‹ La muze historique;Chapitre 190 sur 221 · VÉNÉRABLE · texte numérisé non relu

VÉNÉRABLE

Objet dont ma Muze est charmée, Princesse aimable et bien aimée, Non de mon esprit seulement , Mais presque universellement, Montant dans ma chambre ou ma caze Sur le cheval nommé Pégaze (Sur lequel , quand on est grimpé, Un poète est, dit-on, plus hupe), Je mets tout autre soin ariére Et vais commencer ma cariére.

Monsieur d'Humiéres, l'autre-jour, Fut associé par amour A la jeune et belle La-Châtre, Dont son ame ètoit idolâtre, Mais non pas , certes , sans sujet , Cette fille étant un objet Si doux, si charmant et si rare,

Qu'il n'est point de coeur si barbait Qui ne voulût à sa beauté

m Sacrifier sa liberté.

Outre les apas du vizage, Elle a l'esprit sublime et sage ; De plus, on void dans sa maizon Des biens terriens à foizon ,

25 Etant de fort bonne naissance :

Si bien que par cette alliance Ce trés-noble et cher amoureux, Par un destin vrayment heureux, Rencontre en cette épouze aimable,

)o L'utile, honnête et délectable.

La Reine, à ce qu'on m'a conté, Fut dimanche à la Charité (A bien foire étant toute preste), A cauze que c'étok la feste

Mars 1654. — Liv

h Du bien-heureux saint Jean-de-Dieu, Qu'on célébrait en ce saint Heu.

Les moines, en belle ordonnance»

Ayans assez bonne prestance, Firent illec procession ,

40 Où, par grande dévotion, La Reine marchoit à leur suite , De son noble écujer conduite.

La maizon elle virita Et les pauvres réconforta ,

45 Ayant exprés quité son trône Pour leur aller donner l'aumAne.

Quelques mignonnes de la Cour, Avec elle faizans le tour?

Soulagèrent par leurs œillades

so Les languissans et les malades, Mais blessèrent en moins de rien Pluzieurs gens qui se portoient bien.

Monsieur, dont rame est belle et bonne, Pratiqua luy-mesme en personne

n Pluzieurs actes de piété En ce temple de charité :

Car la choze est toute certaine Qu'il ètoit avéques la Reine , Auprès d'elle tenant son rang,

60 Avec un fort beau cierge blanc.

C'est choze de tous assez sceuë Que lundv le Roy fit reveuë De son régiment tout entier,

S ui contient maint bon vieux routier, raint soldat et maint capitaine De valeur connue et certaine , Et tous en assez bon état Pour servir leur maître et l'Etat .

Ce prince, dont l'auguste face

70 Tout autre objet prézent éface, A tous les cœurs faizant la loy, Montrait bien qu'il étoit le Roy.

En cette action martiale.

Devant la Majesté Royale,

75 Chacun fit si bien son devoir Qu'on prit grand plaizir à la voir.

cEaque compagnie étoit forte, Et, s'il est vray ce qu'on raporte, On y vid bien des gens vaillans,

80 Mais aussi des passe-volans.

Du Roy Monsieur le frère unique, Qui d'esprit et bon sens se pique (Et s'en pique équhablement), Alla, ce jour, au Parlement, 85 Entretenir de quelques contes

Messieurs de la Chambre des comptes,

re V. Lettre XI. 475

Qui receurent en grand honneur Ledit jeune et charmant seigneur, Ce qull leur dit vérifièrent,

90 Etmesmes le gratifièrent D'une bonne somme, au partir, Dont je pourois bien me sentir.

Conty, cet autre prince aimable, A prézent si considérable,

9s Sans héziter r.y biaizer, Alla mesme aussi propozer A messieurs de la Cour des aydes , Touchant l'Etat, quelques remèdes Qu'avec respect on écouta ;

100 Puis après on le contenta.

Guerchy, cette blanche personne, N'est pas encor tout-à-fait nonne ; Mais elle est dans un sacré lieu Hors du monde, et si prés de Dieu, 10$ Qu'il ne faut qu'un bon intervale Dans cette maizon monacale, Et quelques mouvemens soudains, Pour dire : « Adieu, plaizirs mondains! »

L'Archi-Duc, ayant pris la peine D'envoyer monsieur de Lorame Dans la citadelle d'Anvers, Et saizi ses éfcts divers (Comme le bruit commun l'ateste), A fait courir un manifeste Pour prouver par quelque raizon Qu'on l'a fort tien mis en prizon.

Je n'ay point lu cette satire , C'est pourquoy je n'en puis rien dire; Mais ceux de son illustre sang, Qui tiennent un assez haut rang Pour ce briborion confondre, Devroient vîtement y répondre.

Ce notable emprizonnement A cauzé de l'êtonnement En France, Italie, Allemagne, Et mesmes par toute l'Espagne.

Ils sçavoient que ce grand Lorain Etoit fort pour leur souverain, Et que sans ses troupes de guerre Flandre eût donné du nez à terre ; Cependant il est arête.

Chacun en est déconcerté.

En cet endroit ma politique, Et de plus, aussy, ma critique, Voudroient un peu dogmatizer; Mais j'aurois peur de trop jazer.

La demoizelle de Leuville,

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La Muzb historique. — Mars 1054.

Assez connue en cette ville,

Soi fait au Louvre peu sa cour, âis qui se piquoit nuit et jour

D'aimer plus que pastez ny tartes

Les rois et les reines de cartes,

Trés-inconstante nation,

Et dont la fréquentation

Cause rarement l'opulence

(J'en parle par expérience) ;

Ladite damoizelle donc,

Leur amante s'il en fut onc,

Ayant receu d'eux quelque entorce 1(0 Digne d'un étemel divorce,

Pour avoir perdu depuis peu

Quatre cens douze écus au jeu,

Par sermens et par écriture,

Non sans avoir rame en torture, 1 5 j Et sentir maint cruel ahan,

Les a renoncez pour un an.

Voicy ce que son humeur aigre

Et sa main délicate et maigre

En ont sur un papier tracé , !&> Le trentième du mois passé :

« Adieu, passe-temps diabolique; Adieu, Careau, Cœur, Trèfle et Pique; Adieu, mal-heureux Lansquenet, Qui rend souvent le gousset net ;

16$ A3ieu, jeu de Trente et quarante, Où l'on perd mainte bonne rente; Adieu, Beste, Berlan et Hoc, Où l'on joûeroit jusqu'à son coc; Adieu, Reversis ; adieu, Hère,

170 Souvent plus piquans qu'une haire; Bref, adieu, Prime; adieu, Piquet, Adieu, Tric-trac et Tourniquet ; Je vous hais et vous déteste Cent fois plus que la malle-peste.

17$ Je jure par tous les autels, Je jure par les immortels, Je jure par mon humeur fiére, Je jure par Robert Béniére, Un des plus rénommez carriers,

180 D'être douze mois tous entiers Sans manier ny dez, ny cartes :

Puissay-je avoir les fièvres-quartes, Et trembloter à tout moment,

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Si je viole mon serment !

Puissay-je devenir étique, Si je voy Trèfle, Cœur ou Pique!

Puissay-je avoir cent maux de cœur, Si je voy Pique, Trèfle, ou Cœur !

Si je vois Careau, Pique ou Trefle, Puissay-je êtoufer d'une nèfle !

Ou m'êtrangler d'un bigareau, Si je voy Cœur, Trefle ou Careau!

Bref, si tout cecy je n'observe , Nul amant jamais ne me serve !

Ecrit au château de Pràlin, En papier, et non en vélin, N'ayant ny sou, ny croix, ny pile. »

Signé : Suzanne de Lewille.

Voilà le sens et la teneur (Ce m'a dit un homme-d'honneur) Du serment de la damoizelle, Qui passera pour bagatelle Aujourd'huy, peut-être, ou demain, Quoy qu'il soit signé de sa main.

Dieu pardonne à sa créature Les foutes de cène nature.

On void peu de punitions Pour de telles infractions.

Touchant une foy parjurée Dans une humeur immodérée, C'est trop que les feux ou les fers ; Et pluzieurs dizent qu'aux enfers Pour cent sermens faits à la chaude On n'a rien qu'une chiquenaude.

A la fin, j'ay tant discouru, J'ay tant sur Pégaze couru,

Sue ma cariére est achevée ; a plume au bout est arivée.

Ce moment, certes, m'est bien doux; Mais, 6 ma Princesse ! si vous Ou quelqu'autre bonne cervelle Maintient la dernière nouvelle N'être pas un discours charmant, Je répondray tout franchemant Que je l'ay dans mes vers encloze Pour ne sçavoir plus autre choze.

Le treize et quatorze de mais, Ayant vuidé deux coquemars.

Mars 1654. —Livre V. Lettre XII.

LETTRE DOUZIÈME

Du [samedi] 21 Mars.

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