‹ La muze historique;Chapitre 142 sur 221 · SPÉCIALE · texte numérisé non relu

SPÉCIALE

Je fais raoy-mesme la satire Des vers que je m'en Vais écrire.

Je n'en sçaurois dire aucun bien.

Et je croy qu'ils ne vaudront rien.

s Ma Muze est fort mal dispozée A démêler cette fuzée; Il m'est survenu plusieurs cas Qui m'ont cauzé bien du tracas, Et n'ay point eu cette semaine

10 Le soin de préparer ma veine.

Princesse, mon noble suport, Puis-que je parle ainsi d'abord , Je croy, malgré ma négligence, Que vous aurez de l'indulgence.

15 Le balet du Roy fut dansé Encor jeudy dernier passé; Mais, pour son extrême excélence, Avec tout autant d'aflûence Et de peuple aussi grand concours

io Que les autres précédens jours.

Carnavalet, que Dieu bénisse, Ce jour-là me rendit oficej Je ras , certes , par luy traité Avec grande civilité :

a$ Car il fit de fort bonne grâce

Tout ce qu'il pût pour que j'entrasse , Et, malgré Féron , l'inhumain , Me conduit de sa propre main Dans ce que le parterre on nomme ,

30 Tout de mesme qu'un honneste homme.

Où je fus beaucoup mieux placé

Sue je n'étois au temps passé, iis pourtant de telle maniéré Qu'estant un petit à costiére , u Je n'ûs pas les yeux si ravis Que si j'ûsse été vis-à-vis.

Que de belles et grandes chozes!

Que de rares métamorphozes !

Dont je ne parlay nullement 40 Dans mes vers de dernièrement.

Quand le Roy parût dans sa sphère, Dieux ! que d'éclat et de lumière!

S'il dansoit avec les Ardans , Il charmoittous les regardans;

4j Si c'êtoit en qualité d'Heure, Il plaizoit si fort, ou je meure, Que, quoy qu'on fût mal ou debout, Dheure n'ennuyoit point du tout ; Mais quoy que, selon ma pensée,

(o La nuit fut doucement passée , On souhaitoh le Point-du-jour, Et quand on le vid de retour Vers la partie orientale, Il réjoùyt toute la salle ,

$ j Car il parût en bel aroy, Puis c'êtoit le Frère du Roy.

Je vis à l'aize et sans obstacles La fameuze Cour des Miracles, Où grand nombre d'estropiez,

6o Tant des bras, des mains, que des piez, Avec leur apareil crotesaue, Leur bal et muzique burlesque, Cauzoient un divertissement Qui faisoit rire à tout moment.

é$ 0 qu'elle valoit depistoles La danse des quatre Espagnoles!

Que leurs atraits, encor naissans, Parurent doux et ravissans ! Et que cette petite bande ,

70 Avec sa chère sarabande , Un charmant futur prézagea Et fit naître d'amour déjà 1 Quand la Lune quita son globe (Mais non sa juppe ny sa robe)

75 Pour venir ses feux soulager Entre les bras de son berger, Le bruit, tintamarre ou folie, Que les peuples de Thessalie Firent avec des sons et cors

8o Qui formoient de plaizans acoids (Comme l'on fait aans leur contrée) ,

Mars i6jj. — Livre IV. Lettre X.

Fut encore une rare entrée.

Mais nombrer je ne prétens pas Les danses, les pas, les apas,

8$ Les perspectives , les machines, Les prestances , les bonnes mines , Ny tout ce qu'on vid de galant Dans ce lieu royal et brillant :

La tâche en seroit un peu forte.

90 Aux beaux esprits je m'en raporte; Mais je publiray seulement , Que j'ûs bien au contentement , Que mon ame fut trés-ravie , Et que tous les jours de ma vie

9$ Je seraytrés-humble valet De monsieur de Carnavalet.

Ceux de Mets , ville grande et belle, Pour montrer l'ardeur et le zélé Dont ils aiment leur gouverneur

100 Schonberg, mon maître et mon seigneur, Et madame la gouvernante Son épouze, illustre et charmante , Les ont régalez d'un balet Moitié grave et moitié folet,

:oj Dont la gentillesse infinie Divertit tort la compagnie.

Il n'ètoit si beau ny si bon Que celuy du Petit-Bourbon (Car cènes, jamais dans la France

no On n'en vid de telle importance); Mais s'il n'ètoit grand et royal , On le fit d'un cœur cordial :

Car on aime illec mondit maître Autant qu'un seigneur le peut être, '115 Chacun admire la vertu

Dont ce grand homme est revêtu , Ses soins pour toute la province, Et sa constance pour son prince ; Enfin , on fait un grand état

120 De son zélé au bien de l'Etat , Et c'est un point qu'aucun n'ignore, Que le peuple presque l'adore.

Une personne de la Cour Me dit mercredy , jour pour jour ,

115 Que cette illustre carmélite, Pleine d'esprit et de mérite, Qui jadis dans le monde eut nom Mademoizelle d'Epernon , Avoit fait , par une tourriére,

: jo A la Reine , ardente prière, Quand quelque jour Sa Majesté Iroit voir leur communauté , De vouloir mener avec elle

Cette éclatante demoizelle tu Que l'on nomme Martinochi,

Blanche, du moins, comme Guerchi, Et la raizon de cette instance Est à cauze de l'aliance Qu'on va (dit-on) traiter sous-main 140 Entre elle et monsieur son germain , Ayant l'ame si tendre et bonne Que de vouloir voir la personne Qui doit être sa belle-sœur , Etluy dire quelque douceur.

14J Le nonce de nôtre Saint Père (A qui Dieu puisse être prospère) Fut paiziblement écouté L'autre-jour de Sa Majesté ; On fit faire trois fois silence ,

150 C'est-à-dire, il eut audiance.

Il parla fort des intérêts Du seigneur cardinal de Retz, Priant qu'on le mit en franchize , D'autant qu'il est Prince d'églize.

ij$ La Reine , sans tarder un bnn, Luy dit que monsieur Mazarin Avoit mesme prérogative, Et qu'elle êtoit mémorative Que, quand messieurs du Parlement

160 l/avoient traité cruellement, Jusques-à proscrire sa teste , On n'avoit vu nulle requeste De la part de Sa Sainteté Pour procurer sa sûreté ;

16$ Que, toutefois, en cette afaire, Afin d'agir à l'ordinaire , Au Saint Père elle manderait Ce que le Conseil en dirait, Et c'est à peu prés la réponse

170 Que l'on fit à monsieur le nonce»

Depuis que ces deux grands guerriers Beaujeu, Beaupré, gens à lauriers, Ont batu les soldats du Prince, On n'entend plus dans la province

17$ Que ceux qui font la guerre au Roy Ayent causé de dézaroy.

Rien maintenant on ne hazarde, Et comme on croid que Bellegarde Sera dans un mois investy,

80 Cela suspend chaque party.

Pour l'Angleterre et la Holande, Un certain mien amy me mande Que ces deux peuples, non romains, Sont derechef venus aux mains,

isj Et qrtencor l'Angleterre enrage D'avoir eu du désavantage.

Monsieur le duc de Saint-Simon , Duc de valeur et de renom , Ayant apris, pour choze vraye,

190 Que, proche sa ville de Blaye , Des gens mariez depuis peu Faizoient grande chère et beau-feu, Et qu'ils êtoient de race Ormiste, Il les surprit à l'improviste,

195 Et les enleva dans son fort , Dont ils s'afligérent très-fort.

J'ûsse un peu blâmé cet outrage

La Muze historique. — Mars i6$j.

(Car je sois pour le mariage), Mais j'aprouve son action , 90 D'autant que cette nation Est un méchant reste de Fronde, Contre qui sans cesse je gronde.

Princesse , en commençant ces ven, J'avois l'esprit si de travers, *>s Que, foy de poète sincère, Je ne croyois pas en tant faire.

Cecy fut fait en mars, le huit, Qu'il étoit neuf heures de mût.

LETTRE ONZIÈME

Du [samedi] 1 j Mars.

Page 1