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ÉCLATANTE

J'ay bezoin , Princesse obligeante, Que vous me soyez indulgente:

Car, grâce à dame Oyziveté , Jen'ay jamais encore été

s Si tara à commencer ma Lettre , Et j'ay tant de peine à m'y métré Que je crains fort , tant je suis lent , De ne rien faire d'excellent.

O paresse ! à libertinage !

10 Que vous me cauzez de dommage !

Sans ces deux nuizibles défaux, Je vaudrais mieux que je ne vaux , Tant pour les vers que pour la proze.

Mais enfin dizons quelque choze.

1 j Au partir de Fontainebleau

( Qu'on nomme ainsi pour sa belle eau). Première maizon de plaizance Des nobles monarques de France, Mardv, nôtre jeune et grand Roy ao Vint néberger à Vileroy, Autre superbe domicile , Dont le maître, homme trés-habile , Le receut magnifiquement Et luy fit un grand traitement, aj Ensuite de ce beau régale Il revint dans sa capitale , Ottnwt le peuple, à son retour, Luy manifesta son amour»

Le lendemain, il prit la peine jo D'aller au château de Vinceine, D'autant quil faizoh clair et beau , Pour voler, ce dit-on , l'oizeau ; Puis est revenu , ce jour mesme , Du mois courant le seiziesme.

if On croyoh qu'il dansât ce soir Ce balet qu'A fait si beau voir; Mais c'est pour une autre soirée Que cette danse est diférée.

Le regret de n'y pouvoir pas 40 Porter prézentement mes pas Fait que je n'écris qu'avec peine ,

Mais j'espère , l'autre semaine , Jouir encor parfaitement De ce rare contentement :

4$ Car, sans mentir, un gros yvrongne , Aime moins les vins de Bourgongne, Les Gascons aiment moins les aux, Les vieillards moins les artichaux , Les bandoliers moins les pillages , fo Les Pariziens moins les villages, Les pucelles moins les bouquets, Les coquettes moins les coquets , Les laboureurs moins les récoltes , Les garnemens moins les révoltes , si Les sensuels moins les beaux corps , Les avares moins les trézors.

Les vétilleurs moins les vétilles, Les friands moins les béatilles , Les joueurs moins cartes et dez, éo Les enfans moins les êchaudez, Le Roy moins les belles victoires , La Reine moins les oratoires , Les criminels moins les pardons , Les brélandiers moins les frédons, é$ Les oyzeaux moins les verds bocages, Monsieur moins les charmans vizages, Les procureurs moins les procez , Jules moins nos heureux succez , Les chiens de chasse moins la trompe, 70 La Cour moins le luxe et la pompe, Les mignonnes moins l'hypocras, Les débauchez moins les jours gras»

Les petits Mars moins les êpées, Les fillettes moins les pointées, 7j Les campagnardes moins le Cours, Les pèlerins moins les beaux jours, Les vignerons moins les vandanges, Les glorieux moins les louanges, Bre£ les renards moins les poulets* 80 Que moy le plus beau des balets.

Quelqu'un m'a dit cette semaine Que monsieur le duc de Loraine,

496 La Muzb historique

Pliant quelque réflexion

Sor sa dure détention •f Dedans les prizons espagnoles,

Dizoit à peu prés ces paroles :

« Quoy ! ces Espagnols, ces ingrats,

Pour qui j'avois armé mon bras,

Ayant ezpozé ma personne *• Cent et cent fois pour leur couronne,

Jusques à perdre mon état,

Font donc de moy si peu d'état? us

Leur ayant été si fidelle,

Il faut donc qu'une citadelle 9S Captive maintenant mon corps,

Durant qu'Us pillent mes trézors,

Mes éfets , revenus et rentes , i jo

Pour leurs nécessités urgentes ?

Et le tout, pour plaire à Condé !

mo Dieux! quel étrange procédé!

Avec les armes de la France,

Dont il avoh la lieutenance, in

Et par l'heureux sort de son roy ,

Illes a mis en dézaroy, ioj Les a cent fois comblez de honte;

Et toutefois, au bout du compte,

Ce prince, à mon excluzion, i*>

O sensible confusion !

O pour moy piqueures mortelles !

i te Se void dans la cour de Bruxelles

Loué, caressé, mitonné !

Et moy, je suis emprizonné ! » %i%

Son ame, dans cette pensée,

Quoy que forte, grande et sensée, ii( De rareur presque s'emporta,

Grinça les dents, jura, pesta,

Apella ses gardes bélîtres, i7$

De sa chambre briza les vhres,

Et, blâmant l'astre rigoureux iso Oui le rendoh si mal-heureux,

Ne pouvant son couroux suspendre,

Il luv dit cent fois pis que pendre. Ï7I

Je cnante icv d'un ton plaintif

L'embaras ae ce grand captif, i») Et j'en parle avec doléance :

Car, encore que pour la France

Il n'ait pas beaucoup d'amitié, i8o

Son cruel sort me fait pitié.

Pour d'autres diverses nouvelles, ijo Tant soit peu plus universelles,

On m'a dit que Sa Sainteté

Jouit d'une Donne santé ; i*j

Mais d'autres disent le contraire,

Et qu'étant valétudinaire, ■H Ayant le grand âge qu'il a,

— May 1654.

Nul ne peut assurer cela.

La trêve entre les deux couronnes, Au raport de quelques personnes Qui sont d'assez sincères gens, Se ménage par leurs agens, Et mesmement par Pentremize De ceux de Rome et de Venize; Un chacun le doit dézirer.

Dieu les veuille bien inspirer!

Dans Paris on conte et raconte (Je ne le puis dire sans honte, C'est pourquoy je trancheray court) Que monsieur le comte d'Harcowt, Du devoir oubliant la régie, Quheles fleurs-de-lis pour l'aigle, Qu'il avoh pris l'argent du Roy, Qu'il avoh violé sa foy, Et mesmes chargé tant-que-tene Quelques-uns die nos geqsde gnene.

Mais de ces bruits je n'en croy ria, Carilesttrophomme-de-l»en.

Le duc François est à Bruxelles, Où les tendresses fraternelles, Dont chacun croid qu'il est touché, Ne l'ont point encore empêché, Par des adresses non-pareilles, De promette monts-et-merrafles, Et que jamais de leur party Il ne peut être diverty.

Mais ce qu'il veut ou prétend fine Pour la liberté de son frère, Qu'on traite avec tant de rigueur, Ilfaudroh être dans son cœur.

Trente régimens d'Alemagne Se vont, eut-on, métré en campagne Pour se joindre à ces montagnan Au royaume d'Ecosse épars, Qui font encor toujours la guerre En faveur du roy d'Angleterre :

Voilà ce que je sçay du Nord.

Brousselles, ce ah-on, est mort, Si fameux durant la discorde :

Dieu lui fasse miséricorde!

Si ce bruit n'est qu'un bruit dévot, Comme il arive assez souvent, Muze, il faudra, je vous en somme, Faire revivre ce bon-homme.

L'agréable ville de Reims, Qui du sacre des souverains A seule le droit honorable, Prend, dit-on, un soin admirable Pour recevoir avec honneur Le Roy nôtre aimable seigneur.

May 1654. — Livre

Quantité de rares dévizes 190 Sur son passage seront mizes,

Où maint esprit judicieux

Aura, sans doute, agi des mieux ;

Entr'autres, cet excellent homme

Que monsieur Coletet l'on nomme 195 Des vers françois a pris soucy,

Et Dieu sçait s'il a réûssy !

Enfin, l'or, l'azur et la soye,

La pompe, l'éclat et la joye,

Les sincères affections, aoo Les tendres aclamations,

En cette feste solennelle,

Qui sera trionfante et belle,

Etaleront à chaque pas

Mille incomparables apas sos Et mille splendeurs sans-pareilles.

Heureux qui verra ces merveilles !

Princesse, dont tout l'univers Connott le beau nom par mes vers, J'étois bien en humeur d'écrire, aïo Mais le temps trop bref m'en retire; Voilà l'imprimeur, aussi-bien, Puis, ma toy , je ne sçay plus rien !

Ceci fut fait en mai , le seize :

Lecteur, Dieu veuille qu'il te plaize !

Apostille.

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