CRITIQUE
Par-ma-poy, ma chère Princesse, C'est à ce coup que je confesse Que mon espnt morne et fâché Est extrêmement empêché
s A vous fournir une Gazette Qui soit un peu longue et complette :
Car je n'ay presque rien apris Ny de la Cour, ny de Paris, Ny de Gascongne, ny d'Espagne,
10 Ny de Flandre, ny de Champagne, Ny de Milan, ny de Turin, Ny de Brizac auprès du Rhin, De Ratisbonne, ny de BÀle , De Vendôme, ny de Candale,
.j De Saint-Simon , ny de Saint-Luc, De Condé, ny de PArchi-Duc, De Danemarc , ny de Suéde , De Lisbonne , ny de Tolède ; Et bref, pour la choze abréger,
10 De Fez, de Maroc, ny d'Alger :
Mes espions, mes nouvelistes, Mes donneurs-d'avis, mes copistes, Aujourd'huy, je ne sçay comment, M'ont manqué généralement.
1$ Moy-mesme, sans craindre ma peine,
Tout le long de cette semaine, J'ay fait mainte allée et maint tour De carefour en carefour; J'ay vizité des demoizelles,
jo J'ay fréquenté quelques ruelles , J'ay vu mesmes les messagers D'Aras, d'Amiens et d'Angers, Sans en sçavoir nouvelle aucune ; Mais, atendant que la fortune
j$ M'en vienne quelqu'une adresser, Je m'en vais toujours commencer.
Les maudits et traîtres Cozaques, Ayans en diverses ataques, Par leur noire rébellion,
40 Cauzé de maux un million Et taillé bien de la bezogne Au beau royaume de Pologne , Ces gens, oignes de mille morts, Ne se sentans pas assez forts
4j Pour maintenir leur félonie Et l'empêcher d'être punie , Aux Otomans ont eu recours Pour en obtenir du secours, Et leur général sacrilège,
La Muzb historique. — Octobre 165).
jo En cas, dit-il, qu'on le protège, A promis à quelques Agas Qu'ils se feraient tous renégats.
Que cette fureur est damnable !
Qui vid jamais rien de semblable ?
ss Dieux ! à quelles extrémhez Se portent des cœurs révoltez !
Mais ils ont beau dire et beau faire, Le Ciel, protecteur tutelaire Des roys contre leurs faux sujets,
60 Renversera tous leurs projets.
Par arest de la Chambre ardante , Terreur de toute ame méchante , Deux hommes, l'un pour atentat Et l'autre pour crime d'estat ,
6$ Aussi vray que je vous le narre, Furent rompus à coups de barre Samedy justement, au soir ; Beaucoup de gens allèrent voir Cette exécution tragique,
t Qui se fit en place publique.
On a depuis encore pris Quelques-uns de ces bas esprits Dont les impertinents langages Témoignent qu'ils ne sont pas sages
7$ Et qu'us ont encor dans le cœur Un levain de vieille rancœur, Et mesme aucuns ont pris la fuite, Craignans une ftcheuze suite.
Mauvais François , cœurs dépravez ,
80 Desgens-de-bien dézaprouvez, Abjurez vôtre humeur mutine, Mettez la main sur la poitrine , Que chacun de vous pense à soy, Et, si la clémence du Roy
85 Ne peut rien sur vôtre malice, Craignez pour le moins sa justice.
D'Amiens l'évesque ou pasteur, Admirable prédicateur S'il en Ait jamais dans l'Egiize,
90 Et lequel, quand il moralize En expliquant les saintes loix , Presche et charme tout à la fois , Mercredy, jour Sainte-Téréze, Monta l'aprés-dtnée en chaize ,
95 Et^fitiUec un sermon tel,
Que maint sage et sçavant mortel , Qui , quand les vespres furent dites , Fut tout exprez aux Carmélites, Se sentit grandement toucher
io* En l'entendant si bien prêcher.
D'Angleterre l'illustre reine, Qui très-rarement se promeine Que pour des convens vizher, Prit grand plaizir à l'écouter;
10$ Puis elle receut les vizhes De pluzieurs saintes carmélites , Entr'autres de Remenécour, Jadis belle comme le jour, Et de cette autre aimable fille ,
1 10 De trés-noble et haute famille, Qui dedans le monde avoh nom Mademoizelle d'Epernon.
Le dernier de l'autre semaine Mourut d'une fièvre inhumaine
115 (Comme tout marauis est mortd) Le sieur marquis de MirebeL Vivant, il êtoit pour son prince Lieutenant dedans sa province ; Il avoh, dit-on, le bon-heur
120 Qu'on l'estimoh homme-dlionnetir; Ilêtoit bon , sage et modeste, Et portoh le cordon céleste.
Quoy aue le seigneur Crommôd Paroisse nomme assez ponctuel
12$ Touchant le soin économique Qu'il témoigne à sa République, Encor qu'il ne néglige rien Pour qu'on le croye homme-de-bien Et qull fasse la chate-mite
1 jo Pour le moins autant qu'un henmte, Pluzieurs Anglois (si Ton ne mem) Sont las de son gouvernement, Et l'on brasse mainte entrepnze Contre sa grandeur mal aquize.
1 h Mais, quand on le verroit tomber, Et sous le fardeau sucomber De sa rébellion hautaine, Je ne m'en métrois guère en paine:
Car, comme j'ay dit maintes-lois,
140 Je hay les ennemis des rois.
Une lettre de fraîche date M'aprend que le comte d'Ognate Est révoqué, pour le certain, Du royaume Napolitain;
i4j Un autre en sa place on envoyé, Dont le pais a quelque joye, D'autant qu'il a plus de douceur (Dit-on) que son prédécesseur.
Selon la bonne politique,
ijo On doit n'être pas tiranique, Ny mesmes trop mol et trop doux,
Octobre i6jj. — Livre IV. Lettre XL.
MJ
Envers des peuples qui sont fous ; Mais, par une rare prudence, Agissant selon l'ocurrence , Il faut en tout temps et saizon Uzer d'esprit et de raizon.
Nous avons receu quelque niche Par le moyen de Jean d'Autriche :
Car, par des ordres diligens,
iéo II a mis sur pied tant de gens , A frit une troupe si grosse Dans Valence et dans Saragosse, Et frit venir tant de grédins Du royaume des Grenadins,
165 Qu'il a, tuant mainte personne, Donné du secours à Gironne.
Mais de pluzieurs aussi je tiens Qu'on a mis à bas bien des siens.
J'ay sceu de mainte et mainte bouche 170 Qu'une fièvre rude et farouche Ataque et serre un peu de prés Monsieur le cardinal de Rets, Et mesmes quelquefois redouble ;
Mais ce fâcheux mal, qui le trouble 175 Dans un si peu commode lieu , Ne sera rien., s'il plaît à Dieu.
Cette dame jolie et cointe Que . depuis peu , le Ciel a jointe Par le sacrement conjugal 180 A monseigneur de l'Hôpital, Par ses beautez et ses amorces A si bien r'animé les forces De ce vieux et sage Caton , Qu'elle est déjà grosse, dit-on.
| 18; Princesse dont l'ame discrette ! N'a jamais blâmé ma Gazette , | Pour satisfaire aux communs voeux î J'ay tant tiré par les cheveux Politique, Histoire et Morale, 90 En travaillant sans intervale, Qu'enfin mon ouvrage est parfait , Et je puis mettre icy : « C'est fait. »
Ces vers, sans ragoust et sans suc, Ont esté faits le jour Saint-Luc.
LETTRE QUARANTIÈME
Du [samedi] 25 Octobre.