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Le grand Balzac est décédé

Car ce cygne de la Charente,

re V. Lettre IX. 469

Dont la plume étoit excellente,

Cet inimitable orateur

(Quoy que choqué par maint autheur),

215 Ce rare nomme, dont les ouvrages Ravissoient quantité de sages, Ayant en tous lieux grand crédit, Est enfin mort, à ce qu'on dit.

Certes, dans cette perte extresme,

220 Non seulement son Angoulesme, Non seulement tous ses lecteurs, Ses amis, ses admirateurs, Mais tous les François, en.allarmes, Devraient s'écrier avec larmes

22$ (Et l'on seroit fort bien fondé) : « Le grand Balzac est décédé! »

Déplorant le mortel passage De ce célèbre personnage, Dont partout a volé le nom , 230 O Princesse de grand renom, Dont je suis l'historiographe, Je finis par son épitaphe.

Ecrit , étant encor à jeun , Au mois prézent , le vint-et-un.

LETTRE NEUVIÈME

Du [samedi] 28 Février.

VERTUEUZE.

N'ayant pas beaucoup de matière Pour faire une Gazette entière, Et peu d'événemens divers Pour rimer deux cens tant de vers, Ce penser rend mon esprit sombre.

Toutefois, pour fournir ce nombre, Voicy comme j'en uzeray :

Je particularizeray Le magnifique bal du Louvre, Dont, à prézent, les huys on m'ouvre, Que jadis on ne m'ouvroit point.

Je m'étendray donc sur ce point : Aussi bien, Princesse excélente, Ce soir vous en étiez absente.

Monsieur le prince de Conty,

Ayant sagement pressenty Qu'il est enfin dangereux d'être Dans l'indignation du maître, Dézirant fixer à la Cour

20 Ses soins, ses respects, son amour, Pour éviter les surséances Qui surviennent aux alliances Et qui cauzent par leurs longueurs Aux amans souvent des langueurs,

25 Sur la fin de l.'autre-semaine Epouza l'aimable Romaine Que, tant dans son pays qu'icy, On surnommoit Martinozy, Ayant beauté, grâce et prudence,

30 Et nièce de Son Eminence.

Dans sa propre chambre le Roy

La Muzb historique.

(La Cour étant tu bel-aroy Et de joyc et plaizir comblée) Donna le bal àl'assamblée,

jj Où quelque mien amy prit soin De me métré en on petit coin* Je vis en ce lieu de lumière, Qui brilloit en toute manière, Plus de vingt robes de velours,

40 Dont les Grâces et les Amours, Et mille charmes adorable*, Etoient toujours inséparables.

Le Roy souvent donna sa main A cesastiesdu genre humain,

4î Et mesme aussi Monsieur, son frère, Avec leur adresse ordinaire.

Je remarquay pluzieurs beaux yeux Capables de ravir les Dieux, Et cinq ou six belles duchesses

(o Qui valoient mieux que des denses.

Parmy tous ces objets diven, Trois "beaux seins ètoient découverts, Plus blancs que neige, albâtre ou linge: Mortemart, Bûvron et Comminge.

$j Mais ce qui plût à quantité Pour la danse et pour la beauté, Ce furent deux jeunes personnes, Deux chères et tendres mignonnes, Dont les atraits doux et vainqueurs

60 Faizoient déjà la guerre aux cœurs.

Vileroy, la charmante brune, De ces deux beautez étoit l'une, Et l'autre, que Dieu sauve et gard, La seconde de Mortemart.

Une autre gracieuze Aurore, Plus que ces deux jeunette encore, Fit voir en son teint et ses pas Un divin principe d'apas; Et cette Aurore , si je n'erre ,

70 Etoit sœur du roy <r Angleterre , Dont l'illustre et noble agrémant Me parut tout-à-fait charmant ; Sur tout la princesse nouvelle, Outre sa beauté naturelle ,

7$ Avohencorpourornemans Si grand nombre de diamans , Qjron eût dit que pour l'épouzée iTînde s'étok toute épuizée.

Nôtre Roy, la Reine et Monsieur,

go Montraient en leur extérieur Une extrême réjoûyssance En faveur de cette alliance.

Tous trois chérissent tout-de-bon Monseigneur Armand de Bourbon ;

si Tout à ses beaux dézirs succède.

toj

— Février 1654.

En Pestât qu'il est, il possède Le cœur, l'afecrion , ta foy De sa maîtresse et de son Roy; Chacun à son bon-beur conspêe , Et c'est doublement qu'on peut m Qu'iceluy prince de Conty A pris le bon et beau paity.

La Fare, goutemeur de Ross, Qui possèdent, emr'auues choses, Une rare fidélité, Honneur, candeur et probité, m Grand sens, grand espnt, grand courage, ' Enfin gentilhomme trésntage , Plein pour l'Etat d'afectkm , » Bref, dont la réputation Ne peut jamais être obscurcie, Est décédé d'apoplexie, Mal qui vient à pas diligens Et gui surprend toujours tes gens.

Mais, si la susdite nouvelle Est un bruit faux et non fidefie , Avant qu'il soit huit jours entiers, Je m'en dédhay volontiers.

On parie de certains prestiges, Qu'autrement on nomme prodiges, A Londres, dit-on, avenus, Et pour véritables tenus , Sçavoir une afreuze cornette , Qui bien souvent est la trompette Annonçant les malheurs divers Qui surviennent dans l'univers; Outre, on a vu dans la Tamize La mer, du côté de la bize.

Enfreignant nature et ses loii, Refluer en un jour trois fois ; Item, d'Anglois une assemblée Dans un temple fut acablée Souz un pillier . à ce qu'on dit , Qui sur ces malheureux fondit Que ce soient véritez ou fables, Voilà des cas épouvantables; Mais n'en pleurons toutefois point, Car , pour bien décider ce pont, Je croy que ce sont des chimère* Et des contes de vieilles mères.

La noble dame de Prtim , Pour qui le constant gris-de-Jm Me fut toujours couleur trés-chére, Depuis neuf ou dix jours est mère, Car, quand le Caresme aprocha, D'une fillette elle acoucha.

Février 1654

Elle eût voulu, la bonne dame (Et voulu de toute son ame), Acoucher d'une autre façon,

140 C'est-à-dire d'un beau garçon.

Mais qu'elle aye un peu patience Je jurerais en conscience Qu'un jour contente elle sera , Que son dézir arivera ,

14s Et qu'on verra dans sa famille, Dans un an d'icy, fils et fille.

Je luy souhaite nuit et jour Ce second progrez en amour , Et que la petite Praline

150 Ne soh de longtemps orfeline.

La belle dame de Mercœur, Dont les vertus charment maint cœur, Et que quantité de personnes Ont toujours mize au rang des bonnes , 1 5 s A réjoûy toute la Cour Par son agréable retour l Etant venue en une chaize; Depuis Lyon, bien à son aize:

Car, comme elle est à cette fois

\6o Grosse environ depuis cinq mois, On peut croire avec certitude Qu'un carosse eût été trop rude.

Pluzieurs la suivoient à cheval, Ausquels commandoh Bois-Laval,

165 Que Mercœur de bon œil regarde , Comme étant le chef de sa carde.

Diverses gtns ont pris le soin D'aller au devant assez loin , Assavoir quantité de femmes.

1 70 Tant princesses que grandes dames , Et pluzieurs cavaliers aussy, Pour l'escorter jusques icy.

Les deux sœurs de Son Eminence , Après leur séjour de Provence , 75 Sont maintenant à Vileroy

— Livre V. Lettre IX.

Saizon, certes, digne d'un roy, menant maintes rares pièces), Et mesme encor trois de ses nièces , Que l'on atend au premier jour 180 Et qui doivent venir en Cour.

Le Roy, qui ne craint froid ny glace, Fut hier à Versaille à la chasse Avec quelques-uns de sa Cour , Et revint aés le mesme jour

185 Avec assez d'impatience.

Là point n'alla Son Eminence , Pour de ses soins se délasser, Encore qu'il aime à chasser:

Car ce mal qu'on nomme la goûte,

190 Où le médecin ne voit goûte, Non sans luy cauzer quelque ennuy, L'aréta ce jour-là chez-luy.

J'ay de Mets apris pour nouvelle

Que cette infirmité cruelle 19$ Retient aussi, comme en prizon ,

Schonberg dans son lit ou maizon.

Leur douleur, médiocre ou rude,

Me donne de l'inquiétude,

Etant de tous deux serviteur :

xx> Car Jules est mon bienfaicteur,

Pour tel je le doy reconnaître ,

Et Schonberg bienfaicteur et maître.

Cessant de vous entretenir, Princesse , je m'en vay finir;

aof Mon ardeur de rimer décline.

Ma lettre icy, donc, se termine ; Mais l'afection que je sens Pour les mérites ravissans Dont vôtre belle ame est ornée

no Ne sera jamais terminée.

J'ay fait en février ce discours, Tout le fin dernier de ses jours.

La Muze historique. — Mais 1654.

LETTRE DIXIÈME

Du [samedi] 7 Mars.

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