‹ La muze historique;Chapitre 168 sur 221 · DILIGENTE · texte numérisé non relu

DILIGENTE

Princesse, si toujours mes veilles Ne charment vos nobles oreilles, Ce n'est jamais, en vérité, Manque de bonne volonté.

5 Pour mieux vous narrer une histoire, Plutôt que pour ma propre gloire , Je voudrais avoir quelque part Au grand esprit de feu Ronsard ; Mais en ce sçavant exercice f 0 Je ne suis qu'un petit novice ,

8 tri pour faire des vers parfaits e deviendra jamais profés.

Des miens le stile épistolaire A pourtant l'honneur de vous plaire; 15 Quantité d'esprits délicats En font (ce dit -on) quelque cas; La Reine et le Roy nôtre sire

Prennent la peine de les lire ; Monsieur, mesmes, les aime aussy.

m Mais, Princesse, voyez ceux-cy.

Le quinze du mois on raporte Que madame de Fiesque est morte, Et au'elle a trouvé son tombeau Au beau palais de Saint-Fargeau.

2$ On m'a ait que MademoizeUe Larmoya tant soit peu pour elle.

C'est un destin si glorieux D'être pleuré de deux beaux yeux ,

Sue la mort en telle avanture ë nous doit pas sembler trop dure.

Mais , pour qu'on ne s'y trompe pas, Celle (font je dis le trépas Est madame sa gouvernante ,

4n La Muze historique.

Et non pas cette bru charmante , »s Dame d'esprit et de renom,

Qui s'apelle du mesme nom.

Je pense agir avec prudence

De faire cette diférence ,

Et je croy vray-semblablement 40 Que, sans cet éclaircissement

(La jeune ayant beaucoup de charmes),

J'ûsse mis la France en alarmes.

Marsin avoit donné sa foy

De n'être plus contre le Roy ; ;j Mais, comme il a Pâme Espagnole, $$

Ayant violé sa parole,

Il s'est insolemment remis

Dans les troupes des ennemis ;

C'est pourquoy la dame Marsine , /o En dût-elle être un peu chagrine ,

Eut l'autre jour commandement

De se retirer promptement

Hors du beau royaume de France,

De peur de quelque manigance.

s $ J 'apris mardy d'un postillon Que madame de Chàtulon Avoit pris la route de Flandre ; Mais il ne me fit point entendre Pourquov ce bel astre d'amour

60 Avoit délogé sans tambour.

On a mis Tavanes en terre , Et luy, qui jadis dans la guerre Chercha la mort à tout propos , Est mort dans son lit en repos ;

65 Son corpsn'estplusqu'unDeu de cendre. Mesmes , je viens encor d'aprendre Que le Roy, trés-*ssûrément, A donné son gouvernement.

Si la nouvelle est fausse et vaine ,

70 Je promets que l'autre semaine Je le rendray sain et vivant Comme il êtoit auparavant :

En tels cas , j'ay souvent pris acte Que de bon cœur je me retracte.

7j Les sieurs Prétendus-Réformez Qui s'êtoient si fort gendarmez , Et qui couraient par monts et plaines Dans la région des Sévennes, Sont pacifiez, Dieu-mercy,

80 Et le comte de Rieux aussy.

Des gens de prudente cervelle Ont acordé cette querelle Si solidement et si bien

— Octobre i6jj.

Qu'on n'en doit plus redouter rien.

Les divers ennemis de France, Qui concevoèent grande espérance D'en relever à nos dépans Leurs projets , à prézent rampam, Et faire sur nous quelque proye , Peuvent bien rengainer leur joyc.

Monsieur de Vendôme , dit-on , Se prépare enfin tout-de-bon D'aller alonger une bote Contre l'Espagnol et sa flote, Qui n'aporte plus aux Gascons, Comme autrefois , des Pataoms (Aujourd'huy ce n'est plus ta mode), Mais qui très-fort les incommode.

Sans mentir, de ces mal-heureux Le sort est beaucoup rigoureux, Car la susdite flote averse Détruit tout-à-fait leur commerce. Mais , ô sinistre souvenir!

Ce sont eux qui l'ont firit

105 On dit mie monsieur de Tarante A des dépiaizirs plus de trente Que son grand général Condé A ses vœux n'ait pas acordé Rocroy, cette ville conqjrize,

no Qu'avec tant de peine ils ont pria, Dont il voulait avoir l'honneur D'être fait chef et gouverneur ; Le refus de laquelle place A mis en son cœur tant de glace,

1 1 j Que l'on dit qu'il s'est retiré ; Mais cela n'est pas assuré.

Le jour Saint-Luc l'évangfliste, Un cas survint à l 'improviste, Ou plutôt un afreux mal-heur,

120 Qui cauza bien de la douleur, Prés de Vernon, ville Normande, Et mesme aucunement marchande:

Des gens jusqu'à plus de neuf-vingts, Nobles , marchands , fermiers votas ,

îaj Trouvèrent leur heure dernière Dans le fin fond de la rivière, Car, dans le bac du lieu passant, Et ce bac dans l'eau s'enfonçant , Tout ce pauvre et mal-heureux mottte

150 Fut ensevely dedans l'onde, Horsmis environ vingt-et-deux Qui de ce péril bazardeux (Que l'on peut apeller naufnçe) Sauvèrent leur vie à la nage,

Octobre 165 3. —

1 js Y compris je ne sçay combien Secourus par des gens-de-bien.

Vouloir décrire icy les larmes, L'éfroy, les plaintes , les alarmes, Et les cris en l'air épandus ,

40 Tant des sauvez que des perdus, Ce serait un discours luguore A la rate fort peu salubre , Et qui ne feroit qu'atrister :

Ainsi je m'en veux dézister.

i4j Une dame provinciale , Que je tiens sincère et loyale, M'écrit, depuis deux ou trois jours , Que la duchesse de Nemours, Miroir des pieuzes princesses,

150 Fit dire plus de deux cens messes Pour ces pauvres gens submergez, Des poissons à prézent mangez, Et, par une bonté charmante, Donna des loûis-d'or soixante

ij$ Aux orphelins plus indigens Des susdits mizérables gens :

Actions vrayment charitables , Et oui sont tout-à-fait capables De luy gaigner le paradis.

160 Aussi, )e ois bien quand je dis Que cette princesse afligée , Que le Sort a tant outragée (Ayant souvent le cœur transy), Ne fait pas trop le sien icy.

16s La susdite illustre princesse , Quoy que toujours l'ame en tristesse, Se fut promener l'autre-jour A Gaiilon , superbe séjour, Où le prélat de Rothomage,

170 Qu'on tient être sçavant et sage , La récent admirablement , Et traita magnifiquement (Non sans grande cérémonie) Elle et toute sa compagnie ;

17$ Pins, quand le dessert rat été, On prêzenta, par rareté, Aux jeunes pnncesses ses filles , Si charmantes et si gentilles, Deux plats pareils et non divers ,

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