M. le duc de Richetteu est général des galères
La Muzk historique. — Juillet 1650.
Mais on ne dit point la raizon 80 Pourquoy n'y rat la Montbazon ;
On chanta des chansons à boire ,
On dit cent fois Ouy , Non , et Voire ;
La fronde, dit-on, y claqua;
Un plat d'argent on excroqua, 8$ On répandit quelque potage,
Et je n'en sçay pas davantage.
Le garde des sceaux , alhé, N'ayant pas beaucoup de santé , Fait, à ce qu'on dit, le malade, 90 De peur d'aller en promenade;
Je croy pourtant que le barbon Est indispozé tout de bon.
Princesse, que le ciel bénisse, A quy j'ai voué mon service, 9j Et sacrifié tous mes soins
Durant quatre mois, pour le moins, Nous avons fait le devoir nôtre:
Il est temps de faire le vôtre.
Fait le seizième de juillet, 100 L'Altesse estant à Bagnolet.
LETTRE ONZIÈME
Du [samedi] 23 Juillet*
FRONDANTE.
Puis qu'à Bagnolet ghe encor Son plus rare et plus cher trézor, C'est-à-dire, sans flaterie, L'aimable et charmante Marie, Il faut qu'en ce lieu plein d'apas Ce paquet dresse encor ses pas, Pour divertir par son langage Cette ame si belle et si sage.
On eût lundy beaucoup d'éfroy Pour Monseigneur l'oncle du Roy, D'autant que certaine cabale, Sans respect d'altesse royale, Vouloit l'enlever, sans raizon, De Limours, sa belle maizon; Nobles et bourgeois, pêle-mêle, Sans craindre pluye, éclair ny grêle, Faizoient fort semblant de courir Afin de l'aller secourir.
En cette fameuze campagne > Aucuns avoient chevaux d'Espagne, D'autres en avoient de tigneux, D'autres en avoient de hargneux, Pluzieurs mesmes de la marmaille, Et qui n'avoient denier ny maille, s Sortirent en confuzion Pour aller voir l'ocazion ;
Mais cet atentat chimérique N'étant au'une terreur panique, De bataille on ne donna pas, 30 Et chacun revint sur ses pas.
[Dudit Monsieur la fille aînée, Qui , comme pucelle bien née , Chérit tendrement son papa, En cour, l'autre jour, s'échappa;
jj Elle s'échappa, c'est-à-dire Que, pleine de chagrin et d'ire, Elle témoigna hautement Un grain de mécontentement ; Et le sujet de sa colère
40 Etoit que monseigneur son père Avoit promis de vive voix Aux députés des Bordelois Que , pour contenter leur province (Qui porte fort monsieur le Prince),
4$ Monsieur d'Espernon sortirait,, Qu'à tous les diables il irok, Et n'y rentreroit de sa vie.
Mais la cour n'a pas cette envie, Et voudrait éluder, dit-on ,
$0 La promesse qu'a fait Gaston, Dont sa fille ayant quelque honte, Et d'ailleurs étant un peu prompte, Pleura, cria, pesta, bouffa;
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Juillet 1650. — Livre I. Lettre XI.
Et son sang si bien s'échauffa s s Durant cette belle incartade , Qu'elle en fut sept heures malade.
Monsieur d'Anjou le fut aussi ; Mais cela passa , Dieu merci.
J'oubliois que cette princesse, éo Après ou devant sa détresse
(Je n'en sais pas bien la saizon),
Ayant vu le petit Louizon ,
A fait une ardente prière ,
Par écrit, à monsieur son père , «s De l'avouer, quoiqu'un peu tard,
Pour son véritable bâtard.]
Mardy, le pauvre Bazioîére D'une assez cruelle manière Reçut chez Bautru , ce dit-on ,
70 Quinze ou seize coups de bâton Et quelque souflet sur la joue, Qui luy fit faire laide moue, Par un sien beau-frère brutal Dont le cœur, plus dur que métal,
75 A très-peu de reconnoissance:
Car on scah par toute la France Que les biens du feu trézorier (Qui peut-être étoh uzurier) Ont fort ajusté les afaires
80 De Chemeraud et de ses frères, Et que leurs perles et rubis, Chevaux, carosses, beaux habits, Et leurs écus à pleine bource , Ne viennent que de cette source.
8j Mais j'abhore bien autrement (Et la déteste extrêmement) La cruauté d'un certain homme De plus haut rang que gentil-homme, Et au pénultième degré ,
90 Qui , jeudy , s'étant en-yvré ,
Donna de grands coups plus de douze A sa très-innocente épouze , Dont le corps jeune , aimable et beau , Et l'esprit plus doux qu'un agneau ,
95 La rendent digne d'être aimée, Et point du tout d'être assommée.
Auiourd'huy, si le bruit ne ment, Les aéputez au Parlement Vont déjeuner au Bourg-la-Reine , 100 Et, de ce lieu, prendront la peine D'aller faire instances au Roy Qu'il observe de bonne-foy
(Quoy qu'elle soit un peu frondeuze) La déclaration fameuze
10$ Qui l'an six cens quarante-huit Fut signée entre jour et nuit (Cela regarde un peu les princes); Et, d'ailleurs, que dans les provinces Les intendants n 'agiraient plus,
uo Etans oficiers superflus,
Qui, loin de soulager la France, N'en font qu'augmenter la soufrance.
Puis, ils ont charge expresse aussy, Après ces deux articles-cy,
us Afin de dissiper les noizes Et les factions bordeloizes, Veuille le Cardinal ou non , De fronder monsieur d'Espernon, Et qu'ils fassent si bien en sorte
tio Que du gouvernement il sorte.
La belle colosse de cour, Et le grand blondin , l'autre jour, S'en allèrent aux champs ensemble Dans un carosse, ce me semble,
12s Qui (le temps n'étant pas trop chaud) Etoh découvert par en-haut; Quand ils passoient par les villages, Les manans, voyans ces vizages Qui se noient souvent au nez
no En calèche si bien traînez, Crioient à toute-heure miracle , Et, ravis de ce beau spectacle, Dizoient, se haussans sur l'ergot, Que c'étoient Robin et Margot.
1 1 j Le cadet de monsieur le Prince , Si délicat, floûet et mince, Va , dit-on , à Bourbon-les-Bains , Pour y boire des verres plains De cette liqueur minérale
140 Que l'on tient si médecinale:
Je souhaite avec passion Voir cette transmigrassion , Car, si ce bruit est véritable, Comme il n'est pas trop incroyable,
i4i C'est au moins le commencement D'un plus grand élargissement.
Princesse, enfin vôtre ordonnance M'a fait toucher quelque finance; On m'a payé tout un quartier 1 fo De ma charge de gazetier :
Il faut donc que je persévère, Et si le Ciel, en qui j'espère, M'éclaire un peu Pentendement,
jo La Muzb historique. — Juillet 1650.
Vous aurez du contentement 155 Pour vos deux cens cinquante livres, Ou bien j'y brûleray mes livres.
J'ay fait ces vers, tout d'une haleine, Le jour d'après la Madeleine.
LETTRE DOUZIÈME
Du [samedi] 30 Juillet.