‹ La muze historique;Chapitre 170 sur 221 · TROUBLE · texte numérisé non relu

TROUBLE

Princesse pour qui j'ay dans Pâme Une continuelle flame, Qui me fiait Caire en moins de rien Des vers pour vous jusqu'à trés-tbien, 5 Si ceux-cy que je vous apreste, Aujourdtiuy qu'il est bonne feste , N'ont pas un assez plaizant tour, Excuzez le temps et le jour.

Celuy qui me dit la nouvelle

10 Que dame Châtillon la belle Vers Flandre avoit fendu le vent , Ou qu'elle ètoit dans un convent Fermé d'une forte muraille, Certes , ne dizort rien qui vaille;

h II parloit comme un homme fou, Car elle est encore à Merlou.

Quelque méchant reste de Fronde , Qui clans Toulouze encore gronde, A porté quelques factieux

ao A faire les séditieux

Et témoigner un fol caprice Touchant l'intendant de justice Illec envoyé par la Cour ; Mais ils pouroient bien quelque-jour

aj Se repentir de ce dézordre Et de rage les doigts s'en mordre.

J'ay dit pluzieurs fois dans mes vers Que de tant d'ennemis divers Qui font mainte sourde cabale

jo Contre l'autorité royale, Par un juste et fatal retour, Elle auroit le dessus un jour : On a remarqué dans les astres Que ces auteurs de nos dézastres,

is Ces petits brouillons de citez, Par un faux espoir incitez, N'en recevroient que de la honte Et n'y trouveroient pas leur compte.

Des personnes de qualité,

40 Gens-d'honneur et de probité, M'ont écrit du côté de Brie Une plaizante drôlerie.

Une certaine chaperon, • Qui d'une vieille laideron

4S A toute la mine et la trogne, Et qu'on nomme dame Sigogne, Bourgeoize , en je ne sçay quel Bel, Qui parolt fort dévote à Dieu , Qui fait à la mode la nique,

jo Et toujours vêtue à l'antique Tant en robes qu'en cotillons, Qui sont beaucoup plus courts qoe Cette femme avoit une fille [longs; Qui faizoh toute sa famille,

s; Des ans n'ayant que vinct-et-deux, Et d'aspect tant soit peu hideux, Pour avoir dés son plus bas âge Perdu des yeux l'aimable uzage.

Un des jours de cette saizon, , 60 La mère étant hors la maizon, Cette fille, quoy qu'aveuglesse, Se fit enlever par finesse Et transporter sur un cheval Dans un logis seigneurial,

6$ Où, contant une longue histoire, Elle fit absolument croire Au seigneur et dame du Heu, Jurant souvent sa foy de Dieu, Qu'elle n'étoit point frélampiére,

70 Nj bourgeoize, ny roturière, Ains demoizelle , et mesme aussy Du beau sang de Montmorency Du côté de monsieur son père, Et que, pour madame sa mère,

75 Elle étoit par extraction De fort bonne condition; Que ladite dame Sigogne Irétoh qu'une vieille carogne, A qui pour elle, tous les ans,

80 On envoyoh douze cens francs,

Novembre 165). — Livre

Afin que de sa nourriture Elle prit le soin et la cure, Et de linge et de vêtement L'entretenir honnêtement :

85 Et prouva si bien cette afaire, Par l'extrait de son baptistaire , Par des contracts . par des billets , Chifres-d'amour, lettres, poulets,

Qu'enfin, soit que ces bagatelles Fussent des véntez réelles

Ou contes à dormir debout, On la crût en tout et par tout.

Lors la dame, dupe ou non dupe, Luy bailla mainte belle jupe ,

95 Fit en cent divers petits nœuds Frizer et boucler ses cheveux; On luv donna des collerétes, Mouchoirs de cou, peignoirs, comètes, Dizant que c'êtoit la raizon

100 (Etant de si grande maizon) Ou'elle fût bien mize et bien leste.

Mais écoutez un peu le reste.

Dame Sigogne, ayant apris, Avec un esprit bien surpris,

to$ Que sadite fille aveuclesse Etoh parmy de la noblesse, Fut la réclamer tout soudain ; Mais cette fille avec dédain, Et faisant fort la demoizelle ,

1 10 Luy fit une harangue telle :

« Femme digne de mille coups, Objet de mon juste couroux, Maraude, hipocrite, bigote, Pensez-vous que je sois si sote ,

1 1 5 Pour toutes vos belles raizons , De retourner à vos tizons ?

Par fraude, ou par pure chimère, Vous vous dites par tout ma mère ; HA, c'est bien à vous, par-ma-foy,

iao D'avoir des filles comme moy!

Chaperonniére extravagante !

Hâ, vrayment, vous êtes plaizante!

Sortez promptement de ce lieu , Ou, par la digne mercy-Dieu,

125 De céans les laquais et pages, Pour châtier vos sots langages, En leur donnant un <juart-drécu, Foûèteront vôtre chien de eu Ou vous jéteront de l'eau chaude. »

ip Dame Sigogne bien penaude, Aucunement ne s'obstina Et chez-elle s'en retourna; Elle fit cent tristes grimaces , Mais desdites fiéres menaces

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