PARÉE
Princesse, et vous autres lectrices, Fussiez-vous des impératrices, Et vous aussi, nobles lecteurs, Tant docteurs, auteurs, qu'orateurs,
5 Sçachez que l'Epître prézente Ne sera pas fort excéfente.
J'ay sujet de le croire ainsy :
* Car, quand pour rimailler cecy J'ay voulu préparer ma teste ,
10 II est venu feste sur feste , Temps où le burlesque est camus ,
Temps à dire des Oremus, Et non à conter des sornettes, Dont sont pleines maintes Gazettes. 1 5 Mais hâtons-nous, les jours sont cours; Car, ne dûssay-je, en ce discours, Imaginer choze qui vaille, Il faut pourtant que je travaille.
Madame de Breton villiers, *> Qui, par des soins particuliers, Par l'amitié continuelle
Décembre 165J. — Livre IV. Lettre XLIX.
Que dame Fortune eut pour elle , Et par tout plein de bons succez Etoit riche jusqu'à l'excez .
sf Mourut de mort assez soudaine Chez la duchesse de Loraine , Et ce fut l'autre samedy Que survint le cas yie je dy.
Icelle, étant bien ajustée,
90 S'ètoit donc illec transportée Pour faire , vers la fin du jour, A cette princesse sa cour; Mais soudain qu'elle eut pris un siège, La Mort, qui luy tendoit un piège,
?s Afin d'afoiblir sa vigueur, L'ataqua par un mal de cœur.
Elle requit une écritoire Pour écrire quelque mémoire; Mais le point fatal du trépas,
40 Arivant, ne luy permit pas ; Le mal qu'on nomme apopléxique Rendit son bras paralitique, Puis, sur le reste de son corps Employant ses derniers éforts,
4i La dame, froide comme glace, Tomba morte dessus la place.
Biens de longue-main amassez , Ecus l'un sur l'autre entassez , Beau palais où le luxe éclate ,
50 Lits <Por, d'argent et d'écarlate, Meubles d'été, meubles d'hyver, Vous n'avez donc pu la sauver?
0 pauvres richesses mondaines, Que vous êtes de chozes vaines !
1 $ Certain brave , nommé Féron , Qui n'étoit marquis ny baron, Ny mesnies comte, ny vicomte (Selon qu'on m'en a fait le conte), Fut tué , je ne sçay pas où,
fo L'autre- jour, par un autre fou :
Je ne sçaurois apeller sages Ces gens amateurs de carnages; Car méprizer les saintes lois , Violer les édits des rois,
6) Se tirer le pur sang des veines , Se crever boyaux et bedaines, Et, bref, s'entr'assommer de coups, Sont-ce pas des actes de fous?
Le père Dinet, jézuhe, 70 Homme d'esprit et de conduite, Des sciences grand professeur, Et de nôtre Roy confesseur, Mourut lundy, dont c'est dommage,
Car c'était un bon personnage , 7$ Et qui fut très-fort regrété De toute la Société.
Pour nouvelles particulières, N'ayant pas de rares matières Pour le lecteur entretenir,
80 Maintenant que l'an va finir, Je vais en rimes telles quelles Débiter les universelles.
Les Chinois, gens orientaux, Avec les Tartares brutaux
s$ Ont toujours forte et grande guerre Tant sur la mer que sur la terre.
Les Tartares, depuis un temps, Menoient lesdhs Chinois bâtants; Mais on tient pour vérité franche
90 Qu'ils ont maintenant leur revanche; De plus, on dit que nôtre foy, Par le congé mesmes du roy, Est préchée en ce grand royaume, Et j'ay sceu d'un nommé Guillaume
9 j Que les prêcheurs y font grand fruit ; Mais pour cette nouvelle ou bruit, La preuve en est si dificile Que j'y croy moins qu'à l'Evangile.
Les Turcs et les Vénitiens
100 S'entr'aiment comme chats et chiens. Les Turcs, voulans avoir Candie, L'auront si l'on n'y remédie; Mais les autres, la défendans, Leur montrent si souvent les dants ,
105 Et, mesmes, prés de leur Bosphore, Qu'ils ne la tiennent pas encore.
Des Cozaques le général Prospère à prézent assez mal; Ce puissant et fameux rebelle
1 10 Ne bat plus , dit-on , que d'une aisle ; Il craint qu'un horible revers Termine ses projets pervers, Assez ordinaire récolte A tout vassal qui se révolte.
ut Car pour monseigneur Crommûel , Il est vray que son sort est tel Que sa criminelle manie N*est pas viziblement punie, Son orgueil régne impunément;
iao Mais on croid qu'à chaque moment Un âpre remors le dévore, Et qu'il n'en est pas quite encore»
Les Etats de Holande et luy Sur leurs diférens d'aujourd'huy
m) Ont mainte et mainte conférence; Mais les plus remplis de prudence
La Muze historique. — Décembre 165 j.
Ne font pas encor trop eut D'en deviner le rézulut.
La nation Portugaloize
i)o S'entretient avec la Gauloize Par des ambassadeurs exprès , Et la solicite de prés A rézoudre, quoy qu'il arrive, Ligue ofensive et défensive.
1 j$ Stockolm (tant trés-infecté D'un air tout-à-fait empesté , Qui bien-souvent est sans remède , L'auguste reine de Suéde, Pour éviter ce fâcheux mal .
140 A quité Stockolm pour Ypsal.
Je parlerais aveques joye D'Allemagne, Rome et Savoye, D'Alger, de Maroc et de Fés, Où (ce m'a dit certain profés)
i4j Languissent-là, dans les entraves, Plus de vingt-et-deux mil esclaves , Faute d'un peu de charité , Très-rare dans la chétienté ; Je parlerais de Catalogne
1 ;o Et plus amplement de Pologne ; De l'Archiduc, de l'Empereur Et du duc Charles , la terreur Des villes qui ne sont pas fortes, Et des gens qui vont sans escortes;
J*ûsse dit un mot de Condé, Oui s'est un peu trop bazardé ; risse aussi parlé du Saint-Pére Que de tout mon cœur je révère ; Mais, foy de poète un peu lassé,
60 Je ne fus jamais si pressé.
Il faut toutefois dire encore Que monsieur Gaston, que j'honore, Est à Blois, et Madame aussy, Et qu'ils seraient bien mieux icy, Pour, selon leur ranç et naissance, Y faire l'honneur de la France, Avec cet autre objet si beau
2ui rézide dans Saint-Fargeau.
Ebnsieur le duc de Longueyille, 70 Courtois et prudent entre mille, Est, en vivant joyeuzement, Toujours dans son gouvernement.
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Il faut qu'aussi je me dispose De dire du Roy quelque dune.
17; Ce Roy si bien morigmé
Qu'on nomme Louys-Dieu-Danné, En faveur de qui les orades Font espérer nulle miracles ; Ce prince qu'on trouve à quinze ans 1*0 Mieux fait que tous ses couitizam; Bref, Sa Majesté trés-chrestienne, Le propre jour de Samt-Esriemie Alla chasser à Saint-Germain, Pour revenir après demain, iSf Escorté de Son Eminence, Dont les soins et l'expérience, Le zék, l'esprit et le cœur Remétent nos lys en vigueur.
La Reine, dont jadis les balles 190 N'aimoient pas les vertus royales, Est dés la veille de Noël Dans un séjour conventuel, Où, loin des embaras du Louvre, Vers le del tout son cœur elle «me, : 19) L'ayant mis en fort bon état | Pour mieux prier Dieu sur l'Etat I Monsieur, du Roy l'unique frère,
Dont par tout la personne est cbére, I D'autant que ce cadet Bourbon 1 aoo Est généreux, aimable et bon,
Le temps chez-luy doucement passe, I Et quelquefois au Val-de-Grace.
Le Parlement n'est plus suspect, Mais pour le Rojr plein de respect; *>s Et les gens de bien de la ville, Détestans la guerre avilie, D'un discours sage et bien sensé Blâment tout haut le temps passé, Où la seule infâme canaille aïo Vivoit comme des rats en paille.
Voilà, Princesse, en peu de omis, Les nouvelles du monde en gros, Où ma Muze a voulu s'ébatte.
Adieu, jusqu'à cinquante-et-quatre.
21 s Fait le jour de monsieur S*nft-Je*i , Cinq jours avant le nouvd an.
LA
MUZE HISTORIQJUE
OU
RECUEIL DES LETTRES EN VERS
Contenant les Nouvelles du temps
tfCRITIS
A SON ALTESSE MADEMOIZELLE DE LONGUEVILLE