‹ La muze historique;Chapitre 17 sur 221 · AMBULATOIRE · texte numérisé non relu

AMBULATOIRE

Puis-que , selon les bruits de ville, La princesse de Longueville, Dont je suis serviteur gagé , N'a point encor déménagé, 5 Muze , afin de la satisfaire Par ta complaizance ordinaire, Fais raizonner ton flageolet Encore un coup à Bagnolet.

Faut-il toujours qu'on s'entretienne to Des afaires de la Guyenne ,

Qui vont si fort de pis en pis,

Et sont si fort sur le tapis ,

Que, presque, on ne parle que d'elles

Dans la rue et dans les ruelles ?

ij Mais je jurerois bien ma foy

Que vous les sçavez mieux que moy,

Et que cela vous doit sufire :

C'est pourquoy je n'en veux rien dire..

On croit que le duc de Mercœur, ao Pressé d'amoureuze laneueur, A la cour tout droit s'achemine, Pour saluer sa Mazarine, Et pour rendre à Leurs Majestez Ses respects et civilitez; a; De plus, qu'il amène des troupes, Par terre , et non pas en chaloupes , Pour en grossir les bataillons Opozez à ceux des Bouillons, Qui, zélez pour monsieur le Prince, )o Font très-grand bruit dans la province.

L'autre jour, monsieur du Fretoy, Qu'amour mettoit en dézarroy, Fit enlever certaine fille D'assez médiocre famille 35 (Car il est homme à faire état

Des femelles du tiers-estat) , Dont Pépouze prude et loyale De monsieur l'Altesse Royale Eut le cœur si fort indigné 40 Qu'elle l'a depuis dédaigné , Mais dédaigné de telle sorte Qu'elle luy fait fermer sa portt ; Et je croy que cette rigueur Le fait enrager de bon cœur.

4s Dimanche , la femme d'un homme Que sieur Escalopier on nomme, Aimant un peu trop , dizoit-on , Un certain sieur de Montmouton , Faizant à cheval un voyage

jo Pour aller voir ce cher vizage , Trois ou quatre de ses couzins, Assistez de quelques voizins, Afin d'empêcher la folie De son amoureuze saillie,

s s La menèrent., non en prizon, Mais au logis de sa maizon , Et de là, nonobstant les charmes De ses beaux yeux noyez de larmes, Après un sermon que l'on fit

60 A son cœur un peu déconfit, Fut conduite aux Maddonnetes, Fatal tombeau des amouretes , Puis-que frizez, poudrez, coquets, Et débiteurs de vains caauets ,

éj N'ont jamais d'accez ny d'entrée En cette impiteuze contrée, Pour conter mirabilia A pluzieurs Cloris qu'il y a.

Je ne scay s'il est véritable

70 Que la aame soit si coupable , Car souvent sur un faux soupçon On agit de cette ûrçon ;

Juillet 1650.

Mais le reste de l'avanture, C'est la vérité toute pure.

•Livre ï. Lettre XII.

Jï

7j Le bruit est que monsieur d'Harcourt Avoit fait arêter tout court , Par un trait de guerre civille , Un nommé monsieur d'Auctoville , Gentil-homme, je vous promets,

to Des meilleurs qui furent jamais.

On ne devoit point mettre en cage Un homme si doux et si sage ; Chacun dit que l'on a grand tort, Et les Normans murmurent fort De cette action très-inique

*s Qui peut passer pour tyrannique.

Mais , Princesse , quelle douleur !

Quel étrange et cruel mal-heur !

Ce fâcheux mal nommé vérole, 90 .Qui court de l'un à l'autre pôle ,

Et qui des teints les plus jolis

Gâte les rozes et les lis ,

Outrage en mainte et maintes sortes

Aujourd'huy la jeune de Portes , 9) Et l'infante Chevreuze aussy,

Dont sa mère est en grand soucy :

Car, voyant que la demoizelle

Etoit si brillante et si belle,

Elle croyoit que ses beautez, 100 Metans le feu de tous cotez,

Seroient Papuy de ses intrigues

Et maintiendraient toutes ses brigues.

Voilà tout son espoir en l'air;

Dieu la veuille bien consoler.

ioj Dieu veuille aussi , sage Princesse , Vous garder de telle détresse, Et gue ce mal audacieux, Oui respecte à peine les dieux, îvataque point vôtre vizage;

•ï© Car, certes, ce serait dommage S'il avoit tant soit peu gâté Sa blancheur et sa pureté.

Les grâces et vertus ensemble Paraissent bien mieux, ce me semble :

115 Ce sont d'agréables trézors Que ceux de l'esprit et du corps ; Ceux de fortune et de naissance Sont aussi de grande importance.

Par un rare bien-fait des Cieux

1» Ces quatre trézors précieux Sont compris dans vôtre héritage , Et vous sont écheus en partage.

Pour rendre nos dézirs contents ,

Les puissiez-vous garder long-temps, iîj Avec une santé parfaite !

C'est ce qu'il faut que je souhaite ,

Et ce d'autant plus ardamment ,

Que je suis éfectivement

De Vôtre Altesse débonnaire i)o Le trés-humble pensionnaire.

J'ay fait ces vers, ou Dieu me damne > Deux jours après le jour Sainte-Anne.

APOSTILLE

Du [lundi] premier août.

Grande Princesse, illustre fille, Vous verrez dedans l'apostille

lis Que je vous écris aujourd'huy Que la vertueuze Buhy, Cette officieuze personne, Si douce, si sage et si bonne, Et dont l'esprit, en vérité,

140 N'est que lumière et que clairté, De la terre étant détachée , Et de hauts sentimens touchée, Alla s'enfermer, samedy, A six heures après midy,

14$ Au convent de Sainte-Marie, Dont j'ûs l'ame fort attendrie ; Elle a choizy ce sacré lieu Pour mieux unir son cœur à Dieu, Où je puis dire sans falace

ijo Que vous avez très-grande place, Et beaucoup plus, il est certain, Que pas un autre objet mondain :

Ce cœur brûlant de saintes fiâmes, Qui n'aimoit que les belles âmes,

1(5 Etoit plein pour vous, nuit et jour, De respect, d'estime et d'amour; Et j'assure avec certitude Que; nonobstant sa solitude, Toujours elle vous aimera,

160 Et que constante elle sera

A faire au Ciel des vœux sans cesse Pour le salut de Vôtre Altesse , Et toutes les prospéritez Qu'en ce monde vous méritez.

16$ Les discours qu'à travers la grille Me fit cette excélente fille, Digne vraiment du Paradis, Me font dire ce que je dis.

Fait justement le lendemain 170 Du jour de monsieur Saint-Germain.

La Muze historique. — Aoust i6jo.

LETTRE TREIZIÈME

Du [samedi] 6 Aoust.

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