‹ La muze historique;Chapitre 163 sur 221 · PENSIVE · texte numérisé non relu

PENSIVE

Puisque tous ceux et toutes celles Qui m'aprenoient quelques nouvelles Ne sont plus maintenant icy, Ny le Roy, ny la Reine aussy, Qu'écriray-j[e cette semaine ?

Princesse, j'en suis fort en peine , Car d'en inventer et forger C'est à quoy je ne puis songer :

Je suis sincère et véritable , Et pour compozer une fable Contenant un sens excellent , Ce n'est pas-là mon vray talent.

Mais je vais conter une histoire Que vous trouverez un peu noire.

Une Angloize au cœur inhumain, Qui dans le faux-bourg Saint-Germain

Tenoit chambre et maizon garnie, Par une damnable manie Voulut de quantité de coups

20 Tuer en dormant son époux,

Parce qu'elle aimoit un autre homme; Mais le bon Dieu voulut que, comme Elle êtoit au troiziesme coup ( Hélas ! c'estoit déjà beaucoup),

25 Le pauvre homme, ouvrant la paupière» Repoussa cette meurtrière, Et, criant assez haut : « Je meurs », Il vint du monde à ses clameurs, Qui détesta l'acte perfide

30 Et prit madame l'homicide , Qu'avec bonne et juste raizon On conduizit dans la prizon; Et l'on dit que cette semaine

Septembre 1655. —Livre IV. Lettre XXXIII.

On eût pendu cette inhumaine ;

?s Mais ce qui cauze à tout moment A pluzieurs de Pêtonnement, C'est que quatre grandes dévotes, Sans crainte de croter leurs cotes, Ont pour elle solicité

40 Avec tant d'assiduité

Qu'elle areceu mizéricorde, Et n'a point dancé sous la corde.

Certes, que la dévotion Procure une absolution ,

4 s Sans se donner aucun relâche ,

A cet acte barbare et lâche , C'est ce que maint bon jugement Ne comprend pas bien aizément.

Une peste étrange et félonne $0 Qui régne aux bords de la Garonne , FTeau funeste ! ardant dragon !

Dézole le pais Gascon , Et cette mizérable terre Soufre encor la faim et la guerre.

5 $ Peuple afliçé ! peuple dolent !

Qui jadis étiez violent,

Des-obâssant et farouche ,

C'est le doigt de Dieu qui vous touche.

J'avoue icy que j'ûs grand tort 60 Faizant monsieur de Trassy mort

Dans ma Relation dernière ;

Il n'a point perdu la lumière ,

Et de cette relation

Voicy la rétractation.

6% Epouze, fille, fils et gendre,

Qui n'aviez pu sa mort entendre

Sans sentir <r extrêmes douleurs,

Arétez le cours de vos pleurs ,

Et que chacun se persuade 70 Qu'il n'est pas seulement malade.

Monsieur d'Ambrun, docte crétien , Qui , comme on sçait, parle si bien Qu'il ne peut manquer par la langue , Fit au Roy, dimanche, harangue

7$ (Très-capable d'édifier) Pour ledit Roy fortifier En cette répugnance sainte Dans son ame royale emprainte Contre les duels violans ,

80 Qui font périr tant de vaillans.

Sa harangue, bien exprimée, Fut parfaitement estimée ; On le bénit, on l'aplaudit, On admira tout ce qu'il dit ,

s$ Et la noblesse iilec prézente En fut extrêmement contente , Jusques-là que maint bon seigneur Protesta que le point d'honneur Aux duels ne consistoit mie ,

90 Mais bien plûtost toute infamie, Puis qu'ils choquent les saintes loix De Dieu, de nature et des loix.

Pour moy, j'ai fait cette remarque, Non dans Caton, ny dans Plutarque,

9$ Mais de mon propre entendement , Que le duel n'est nullement Marque d'honneur ny de noblesse :

Les nobles seuls n'ont pas l'adresse De se tuer à coups d'estoc ;

100 On void des gens de bas estoc, Hommes obscurs et mécaniques , Laquais et courtauts de boutiques , Sans se piquer de belliqueux, Qui se bâtent aussi bien qu'eux ;

105 Et par-là vous voyez. A Nobles!

Tant de la cour que des vignobles, Que de mètre flamberge au vent (Non sans sentir le plus souvent Emotion pire que fièvre)

1 10 N'est pas toujours où gît le lièvre. Voulez-vous , mes petits seigneurs, Vous élever aux vrais honneurs ?

Sçachez que combatre aux batailles, Défendre ou forcer des murailles,

1 1 $ Servir sa patrie et son rov, Ne méprizer Dieu ny sa loy, Protéger innocens et veuves, Sont les plus glorieuzes preuves Qu'on puisse jamais expozer

120 Pour sa gloire immortalizer. '

Mais allonger des estocades , Parer, en venir aux passades, Fraper du pied , feindre , tirer, Se guigner, lorgner, mezurer,

12$ Sur peïouze, champ ou prairie, C'est franche fanfaronerie, Où souvent vaincus et vainqueurs Aprêtent à rire aux moqueurs.

Lundy, lendemain de dimanche , i 50 Le Roy prit sa chemize blanche , Chausses, pourpoint, chapeau, manteau Déjeuna, bût cfeux verres d'eau, Puis avec la Reine sa mère , Monsieur, son très-aimable frère, 135 L'Eminence pareillement

(Tous prêts en un mesme moment) , Partit de Paris assez vite

Pour aller à Compiegne au ghe.

J'espérois être à leur départ;

140 Mais, pourm'étre levé trop tard, Ils n'ùrent de ma Référence Bon-jour, salut, ny révérence, Car, quand au Louvre j'arivay, Il est vray que je n'y trouvay

t4{ Pertuîzaneny hallebarde, Ny pas mesme l'ariére-garde.

Cette maizon me parut Tors Une bastille sans trézors , Un vaisseau sans mâts et sans voiles,

150 Un ciel sans feux et sans étoiles, Une maltresse sans amans, Une bague sans diamans, Un monastère sans nonettes, Un jardin sans fleurs ny fleurettes,

10 Un corps sans grâce et sans beautez, Un temple sans divinhez, Une habitation sans hommes, Un fruitier sans prunes ny pommes , Un lieu sacré sans ornemens,

160 Un vizagesans açrémens,

Un parterre sans fleurs d'oranges , Et, Wef , un paradis sans anges.

Certain secrétaire ou commis Escrit du camp des ennemis

165 Que le sieur chevalier de Guise, Qui sert sa patrie à sa guize, C'est-à-dire tout à rebours , Est malade depuis six jours ; Je souhaite à' son excélence

170 Une heureuze convalescence, Et que, par un sage retour, Pour la France il ait quelque jour Des sentimens doux et sincères, Aussi bien que messieurs ses frères.

17s Je n'ay vu nul courier exprez Qui nous dize rien des progrez, Ny de Condé ny de Tureine, Tous deux campez parmy la plaine ; N'en entendant aucun raport,

il» Si j'en parfois, j'aurois donc tort :

La Muze historique. — Septembre 165?.

Car ne dire que leurs pillages, Que les maux qu'ils font aux villages, Leurs soins et leurs ariére-pas Pour ne s'entre-rencontrer pas, i8> Et tout plein d'autres bagatelles, Ce seroient de sotes nouvelles.

Pluzieurs gens m'ont juré leur % Qu'on doit bien-tôt sacrer le Roy, Et que le prélat qui la mitre 190 De Soissons porte à juste titre , Quand ce beau jour venu sera, Est celuy qui le sacrera.

On m'a dit mie la Cour desarigne D'abandonner bien-tôt Compiegne,

19s Pour aller tout droit à Challons, Non pas pour manger des melons (Quoy qu'ils y soient bons à merveille), Ny pour autres chozes pareilles ; Mais qu'elle tourne illec ses pas

300 Pour des desseins qu'on ne sçah pas.

On caquette d'un mariage Entre des gens de haut lignage, Où l'on m'a dit confidemment Qu'on travailloit incessamment Sy de ce beau couple d'élite L'alliance est au ciel écrite, En dire deux mots je prétens; Mais il n'est pas encore temps.

Ma Princesse, je vous proteste aïo Qu'en commençant ce manifeste Je ne sçavois nuls incidens Que je pusse insérer dedans; Mais, ma lettre étant commancée, Il m'est venu dans la pensée 2:j Assez de sujets, Dieu-mercy, Pour I'alonger jusques ycy, Le tout en journée et demye.

Adieu, ma belle et bonne amie.

Le six de septembre , ces vos 220 Furent faits à tors et travers.

Septembre i6j}. — Livrb IV. Lettre XXXIV.

LETTRE TRENTE-QUATRIÈME

Du [samedi] 1 3 Septembre.

Page 1