III. Lettre XLI1I
Schué prés d'un gros, village , Et je n'en sçay pas davantage.
Je fais des vœux à tout moment 80 Qu'elle revienne promptement, Car, sans mentir, c'est un dézastre Que la Cour n'ait plus ce bel astre.
Une princesse, intercédant Pour la femme au sur-intendant ,
85 Obtint mardv, sans grande peine, Qu'elle s'assit devant la Reine , C'est-à-dire eût le tabouret.
Je soupois dans le cabaret Quana on me dit cette nouvelle ,
90 Dont mainte dame, laide ou belle , Qui voudraient bien l'avoir aussi, En ont un peu le cœur transi.
Cette belle au charmant vizage Qui fit, par un prompt mariage 9 s (Voicy au moins le septième an), D'un Chabot un heureux Rohan , Acoucha l'autre-jour chez-elle D'une cinquième damoizelle.
De Tavanes, ne croyant pas 100 Que ses soins, ses travaux , ses pas, Ses campagnes, ses faits de guerre, Qui sont sceus de toute la terre, Ny tous ses services passez Fussent considérez assez 10$ ( Comme il croyoit qu'ils dussent être ) De monsieur le Prince, son maître, Depuis quelques jours l'a quité ; Mais si c'est avec équité, Je n'en sçay rien en conscience, 1 10 Et cela passe ma science.
Les partizans dudit Condé Le tiennent presoue acommodé, Et, comme son obéissance Cauzeroit grande joye en France,
11$ Je voudrais que l'opinion Qu'on a de sa réunion Ne fût ny vaine ny frivole ; J'en donnerais une pistole.
Oûy, je la donnerais, ma-toy,
110 Et c'est beaucoup dire pour moy f Car encore que de ma veine Il sorte par chaque semeine Un assez bon nombre de vers Qui courent par tout l'univers,
n{ Et dont je ne fus jamais chiche, Je ne suis pourtant guéres riche.
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Monsieur le cardinal de Rets, Dont l'éloquence a de9 atréts Edifians, considérables,
i)o Et tout-à-fait inévitables, Avec un ton grave et hardy, Fit un beau sermon, vendredy, Devant le Roy, devant la Reine; Mais nôtre èglize êtoit si pleine
î jj De gens pour l'entendre prêcher, Qu'on n'en pouvoit presque aprocher; Heureux qui pouvoit avoir place, Soit par amitié, soit par grâce, Soit en donnant le quart-d'écu
140 Pour établir son pauvre eu , Soit par compliment ou prière, Ou soit par quelqu'autre manière!
Monsieur l'abbé de Laffemas , Qui d'adresse ne manque pas,
14s Car c'est un esprit assez rare, Avoit beau crier : « Gare, gare», Il ne pouvoit pourtant passer Et ne sçavoit où se placer; Il en êtoit presque en furie ,
ijo Mais, à force de raillerie, Un bourgeois oui le rebuta, A la fin si bien le goûta , Que, quitant l'aigreur importune A telles gens assez commune,
15 j Ledit bourgeois eut la bonté De le placer à son côté.
J'avois, pour être mieux à l'aize, Donné dix sols pour une chaize, Mais , lorsque la Cour ariva
160 Ma chaize rompit et creva ,
Tant grosse et grande êtoit la presse, Et tout franchement je confesse Que, ne pouvant plus respirer, lime falut lors retirer.
iéj Pluzieurs, tant mâles que femelles, Et sur-tout deux filles tort belles, Dont l'une eut le nez êcaché, N'en eurent pas meilleur marché.
Ainsi , ny moy ny mes oreilles
170 N'entendîmes point les merveilles Qu'il débita dans ce saint lieu En l'honneur des Saints et de Dieu.
Ce jour les Filles de la Reine Prirent toutes quatre la peine 17$ De quêter, le long du matin, Durant le service divin , Et pendant la susdite queste Elles firent mainte conqueste.
Saint-Mégrin, nonobstant son dûeil,
k. — Novembre 1652.
180 Etoh un agréable écûeîl
Où les dévots faizoient naufrage; Guerchjr, qui tant de cœurs sacage, Ravissoit tout par sa blancheur, Neuïllan par sa vive fraîcheur,
18s Et Gourdon, la belle étrangère, Par son humeur aimable et chère.
Chacun adoroit leurs apas , Et, certes, tel qui n'avoit pas (Pour leur donner) or ny monoye,
190 Leur donnoh son cœur avec joye.
Nos maux alloient de pis en pis, Mais on les voit presque assoupis; Grâces aux Dieux, la pauvre Fronde Ne claque à Paris ny ne gronde.
19$ Jadis ses mal-heureux chalans A pluzieurs libelles sanglans Donnoient leur plume criminelle; Maintenant on écrit contr'elle, Et mercredy certain quidam
100 De la race d'Eve et d'Adam, Parmy d'autres papiers insignes, Me montra ces quatorze lignes :
« Deux dames avoient grand débat,
Dont s'ensuivoit souvent combat; ioj L'une se nommoit dame Fronde ,
La plus fausse engeance du monde;
L'autre, pleine de majesté,
S'apelloit dame Royauté.
La Fronde, autrefois si testuë, aïo Est maintenant presque abatué;
L'autre, malgré Fronde et frondeur,
Reprend sa force et sa splendeur.
L'une est honteuze et languissante,
L'autre est riorieuze et puissante; aij L'une est à bas, l'autre a vaincu;
Bref, la Fronde en a dans le eu. »
Cette précédente parole Semblera, sans doute, un peu folle;
sx> Mais le langage burlesquois S'émancipe ainsi quelquefois.
En cet endroit ma modestie Demanderoit une amnistie , N'ètoit que j'ay pris le soucy,
«j Avant que l'insérer icy, De témoigner à ma Princesse (Pour qui j'ay du respect sans cesse), Et mesme à tout autre lecteur, Que je ne m'en dis pas l'auteur.
ijo Fait dans ma chambre, et non dehon, Le jour qu'on prioit pour les morts.
Novembre 1652. — Livre III. Lettre XLIV.
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LETTRE QUARANTE-QUATRIÈME
Du [samedi] 9 Novembre,