DOLENTE
Je suis encor, dont j'ay grand deuil.
Dans une des tours de Nanteûil.
Ny les beaux yeux de la duchesse Qui de Nanteûil est la maîtresse ,
s Ny la ravissante douceur De madame sa belle-sœur, Ny la gay'té toujours charmante De Descars , nôtre aimable infante , Ny manger poulets et perdreaux ,
10 Tourtes, pigeons et lapereaux , Quoy que pourtant cette mangeaille Ne me coûte denier ny maille , Tout cela ne m'empêche point De me fâcher au dernier point ,
1$ Et je sens êchaufer ma bile De n'être pas à la grand'ville , Pour à maintes gens demander Des nouvelles pour vous mander.
Je suis payé pour vous écrire,
ao Et l'honneur où le plus j'aspire Est (je vous le dis sans mentir) D'essayer à vous divertir, Et de me conformer sans cesse Aux volontez de Vôtre Altesse.
2$ Voicy donc quelques nouveaux bruits Dont expressément je m'instruits Parmy les gerbes et javelles; Mais ce sont de tristes nouvelles.
On n'aperçoit de tous cotez
50 Que des hommes épouvantez, Avec femme , enfans et ménage , Gueuzer de vilage en vilage , Et pleurer les mal-heurs prézens.
Les nobles n'en sont pas exempts ,
55 Et plus de cinq cens gentils-hommes, De mesme que les autres hommes , Ont été pillez et brûlez , Dont ils sont très-fort dézolez.
Mais on m'a donné le mémoire 40 D'une assez ridicule histoire :
C'est d'un trait un peu jovial
De madame de Longueval.
Les Espagnols, en son absence,
D'entrer avoient pris la licence 4f Dans un sien logis assez beau ,
Et qui peut passer pour château.
Ils firent tout ce que peut faire
L'insolence d'un aversaire ;
On yvrogna , vola , brûla , jo Et mesme encor pis que cela :
Par tous les coins ils furetèrent,
Tous les cofres ils crochetèrent,
Et depuis l'un à l'autre bout
Us firent ravage partout n D'or, d'argent, de meuble et de linge,
Et, horsmis quelque petit singe,
Ou bien guenon, si vous voulez ,
Tous les bestiaux furent volez.
Or, la dame étant retournée 60 Dedans sa maizon ruinée,
Elle s'écria : « Ma guenon!
L'ont-ifs tuée? » On luy dit : « Non,
La voilà <jui vous fait la moue. »
— « 0 ciel ! dit-elle , je te loue éj D'avoir prézervé de tout mal
Ce pauvre petit animal. »
Elle la baize, elle i'acolle,
Elle fit tout-à-fait la folle,
Et, voyant la beste en santé, 70 Recommença, par piété,
De louer la bonté céleste ,
Et se soucia peu du reste.
Le président de Novion A souvent au Palais, dit-on,
7$ Quelque émotion et querelle Contre madame de Bonnelle.
L'autre jour, d'elle se moquant, Il luy dit cecy de piquant (Et ce fut dans la grande sale)
80 Qu'elle étoit fort de la cabale De ceux qui le soir, un peu tard,
La Muzb historique. — Aoust 1650.
Alloient au jardin de Renard.
D'autre côté, ladite dame
Luy chante très-souvent sa g&me , S( Et quelquefois dans le Palais ,
Par des vagabonds ou valets ,
Fait semer contre ledit sire
Maint bon brocard à faire rire.
Pour moy, si j*étois président , 90 J'éviterais cet accident
D'avoir démêlé ni querelle
Avec madame de Bonnette :
C'est un vray Saint-Jean bouche-d'or,
Dont l'esprit toujours à l'essor 9 s Fait quelquefois dire à sa langue
Mainte aigué et libre harangue,
Et qui perce de part en part
Mieux qulialebarde, épée ou dard.
Cette fille spirituelle 100 Que Socratine l'on apelle ,
Imitant la sage Buhy
Et cherchant en Dieu son apuy,
A choizy pour hôtellerie
Les Filles de Sainte-Marie.
105 La petite la Châtre aussy,
Peut-être avec mesme soucy,
S'est pareillement retirée
Dedans cette maizon murée.
Monsieur le Telier, l'autre jour, no Dit au maréchal d'Houdancour Qu'il s'en allât en son vilage Et qu'on le vouloit mettre en cage.
Le maréchal Ivlj répondit :
« Je n'ay rien fait , je n'ay rien dit , 1 1 j Pour être traité de la sorte , Et veux que le diable m'emporte Si je ne suis de bonne foy Trés-humble serviteur du Roy.
Monsieur, cela vous doit sufire, i*> Et, quoy que vous me sçachiez dire De cage etd'emprizonnement, J'en atendray l'événement. »
Le Telier, oyantce langage, Ne répliqua point davantage.
1 a; Le commandeur de Saint-Simon , Cadet d'un duc de grand renom, Et Bordet, de l'artillerie, N'entendans pas trop raillerie, De Paris se sont échapez ;
no Autrement on les eût gripez
Pour les mètre dans la Bastille , Afin d'augmenter la famille Qu'en ce lieu plein de quelque éfroy On nourit aux dépens du Roy.
1 ?s Guerchy, quoy que charmante et les- En son corps a cinq fois la peste [te, Ou, pour le moins , cinq clous ardents Qui luy font bien grincer les dents.
On dit, veu sa malice extresme,
140 Qu'elle est une peste elle-mesme; Mais , soit pestes , doux ou charbons , Tels maux , ma foy , ne sont point bon.
Des dézordres de la Gascogne , Où la cour est bien en bezogne 14s Pour amortir un si grand feu, • Je n'en parle ny point ny peu ; Si j'ûsse été cette semaine Viziter la Samaritaine , J'ûsse apris parmy les badauts i(o Tout ce qui se passe à Bordeaux : Car, encor que nôtre vilage Soit tant soit peu lieu de passage , Ce qu'on y dit est incertain , Et je vous Papprendrois en vain.
1 j $ Grande Princesse que j'admire , Je ne scay donc plus que vous dhe, Sinon que je suis tout joyeux De sçavoir que se porte mieux Cette dame , d'atraits si plaine ,
160 Qui se dit du sang de Loraine * : L'honorant de vôtre amitié, Ses langueurs me feisoient pitié ; Maintenant sa convalescence Me cpmble de réjouissance.
165 C'est ainsi que je dois agir Et me laisser toujours régir A cette autorité supresme Que Vôtre Altesse a sur moy-mesme ; Tout ce qui vous concernera ,
170 Soit bien, soit mal, me touchera, Et , comme serviteur fidèle , J'aymeray toujours avec zélé Ceux et celles , tant loin que prés , Dont vous prendrez les intérêts.
17$ Fait , après avoir bien dormy, Le jour de Saint-Barthélémy.