NOUVELLISTE
1 Ma Princesse, en ce nouvel an , Fo y d'un qui n'est point charlatan , Je sens renaître en ma cervelle Une inspiration nouvelle
$ Pour vous faire un discours tout neuf
S ayant encor mangé (ju'un œuf, , quand je rime ou je rimaille, J'afecte fort peu la mangeaille).
Voicy le seizième quartier
10 Oue je fais pour vous ce métier; Ma veine, inculte et presque uzée , En devrait bien être épuizée ; Mais , je ne vous le cèle pas , Vôtre Altesse a certains apas
: < Dont Pexcélente et douce amorce Me redonne vigueur et force :
Certes , beaucoup vous méritez , Et, tout-de-bon, vosqualitez Semblent surpasser les humaines.
20 Vous aurez cecy pour étreines.
Le sieur cardinal Pimentel Est mort comme un autre mortel.
Ce prélat , opulent et riche, Etoit à la Maizon d'Autriche, as Qui perd un serviteur en luy
Des plus grands qu'elle ait aujourd'huy .
Un quidan m'a donné parole Que , malgré la brigue Espagnole , De Rome on luy fajzoit sçavoir
30 Que Sa Sainteté va pourvoir D'évesque à chaque diocéze De la nation Portugaize , Et mesmes recevoir du roy Respects , obédience et fov,
5$ Choze trop long-temps diférée , Au grand regret de la contrée, De peur d'inter sur ce point L'Espagnol , qui ne le veut point.
On dit que le cardinal d'Esté
40 Fait faire un train superbe et leste Pour le jour de cette action , Comme étant de la nation (Avec intention sincère) Protecteur auprès du Saint-Pére.
4 j Milliers de gens virent , mardy, Environ l'heure de raidy, Passer en pompe obscure et noire Ce prince d'illustre mémoire, Monsieur d'Angoulesme nommé,
jo Au fond d'un brancart enfermé, Laquelle pompe étoit conduite Par une grande et longue suite
La Muzi historiqui. — Janvier 1654.
De cavaliers vêtns de deûfl ,
Soupirant après le cercueil, si Et poitans chacun un beau cierge
De cire blanche, mais non vierge.
Un juge , plein de trés-bon sens ,
M'assura qu'ils étoient deux cens ,
Et que cet «pareil funèbre 60 Pour cet homme grand et célèbre
Que Ton portoit au monument
Touchoh les coeurs extrêmement.
On le transportoh à la Guiche ,
Terre seigneuriale et riche é* A son épouze apartenant ,
Où je croy qu'il est maintenant.
On m'a dit que monsieur d'Anville
Etoh party de cette ville
Le vingt-et-six du dernier mois , 70 Et droit justement vers Blois
Pour y voir Sa Royale Altesse ,
Avec commission expresse
De la part de Leurs Maiestez.
Pluzieurs, au commun bien portez, 7 j Et dont l'esprit est bon et sage ,
Espèrent bien de ce voyage.
Sans laisser le cas indécis , Je fis monsieur Féron occis Les derniers jours de l'autre- année;
80 Mais c'était nouvelle erronnée, Car ce brave est gaillard et sain , Et n'ût pas la mort dans le sein.
Ma Muze , en ce grand coup-d'épée , Ne fut pas seulement trompée :
s? Sa mort courut si fort icy Que tout Paris le fut aussy; Et certes les cens de milice , De marchandée et de justice, Les marquis, comtes et barons,
90 Les filoux et les fanfarons,
Les bigles , les borgnes, les louches , Les Tnvelins, les Scaramouches , Les capuchons et les castors, Les cardes du Louvre et du corps ,
?t Lesdemoizelles, lesbourgeoizes, Tant les fiéres que les courtoizes , Et mesmes la Reine et le Roy, Le crûrent aussy bien que moy.
Vous que sa mort mit en allarmes ,
100 Vous pouvez essuyer vos larmes :
Je croy que vous serez ravis De ce prézent nouvel avis.
Consolez-vous, je vous en somme :
En faizant mort ce vaillant homme ,
iof Je Pavois un peu mal-traité ; Mais le voilà ressuscité.
Jeudy, premier jour de l'année , Le Roy, durant l'àpres-dlnée, Fut, et la pluspart de sa Cour,
no Pour la solennité du jour, Aux Jézuites Saint-Antoine , Où prêcha , non pas quelque moine, Mais un prélat de grand renom Qui monseigneur crAmbrun a nom.
us A cauze de son éloquence , Il eût belle et bonne audience.
Pour le moins ainsi me l'ont dit Des gens d'honneur et de crédit Certes, pour l'entendre moy-mesme
iao J'avois lors un dézir extrême ; Mais j'ûs beau mon nez y montrer, On ne me laissa point entrer.
Trois fois , avec assez d'audace, Poussant , je me fis faire place ;
ta) Mais mon dessein rien n'avança, Car trois fois on me repoussa.
Quoy qu'à Paris, à Mets , à Rome, Je passe un peu pour honnête homne Et pour un passable chrétien ,
1 ?o Cela ne me servit de rien :
Messieurs les porteurs d'haletantes, Et mesme aussy messieurs les gardes , Tant du Roy que de son Hôtel, Ne me connoissent point pour tel.
1 j $ Monsieur le comte de NooaSe , Homme d'esprit et de bataille , A la charge de Chandenier Dés le jour de jeudy dernier, Laquelle à prézent il exerce
mo Sans dispute ny controverse , Ayant au Roy prêté serment De le servir vigilamment En cette charge d'importance , Des plus belles qui soient en France.
w; Certain bruit court fort dans Paris Qu'on avoit Philisbourg surpris ; Autrement , qu'au chef de la place On avoit dit avec audace (En étant sorty tout-à-point) :
1 jo « Monsieur, vous ne Centrerez point. Ayant sceu que contre la France Vous faiziez quelque manigance , Nous voulons icy tenir bon Pour le roy Louis de Bourbon :
in C'est notre véritable sire.
Janvier 1654. — Li
Nargue de vous et de l'Empire. »
Le susdit chef, nommé Charny, De colère blême et terny, Rétrogradant avéque honte, 6û Alla faire ce mauvais conte (C'êtoit fort mal faire sa cour) A monsieur le comte d'Harcour; Mais j'ay peur que cette nouvelle,
Su'en pluzieurs lieux on maintient telle, ë soit, contre le mien dézir, Quelque conte fait à plaizir.
De Vilarsceaux l'illustre dame , O Dieux! quand j'y songe, je pâme, Par une douce et sainte mort 170 Acheva mercredy son sort , Et telle fut sa destinée Qu'elle finit avec l'année :
J'en soufre un ennuy violent.
Hâ ! si j'avois ce beau talent 1- > (Qui m'a cent fois l'ame ravie) Qu'elle eut durant toute sa vie De s'expliquer à tout moment Avec un langagexharmant , Je parlerais à sa louange ; iSo Mais, las! il faudroit être un ange Pour représenter la douceur Dont son esprit frit possesseur, Ses lumières , sens et sagesse , Sa magnificence et largesse , s* Sa piété , sa charité , Mais sur tout sa rare bonté.
Elle frit toujours bien-faizante , Admirablement complaizante , Et son cœur, de gloire amoureux, 90 Fut toujours noble et généreux ; Enfin, tant de qualitez belles De la meilleure des mortelles Sont , depuis ce funeste jour, Avec elle au ciel de retour.
>j Dame dont le nom et la gloire Vivront toujours dans ma mémoire,
vrb V. Lettre I. 451
Belle ame à prézent devant Dieu, En pleurant je vous dis adieu.
Bonne et pitoyable Princesse, 200 Excuzez ma longue tendresse:
Quand la Mort meurtrit sans pitié Les objets de mon amitié , La douleur bien souvent m'emporte.
Adieu, mais c'est d'une autre sorte.
*>s Ce discours justement s'achève Le jour de sainte Geneviève , Le troiziéme du premier mois , En l'an d'après cinquante-et-trois.