qui , tout le long de l'esté, Dans Paris en a tant gasté, Fait à prézent cruelle niche Au jeune sieur comte de Guiche; Ce mal si redouté, si craint.

S'est emparé c|e son beau teint.

0 quel mal-heur! 6 quel dommage!

De défigurer ce vizage Si doux, si frais, si bien taillé, Et plus blanc que du lait caillé.

J'ay sceu d'une mienne voizine Que madame la Palatine , Si constante au party royal, Est atainte aussi de ce mal.

Octobre i6ja. — Livre III. Lettre XL.

Il est vray que le bruit confirme Que cette princesse est infirme ; Mais que ce soit de ce mal-là, On n'assure pas bien cela.

18$ Monsieur Scaron , auteur burlesque ,

Fort aimé du comte de Fiesque,

Est party de cette cité

Ayant sa femme à son ctoé,

Ou du moins en étant bien proche , i9o Luy dans une chaize , elle en coche ,

Pour, devers la ville de Tours,

Aller atendre quelques jours

L'embarquement pour l'Amérique,

Où sa personne poétique 19s Espère trouver guérizon,

Prétendant que cet horizon ,

Dont la douce température

Réjouit toute créature,

Aura la force et la vertu »o De redresser son col tortu.

Ce bel esprit monsieur Ménage

Est, dit-on, en mauvais ménage, Pour je ne scay quels intérêts, Avec le cardinal de Rets.

20$ Ménage pour Son Emmenée A toujours grande déférence; L'Emmence, d'autre côté, Pour Ménage a toujours bonté ; Chacun tâche à faire paraître,

aïo Tant le disciple que le maître, Qu'ils ont le cœur ferme et constant, Mais ils sont séparez pourtant.

Et moy je sens , ou je m'abuze , Que, pour ce jourd'huy, nôtre Muze ar; Veut , sans m'alléguer le pourquoy, Se séparer aussi de moy ; J'ay beau flater cette bouruë, AdSeu , la voilà disparue.

Cecy fut fait , puis imprimé , 220 Le cinq d'octobre, à point nommé.

LETTRE QUARANTIÈME

Du [samedi] 12 Octobre.

pacifique.

Illustre et haute demoizelle Pour qui la Muze a tant de zélé , Princesse pour qui dans mon cœur J'avois une ardante vigueur,

1 Oui tiroit de ma pauvre veine Plus de deux cens vers par semaine , Je suis si fort découragé Par ce fou, par cet enragé, Qui, persévérant dans ses crimes,

10 Fait de mes mizérables rimes Un infâme et sordide gain Pour avoir un morceau de pain, Que jene bats plus que d'une aile; Je n'ay quazi plus de cervelle,

ij Et si je n'ay bien-tôt raizon De cette noire trahizon , Plus-aue juive et qu'arabesque, Adieu la Gazette burlesque.

De la Cour la blanche Ségur

20 Trouvant le séjour un peu dur, Pour ses voyages et fatigues Et ses diversitez d'intrigues, Afin d'avoir quelque repos, Et non pas pour prendre campos ,

25 A fait une retraite austère Et s'est mize en un monastère, Mais seulement en pension , Et non pas en intention , En faizant ladite retrette ,

jo D'être ny nonfiain ny nonnette; Mais d'autant qu'un auteur de bien Ne* doit jamais jurer de rien, Et que mesme on dit qu'en peu d'heure Bien souvent le bon Dieu labeure,

15 Je ne voudrais avec serment Assurer cela constamment.

Car on voit en tout plein de chozes De plus grandes métamorfezes.

On ne sçauroh avec éclat

40 Estre toujours en raesme état, Le monde a des vicissitudes Tantôt douces et tantôt rudes :

Sort par raizon , soit par dézir, Toute fille, enfui, doit choizir,

4j Et, son ame déterminée Se faizant une destinée, Prendre pour établissement Ou le cloître ou le sacrement.

Monsieur le marquis de la Gaze,

jo Qui ne parloit qu'avec enfaze, Homme de naissance et d'honneur, Et qui pouvoit avec bon-heur, Par un sort plein de nobles charmes, Joindre les lettres et les armes ,

55 Est mort d'un mal si violent, Que ce personnage excélent, Encor qu'il fût fort et robuste, N'a duré que trois jours tout juste , . Et ce fut mardy qu'il mourut

60 D'un dard dont Cloton le férut.

Sa sœur, toute déconfortée D'une mort si précipitée (Assavoir la belle de Pont) , En ressent un ennuy profond ,

é$ Car c'êtoit un brave et bon ftére; Mais une main tout-à-fait chère, Qui prend soin d'essuyer ses pleurs, Adoucit un peu ses douleurs :

Ainsi l'on voit, en mainte choze,

70 L'épine mêlée à la roze ; Ainsi les maux des afligez Le plus souvent sont mitigez ; Ainsi les plus illustres vies De bien et de maux sont suivies ,

75 Car chacun n'est pas nay coifé.

Mais c'est assez pnilozofé.

Chavigny, par un sort sinistre, Ce grand, ce rafiné ministre, Cet homme toujours agissant,

80 En biens si riche et si puissant, Si fameux dans pluzieurs provinces Et si grand conseiller des Princes, Mourut comme un autre mortel, Jeudy, la nuit, dans son hôtel;

8$ De faire oraizon et sufrage Pour ledit défunt personnage Prenons un charitable soin, Car tout ministre en a bézoin.

La mesme nuit et la mesme heure 90 (Car l'un rit lors que l'autre pleure,

e. — Octobre 1652.

Tel est le destin des mondains) Charles, duc et chef des Lorains, Etoit chez madame de Fiesque , Où certain poème grotesque

9$ Du jeune Corneille mventé Fut assez bien reprézenté.

Ladite dame , qui se pique D'être comtesse magnifique , Avec grande profuzion

100 Y donna la cotation

De vins, de fruits et confitures , Et diverses autres pâtures.

Outre la lueur des flambeaux, Un grand nombre d'objets fort beaux,

10$ Avec leurs apas et lumières Donnèrent dans maintes viziéres.

Monsieur le Prince s'y trouva, Car maintenant il vient et va A pied , en chaize , en cavalcade ,

no C'est-à-dire il n'est plus malade.

Dudit Chavigny le trépas Fit qu'illec on ne dansa pas; Mais on ne laissa pas de rire , Et c'est tout ce que j'en puis dke.

115 Les Lorains et Vitembergeois, Terreur des tristes vilageois, Dont ils font souvent aes victimes, Chargez de butins et de crimes , Qui font que chacun les maudit ,

i2o S'en retournent, à ce qu'on dit, Vers l'Alemagne ou ses frontières Reporter leurs vieilles rapières.

Pluzieurs bons François assemblez, En dépit de leurs pauvres blez,

taj Que ces gens, oui ne sont pas sages, Ont ruinez sur leurs passages, Prétendoient bien à leur retour Leur jouer quelque mauvais tour; Mais une suspension d'armes,

1 jo D'hostilitez et de vacarmes , Qui doit autant de temps durer Qu'il en faut pour eux retirer, Les met à l'abry de l'orage ; Et cette nation sauvage

iH Qui nous a fait tant de tourment Va s'en railler impunément :

Politique certes nouvelle Qui met en peine ma cervelle , Qui fait gronder les gens de bien

140 Et que je ne comprens pas bien.

De l'Hôpital, ce personnage Qu'on tient si fidèle et si sage,

Octobre 1652. — Livre III. Lettre XL.

Est, par l'ordre du Potentat , Maintenant Ministre d'Etat ; 14) Et Jean-de-Vert , en Alemagne , Au grand regret du roy d'Espagne , Lequel il a servy long-temps, Est mort âgé de soixante ans.

Pourvûqu'uncommunbruitnemante, 1(0 Le Roy de prézent est à Mante, Mais vfy sera , dit-on , au'un jour, Et l'on croid que toute la Cour S'en vient , plus tranquile et plus gaye, Loger à Saînt-Germain-en-Laye.

ij) Tels pensent que les diférans Des Pnnces et de pluzieurs grands Sont acommodez (l'assurance; D'autres n'ont pas cette croyance.

Je n'en diray donc rien encor,

iéo Jusques à tant qu'au son du cor On ait prôné cette nouvelle, Qui, sans doute, semblera belle :

Car, si l'aimable et sainte Paix, Dissipant les broûillars épais ,

i*s Nous peut, sans trouble et sans nuage, Montrer encor son beau vizage , Nous aurons aussi le bon-heur De revoir nôtre cher Seigneur Avec toute sa cour royale,

170 Dedans sa cité capitale ,

Charmer les cœurs, comme autrefois, Des francs et fidèles bourgeois.

Je ne suis, tant en paix qu'en guerre, Qu'un simple vermisseau de terre ;

17) Je sens toutefois tant d'ardeur Pour sa gloire et pour sa grandeur, Qu'en cela j'ay bien cette audace De croire qu'aucun ne me passe.

Dieu sçait que c'est sans intérêts

180 Que je tiens ce discours exprés; Je n'ay prétentions aucunes , Je n'aspire point aux fortunes , Et certes , sans nul rézultat Que le commun bien de l'Etat ,

18$ La choze que plus je dézire , C'est de voir florir son empire.

Princesse à qui j'écris cecy, Puissay-je voir toujours aussy Florir en Vôtre illustre Altesse 190 Santé , grandeur, gloire et liesse ! Pour cela tous les jours je fais Du moins deux cens trente souhaits.

Le douze du mois où nous sommes , Cecy fut moulé par deux hommes.

Apostille.

19 j Ce détestable plagiaire ,

Cette ame basse et mercenaire , Qui ma Gazette imprimer fit Pour en tirer quelque profit , Ayant, de peur de playe ou bosse , 200 Discontinué son négoce, Cet impudent , cet insensé , L'a depuis peu recommencé ; Mais, si ce mizérable hère En son vol encor persévère,

20 s Soit qu'il soit gueux ou bien hupé ,

Il sera sans doute atrapé ; Que s'il reste à ce personnage Un rayon encor d'homme sage , ' Il doit profiter prudemment 210 De ce mien avertissement.

La Muze historique. —Octobre i6$2.

LETTRE QUARANTE-UNIÈME

Du [samedi] 19 Octobre.

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