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Novembre

Ce Frère, assez mélancolique, Fut jadis un fou chimérique ;

31 j Mais, comme on avoit reconnu Que son sens êtoit revenu , Et qu'il montrait quelque sagesse, Il repondoit ce jour la messe ; Mais au Domiiws vobiscum,

330 Ce moine Mancel, ou Gascon , D'un certain couteau de cuizine Frapa l'abbé dans la poitrine , Dont dudit abbé le trépas Ne s'ensuivit toutefois pas ;

31$ Il fut quite pour une playe.

Toute l'assistance s'éfraye , Un bruit confus s'élève alors , Et l'on prend Frère Antoine au corps, Puis dans une tour on le loge ,

sjo Où quelqu'un ainsi l'interroge:

« En quel grand crime és-tu tombé?

Pourauoy tuer monsieur l'abbé?

0 mal-heureux! ô frénétique! »

Et voicy toute sa réplique :

235 « J'avois dit cent fois à Monsieur, Comme étant mon supérieur, Qu'il étoit tout-à-fait utile Que pour les mal-heurs de la ville , Luy montrant nôtre amour et foy ,

340 Nous mourussions, soit luy, soit moy ; Voilà la raizon pour laquelle Je l'ay frapé d'une allumelle. »

Ce fut-là son discours, par où On jugea bien qu'il étoit fou ;

34s H eut quelques coups de férule, Puis fut lié dans sa cellule , Où quelques pleurs il répandit, Et c'est tout ce qu'on m'en a dit.

Novembre 1652. — Livre III. Lettre XLVII.

LETTRE QUARANTE-SEPTIÈME

Du [samedi] 3 1 Novembre.

courte.

Pucelle d'illustre maizon, Quoy que cette fiére saizon , A quantité de gens nuizible, Ne produize rien de rizible,

j Je ne laisseray toutefois D'employer mes cinq pauvres doigts, Mon papier, mon encre et ma plume Pour tracer comme de coutume Des vers pour offrir à vos yeux;

10 Que s'ils sont un peu sérieux, Et mesmement froids comme glace , Vous leur ferez , s'il vous plaît , grâce. Car vous avez de ia bonté , Et je n'en ay jamais douté.

•5 L'illustre abbesse de Saint-Pierre, Qu'en temps de paix et temps de guerre Ceux de Reims et ceux d'alentour Aiment d'un cordial amour, Par grâce et faveur spéciale

m D'une concession royale , L'autre jour (au moins c'est le bruit) Eut l'abbaye en don gratuit , Et de façon toute courtoize, De Maubuisson , prés de Pontoize.

ij Mais dudit Reims les habitans N'en sont aucunement contans; La peur de perdre cette dame Touche et travaille autant leur ame Que s'ils perdoient, en vérité,

*> Tout le bon-heur de leur cité.

Aussi , son procédé fidelle , Sa prudence surnaturelle , Son entendement ravissant, Sa vertu toujours agissant ,

h Son esprit brillant de lumière, Sa piété particulière, Et sur-tout les saintes douceurs Pour ses filles et pour ses sœurs, Sont des qualitez nompareilies,

40 Des faveurs de Dieu , des merveilles, Des trézors , des divins apas,

Qu'on ne rencontre toujours pas, Et l'on voit rarement sur terre Pluzieurs Madames de Saint-Pierre.

4 j A Paris , sur le Petit-pont , La Parque d'un coup furibond (Comme elle est toujours inhumaine) Assassina , l'autre semaine (0 la détestable guenon !) ,

jo Une belle de grand renom Qui Boynard êtoit surnommée, De pluzieurs tendrement aimée, Et dont sur-tout le Tiers-Etat Faizoit un merveilleux état ;

$j On versa quantité de larmes Pour la perte de tant de charmes.

Ce trézor d'aimables apas , Qui mesmes n'avoit encor pas Achevé son quatrième lustre ,

60 N'étoit pas de naissance illustre ; Mais pour l'exquize rareté De sa singulière beauté Elle aura place en mon Histoire, Et ces vers sacrez à sa gloire,

6; Faits de mon propre mouvement, Luy serviront de monument.

L'absence de Mademoizelle, Qui tenoit aucuns en cervelle, Irembarasse plus ma raizon ,

70 Car la rézidence et maizon De cette princesse honorée N'est plus à prézent ignorée.

Pluzieurs gens m'ont apris cecy, Oue> quand elle partit d'icy,

7t Elle alla droit à Pont-sur-Seine Et n'y resta qu'une semaine , Puis se transporta bien et beau En son manoir de Saint-Fargeau, Où, par une sage conduite,

80 Depuis ce temps , elle et sa suite, Compozent le soir et le jouir

La Muze historique. — Novembre 1652.

Le sieur maréchal de Grammont Revenant du Paâs-d' Amont,

i h La Cour le receut avec joye , Et pluzieurs se mirent en voye (A ce qu'on m'a dit aujourdliuy) Pour aller au devant de luy; Puis j'aprens de la Renommée

140 Qu'il doit commander une armée; Mais en quels quartiers ce sera, Le temps nous en éclaircira.

Une assez raizonnable cour ; Et, comme elle ne sçauroit être En un lieu sans faire paraître

8$ De la grâce et de la beauté, Ce Heu , jadis inhabité , Est maintenant par sa prézence Un séjour de magnificence, Où l'éclat et l'ajustement

90 Paraissent merveilleuzement.

Je luy plains pourtant à toute heure Cette solitaire demeure ; Paris, pour elle, en vérité, A bien plus de conformité ,

9 s Car on y fait mainte assemblée Qui seroit de splendeur comblée Si , par un glorieux retour, Elle y venoit luire à son tour.

Je voudrois qu'elle eût cette envie,

100 De tout mon cœur je l'y convie.

J'ay sceu de pluzieurs gens d'honneur Que Gaston , son père et seigneur, Autrement l'Altesse Royale , Fait souvent l'oraizon mentale Et tout-à-fait profession D'une ardante dévotion.

Je souhaite d'un cœur sincère Que long-temps il y persévère ; Je suis mondain , pécheur, rimeur, Mais j'aimerois bien cette humeur.

IOJ

En vtore hôtel de Longueville, Le sieur marquis de la Vieuville, Hâtant un peu le carnaval , Donna splendidement le bal, Mercredy, durant la soirée, Où mainte nymphe tréfr^arée , Qui des pies fort bien s'escrima, Dansa, toucha, blessa, charma.

Le jeudy, le roy d'Angleterre no Noya ses soucis dans le verre Chez Son Eminence de Rets Où l'on fit de fort beaux aprêts, Car ledit cardinal se pique D'être opulent et magnifique.

125 Je n'ay point apris le détail Du gibier, volaille et bétail, Ny du brûvage délectable Qu'illec on servit sur la table; Ainsi je n'en parleray pas , ijo Car en de semblables repas S'il se trouve bien dequoy frire, Cela s'en va toujours sans dire,

»jj

L'aimable princesse Loûize, Pucdle sage et bien aprize, En qui l'on void, en quantité, De l'esprit et de la bonté, Et qui dérive, en sa naissance, Du sang de Savoye et de France, Epouze , par ambassadeur jo (Ce qui marque un peu leur grandeur), Badae, marquis du Saint Empire, Qui pour elle d'amour soupire, Et dont les terres et pâk Ne sont nulement envahis Par cette licence bellique Qui règne au climat Germanique, D'autant que sa principauté Jouît de la neutralité.

De monsieur Jules PEminence

160 Fut receuê ?vec révérence

Et des complimens beaux et longs, Mardy, par messieurs de Chàlons; De sa vûë ils se réjouirent , Et , sur la complainte qu'ils firent

,6$ De la garnizon d'ennemis Que dedans Retel onamis, Le Cardinal leur fit entendre Qu'on travailloit pour les reprendre.

J'apris de quelqu'un, vendredy, ,7o Qui n'êtoit pas un êtourdv,

Que des troupes du roy d'Espagne Qui sont maintenant en Champagne, Conduites par le grand Condé , Un certain gros fut échaudé, Qui s'enfuît à perte d'haleine , Pressé par monsieur de Tureîne; Mais en quel lieu, quand, et comment, Il ne m'en parla nulement.

Du Louvre, autrement Cour royale, Où dans cabinet, chambre et sale J'adresse rarement mes pas , D'autant qu'on ne m'y connott pas,

Décembre 1652

Je n*ay mile choze à vous dire , Sinon <|ae mardy nôtre Sire,

185 En activité sans-pareil , Se levant avec le Soleil, Et mesmes plus matin encore, Car ce fut avéques l'Aurore, S'alla promener à Chilly,

190 Puis en revint à jour failly ; Et , ne sçacbant plus autre choze , Il faut donc que je me repoze.

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