‹ La muze historique;Chapitre 131 sur 221 · POLIE · texte numérisé non relu

POLIE

Voicy la fin de la semaine:

Ouvrez-vous donc, ma chère veine, Et vous , 6 mes trés-heureux vers , Qui plaizez en cent lieux divers, 5 Surmontez ma propre paresse , Et, pour saluer la Princesse

Su'mcessamment vous admirez, âissez, sortez, partez, courez.

Pour avoir eu trop de matière , 10 Je ne mis point dans ma dernière Qu'on m'avoit raporté céans Que l'épouze au duc d'Orléans

Dont on peut dire , en parlant d'elle, Qu'elle est féconde autant que belle,

1 ; Pour nouveau fruit de leur amour Avoit mis et produit au jour Une tendre fillette encore, Ou plutôt une jeune Aurore, Depuis neuf ou dix mois en ça;

20 Et quand la choze on anonça A Son Altesse paternelle , Il agréa cette nouvelle , Mais non pas de telle façon Que si ç'ûtèté d'un garçon.

25 Depuis ce temps , cette princesse

jo8 La Muze historiqu

A quelque fièvre qui l'opresse Et qui la met presque en danser.

Dieu la veuille bien protéger!

Monsieur Coletet , homme rare ,

30 Dont l'esprit, en ce temps barbare, Est un miraculeux trézor, Digne cent fois d'un siècle d'or.

Durant la saison printanière (J'entends parler de la dernière)

3 î Ayant , d'un labeur sans égal , Fait un excélent chant royal, Contenant des vers cinq fois douze, Pour les Jeux floraux de Toulouze, Obtint , sur pluzieurs grands esprits ,

40 Le trionfe , l'honneur, le prix, Dûs à' sa science divine , Sçavoir une riche Eglantine D'ouvrage fort élaboré , Et d'un très-fin argent doré,

4j Qu'avec patente bien avilie Les sieurs magistrats de la ville Ont pris un soin très-curieux D'envoyer au victorieux :

Et, pour mieux le combler de gloire

50 Sur le sujet de sa victoire, Ils ont ses vers enregîtrez , Comme des monumens sacrez Et des chozes fort autentiques, Parmy leurs archives publiques,

5j Avec des éloges divers * Pour sesdits admirables vers:

Honneur d'autant plus plein de lustre Que jusqu'icy ce corps illustre, Entre tous les maîtres de l'art,

60 Ne l'avoit fait qu'au grand Ronsard.

Dans ledit Toulouze , la peste , Par une rage assez funeste , Avoit , depuis le mois de juin, Répandu si fort son venin

6$ Qu'on voyoit (étrange spectacle !) ^ordinaire au Pré au Bazacle Plus de mille pestiférez Qui s'atendoient d'être enterrez.

Maintenant ce fléau mortifère

70 N'est plus si fier, ny si sévère, Et l'on le voit presaue apaizé, Comme l'avoit prophétizé Un de l'Ordre Saint Dominique, Qui meine une vie angélique,

7$ Sçavoir le bon Frère Matieu, Simple et grand serviteur de Dieu , Qui sceut la fin de cette peste

. — Novembre 1652.

Par révélation céleste.

La nouvelle en vînt jusqu'à moy 80 Par des gens très-dignes de fby ; Je ne sçay pas si c'est un conte, Mais c'est ainsi qu'on le raconte.

L'ouverture du Parlement Se fit très-solennellement,

85 Mardy dernier, par la harangue De la sage et sçavante langue Du premier président Mole , Qui toujours a fort bien parlé ; Laquelle harangue oratoire,

90 Digne d'être mize en l'Histoire, Je n'entendis point , car, ma-foy, Il êtoh trop matin pour moy.

Mercredy , le Roy nôtre Sire (Las! quand j'y songe, j'en soupire!),

95 Voyant qu'aucuns de ses sujets Avoient de sinistres projets D'entretenir dans le royaume Un feu plus long que feu de chaume, Et rendre nos maux éternels,

ioo II les déclara criminels.

Après cet arèt ou sentence , S'ils venoient à rédpiscence, Ils agiraient fort à propos Pour leur honneur, bien et repos,

ioj Et celuy de toute l'Europe:

Car du Roy l'heureuze horoscope, Les spéculatifs studieux, Les aspects et regards des deux, Les suprêmes intelligences,

1 jo Et bref quantité d'influences, Dés sa naissance ont tous promis Qu'il abatroit ses ennemis.

Chàteauneuf , grave personnage,

Avec chariots et bagage 11$ Est sorty de cette cité

Par ordre de Sa Majesté.

Sur ce sujet par-tout on cauze;

Mais touchant la certaine cauze

De son subit éloignement, 120 On en parle diversement.

Les gens de Cour, les gens vulgaires, Ne dizent plus rien des alaires; Allassent-elles cent fois pis, Cela n'est point sur le tapis, iaj On n'en discourt ny pour, ny contre; Mais on ne parle en tout rencontre Que du sort heureux, puis mauvais,

Novembre 1652. — Liv

De la mignonne de Beauvais, Qui maintenant dit qu'elle est femme, 1 jo Et que la Cour nomme Madame.

Certes, dans son destin fatal On void du bien, on void du mal; Ses apas et sa gentillesse, Esprit, douceur, conduite, adresse,

I j$ S'étoient heureuzement aquis

L'amitié d'un jeune marquis, Qui, sous la foysacramentale, A cûeilly la fleur virginale ; Mais , soit à droit ou soit à tort, i4» Il n'en demeure pas cPacord, Ayant icelle abandonnée Quasi dés la mesme journée ; Et, pour avoir plus de sujet De rompre avec ce cher objet

I I s Et s'en dédire sans reproche ,

Il est allé , ce cœur de roche, Ce léger, ce volage amant, Demeurer au pais Normand, Assavoir au Havre-de-Grace,

ijo Préférant cette grande place Au petit fort assez exquis Qu'il avoit par amour conquis.

Quelaues débiteurs de nouvelles En plusieurs endroits et ruelles

M5 Dizent pourtant que ce cruel N'a point encor passé Ruël.

La mignonne , étant avertie De sa subite départie , Sous l'ennuy si bien sucomba

1*0 Qu'en pàmoizon elle tomba; De laquelle étant revenue, Quand elle se fut reconnue , Cette belle fit à peu prés De tels ou semblables regrets :

i6; « 0 la plus triste des épouzes ! Qui presque à tous momens arouzes De ton teint les naissantes fleurs Avec tes larmes et tes pleurs !

Tu portes maintenant la peine

170 D'avoir eu Pâme un peu hautaine , En aspirant en trop haut lieu , En prétendant un Richelieu!

Mais toy , trop volage Tézéel

re III. Lettre XLV.

Qui m'as , ce dit-on , abuzée , 17J Crois-tu que moy, le Ciel, l'Amour, La Justice, le Temps ? la Cour, Ne prennent pas un jour vengeance De ta criminelle inconstance? »

O qu'un hvmen bien assorty 180 Est au monde un rare party !

Une dame de cette ville.

Après mainte larme inutile,

Avec un cœur triste et mâry

A quité monsieur son mary, .85 Envers elle un peu trop sévère,

Et s'est mize en un monastère ;

Sa vertu , son afliction,

Donnent de la compassion :

Elle est sage, elle est estimée , i*> Mais on ne me l'a point nommée.

Monsieur, dans un éclat royal , Donna mardy chez luy le bal, Où pluzieurs beautés excellantes Parurent tout-à-fait brillantes,

19J Tant à cauze des diamans

Que de leurs yeux clairs et charraans Et de l'éclat de leurs vizages, Qui pourraient ravir les plus sages.

Les damoizeaux illec entrez

200 Etoient mouchez, frisez, poudrez, Selon ce qu'après m'en aprirent Quelques personnes qui les virent.

J'avois moy-mesme un grand dézir De regarder, avec plaizir,

ao; Ce qu'ils firent, ce qu'ils dansèrent; Mais les gardes me repoussèrent.

Belle Princesse , au nom de Dieu, Soufrez que j'achève en ce lieu; La Muze aucunement allerte no Qui ma veine avoit entr'ouverte, Pour aréter son flux tout net, A retourné le robinet.

Cecy fut fait, plaize ou non plaize, Au mois de novembre , le saize.

JIO

La Muze historique. — Novembre 165 j.

LETTRE QUARANTE^SIXIÉME

Du [samedi] 23 Novembre.

PROFUZE.

Princesse qui m'avez permis De taire part à mes amis De ces vers que, tous ies dimanches, Je remets entre vos mains blanches,

$ Selon les sujets et l'humeur 0(1 se trouve l'esprit rimeur, Les lecteurs jugent ma Gazette Tantôt forte, tantôt foiblette.

Je ne sçay quel sera le sort

10 De celle-cy, j'en doute fort :

Il ne faut point que je me flate, Je crains qu'elle soit un peu plate, Et qu'aucun ne l'encensera ; Mais voicy ce que c'en sera.

1 5 La Reine , avec sa robe noire, Alla dimanche à l'Oratoire, Oûir les vespres et sermon De Sénaut, prescheur de renom , Que très -habile homme on peut dire,

ao Tant pour parler que pour écrire, Lequel sermon la contenta; Et puis elle se transporta , Dans sa chaize à vitres de verre, Chez sa belle-sœur d'Angleterre ;

?$ Ensuite elle fut au logis De l'aimable et belle Brégis , Pour, d'une favorable oeillade, Voir cette charmante malade, Qui rendit à Sa Majesté

?o Mille grâces de sa bonté, Non en paroles telles-quelles, Mais si touchantes et si belles Que la Reine, au cœur trés-humain, Qui l'estime de longue-main,

h Oyant un si rare langage, L'en chérit encor davantage.

L'hymen de ces amans de Cour Desquels je parlay l'autre-jour, Et dont ses mains lave la Reine , 4» N'est pas encor choze certeine ;

Mais on dit que le Parlement En doit faire le règlement.

La belle et jeune épouze afirme Que son mary n'est point infirme ;

4j Et le mary, (l'autre côté, Dit que d'elle il n'a point t&té, Et qu'elle est encor toute entière.

Or, rêvant sur cette matière, Quand je songe qu'un jouvenceau

(o Proche d'un si friand morceau Ait témoigné tant d'abstinence, Je ne dis pas ce que j'en pense.

Il faut pourtant dire cecy, Que le fait dont je parle icy,

5$ De la façon que l'on le nare, A je ne sçay quoy de bizare.

Belliévre, riche prézident, Et, d'ailleurs, homme assez prudent, Pour épouze, dit-on, demande

60 De Beuvron , la belle Normande.

Créquy, pour plus de cent raizons, En veut à l'aimable Maizons, Riche , bonne , charmante et sage , Et qui porte sur le vizage

éf Un certain air de majesté Qui fait adorer sa beauté ; C?t amant d'illustre naissance Prétend donc à cette alliance, Que le plus acomply seigneur

70 Tiendroit toujours à grand honneur.

Un autre en mesme état se treuve Pour Nangis la très-jeune veuve, Et cet autre est un damoizeau Nommé monsieur de Palaizeau.

7$ Si ces trois amans réussissent, Et que leurs hymens s'acomplissent, Dans le temps de l'événement J'en parleray plus amplement.

Une autre pucelle excélente, 80 Ayant sept mille écus de rente,

Novembre i6$ a.— Livre III. Lettre XLVL

Outre mainte bague et bijou , Damoizelledu Haut-Poitou, De la maison de Sainte-Marthe, Avant que ia semaine parte,

a* Doit épôuzer, quelque matin , L'heureux monsieur de Caumartin, Qui , par une belle largesse, A fait prézent à sa maîtresse De six mille beaux justes-d'or,

90 Pris et choizis dans son trézor.

J'ay vu lettre de la frontière Contenant, entr*autre matière, Qu'à Sainte-Ménehout Condé , Ayant deux ou trois jours tardé,

95 Avec la milice d'Espagne S'ètoit remis dans la campagne, Dont il va tirant tout le suc , Aux environs de Bar-le-Duc.

Pour dire si monsieur le Prince,

j 00 Qui fait trembler cette province , Fera toujours de grands progrez, Nous cassera toujours du grez, Et s'il aura toujours la vogue, Je suis riraeur, non astrologue.

10$ La Mort ayant tiré son arc Sur monsieur de Bouillon la Marc, On croid que monsieur de Monmége, Homme oui sçait bien le manège, Homme d'esprit, de coeur, de foy,

1 10 Et constant au party du Roy, Pour ses bons et loyaux services Aura la charge des cent Suisses, Qu'avec honneur il maintiendra , Et que pas-un ne luy plaindra.

1 1 j Je puis mètre en ce période

Qu'on croid que Monsieur s'acommode, CEoze , certes, qui plairoit bien A quantité de gens de bien.

Madame sa très-chére épouze,

iso Qui, depuis des jours plus de douze, A soufert des accez fiévreux , Que mesme on juceoit dangereux, Ayant senty grande alegeance, Donne maintenant espérance

121 D'une parfaite guérizon, Ce qui console sa Maizon, En seiche les pleurs et les larmes, Et banit toutes les alarmes.

Plusieurs esprits sont curieux] 1 jo D'aprendre et découvrir les lieux

Et la demeure, laide ou belle , Où rezide Mademoizelle ; Mais cette curiozité Ne leur donne aucune clairté;

1 H De qui que ce soit la retrette N'a jamais esté si secrette , Et, quoy que du sexe charmant Qui parle assez facilement Elle ait prés d'elle assez bon nombre

140 Qui la suivent comme son ombre v Ilest trop vray qu'on ne sçait pas Le lieu qui cache ses apas :

Puis, dites que femmes et filles Sont toujours des saintes Babilles !

145 Je vis une lettre, lundy, Ecrite à monsieur Gaussendy Par cette reine qui possède Le beau sceptre de la Suéde; Tous les mots en êtoient charmans,

1 50 Et, certes , jamais complimans De si belle et si rare étofe N'avoient loué de philosophe. Ce fut chez monsieur de Mommor , Qui de science est un trézor,

15$ Et vrayment autant honneste homme Qu'il en soit d'icy jusqu'à Rome , Où l'on fit un cas merveilleux De cet écrit miraculeux.

Illec estoit maint esprit sage,

iéo Quilet, Chapelain et Mesnage, Ou bien, en changeant le couplet, Chapelain, Mesnage et Quilet; Si chacun dans cette redite N'est pas placé comme il mérite,

té; Je puis mettre, en un tourne-main, Mesnage, Quilet, Chapelain, Gens oui cueillent de bonne grâce Les belles fleurs du Mont Parnasse , Gens estimez, gens respectez,

170 Gens recherchez et souhaitez, Gens à consulter comme oracles , Et qui du temps sont les miracles.

Mais revenons à Gaussendy ; Or, voicy donc ce que j'en dy :

17$ Ce Gaussendy dans sa province N'est comte , marquis , duc ny prince , Et, n'étant donc point grand seigneur, D'où vient qu'il reçoit tant d'honneur D'une personne couronnée

180 De tant d'éclat environnée?

C'est à cauze que ce docteur Possède, de belle hauteur, Sur toutes sortes de matières

3i2 La Muze historiqu

De trés-admirables lumières, i8$ Qu'il sçait les sciences à fond, Qu'il est poly , qu'il est profond , Et qu'enfin c'est un personnage Qui fait grand honneur à nostre âge.

0 vous sagesse , 6 vous vertu , 190 Dont ce grand homme est revêtu !

Que j'estime vôtre fortune !

Que vôtre gloire est peu commune !

Et vos destins doux et plaizans , De florir durant les beaux ans i95 De cette reine magnanime , Qui fait une si haute estime Des grands et précieux talens De tous les esprits excellens!

Grande Princesse, ce chapitre aoo Est un peu long dans cette épître ; Mais je n'ay pu faire autrement , Car, quoy que très-certainement Je sois mis au rang des ignares, J'aime à parler des hommes rares.

*>s Fait, de mon ordinaire stile, Le jour d'après Sainte-Cécile.

Apostille.

Au Mans, l'abbé de Saint-Vincent Célébrant, en habit décent, Un certain mizérable moine , no Nommé, que je croy, Frère Antoine, Le pensa tuer à l'autel , Et l'on dit que le cas fut tel :

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