‹ La muze historique;Chapitre 24 sur 221 · Nouvelle apocrifc · texte numérisé non relu

Nouvelle apocrifc

Et dans des triomfes nouveaux Je serois receu dans Bordeaux; Mais, helas! je ne puis me taire Que j'aperçoy bien le contraire.

a$ Ou Maman ou le Cardinal Seroient-ils la cause du mal P Certes , j'en suis très-fort en peine ; Mais ne dites pas à la Reine Que, d'un cœur dolent et transy,

30 Je vous aye dit tout cecy ; Ne me métez pas mal prés d'elle , Et me soyez toujours ndelle. »

Ce que Noiron mal observa, Car, au mesme temps, elle va

h A la Régente sa maîtresse Faire narration expresse De tout ce qu'avoit dit le Roy, Sans luy garder secret ny foy.

Il ne faut pas que l'on demande

40 Si l'on fit grande réprimande A nôtre jeune potentat , Qui, remarquant le peu d'état

Septembre 1650. — Livre I. Lettre XVII

Qu'on avoit fait de sa défence, . Faillit à perdre patience;

17* wa!U s4'/%«N .nA«*+ s*a Al'

45 Et voilà d'où vient) ce dit-on, L'exil de la belle Noiron , Qu'aucuns tiennent pour véritable; Mais je croy que c'est une fable.

La cour a trouvé fort amer io Qu'on ait batu ses gens sur mer, Et que les vaisseaux d'Angleterre Nous déclarent aussi la guerre.

Le combat, du commencement.

Fit douter de l'événement; 55 Mais les François eurent du pire :

On leur coula plus d'un navire * Le Jules mesmes fut blessé, C'est-à-dire un peu fracassé, Et faillit à faire naufrage; 60 Ce quin'estpas debonprézage, Et fait augurer assez mal Pour le party du Cardinal.

Mais voicy, je vous le proteste, Un accident bien plus funeste.

«s Dedans un assez grand vaisseau, Où festmok monsieur Palûau , Un canon ou grosse bombarde Creva l'autre-jour par mégarde , Dont quatre furent fracassez,

70 Ou bien, si l'on veut, fricassez; Et quatre autres, qui demeurèrent, Si terriblement s'égayèrent, Que, si le confier n'est trompeur, Ils mouront tous quatre de peur.

75 Les vaisseaux que Saubeufameine Mettent toute la cour en peine, Car on dit qu'ils vont enfermer Tous les lieux par où vient la mer, Et que ce secours qui s'avance

80 Fera fort pencher la balance Vers le côté des Borddok.

Enfin, Jules se mord les doigts De sa téméraire entreprize, Qu'aucun succez ne favorize ;

*f Etlesafairesdela cour, Empirans fort de jour en jour, Rendent penauts, chagrins et tristes, Tous ceux qui sont mazarimstes.

On dit que le sieur de Chambois, *> Passant par plaines et par bois, Avec une troupe hardie A traversé la Normandie,

Et, malgré de% empêchemens De trois ou quatre régimens 9S Que Grancé luy mettoit en trousse, En dizant toujours :« Pousse, pousse», Est parvenu jusqu'à Mont-rond , Non sans danger, mais sans afront.

Cette illustre Pucelle blonde

100 En qui tant démérite abonde, Dont, l'autre jour, l'évazion Cauza de l'apféhension, N'a plus de demeure secrète; On sçait maintenant sa retréte;

io{ Et tout ainsi que le soleil, Cet astre en beautez sans pareil, Cache quelquefois son vizage Dans l'obscurité d'un nuage , La blonde est dans une maizon

no Qu'on peut nommer sainte prizon; Et cette merveille des filles Ne se voit qu'à travers des grilles.

Mais afin de mieux révéler La blonde dont j'entais parler,

us C'est une blonde d'importance, De haute et sublime naissance , Et, de la façon qu'on dépeint La pure blancheur de son teint, Son esprit , ses vertus extresmes ,

1» Je croy, ma foy, que c'est vous-mesmes. On trouvera fort à propos Que dedans ce lieu de repos , De paix, de calme et de silence, Vous fassiez quelque rézidence,

ia$ Et que pluzieurs aévotes sœurs Goûtent quelque temps les douceurs De vosapas et de vos charmes; Mais d'autres ne pouroient sans larmes, Ny sans être tré*-mal coûtais,

no Vous y voir demeurer long-temps; Vôtre Altesse est de ces personnes Aimables, puissantes et Donnes, Qui plus au monde qu'an couvent Sont nécessaires bien souvent.

tu L'innocence de vôtre vie Aucunement ne vous convie D'aller passer vos plus beaux jours Parmy des grilles et des tours; Et, pour vous dire en conscience,

140 O Princesse, ce que j'en pense, Le grand monde est votre élément, Et la clôture nullement.

Fait, je vous jure sur mon ame, Deux jours après la Nôtre-Dame.

La Muzb historique. — Septembre ié$o.

LETTRE DIX-HUITIÊME

Du [samedi] 17 Septembre.

Page 1