MODERNE
Princesse dont j'aime la gloire , Et qui régnez dans ma mémoire , Tant ailleurs qu'auprès de mon feu , Extrêmement , et non pas peu,
$ Si Phébus, dont l'ardeur m'amuze, Favorize aujourd'huy la Muze, Je vais vous tracer quelques vers Sur des événemens divers.
C'est avec ferveur et courage
10 Qu'à rimer pour vous je m'engage, Et (cela soit dit entre-nous) Je joûiray d'un heur bien doux Si cecy que je vous adresse Satisfait vôtre chère Altesse.
1 $ Du comte d'Harcourt le traité Est, ce dit-on, presque arête, Et ceux qui se tuoient de dire Ou'il s'alfoit soumettre à l'Empire, Soi plalt-à-Dieu, dans ouetyues joœs
20 Pouroient bien changer ae discours.
Quoy! ce prince si magnanime, Pour qui la Cour a tant d'estime, Dont le courage et la vertu Ont toujours si bien combatu ,
2$ Et qui s'est aquis dans la guene Un renom par toute la terre D'avoir si bien servy nos Rois En tant de glorieux emplois;
Novembre i6jj. — Livre IV. Lettre XLV.
Quoy ! ce miracle de vaillance 30 Deviendrait dézerteur de France 1 Hâ ! vraiment, je ne le croy pas, L'honneur a pour luy trop d'apas, Il est trop sage et trop fiaelle , Son ame est trop noble et trop belle , 35 Et, bref, il est trop généreux Pour faire un coup si malheureux.
Des Pays-Bas quelqu'un nous mande Qu'un ingénieur ae Holande A fait, moyennant pension,
40 La fabrique et construction D'une machine sans pareille , Où , par une rare merveille, On poura, sans aucun danger, Entre deux eaux longtemps nager;
4 s Et cette pièce redoutable , Par un étet épouvantable, Sera , dans un combat naval , Propre à cauzer beaucoup de mal , Et plus que cent coups ae bombarde,
50 Car, sans que l'on y prenne garde, Elle peut au fond ae Thétis r Couler vaisseaux grands et petits.
\ Si cette machine moderne
N'est ny bourde ny baliverne,
$ s Et que f'Archiméde nouveau
Fasse agir, comme il dit, dans l'eau Son ouvrage mathématique , Sans doute cette République Plus forte que jamais sera, ) 60 Et Crommuël s'en sentira.
Mais ce qui tout-à-fait me fiche, C'est qu'on dit qu'elle se relâche Et que d'un acord mutuel Avec ledit sieur Crommuël
6% (Hay dans le ciel plus qu'Hérode) Cette nation s'acommoae :
Les Holandois sont béliqueux, f Mais Crommuël est plus nn qu'eux ,
Et si ses conseils ils écoutent ,
70 Plusieurs gens-d'esprit pointne doutent Qu'il les surprendra tôt ou tard , Car c'est un cauteleux renard.
Du mesme climat de Holande On écrit encor qu'en Zélande
75 Un vent furibond et puissant Efroyablement agissant Contre les digues et levées , Pluzieurs en ont été crevées Qui servoient illec de remparts ,
so Et que les eaux, de toutes parts,
Aux villes, bourra et pâturages Ont fait de terribles ravages , Dont, ce dit-on, les habitans S'en sentiront encor long-temps.
8f Madame de Plessis-Belliére, Dame de vertu singulière , Avoit chez elle un perroquet Dont l'aimable et plaizant caquet Contre-faizoit dedans sa cage
90 Si nétement l'humain langage , Que de luy pluzieurs ont écrit Que c'étoit un oizeau d'esprit :
Cette beste sage et sensée Mourut la semaine passée,
9$ Dont ladite dame en son cœur Du sort acuza la rigueur, Et (pour parler d'un ton superbe, Comme jadis monsieur Malherbe) Pesta par ses tristes accens
100 Contre les 'astres innocens,
Car, pour preuve évidente et claire De son mérite extraordinaire, Et qu'il étoit d'un rare prix , Quantité de fameux esprits , [mes,
105 Des plus beaux du siècle où noussom- Tant esprits de femmes que d'hommes, Ont fait pour luy des bouts-rimez Dignes, ma foy, d'être imprimez, Non seulement chez les libraires
i io Avec d'éternels caractères ,
De la Mort et du Temps vainqueurs, Mais encore dans tous les cœurs.
Moy, dont l'ame ignorante et sombre N'est pas tout-à-fait de ce nombre
uj D'entendemens beaux et choizis Qui ne font pas des vers moizis, Imitant de loin l'harmonie De leur ingénieux génie , J'ay voulu m'en mêler aussy,
iso Et , par un curieux soucy, Sur ces bouts , assez dinciles Pour étonner les plus habiles, J'ay fait quelque sonnet comme eux ; Mesme, au lieu d'un, j'en ay fait deux.
1 2 j J'ay sceu , par un bruit de la ville , Qu'un nomme monsieur de Merville , Que ceux qui m'en ont parlé font Beau-pére du feu sieur Charmont , Est décédé , cette semaine ,
1 p D'une mort tout-à-fait soudaine , De sa maizon faizant trajet En celle de monsieur Pajet.
Quelque bazard luy fit aprendre
Le sort dudh Channont, son gendre, in Qu'il ne sçavoit encore pas,
Car on luy cékrit son trépas :
Cette douloureuze nouvelle
Luy cauza tristesse mortelle.
Il soupa pourtant, ce dit-on; 140 Mais , voulant faire le Caton
Et dissimuler sa tristesse
Pour ne point montrer de foiblesse ,
Quand il fut retourné chez luy,
Son mortel et pressant ennuy 14$ Le tourmenta de telle sorte,
Qu'à ce que le monde raporte,
lien mourut une heure après ,
Dont ses gens firent des regrets
(Tant ses serviteurs que ses proches) ijo Capables d'émouvoir des rocnes.
Les Suisses , ces soldats fidelles, Ayant surpris quelques rebelles Sortis de Sainte-Ménehout Pour porter la frayeur par tout ,
1 s s Avec grands coups de cimeterre En couchèrent très-bien par terre Qui cédèrent à leur valeur, Et Ton dit que c'êtoit la fleur De la garnizon aversaire,
160 Qui , par cet exploit militaire Sentant son afoiolissement, Capitula soudainement.
Ainsi, par l'ordre, la prudence Et l'esprit de Son Emmence ,
16s Par le grand cœur de nos guerriers, Dignes de verdoyans lauriers, Et par l'heur des armes royales, Aux ennemis souvent fatales , Ceux qui dans Sainte-Ménehout
170 Avoient mis le tout pour le tout , Etans à bout de leur audace, Ont enfin rendu cette place, Implorans (non sans quelque éfroy) La mizéricorde du Roy,
17$ Dont leurs rebellions insignes Les avoient rendus trés-indignes.
On en a donc eu la raizon , Malgré la fecheuze saizon , Qui, pour retarder cette afaire,
180 Devenoh tout-à-fait contraire.
Les François bons et généreux Bénissent cet exploit heureux ; Et certains , vrais raquedenazes, Qui, par de vaines périfrazes,
185 Demeuraient fermes sur ce point
*lf
-Novembre 165 j.
Que le Roy ne la prendrait point, Piquez d'un ver qui les déchire De voir prospérer ce cher Sire, Ne font plus tant les entendus , Mais sont tout-à-fait confondus.
Gens qui n'êtes pas sans macules, Petits factieux ridicules , Cessez d'aboyer en mâtins Contre les augustes destins De nôtre glorieux Monarque ; Dieu , par une aparente marque, Nous fait encor voir aujourd'nuy Qu'il a de l'amitié pour luy.
Mais , quand ce Souverain aimable, Si dévot et si raizonnable , Ne verrait pas par sa vertu Le vice à ses pies abatu , La Reine , sa pieuze mère, Qui si souvent est en prière, Obtiendrait pour son cher enfant Un bon-heur toujours trionfmt.
Aussi voit-on bien que la Fronde, Qui de maux a remply le monde , Perd sa vigueur et son crédit , Et c'est avec raizon qu'on dit Que cette engeance frénétique Est dans son an climatérique.
L'ambassadeur de Portugal Sent un déplaizir sans égal De ce que son épouze est morte; On en parle au moins de la sorte, Et i'ay sceu d'assez bonne-part Qu'on faizoit un triste brancart Pour porter son corps à Lisbonne.
Cette dame ètoit sage et bonne ; Je n'ay donc point tort si je dis Que son ame est en Paradis, Possédant l'immortelle gloire Après un peu de Purgatoire.
Princesse, vous irez aussy A quelques septante ans d'îcy :
Car, ayant l'ame sans falace , Et blanche encor plus que la face, Vous ne sçauriez jamais manquer De vous voir un jour colloquer Avec les anges, vos semblables, Dans les délices perdurables Qu'on rézerve aux enfuis de Dieu Quand ils ont dit au monde adieu.
Ecrit par le serviteur vôtre, La veille Saint-André l'apfttre.
Décembre 1655. — Livre IV. Lettre XLVI.
2TTRE QUARANTE-SIXIÈME
Du [samedi] 6 Décembre.