DILIGENTE
Princesse, si toujours mes veilles Ne charment vos nobles oreilles, Ce n'est jamais, en vérité, Manque de bonne volonté.
5 Pour mieux vous narrer une histoire, Plutôt que pour ma propre gloire , Je voudrais avoir quelque part Au grand esprit de feu Ronsard ; Mais en ce sçavant exercice f 0 Je ne suis qu'un petit novice ,
8 tri pour faire des vers parfaits e deviendra jamais profés.
Des miens le stile épistolaire A pourtant l'honneur de vous plaire; 15 Quantité d'esprits délicats En font (ce dit -on) quelque cas; La Reine et le Roy nôtre sire
Prennent la peine de les lire ; Monsieur, mesmes, les aime aussy.
m Mais, Princesse, voyez ceux-cy.
Le quinze du mois on raporte Que madame de Fiesque est morte, Et au'elle a trouvé son tombeau Au beau palais de Saint-Fargeau.
2$ On m'a ait que MademoizeUe Larmoya tant soit peu pour elle.
C'est un destin si glorieux D'être pleuré de deux beaux yeux ,
Sue la mort en telle avanture ë nous doit pas sembler trop dure.
Mais , pour qu'on ne s'y trompe pas, Celle (font je dis le trépas Est madame sa gouvernante ,
4n La Muze historique.
Et non pas cette bru charmante , »s Dame d'esprit et de renom,
Qui s'apelle du mesme nom.
Je pense agir avec prudence
De faire cette diférence ,
Et je croy vray-semblablement 40 Que, sans cet éclaircissement
(La jeune ayant beaucoup de charmes),
J'ûsse mis la France en alarmes.
Marsin avoit donné sa foy
De n'être plus contre le Roy ; ;j Mais, comme il a Pâme Espagnole, $$
Ayant violé sa parole,
Il s'est insolemment remis
Dans les troupes des ennemis ;
C'est pourquoy la dame Marsine , /o En dût-elle être un peu chagrine ,
Eut l'autre jour commandement
De se retirer promptement
Hors du beau royaume de France,
De peur de quelque manigance.
s $ J 'apris mardy d'un postillon Que madame de Chàtulon Avoit pris la route de Flandre ; Mais il ne me fit point entendre Pourquov ce bel astre d'amour
60 Avoit délogé sans tambour.
On a mis Tavanes en terre , Et luy, qui jadis dans la guerre Chercha la mort à tout propos , Est mort dans son lit en repos ;
65 Son corpsn'estplusqu'unDeu de cendre. Mesmes , je viens encor d'aprendre Que le Roy, trés-*ssûrément, A donné son gouvernement.
Si la nouvelle est fausse et vaine ,
70 Je promets que l'autre semaine Je le rendray sain et vivant Comme il êtoit auparavant :
En tels cas , j'ay souvent pris acte Que de bon cœur je me retracte.
7j Les sieurs Prétendus-Réformez Qui s'êtoient si fort gendarmez , Et qui couraient par monts et plaines Dans la région des Sévennes, Sont pacifiez, Dieu-mercy,
80 Et le comte de Rieux aussy.
Des gens de prudente cervelle Ont acordé cette querelle Si solidement et si bien
— Octobre i6jj.
Qu'on n'en doit plus redouter rien.
Les divers ennemis de France, Qui concevoèent grande espérance D'en relever à nos dépans Leurs projets , à prézent rampam, Et faire sur nous quelque proye , Peuvent bien rengainer leur joyc.
Monsieur de Vendôme , dit-on , Se prépare enfin tout-de-bon D'aller alonger une bote Contre l'Espagnol et sa flote, Qui n'aporte plus aux Gascons, Comme autrefois , des Pataoms (Aujourd'huy ce n'est plus ta mode), Mais qui très-fort les incommode.
Sans mentir, de ces mal-heureux Le sort est beaucoup rigoureux, Car la susdite flote averse Détruit tout-à-fait leur commerce. Mais , ô sinistre souvenir!
Ce sont eux qui l'ont firit
105 On dit mie monsieur de Tarante A des dépiaizirs plus de trente Que son grand général Condé A ses vœux n'ait pas acordé Rocroy, cette ville conqjrize,
no Qu'avec tant de peine ils ont pria, Dont il voulait avoir l'honneur D'être fait chef et gouverneur ; Le refus de laquelle place A mis en son cœur tant de glace,
1 1 j Que l'on dit qu'il s'est retiré ; Mais cela n'est pas assuré.
Le jour Saint-Luc l'évangfliste, Un cas survint à l 'improviste, Ou plutôt un afreux mal-heur,
120 Qui cauza bien de la douleur, Prés de Vernon, ville Normande, Et mesme aucunement marchande:
Des gens jusqu'à plus de neuf-vingts, Nobles , marchands , fermiers votas ,
îaj Trouvèrent leur heure dernière Dans le fin fond de la rivière, Car, dans le bac du lieu passant, Et ce bac dans l'eau s'enfonçant , Tout ce pauvre et mal-heureux mottte
150 Fut ensevely dedans l'onde, Horsmis environ vingt-et-deux Qui de ce péril bazardeux (Que l'on peut apeller naufnçe) Sauvèrent leur vie à la nage,
Octobre 165 3. —
1 js Y compris je ne sçay combien Secourus par des gens-de-bien.
Vouloir décrire icy les larmes, L'éfroy, les plaintes , les alarmes, Et les cris en l'air épandus ,
40 Tant des sauvez que des perdus, Ce serait un discours luguore A la rate fort peu salubre , Et qui ne feroit qu'atrister :
Ainsi je m'en veux dézister.
i4j Une dame provinciale , Que je tiens sincère et loyale, M'écrit, depuis deux ou trois jours , Que la duchesse de Nemours, Miroir des pieuzes princesses,
150 Fit dire plus de deux cens messes Pour ces pauvres gens submergez, Des poissons à prézent mangez, Et, par une bonté charmante, Donna des loûis-d'or soixante
ij$ Aux orphelins plus indigens Des susdits mizérables gens :
Actions vrayment charitables , Et oui sont tout-à-fait capables De luy gaigner le paradis.
160 Aussi, )e ois bien quand je dis Que cette princesse afligée , Que le Sort a tant outragée (Ayant souvent le cœur transy), Ne fait pas trop le sien icy.
16s La susdite illustre princesse , Quoy que toujours l'ame en tristesse, Se fut promener l'autre-jour A Gaiilon , superbe séjour, Où le prélat de Rothomage,
170 Qu'on tient être sçavant et sage , La récent admirablement , Et traita magnifiquement (Non sans grande cérémonie) Elle et toute sa compagnie ;
17$ Pins, quand le dessert rat été, On prêzenta, par rareté, Aux jeunes pnncesses ses filles , Si charmantes et si gentilles, Deux plats pareils et non divers ,