‹ La muze historique;Chapitre 19 sur 221 · CHAMPÊTRE · texte numérisé non relu

CHAMPÊTRE

Belle Princesse reléguée , Par moy très-souvent alléguée , C'est de Nanteûil, non de Paris, Que ce jourd'huy je vous écris, s En atendant l'autre semeine, Que j'espère prendre la peine De guher le noble séjour Où je fais maintenant ma cour,

Et retourner en l'hôtel nôtre, 10 Qui n'est qu'à six-vingts pas du vôtre.

Quoy qu'en ce lieu, moins fréquenté Que n'est pas la grande cité , Les nouvelles soient peu communes , En voicy, pourtant, quelques-unes.

tf Toute la cour est en émoy

La Muzk historique. — Aoust 1650.

Pour le frère unique du Roy, Qui parmy l'air de la Gascogne, Infecté de gale et de rogne , Voit sa santé presque aux abois , *> Ayant pour la deuxième fois Cette vilaine maladie Dont mainte face est enlaidie.

Ce mal s'êtant éfrontément

Glissé dedans l'apartement as Des filles d'honneur de la Reine,

Cela les mtt très-fort en peine ,

Et la belle et blanche Guerchy,

Dont le vizage est enrichy

De lys, d'oeillets , et d'autres charmes , 30 N'ayant pas d'assez bonnes armes

Four combatre ce fâcheux mal ,

Si souvent aux belles fatal.

Voulut sortir par la fenêtre ,

Et fit en cet instant parètre 3$ Tant d'açarences de frayeur

Sur son aimable extérieur,

Que son galant sexagénaire ,

Qui la chérit à l'ordinaire

Etoit , dans cette extrémité , 40 Entrés-grande perplexité.

La Reine étant fort en colère De ce que le party contraire A fait pendre, un peu promptement , Un des chefs d'un vieux régiment ,

4t Par manière de reprézaille , Elle a mandé , vaille que vaille , A son ennemy capital, Qu'elle croit auteur de ce mal , S*ïl prend encor telle licence ,

50 Qu'elle en prendra fort bien vengeance (Sans uzer d'aucune douceur) Sur son épouze et sur sa sœur.

Sa Majesté , pour être seine , Prend assez souvent medeceine , 5 j Mais on l'irrite tout de bon Quand on luy parle de Bouillon.

Quatre ou cinq gouverneursde places,

Pour n'encourir ses male-graces Et ne point passer pour suspects f 60 Sont venus rendre leurs respects ; Mais le gouverneur de Broûage , Soit qu'il soit fou, soit qu'il soit sage , De peur qu'on le prenne sans vert, Se tient toujours clos et couvert.

*s On dit que la belle de Rhodes Veut voyager aux Antipodes , Puis qu'un mal qui la presse fort Menace d'abréger son sort.

Sérieuzement c'est dommage

70 A cauze de son beau vizage, Et qu'il est certain, mesmement, Que vous l'aimez extrêmement.

D'un fils Madame est acouchée, Dont la France n'est pas fâchée :

75 Dieu bénisse ce fruit naissant; Mais, dans nôtre mal-heur pressant , Ona beau rire, on a beau courre.

Cela n'est pas pour nous récourre. :

On voit les peuples afligez ,

80 Pillez, brûlez et sacagez, Souhaiter cent coups de tonnerre Au funeste auteur de la guerre ; On n'entend qu'imprécations , Et, parmy les dissentions

8( Dont ce pauvre estât est la proye f Au lieu de tant de feux de joye Et de Te Dettm Idudamus , Faudrait dire des Orenws.

Pour moy, certes , je ne puis rire j 90 Presque à tous momens je soupire , - Et je ne fais que prier Dieu , Tant à Nanteùil qu'en autre lieu , Qu'il vous tienne en sa sainte garde , Et que bien-tôt il vous regarde 9S Avec un œil plus adoucy, Et les Mis prizonniers aussy.

Fait à Nanteùil, dans une tour, En aoust, le dix-huitième jour. -

Aoust 1650. — Livre I. Lettre XV.

LETTRE QUINZIÈME

Du [mercredi] 24 Aoust.

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