‹ La muze historique;Chapitre 182 sur 221 · BOUILLONNANTE · texte numérisé non relu

BOUILLONNANTE

Princesse, ma Moze est si lasse Que je ne sçay si sur Parnasse Aujourd'huy je pouray monter Pour vous déduire et raconter

$ Quelque événement ou nouvelle.

Je n'ay quazi plus de cervelle ; J'ay sur pluzieurs sujets divers, Ces jours passez , fait tant de vers Par devoir, amour ou manie,

10 Que certes mon pauvre génie En est tout-à-fait fatieué ; Toutefois, en sondant le gué , Je vais en main la plume mettre Pour vous grifonner une Lettre.

i* Monsieur le prince de Conty Est de Lyon, dit-on, party Pour à la Cour se venir rendre , Qui le recevra d'un cœur tendre :

Car le Roy Louis de Bourbon

ao (Comme il est magnanime et bon) A volontiers acordé grâce A ce prince issu de sa race , Lequel prétend bien , maintenant , En son devoir se maintenant,

a* De rendre à jamais éfacées Toutes ses jeunesses passées.

Selon le plus commun raport , Sénetére a siégé Betfort, Où le sieur comte de la Suze, ?o Pour se défendre , un peu s'amuze ; Quelques-uns il canardera , Il fera tout ce qu'il poura ; Mais que grand-diable peut-il faire Contre monsieur de Sénetére ?

1 $ La nouvelle de Philisbour, Dont j'avois parlé l'autre-jour, C'est-à-dire Vautre semaine , Comme d'une choze incertaine, Est si confirmée à prézant

40 Que ce n'est plus en biaizant Qu'il faut narer ce cas insigne, Mais l'assurer de droite ligne.

Un Alemand , qu'on nomme Yzac, M'a dit mesmes que dans Brizac

4$ Les plus aparans de la ville, Rédoutans la guerre civile Et de voir leurs murs démolis, A l'aigle préfèrent les lis ; Ils aiment le Roy nôtre sire,

$0 Jusques-là qu'ils ont ozé dire Pluzieurs fois à leur gouverneur, Monsieurd'Harcour « : VrvePhooJKor! »

Lundy dernier, non sans scandale,

Se fit dans la Place Royale s$ Un duel de quatre vaiUans

Qui , tant assaillis qu'assaillans

(Dont un mourut d'un coup d'êpée),

Auraient tous la teste coupée

Si les archers du Châtelet 60 Les pouvoient saizir au colet.

Mais ce n'est pas afaire foi te,

Car leur diligente retraite

De l'échafaut les sauvera ;

Mais peut-être il arivera *s Qu'à cauze de leur forfaiture

ils seront punis en peinture.

Monsieur d'Arpajou, par hazard, Chez-luy rétournant assez tard, Rencontra des gens portans armes 70 Qui luy firent quelques vacarmes, Ozans son carosse ataquer; Mais soudain il les fit bouquer :

Suatre chevaliers de sa suite irent lesdits hommes en fuhe, 75 Excepté le nombre de deux, Dont l'un, un peu trop hazardeux, Fut renversé mort dans la boue En faizant une triste moue ; L'autre, comme un coureur de nuit,

Janvier 1654. — Livre

80 Fut au Fort-1'Evesque conduit ;

Mais aussy , dans la mesme guerre ,

Un des siens fut porté par. terre ,

Mortellement blessé, (fit-on,

D'un sanglant coup de mousqueton , 85 Et mesme un cheval d'importance

Eut part à la mauvaize chance ,

Sur lequel (ce m'a-t/on conté)

Son escuyer êtoit monté.

De sçavoir si cette infortune , 90 Arivée au clair de la lune,

Etoit folie ou guet-à-pens,

On en est encore en suspens.

Un qu'on nomme Artus, ce me sem- M'a dit, en déjeunant ensemble, (Me,

95 Que Son Eminence de Rets Faizoit venir vingt muids exprés Du plus friand vin de Bourgogne :

Non que ce prélat sort yvrogne (Ce serait un péché mortel

100 Oue de l'avoir soupçonné tel) , Mais pour charmer l'inquiétude De sa prizon ou solitude En faizant boire ce bon vin , Que pluzieurs nomment jus divin ,

io< A ses domestiques et gardes, En mangeant poulets et poulardes, N'ayant, dit-on, autre aézir Qu'à prendre un innocent plaizir Aies voir qui plus, qui moins yvres,

1 10 Quand il sera las de ses livres : Car, vouloir corompre par-là Les soldats et gardes qu'il a , Ce n'est nullement sa pensée, Son ame est un peu trop sensée;

1 1 s C'est de Sa seule Majesté Qu'il veut tenir sa liberté.

Sans l'ordre du Roy nôtre sire , On auroit beau-foire et beau-dire , Ce grand captif ne feroit pas

iao Pour sortir seulement un pas Quand les portes seraient ouvertes, Et mesme il en a juré, certes.

Enfin, sur les peuples Anglois Erigeant de nouvelles lois .

1 3 $ Crommuêl , après mainte frasque , A depuis peu levé le masque Et pris, non le tdltre roval, Mais le Protecteur Général De l'Irlande, Escosse, Angleterre,

1 30 Tant sur la mer que sur la terre , Et , de plus, retenu pour soy

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