‹ La muze historique;Chapitre 141 sur 221 · CONGRUE · texte numérisé non relu

CONGRUE

Dimanche , l'on me fit accroire Que mes vers avoient eu la gloire D'être vus de Leurs Majestez , Et que quelques naïvetez Qu'on prit la peine de leur lire Les avoient fait tant soit peu rire ; Que quantité de courtizans Les trouvèrent beaux et plaizans, Jusques-là mesmes que la Reine, Par une bonté plus-qu'humaine, Ordonna que j'ùsse un billet Pour entrer au lieu du ballet , Lequel billet pour voir la dance Un fils de maréchal de France,1

i $ Sçavoir monsieur de Villequier , Me mit en main propre dés^hier f L'ayant par courtoizie extresme fient , signé , scellé luy-mesme.

Ma Gazette de ce jour-là

ao M'a donc , du moins , valu cela ; Mais comme il n'est pas toujours teste, Ma foible et journalière teste Ne peut pas produire toujours De ces raizonnables discours

25 Qui charment lecteur et lectrice, Car cela dépend du caprice.

Princesse , si, lizant ceux-ci , Vous y trouvez donc quelques! f

?44 La Muze historique. — Février 1653

Avec vos bornez coûtumiéres , 10 Que j'éprouve en piuzieurs maniéref , Excusez leur peu de vigueur , Sans uzer vers eux de rigueur.

Vineûil, la semaine dernière , Fut arête vers la frontière ,

H Comme agent et trés-afidé Du seigneur Prince de Condé; Joly, cette mesme journée, Triste comme une ame damnée, Et soufrant beaucoup de tourment ,

40 Fut arête pareillement.

Pour Vineûil, on croid tant-que-terre Qu'il sera prizonnier de guerre ; Mais Joly, Ton le tient perdu , Et l'on dit qu'il sera pendu ,

Ai Non pas comme un simple aversaire , Mais pour avoir été faussaire.

Condé, prince bouillant, actif, Et mesme un peu vindicatif, S'est remis ([dit-on) en campagne

(o Aux extrémitez de Champagne, Et pris quelques petits châteaux.

Que cela soit certain ou faux , On dit (mais c'est choze secrette) Qu'avec le susdit Prince on traite.

s s Plût aux Immortels, grand Condé!

Que tu fusses r'acommodé.

Encore que mon écritoire Ait bien du penchant pour ta gloire, Tant que tu seras en état

60 De molester ce pauvre Etat ,

Par un mal-heur pour nous étrange , Je me tairay de ta louange; Mais si nous te voyons jamais, Dans un temps d'amour et de paix

6j (Comme tout bon François l'espère) , Imiter ton très-sage père , Qui fat tant serviteur du Roy, Je diray mille biens de toy.

Selon les nouvelles qui courent, 70 Et comme piuzieurs gens discourent, Ceux qui soutiendraient que Marsin Dans le pais de Limosin Fait extrêmement bien ses orges, En auraient menty par leurs gorges.

75 On a fort mal -traité ses gens :

Soldats, caporaux et sergens Ont été tuez en grand nombre ; Et pour ceux qu'on a mis à l'ombre, Par diverses lettres on sçait

so Qu'ils sont neuf cens et trente-sept, lis ont tant détruit de ménages, Ils ont tant brûlé de villages, Commis tant d'infidélitez, D'hostilitez, d'impétez,

s; Que la Noblesse Limozine Et quelque autre drconvoizine , S'armant en assez bel-aroy Pour la patrie et pour le Roy, Les cherchèrent . les poursuivirent ,

90 Et (comme est dit) les déconfirent, Tant le Gascon que l'étranger, Dont ils cuidérent enrager.

Brave et génèreuze Noblesse, Qui montâtes vôtre prouesse !

91 Et vous, leur chef, 6 Pompadoar!

Dont on parle fort à la Cour, Vôtre zélé , que je contemple Comme un rare et parfait exemple D'ardeur et de fidélité,

100 Et d'amour pour la royauté, Mérite un beau rang dans l'histoire; Mais du moins vous aurez la gloire, Comme vrais serviteurs du Roy, Comme gens-d'honneur et de foy

10 j (Qui, sans mentir, sont de grands titres), D'en avoir un dans mes Epi très, Car, certes, vôtre exploit vainqueur M'a tout-à-fait ravy le cœur.

Les trois mortelles Fllandières

no De la comtesse de Tiliéres Ont mis le corps au monument, Qui ne languit pas longuement, Car cette clame de mérite Mourut presque de mort subite.

1 1 5 Innocemment elle vivoh , Vertus et sagesse elle avok, Bref, elle étoit fort bonne femme :

Le bon Dieu veuille avoir son ame.

Le précédent sur-intendant, tao Qui souvent en goguenardant, Après mille loyaux services , Refaza de payer les Suisses, A si fort par cette action Choqué toute la nation , iaj Que, nonobstant qu'avec la France Ils fussent unis d'alliance, Les gros et principaux d'entr'eux, Par un procédé rigoureux , Ont enjoint à leurs camarades no De retourner en leurs bourgades, Soit ou contens ou non contens,

Mars i6$j. — Livre IV. Lettre IX

té;

Aux premiers jours du beau printemps D'ailleurs les âmes Espagnoles, Dignes de mille croquignolles, En subornant chaque Canton Ont cauzé cet éfet, dit-on.

Quoy que c'en soit, sur ce passage Je n'en diray pas davantage.

J'ay peur de parétre indiscret , Puis je n'en dis rien qu'à regret

J'ay toutefois entendu dire A des cens du Roy nôtre Sire Que, depuis le paquet venu 05 tel cas étoit contenu ,

Mi En dépit du party contraire, On acommoderoit l'afaire; Je voudrais qu'il m'en eût coûté, Pour le bien de Sa Majesté, Non des louys ny des pis tôles,

150 Car à peine av-je des otoles, Non des jacomis ny ducats, Car, par ma-foy, je n'en ay pas ; Mais, au lieu de telles finances, Des sonnets, madrigals et stances.

rjj C'est peu de choze que cecy, Mais je ne puis payer qu'ainsy.

Chasteau-neuf est toujours malade, Et répugne à la promenade.

Le Manchot, étant prés de luy, 160 Ne manque pas, je croy, d'ennuy; Car, comme il aime les ruelles, Les balets et les demoizelles, Les jeux , les amours et les ris, Il voudrait fort être à Paris.

Gourdon et Nûeillan, deux pucellet Qu'on sçah être aimables et belles, Et des brillantes de la Cour, Eurent démêlé l'autre jour; Mais ces deux jeunes éveillées

170 N'ont pas été long-temps brouillées, Et s'il leur reste dans le cœur Quelque glace ou quelque rigueur, Ce n'est volontiers que de celles Dont la pluspart des jouvencelles

175 Se servent à cauzer soucis Aux pauvres amoureux transis.

Tout le grand-monde se prépare A voir, comme une choze rare, Le balet au Petit-Bourbon,

180 Où faudra porter du bon-bon Pour en uzçr durant la dance S'il survient quelque défaillance.

Que si j'entre dans ce beau lieu , J'en parleray, s'il plaît à Dieu,

18$ Dedans la Gazette prochaine, C'est-à-dire l'autre semaine.

Encor qu'au temps de maintenant, Qu'on nomme Carême-prenant , On parle avec plus de licence, 190 Ces vers ont beaucoup d'innocence, Ils ne sont nullement gaillards, Us ne vallent pas deux liards.

Je croy, ma-roy, que je radotte :

HÀ! que cette Gazette est sotte !

19s Fait en buvant de I'hipocras , La veille du Dimanche gras.

LETTRE NEUVIÈME

Du [samedi] i« Mars.

CONFUZE.

Les premiers jours de la semaine Se sont passez (choze certaine) En débauches, jeux et momons, Le reste en jeûnes et sermons ; j Et cela me rend si fantasque De ne voir plus balet ny masque, Que, pour dire la vérité,

J'en suis très-fort déconcerté , Et je sens que ma pauvre veine 10 Ne coule aujourd'nuy qu'avec peine ; Toutefois , Princesse, il le faut, Qu'il fasse froid , qu'il fasse chaud , Qu'on fasse gras, qu'on fasse maigre, Qu'on ait ou non l'esprit allaigre,

i $ C'est-à-moy de vous faire voir Quel est auiourd'huy mon devoir:

Bien ou mal , il faut donc m'y mettre, Et je vais commencer ma lettre.

En Gascongne , un vif repentir ao Se fait maintenant bien sentir

D'avoir été d'autre cabale

Que de la juste et la royale ;

Et l'on dit que les Bordelois

Ne sont plus si fiers qu'autrefois , a; Et que la faction contraire

Commence fort à leur déplaire.

L'heureux et brave Pompadour Ayant déconfit, l'autre-jour, Le camp-volant des Marsinnistes ,

)o II suivit les pas et les pistes De ces fiiyars malencontreux, Et reprit Terrassou sur eux ; Ils fuyoient de telle manière Que, rencontrans quelque tanière,

» Ils s'y cachoient de trés-bon cœur , Pour éviter le bras vainqueur.

Aussi , d'ordinaire , on remarque Que ceux qui contre leur monarque S*élévent criminellement

40 Sont éfrayez à tout moment , Et tremblent comme des canailles Quand il faut donner des batailles ; Ils se tiennent déjà pour morts, Et certains impuissans remords

45 Qui bourellent leurs consciences Ne leur font voir que des potences.

En Champagne, pareillement, Un autre échet ou détriment Survint aux troupes avèrsaires,

50 Qui firent trés-mal leurs afaires:

Car Grandpré , joint avec Beaujeu , Ayant mis nuitamment le feu Dans un gros bourg, qu'on nomme Ter- Où les ennemis faizoient ferme , [me,

u Plus de cinq ou six cens des leurs , Avec cris, heurlemens et pleurs, Malheureuzement expirèrent; Trente seulement échapérent De cet embrazement ardant,

éo Desquels êtoit leur commandant.

Hier matin, certaine personne, Parlant de monsieur de Lionne , Me jura car la vertu-bleu Qu'il «voit eu le cordon-bleu ,

, — Mars 16(3.

Le bon monsieur de la Vrilliére Ayant fait cession entière, Par l'aveu de Sa Majesté, De cette belle dignité , Qui le rendra, sans rien démordre, A l'avenir Prévôt de l'Ordre.

Monsieur le Teilier doit aussi, Avant deux ou trois mois d'icy , Recevoir cette illustre marque De la main de nôtre Monarque. Ils ont été persécutez, D'autant que pour Leurs Majestez Ils étoient zélez et fidelles, Et jamafs lâches ny rebelles; Maintenant les voilà remis Malgré les complots ennemis , Et mesme en plus illustre place Qu'ils n'ètoient avant leur disgrâce, A cet honneur ayans monté Par leur constance et fermeté.

Ainsi, quand les noizes civiles Ebranlent les champs et les villes, Quoy que l'on fasse dans l'Etat, Jamais contre le potentat Il ne'faut qu'un sujet se cabre , Mais se tenir au gros de l'arbre.

Les Lorrains en plusieurs combats, Tant au Liège qu'aux Pais-Bas, Touchant les logemens de guerre, Ont été batus tant-que-terre , On leur a baillé mille coups :

0 le grand dézespoir pour nous!

Il ne faut pas qu'on se promette Que je fasse en cette Gazette De portrait aucunement bon Du balet dansé dans Bourbon.

Quoy qu'un brave exempt de la Reine De m'y conduire eût pris la peine, Et criât d'un ton haut et net:

« Ouvrez-tôt, c'est monsieur Loiet, »

Je fus. ou le Diable m'emporte, Plus ae trois heures à la porte.

J'en êtois tout-à-fait outré ; Mais ce fut pis étant entré, Car i'ûs une maudite place Où j'êtois , par grande disgrâce , Si haut, si loin, si de côté, Que je ne vis point la beauté De cent machines surprenantes, Ny des perspectives alarmantes.

Monsieur de Villequier, pourtant, (Et je tiens cecy pour constant)

Mars 165 j. — Livre IV,

A voit une intention bonne De mieux coloquer ma personne ; Mais il luy survint sur les bras 120 Tant d'afaires etd'embaras, Que l'un et l'autre nous perdîmes, Et depuis , plus ne nous revîmes.

Ainsi triste , chagrin , confias, Treize grandes heures je fiis »s Comme un vray spectateur de baie, Le plus mal-çlacé de la sale.

Illec on vid aes apareils Qui n'ûrent jamais de pareils , Le Ciel , l'Air, la Mer et la Terre , cjo Les Jeux , les Ris, la Paix , la Guerre, Un jolv petit Point-du-jour l Mille rois plus beau que l'Amour, Un Soleil2 brillant de lumière, Et dont la beauté singulière i)5 Se pouvoh dire avec raizon L'ornement de tout l'orizon ; De plus , on y voyoit encore Les Astres , le Croissant , l'Aurore , Maint assaut, maint rude combat, 140 Des sorciers allant au sabat ,

Loups-garoux , dracons et chimères , Pluzieurs galans, pluzieurs commères, Des déesses, des forgerons, Des chrétiens , des Turcs , des làrons, tis Singes, chats, carosse, incendie, Foire, bal, balet, comédie ; On y vid des enchantemens, Et d'admirables changemens .

Dont l'incomparable spectacle 150 Fit crier cinq cens fois miracle; Bref, mille autres merveilleux cas Que je ne voyois pourtant pas, Et que je n'apris , je vous jure, Qu'après en avoir tait lecture iss Dans l'imprimé qu'un mien amy Me prêta quand j'ûs bien dormy.

Dieux ! cette nuit illuminée Etoh une belle journée Pour ceux qui pouvoient voir le Roy, 160 Mais elle étoit bien nuit pour moy. Si Sa Majesté, si son Frère ,

1 Monsieur.

1 Le Roy.

Lettre IX. $4-

Charmoient les yeux à l'ordinaire, Et si l'on dansa mal, ou bien , Dieu-me-damne si j'en sçay rien.

Pour mieux voir cette grande feste, J'alongeois le col et la teste ; Mais , soit assis , ou soit debout , Je ne pouvois rien voir du tout , Dont , plein de couroux et d'envie , 170 Je détestay cent fois ma vie.

Ouoy, toutefois, (pie mal assis, rfa quelque plaizir aux récits ; Leurs airs ravissans à merveilles Parvindrent jusqu'à mes oreilles.

Les vers, certes, l'êtoient aussi, Et l'on en doit juger ainsi , A moins qu'avoir le goto malade, Car ils étoient de Bensserade.

Pour le bal qui suivit après , 80 Helas ! c'est un de mes regrets, Car de tant de dames parées, Si charmantes et si dorées, Mes pauvres yeux ne pouvoient pas Dtcerner les divins apas, On m'a dit que pluzieurs d'entr'elles Avoient des mines d'immortelles ; Qu'avec tant d'aimables clairtez, De charmes , (Patraits , de beautez , Des jeunes teints, des blanches gorges, 190 Amour avoit bien fait ses orges ; Mais entre tant d'objets briiïans, Adorez des yeux des galans, Entre tant d'éclat et de lustres , Entre tant de belles illustres, 19s Un bruit courut de main-en-main, Ce jour mesme et le lendemain , O Princesse trés-honorée !

Que vous étiez la mieux parée.

Fah le premier du mois de mars , aoo Par moy, qui ne suis pas un Mars.

Dans une espèce d'Apostille, Je suis contraint de mettre icy

Sue la Gazette que voicy é me semble guère* gentille.

La M un «istoriqjje. — Mare 165 }.

LETTRE DIXIÈME

Du [samedi] 8 Mars.

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