CONTREDITE
Genereuze et juste Princesse Pour qui tout mon esprit sans cesse D'un profond respect est ateint, Et dont Pâme , comme le teint , f Brillante d'un éclat extresme , Se peut dire la blancheur mesme, Vous avez tant d'aversion Pour la noire et lâche action De ces audacieux bélîtres
10 Qui font imprimer mes épltres, Que je croy que Vôtre Grandeur, Détestant leur peu de candeur, Sans doute fera bien-tôt faire Quelque châtiment exemplaire
15 De ces sots falcificateurs , Et des crieurs et colporteurs Qui , par leurs mesquines pratiques , Les rendent tout-à-fait publiques Dans les places et carrefours.
20 Mais il faut changer de discours.
Le prince de Condé , dimanche, Ayant pris sa chemize blanche , Partit de cette ville icy, Et le duc de Loraine aussy ;
si Leurs troupes mesmes détalèrent, Qui devers Danmartin filèrent , Et depuis, leur chemin suivant Entre le Nord et le Levant, Traînent leur atirail bellique
}o Du côté du climat Belgique ; Mais si c'est pour mal ou pour bien , Dieu me damne si j'en sçay rien.
Malgré cette maligne race
Qu'on apelle la populace , jj Monsieur de Beaufort, prudemment,
L'autre-jour, en plaiw Parlement ,
Abjura le litre inutile
De gouverneur de cette ville,
II se démît de cet employ, 40 Et fit aux volontez du Roy
Soumission a&sez exacte ,
De laquelle choze il prit acte.
Messieurs Servien et le Telier, Chacun en son particulier,
4 s Ont, dit-on, quelque pique ensemble, Dont j'enrage ; car il me semble Qu'être froids et se divizer, Ce n'est pas trop bien en uzer; L'un et l'autre est grand politique;
jo Et certes l'Estat monarchique, S'ils se tenoient unis toujours, Prendroit sans doute un meilleurs cours. Avec une ferveur trés-forte, Ces deux grands hommes donc j'eiorte
55 De se rejoindre et réunir, Et d'être amis à l'avenir, Employans au bien de la France Tout ce qu'ils ont de sufizance; Si ce n'est pour l'amour de moy,
60 Que ce soit pour l'amour du Roy.
Lundy dernier, Mademoizelle, Par une invention nouvelle, Soit qu'elle eût ou non le bouquet , Fit un délicieux banquet ,
6$ Et traita neuf ou dix personnes, Non de ces viandes très-bonnes, Comme mouton , agneau , chevreau , Biche , sanglier, cerf, cochon, veau, Oyzeaux de mer pris dans des mares ,
70 Qui sont à Paris un peu rares, Pfiaizans, lapins, levrauts, dindons, Tant sans larder qu'avec lardons, Chapons, poules, poulets, poulettes, Bectigs, ortolans, alloûettes,
7! Bécassines et bécasseaux, Qui sont de trés-frians morceaux, Confections d'or, ambre ou perles, Pigeons, perdrix, cailles et merles, Truies, champignons, jaunes-d'œuf,
80 Mais rien seulement que du bœuf, Dont , par de rares artifices, On fit quatre ou cinq beaux services
Octobre 1652. — Livre III
(A ce que dizent gens loyaux) ,
Langues, poitrines, alloyaux, 8s Rôty, boùilly, capilotades,
Tourtes, pâtez [et}carbonnades,
Et tout si Dien assaizonné,
Que chacun dit: « J'ay bien dîné. »
Si d'avanture on me demande 90 Pourquoy cette seule viande
Fut servie en ce grand repas ,
La raizon, je ne la sçay pas.
Mais j'apris et sceus tout le reste
D'une dame aimable et modeste, 9; Femme de monsieur de Monmor,
Qui vaut plus d'un million d'or » .
Lettre XLI.
L'autre jour, ce seigneur ou prince Qui maintenant est en province , Sçavoir monsieur de Guemené ,
100 En épouze trés-fortuné , Etant chez madame du Lude .
Luy fit, à peu prés, ce préluae :
« Madame, mon fils premier nay, Que j'âvois quazi destiné
105 A porter la mitre et la chape , N'a point voulu mordre à ta grape ; Je l'en ay mille fois prié, Mais il veut être marié. .
Vous avez une unique fille ,
uo Fort agréable et fort gentille; Madame, quand il vous plaira, Monsieur mon fils l'épouzera.
Ce n'est pas un trés-galant homme, Mais il est nay trés-gentil-homme ,
115 Et, de plus, le soir et matin, Il dit son bréviaire en latin , Son pater et tout son service , [ce ; Mieux qu'aucun clerc, prestre ou novi- 11 a vingt-et-deux ans passez.
iao Du reste, vous le connoissez.
Enfin , si ce fils dont je parle , Nommé Louis, et non pas Charle, A l'honneur d'être à votre gré, Je l'ay de bon cœur consacré 195 Pour être époux de vôtre infante , Qu'il trouve tout-à-fait charmante.
Je viens icy, sans héziter, La parole vous en porter.
Madame, après cette semonce, do C'est à vous à faire réponce. »
Voilà ce que le prince dit, Et la dame luy répondit:
« Monsieur, je vais trouver ma fille,