‹ La muze historique;Chapitre 171 sur 221 · IV. Lettre XLI · texte numérisé non relu

IV. Lettre XLI

Ne voulut point faire l'essay.

Et voilà tout ce que j'en sçay.

Quoy que la saizon avancée Dût rendre Bélone glacée, On parle toutefois par tout Du siège Samte-Ménehout.

D'Uxel, Sainte-More et Navailles En ont investy les murailles Avec monsieur de Castelnaud, Tous gens propres pour un assaut.

Si cette entreprize succède, Ou qu'aux rigueurs du temps on cède, Quand je le sçauray tôt ou tard , Je vous en pouray faire part..

Car leur retraite otfleur victoire Se doivent marquer dans l'Histoire.

Chanut, qui très-certainement Est un homme de jugement Et d'intelligence très-grande, Est allé, dit-on, en Holande, Pour y servir avec ardeur En qualité d'ambassadeur; Et, comme il est prudent et sage, Si dudit rare personnage Les Holandois vouloient toujours Suivre les sincères discours, Cette république guerrière Reprendrait sa vigueur première , Qui , bien loin de continuer, Semble à prézent diminuer, Dont l'Espagnol, par Sainte-Barbe, Rit assez souvent dans sa barbe.

D'Amsterdam on mande à Paris Que des légions de souris Et de gros rats , meslez ensemble (Prodige aparent, ce me semble).

Venans du côté de la mer, Sans aucunement s'abîmer (Car à la nage ils sont habiles), Se fourent dans les bourgs et villes, Abondamment, éfrontément, Nonobstant tout empêchement.

Le peuple, en ayant l'ame outrée, A beau leur défendre l'entrée ; Malgré leurs soins, malgré leurs dents, Ils gaignent toujours le dedans; Et je tiens ladite nouvelle D'une si solide cervelle (Assavoir de monsieur Silhon) , Que j'ay prié Maître Apollon De vouloir bien que la Muzette En parlât dans cette Gazette.

La Muze historique. — Novembre 1655.

Renaudot, le grand Gazetier, Dont le nez n'ètoit pas entier.

Mais dizert historiographe

190 Et digne d'un bel épitaphe, Dimanche fut mis au tombeau A la clarté de maint flambeau.

Sentant en mon cœur quelque transe A cauze de la ressemblance

19$ De son métier avec le mien, Et pour faire acte de chrestien, Je conduizis son froid cadavre Jusqu'en son dernier port, ou havre, Et la pour son salut je dis

200 Dévotement De profundis.

La grande déesse enplumée Qu'on apelle la Renommée Eut l'oeil humide, et non pas sec, Quand la Mort luy ferma le bec.

20$ Il estoit un de ses trompétes, Un de ses meilleurs interprètes, Un de ses plus fameux agens, Un de ses plus adroits régens, Un des plus grands clercs de son tem-

no Enfin , un esprit sans exemple , [pie ; Qu'elle devoit bien secourir,

Et non pas le laisser mourir.

Depuis que, pour son peu de forte, Un ftcheux et triste divorce

21 j Se mit entre sa femme et luy, Rien ne consola son ennuy ; Sa santé fut toujours foiblette, Il devint sec comme un squelette; Le jour, on l'entendoit gémir;

120 La nuit, il ne pouvoit dormir; Il sentoh de rudes atainteà, Sa bouche étoit ouverte aux plaintes, H soûpiroit à tous propos; Maintenant il est en repos,

ai$ Car on peut pieuzement croire Qu'il fit icy son purgatoire.

Ayant exprimé dans nos vm Dix ou douze sujets divers, N'allongeons , par un vain langage, 2jo Cette Ephre icy davantage.

Muze, croyez-moy, c'est assez.

Prions Dieu pour les trépassez.

Le jour de Toussaints, grande festc Ces vers sortirent de ma teste.

LETTRE QUARANTE-DEUXIÈME

Du [samedi] 8 Novembre.

Page 1