EMPENNÉE
Princesse aux beaux et blonds [cheveux, Pour qui je fais souvent des vœux, Des gens-d'esprit et de lumière , Voyans mon Epttre dernière,
5 Remarquèrent dans cet écrit Quelques petits rayons d'esprit; Ils m'estimèrent, m'aplauchrent, Et de moy quelque bien ils dirent ; Enfin, mes vers, certainement,
10 Eurent pour eux de l'agrément; Mais ? comme touchantpnajsciance Je suis toujours en défiance, Je crains très-fort que de ceux-cy Il n'en arive pas ainsi.
ij Chacun jaze et parle à sa guize, Dans Paris, de monsieur de Guize, Dont, faute de gens de cheval, Le cas va, dit-on, un peu mal; Ce n'est pas au'il n'en eût bon nombre,
m Mais, par un dommageable encombre , Les vents les avoient écartez, Et n'êtoient pas à ses cotez.
Après pourtant qu'à son courage Castel-Mare eût fait humble hommage,
aj Bouillant d'un généreux dézir, Il s'alla tout soudain saizir, Par combat et par escalade, De la tour de V Aimondade , Où des ennemis quantité
io Perdirent vie et liberté.
Mais des siens étans dans la plaine Environ une quarantaine En trouvans cinq cens sur leurs pas Dont ils ne se défraient pas,
3 s Avec vigueur ils rèzistérent,
Maisau trop grand nombre ils cédèrent ; Si bien que d'entr'eux cinq ou six Furent en ce rencontre occis ; On fit prizonmers tout le reste ;
40 Et, par un mat-heur bien funeste, Plessis-Bellière y fût blessé Pour s'être un peu trop avancé.
Que si de sa playe il trépasse, Ce nous sera grande disgrâce,
Ai Car c'ètoit un trés-hardy coeur, Jusques-icy toujours vainqueur, Et zélé pour le Roy son maître Autant qu'un François le doit être.
Le duc de Guize , ayant apris >o Ce petit , mais fâcheux débris , Par un des gens du beau Canaples, Et que le viceroy de Naples, Pour augmenter son embaras, S'en venoit fondre sur ses bras si Avec tout l'éfort du royaume , Voulant agir en économe Et ménager discrètement Le reste de son armement, Trouvant trét-petite abondance éo De vivres pour sa subsistance, Et craignant du Napolitain
La Muze historique. — Décembre 1654.
Bien moins les armes , que la faim , Se résolut à la retraite, Que l'on croid qu'il a déjà faite *s A Toulon , Nice , ou bien ailleurs, Atendant des destins meilleurs.
Le plus souvent mainte entreprize, Pour être en d'autres temps remize , Par de plus fortunez retours
70 Ne laisse pas d'avoir son cours ; Il ne faut donc pas que l'on pince Sur l'action de ce grand prince :
Car pour s'être enfin embarqué Et par malheur avoir manqué
71 Son dessein de grande importance , La France n'en est pas moins France.
Naples, qui jadis de nos rois Adora les augustes lois, Reviendra quelque-jour peut-être
Se Au pouvoir de son juste Maître ; Mais ce temps, de Dieu seul connu, N'est pas, possible, encorvenu.
Puis-que de nôtre temps l'histoire Est l'objet de mon écritoire ,
8j Et que ('essaye * dire en vers Ce qui se passe en l'univers , Il faut en la prézente page Parler un peu du mariage, Quand je n'en dirois que deux mots,
90 Du roy des Vandales et Gots , C'est-à-dire roy de Suéde, Qui, depuis, trente jours possède, Par permission du Destin, La jeune princesse d'Holstein ,
9$ Du roy de Danemarc parente , Et personne fort excellente.
Pour sçavoir quelle est sa beauté, Aucun ne me ra raporté , Et n'ay vu crayon ny peinture
toe De cette illustre créature; Je la tiens belle, toutefois :
Car, pour des épouses des rois, Je ne veux pas que le Ciel m'aide Si j'en ay jamais vu de laide.
io| Un concert, mardy. j'entendis,
Digne quazi du paradis,
Ou, du moin?, trop beau pour la terre,
Dont êtoit chef le sieur la Guerre ,
Très-excellent maître de lut, no A qui je souhaite salut.
Cette muzique sans égale
Est un admirable régale
Curieuzement concerté
Pour divertir Sa Majesté ; nj Et ce projet, en la prézence
De personnes de conséquence ,
D'honneur, de robes, de crédit,
Fût répété le jour susdit.
Je n'oûis jamais, ce me semble, no Tant de oivins acors ensemble ,
Ny n'ay vu d'objets paroissans
Aussi ravis que ravissans.
Je ressentis aussi moy-mesme
Une joye ou plaizir extresme.
it( En instrumens et belles voix,
Capables de charmer des rois,
Us ètoient du moins quinze ou saize.
Vertu-chou ! qui ne seroit aize ?
Je souhaitois en ce concert, do Pour un doux et friand dessert,
La voix nette, charmante et rare
De l'unique et belle la Bare,
Dont j'ay toujours quelque soucy,
Et celle de son frère aussy, ijj Qu'on tient avoir de l'excellence
En cette angelique science ;
Mais j'ay sceu par un nommé Marc
Qu'il est malade en Danemarc.
Ce méchant bruit que quelque yvro-
140 Avoit fait courir de Pologne, [gne Qui métoit le monde en éfroy En prônant la mort de son Roy, N'étoit qu'une franche fadaize, Dont, sans içentir, je suis fort aize.
14$ Après avoir pris Smoknsko , Le grand souverain de Mosco, C'est-à-dire de Moscovie, Ayant sa fureur assouvie, S'est retiré , dit-on , chez soy,
1 (o Mais non sans crainte et sans émoy ; D'autant que messieurs les Tartaies , Qui sont gens vaillans et barbares , Etans aux Polonois unis , Avec des hommes infinis
in Doivent porter dedans sa terre - Le fer, le feu, le sang, la guerre, Suivant ce proverbe aujourcrhuj Qui dit : « Comme il te fait , fais-luy . » Kmielnisky, fameux rebelle,
160 En pouroit bien avoir dans l'aile ; On dit qu'il est tout éperdu , Et au'il craint fort d'être pendu.
Malheur à ce traître Cozaque , Dont le party démoniaque
165 A cauzé tout ce dézaroy En s'élevant contre son roy !
Décembre 1654. — Livre V. Lettre L.
Telles maudites félonnies Restent rarement impunies , Et, si ce n'est par grand hazard , 170 On les void périr tét ou tard.
Conty, ce noble et sage prince , Qui dans cette large province Que l'on nomme le Languedoc Est aujourd'hui comme le coc ,
i7l Des Etats a fait ouverture Par une éloquence si pure Que la grandeur de son esprit Eraût, toucha, charma, surprit; Sa harangue fut sans-pareille,
180 Chaque assistant cria merveille, Et, bref, fut de tous aplaudy Encor plus que je ne le dy.
A cette harangue éloquente Sa chère épouze étoit prézente ,
185 Assize sur un tribunal , A ce que dit l'original, Ou du moins sur une tribune , Dont cette sage et belle brune , Où l'on void tant d'atraits vainqueurs ,
190 Trionfoit des plus nobles cœurs, Et, par ses brillantes lumières , Ravissoit autant les paupières
§ue les discours de son épous harmoient les oreilles de tous.
195 Enfin la rigoureuze Parque A ravy cet homme de marque , Ce monsieur Sarazin, Normand , Dont l'esprit étoit si charmant, Et qui fut l'un des galans hommes
200 De l'amoureux siècle où nous sommes. Dedans Caën , son natal séjour, A Paris , et mesme à la Cour, Sans doute on plaindra sa disgrâce , Mais plus encor sur le Parnasse,
205 Etant un des chers nourissons
Qui mieux entendoit les leçons Que les sages, et non les buzes, Vont illec aprendre des Muzes.
Encor que cet homme fût tel
210 Qu'on crût qu'il seroit immortel, Le voilà dans la sépulture, Aussi-bien que défunt Voiture, Qui de luy rat au monument Traité sarazinesquement ,
215 Raillant ledit auteur lyrique D'un ton un peu trop satyrique , Comme on void en certain cahier Que je Uzois encor hier, Nommé, par railleuze censure,
220 Les Funérailles de Voiture.
Or, comme ils sont tous deux là-bas , S'ils recommencent leurs débats, Leur jalouzie et leurs querelles, On n'en peut sçavoir de nouvelles,
22$ Car c'est un pais inconnu Dont nul n'est jamais revenu.
Mardy, monsieur de Longueville Revint en cette grande ville, Aussi plein d'heureuze santé 2)0 Que de sa vie il ait été;
Outre que la Cour belle et sage Luy fit tout-à-fait bon vizage , Il fut icy presque de tous Receu bras-dessus, bras-dessous.
2) j Premier honneur de sa famille , Princesse , sa trés-chére fille , Dont le cœur d'aize est transporté De le voir en cette cité , Possédez avec allégresse
240 La présence de Son Altesse.
De ces vers j'ay fait le r'amas Deux jours avant la Saint Tomas.
581 LA IfUZE HISTORIQUE.
On le tient toujours en prison ;
Et l'on dit que le duc son frère,
Bien loin de se métré en colère,
Se romprait jambes , bras et col , 190 Pour servir monsieur Léopol.
Les Holandois n'ont plus de guerre
Contre les blondins d'Angleterre ,
L'acord entr'euz est confirmé ;
Mais un bruit est par-tout semé 19 j Que leur république se mange
Pour une seule peau d'orange.
Christine , dans un doux repos ,
Se donne maintenant campos ,
Et, du sceptre débarassée, *x> Ne conçoit plus d'autre pensée
Que de contenter ses dézirs
Et jouir des chastes plaizirs
Qu'on possède sans diadesme.
En se possédant elle-mesme.
30$ Elle est à prézent dans Anvers ,
Où les beaux arts et les beaux vers,
La proze et les rares ouvrages ,
Luy rendent d'éternels hommages.
Pour maître Olivier Crqjnmuél, a 10 Que par un soin continuel
L/Espagne tâche de corompre ,
Il n'a garde avec nous de rompre:
Car il rumine en son cerveau
Qu'étant étably de nouveau , 215 Le moindre revers de la guerre
Métroit tout son crédit par-terre.
Si je remonte un peu plus haut ,
Aux climats où régne le chaud,
Le Preste-Jan d'Ethiopie, 220 Dont on vid la fausse copie
(Croyant voir mirabilid),
Dans Paris, seize ans il-y-a ,
A rompu, ce dit-on , commerce
Avec le Grand-Sophy de Perse, 22 $ Pour quelque canton contesté
Par l'une et l'autre Majesté,
A quatre dégrez du tropique ,
Près du royaume Êthiopique.
*is
2fO
-Décembre 1654.
Au Japon, quelques Japonou Ayans outragé les Chinois Qui trafiquoient sur les rivières, A coups de fouets et d'étriviéres, On craint entre ces nations De terrible» dissentions.
Après avoir bien fût la ronde Et arcuy la plus-part du monde Par un sentier fort peu connu, Enfin me voilà revenu Dans mon charmant Beu de plaizance, , C'est-à-dire à Paris, en France, Où les jeux et ris à foizon Sont quazi toujours de saiion, Et qui dans ses murs tient endozes Tant de belles bouches de rozes, Tant de teinte d'œillets et de lis, Tant de C loris, tant de Philis, Et, bref, tant d'objets adorables, Que je les tiens presque innombrables.
N&tre Sire et son cher germain Sont maintenant à Saint-Germain , Et mesme aussi Son Eminence, Dont ils aiment fort la prézence; Et la Reine, en ce mesme jour, Pour faire mieux à Dieu sa cour, Quhant les pompes de la sienne, Ainsi qu'une grande chrétienne, Est en un lieu de piété, Où sans doute Sa Majesté Dit de bon cœur sa patenôtre Pour son salut et pour le nôtre.
Ayant par l'univers couru Et de tout un peu discouru, Il faut qu'enfin mon travail cesse.
O ma bonne et belle Princesse, Pour qui j'ay maint louable instioc, Adieu jusqu'à dnquante-et-dnq.
Compozè par la Muze mienne, Le jour de monsieur Saint Esdenne.
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