‹ La muze historique;Chapitre 165 sur 221 · DRUE · texte numérisé non relu

DRUE

Princesse objet de mes discours, Pour laquelle j'auray toujours Une soumission très-grande , En vain on me fiait réprimande

i Que mes vers ordinairement Ont un triste commencement ; Comme ce grand travail m'éfraye, Mon ame ne peut être gaye ; J'apréhende que mon esprit,

10 Qui jamais science n'aprit , Ne aize en rimant rien qui vaille; Cette peur toujours me travaille, Et n'écris pas comme je veux , Mais seulement comme je peux.

m On a receu dedans Bruxelle Une alégresse universelle De ce qu'on a repris Rocroy ; Mais la place, comme je croy, Avant que leur être rendue,

jo Leur lut trés-chérement vendue :

Car l'Archi-Duc, à ce qu'on dit, De ses gens de guerre y perdit , Tant aux combats que sans combatre, Sept mil six cens cinquante-et-quatre.

jj Voilà, Dieu-mercy, tout Péfet Que leur grand armement a fait.

Vray comme en octobre nous sommes, Ils avoient trente-et-cinq mille hommes, Qui faizoient hautement état

jo D'acabler nôtre pauvre Etat ; Ils dévoient de la Picardie Faire une éfroyable incendie Et par tout l'arozer de sang ; En suite , ils assuraient tout-franc

is Que la Champagne dézolée Serait par eux bien-tôt gaulée ; Puis, arus comme rats et souris, Ils dévoient venir à Paris, Pour piller, de façon étrange,

40 Tous les trézors du Pont-au-Change Et tous les bijoux beaux ou laids r.

De la belle Isle du Palais ; Percer mainte grasse bedaine , Jurer, pester, tirer la laine,

45 Manger nos chairs, boire nos vins, Sacager jusqu'aux Quinze-vingts, Remplir tous les quartiers de noizes Et baizer nos grosses bourgeoizes.

Mais de ces malheurs non petits

jo Le bon Dieu nous a garantis ; Prendre Rocroy, sacager Roye, Est (grâce à Dieu) toute la proye De ces tirans audacieux Qui menaçoient terres et cieux.

j; J'oubliay dans ma pénultième Qu'au mois précèdent, le tantième, Le preux maréchal de Grancé, S'étant en Piémont avancé, Prit en fort peu de temps la peine

oo D'ataquer monsieur Caracéne, Auquel il vous mit bien et beau Neuf cens des siens sur le carreau.

Ce héros du pays des pommes Y perdit aussi quelques hommes ;

6$ Chacun ; pour le rendre vainqueur, Combam avec bien du cœur, Et les fantassins et gens-d'armes Firent illec de beaux faits-d'armes.

Sainte-Marié et Luzignan,

70 Chefs au régiment Saint-Agnan, Régiment de cavalerie Qui soûtenoit l'infanterie, Et de plus le Plessis-Moriu , Gentil-homme trés-rézolu ,

7t Montrèrent beaucoup de vaillance En ce conflit à toute outrance.

Vardes, lieutenant général, A qui le Ciel est libéral De maintes grâces sans-pareilles,

8<> Y fit, ce dit-on, des merveilles.

Enfin, le combat fut sanglant ; Ledit Grancé, guerrier bouillant,

La Muze historique. — Octobre 165}.

En tels lieux rarement s'étonne; Son procédé, c'est Donne, donne; s; Il n'a jamais craint ny blêmy, Et, soudain qu'il void l'ennemy, Il le va choquer de furie :

Dame ! il n'entend point raillerie.

Certain particulier m'a dit

90 Qu'à Paris, un boucher maudit Voulant violer sa servante, Il la trouva si rézistante , Qu'enragé contre sa vertu, Il la frapa d'un fer pointu

95 Au ventre, au flanc, à la mamelle, A dessein de tuer icelle ; Mais, pleurant et criant toujours, Du monde vint à son secours, Qui la sauva toute sanglante

100 De cette ame noire et méchante , Et la sauva si bien à point Qu'on dit qu'elle n'en mourra point.

ïTéfroy se mêla dans la rage Du susdit brutal personnage ,

to$ Et craignit d'être en prizon mis Pour le forfait par luy commis, Qu'il jugea sale et des-honneste.

Lors Satan, la maligne beste, Se glissant inviziblement

1 19 Dans le cœur de ce garnement , Luy fit soudainement comprendre Qu'on le feroit, sans doute, pendre , Et que mourir par un boureau, Cela n'êtoit nulement beau ,

1 1 j Mais un malheur remply de honte Dont par tout on feroit maint conte ; Que tous ses pareils éplorez En deviendroient des-nonorez, Et qu'enfin, pour fuyr l'oprobre

i3o De se voir pendre au mois d'octobre, Comme il êtoit homme de cœur, Il devoit avecaue vigueur, Parmy cet emparas extresme , Se donner la mort à luy-mesme.

11$ C'est ainsi que Maître Satan, Fin et dangereux charlatan , Pipoit le pauvre mizérable, Pour le rendre encor plus coupable , Et, de fait, cet homme inhumain

i*o Se défit de sa propre main.

La femme de ce frénétique Aprenant un cas si tragique, L'ennuy la tourmenta si tort Qu'elle acoucha d'un enfant mort.

us Je sçay que l'histoire prézante

De soy-mesme n'est pas plaizante, Ny trop agréable à conter; Mais on doit se réprézenter Que je narre cette nouvelle 140 Comme étrange, et non comme befic.

Je vais encor vous raconter Une avanture à détester :

Un conseiller nommé le Noble, De Rouen, et non de Grenoble, S'en retournant audit Rouen Sur un cheval gris ou rouan, Deux ou trois jours avant dnache , Au vilage de Courtemanche Fut de quatre hommes ataqué, (o Qui l'a voient, dit-on, remarqué, Et de pluzieurs coups le tuèrent; Ses valets, en suite , ils lièrent, Tant par les pieds que par les mxcL A des arbres d'illec prochains; Puis, sans voler habits ny bonne, Ils prirent tout soudain leur coune, Chacun d'eux courant comme imfai, Pour se sauver on ne sçait où.

Un passant détacha des arbres Lesdits valets , froids comme marins Pour un si piteux dezaroy.

Hautbourg, exempt de cnez k Roy, Normand, mais Normand véritable, M'a conté ce fait détestable.

MJ

16s Seguin, doien de Saint-Gennan, Prestre trés-digne, afable, ; Et, sans mentir, fort honnête I S'en est allé, dit-on, à Rome Pour y faire quelque séjour ;

170 Et l'on pense au'à son retour, Il doit (ayant rame pieuze) Se rendre en la grande Chatrea*.

Pour en ce saint et sacré lieu Se donner encor plus à Dieu.

17s Le Roy, la Reine et Monsieur maat Avec une ferveur extresme, Dimanche dernier, cinq du mois, Allèrent ensemble tous trois, Suivis d'une assez belle presse ,

180 Voir l'image, au bourg de Liesse, De la Sainte Mère de Dieu; Tous les habitans de ce lieu Vindrent au devant d'eux en i On avoit eu quelques alarmes

i8f Qu'un certain pany commandé Par un officier de Coudé

Octobre i6jj. — Livre

Vouloit, par force ou parwprizc,

Sacager le bourg ou l'égfce ;,

Mais cela n'étoit aulement ; 190 Quatre cavaliers seulement,

Qui s'êtoient, comme téméraires,

Détachez des troupes contraires

Pour faire des hostiiitez ,

Furent audit bourg arétez.

i9( Jules, l'éminent personnage ,

Ne fut point de ce saint voyage,

Etant en son lit retenu

D'un mal tout nouveau survenu,

Qu'en bon françois goûte l'on nomme, aoo Vray fléau de maint illustre homme.

Je souhaite de tout mon cœur

Que de ce mal plein de rigueur

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